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Lorsque Franck
(Jonathan Zaccaï, remarquable) accepte de réparer le système
informatique d’un supermarché, dans une petite ville
battue par les vents de la Manche, il prend malgré lui la place
d’un escroc, complice du patron Hopquin (Bernard Le Coq) dans
des détournements de fonds. Si Franck se laisse corrompre dans
un premier temps, sa position s’avère bien vite inconfortable,
tant les pressions exercées par Frédérique (Aure
Atika), gérante de l’hôtel qu’il tente de
séduire, et par Max et Moustique (Jo Prestia et Said Serrari),
voyous locaux, se font insistantes. Car l’idée d’un
braquage a germé dans l’esprit de chacun, mais ne peut
se concrétiser qu’avec le consentement et l’appui
de Franck.
À l’image de son protagoniste désinvolte, le premier
long-métrage de Stéphane Allagnon se plaît à
flirter avec le film de genre sans jamais lui céder complètement,
en gardant constamment une distance ironique qui oscille entre désabusement
et regain d’optimisme. Malicieusement, le réalisateur
adopte la posture de son personnage et porte un regard espiègle
sur les événements. Déjà, la tempête
du titre n’extirpe que quelques grimaces du visage de Franck,
encapuchonné dans son anorak. Le vent tourne, il n’y
a pas lieu de s’irriter. Puis, quand Moustique commence à
le surveiller, avec plus ou moins de discrétion, Franck se
dirige impassiblement vers lui et lui demande de le raccompagner.
Ici aussi, point d’inquiétude. Même lorsque les
esprits s’échauffent pour de bon et que démarre
quelque poursuite, ce ne sont que de vieux véhicules poussifs
qu’un accrochage de plus ne saurait esquinter, comme en écho
affaibli à d’autres chasses endiablées du film
de genre. Enfin, un coup de feu part, Charlus (Guillaume Viry, jubilatoire)
tombe à genoux. À Franck de lui dire de tenir et, encore
taquin : « T’es un pompier ! ». La distance
qu’il prend par rapport aux événements, et qu’Allagnon
prolonge du même coup dans sa mise en scène, produit
donc cet heureux décalage, à la limite du pastiche,
de la parodie.
Au-delà de ce comique revendiqué, le film soulève
plus sérieusement la question du bonheur, ou tout du moins
de la possibilité d’une amélioration. A ce titre,
les quelques scènes imaginées par Franck de la vie de
Michel Castel, le complice d’Hopquin, sont moins des tentatives
d’explication que l’hypothèse d’une félicité.
En effet, l’argent volé du supermarché permettrait
à Castel de vivre dans le luxe sur un voilier, en compagnie
d’une superbe jeune femme. C’est cette vision que Franck
se réapproprie et va tenter de réaliser. Il investit
peu à peu la place de Castel et se prend à rêver
qu’il pourrait accéder à cette vie-là :
il s’installe à son bureau, récupère son
ordinateur personnel et réconforte sa femme trompée
sans trop y croire car, de toutes façons, elle ne participe
pas de cet idéal – Frédérique, plutôt,
sera l’amante désirée. De même, les plans
qui découvrent les îles britanniques brumeuses, coupées
du monde, où se serait réfugié Castel, renforcent
l’idée d’un ailleurs que seul l’argent rend
accessible. Pourtant, la vision éthérée finit
par lui échapper, peut-être parce qu’il ne s’agit
justement que d’une vision – Castel gisait au pied d’une
falaise – et aussi parce qu’il n’est pas prêt
à effectuer tous les sacrifices. Surtout, elle ne s’est
pas évanouit en vain, car le dernier plan laisse bien à
Franck, non plus l’hypothèse d’une félicité,
mais la promesse d’un mieux.
Stéphane Tralongo
•Synopsis
Une petite ville côtière balayée par la tempête.
Dépêché sur les lieux pour remettre en état
le système informatique d'un supermarché, Franck Meyer,
technicien en intérim et en galère, comprend bientôt
que le directeur du magasin détourne l'argent des caisses.
La saison n'est pas creuse pour tout le monde...
Désinvolte de naissance mais curieux de nature, Franck observe,
hésite, laisse venir à lui les propositions douteuses,
les convoitises et les rêves d'avenir.
Car de Frédérique, la jolie gérante de l'hôtel
déserté, aux petits truands locaux, tous les laissers
pour compte du coin semblent désormais attendre quelque chose
de lui...
•Infos
France- Sortie le 13 juin 2007
Réalisé par Stéphane Allagnon
Avec Jonathan Zaccaï, Aure Atika, Bernard Le Coq
Durée : 1h 30
Genre : Thriller
Site officiel
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