)))  VENT MAUVAIS. Stéphane ALLAGNON. sortie le 13 juin 07

 

L’hypothèse d’une félicité


Lorsque Franck (Jonathan Zaccaï, remarquable) accepte de réparer le système informatique d’un supermarché, dans une petite ville battue par les vents de la Manche, il prend malgré lui la place d’un escroc, complice du patron Hopquin (Bernard Le Coq) dans des détournements de fonds. Si Franck se laisse corrompre dans un premier temps, sa position s’avère bien vite inconfortable, tant les pressions exercées par Frédérique (Aure Atika), gérante de l’hôtel qu’il tente de séduire, et par Max et Moustique (Jo Prestia et Said Serrari), voyous locaux, se font insistantes. Car l’idée d’un braquage a germé dans l’esprit de chacun, mais ne peut se concrétiser qu’avec le consentement et l’appui de Franck.

                      

À l’image de son protagoniste désinvolte, le premier long-métrage de Stéphane Allagnon se plaît à flirter avec le film de genre sans jamais lui céder complètement, en gardant constamment une distance ironique qui oscille entre désabusement et regain d’optimisme. Malicieusement, le réalisateur adopte la posture de son personnage et porte un regard espiègle sur les événements. Déjà, la tempête du titre n’extirpe que quelques grimaces du visage de Franck, encapuchonné dans son anorak. Le vent tourne, il n’y a pas lieu de s’irriter. Puis, quand Moustique commence à le surveiller, avec plus ou moins de discrétion, Franck se dirige impassiblement vers lui et lui demande de le raccompagner. Ici aussi, point d’inquiétude. Même lorsque les esprits s’échauffent pour de bon et que démarre quelque poursuite, ce ne sont que de vieux véhicules poussifs qu’un accrochage de plus ne saurait esquinter, comme en écho affaibli à d’autres chasses endiablées du film de genre. Enfin, un coup de feu part, Charlus (Guillaume Viry, jubilatoire) tombe à genoux. À Franck de lui dire de tenir et, encore taquin : « T’es un pompier ! ». La distance qu’il prend par rapport aux événements, et qu’Allagnon prolonge du même coup dans sa mise en scène, produit donc cet heureux décalage, à la limite du pastiche, de la parodie.

                   

Au-delà de ce comique revendiqué, le film soulève plus sérieusement la question du bonheur, ou tout du moins de la possibilité d’une amélioration. A ce titre, les quelques scènes imaginées par Franck de la vie de Michel Castel, le complice d’Hopquin, sont moins des tentatives d’explication que l’hypothèse d’une félicité. En effet, l’argent volé du supermarché permettrait à Castel de vivre dans le luxe sur un voilier, en compagnie d’une superbe jeune femme. C’est cette vision que Franck se réapproprie et va tenter de réaliser. Il investit peu à peu la place de Castel et se prend à rêver qu’il pourrait accéder à cette vie-là : il s’installe à son bureau, récupère son ordinateur personnel et réconforte sa femme trompée sans trop y croire car, de toutes façons, elle ne participe pas de cet idéal – Frédérique, plutôt, sera l’amante désirée. De même, les plans qui découvrent les îles britanniques brumeuses, coupées du monde, où se serait réfugié Castel, renforcent l’idée d’un ailleurs que seul l’argent rend accessible. Pourtant, la vision éthérée finit par lui échapper, peut-être parce qu’il ne s’agit justement que d’une vision – Castel gisait au pied d’une falaise – et aussi parce qu’il n’est pas prêt à effectuer tous les sacrifices. Surtout, elle ne s’est pas évanouit en vain, car le dernier plan laisse bien à Franck, non plus l’hypothèse d’une félicité, mais la promesse d’un mieux.

Stéphane Tralongo


                   


Synopsis
Une petite ville côtière balayée par la tempête.
Dépêché sur les lieux pour remettre en état le système informatique d'un supermarché, Franck Meyer, technicien en intérim et en galère, comprend bientôt que le directeur du magasin détourne l'argent des caisses.
La saison n'est pas creuse pour tout le monde...
Désinvolte de naissance mais curieux de nature, Franck observe, hésite, laisse venir à lui les propositions douteuses, les convoitises et les rêves d'avenir.
Car de Frédérique, la jolie gérante de l'hôtel déserté, aux petits truands locaux, tous les laissers pour compte du coin semblent désormais attendre quelque chose de lui...

Infos
France- Sortie le 13 juin 2007
Réalisé par Stéphane Allagnon
Avec Jonathan Zaccaï, Aure Atika, Bernard Le Coq
Durée : 1h 30
Genre : Thriller

Site officiel

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