)))  REC.  de Paco Plaza, Jaume Balagueró . sortie le 23 avril 08

 

 


Si L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona, sorti le mois dernier, s'inscrivait dans la veine classique de l'épouvante espagnole, REC en représente le versant déjanté et expérimental. On retrouve aux commandes du projet Jaume Balaguero, l'un des maîtres du cinéma d'horreur contemporain.

Cannibal Holocaust à Madrid
Balaguero est l'auteur du traumatisant La Secte sans nom dont la fin renvoyait celle de Seven au conte pour enfant ; on lui doit aussi Darkness et Fragile, oeuvres noires et envoûtantes hantées par de douloureux spectres d'enfants. On doit à Paco Plaza, le co-réalisateur de [REC], l'oppressant Les Enfants d'Abraham et le film de loup-garou Romasanta. C'est en réalisant un documenataire sur la version ibérique de la Starac' que les deux cinéastes ont eu l'idée de [REC] : plonger un reporter et une caméra vidéo dans une situation de film d'horreur.


                  


Faire passer le fantastique par l'illusion du réel induite par l'image vidéo a récemment été éprouvé par l'excellent Cloverfield de Matt Reeves. Si l'intéret de Cloverfield tenait au croisement entre le blockbuster classique et la vidéo domestique, le but de [REC] est tout autre. Pour Balaguero et Plaza il s'agit d'abord de créer la plus grande proximité possible entre le spectateur et l'horreur. Le pari est largement tenu et [REC] contient les séquences les plus terrifiantes et dérangeantes que l'on ait vues depuis longtemps sur un écran. Balaguero recrée l'univers ténébreux de ses films précédents, hantés par des enfants possédés et pervers et des créatures sans âges. Le film, bien que sa mise en scène soit très agitée, s'éloigne des récents films de zombis enragés (28 jours plus tard et sa suite) pour finalement donner une nouvelle interprétation du gothique : l'immeuble devient une maison hantée (voir un train-fantôme) dissimulant le foyer du mal. N'en disons pas trop... imaginons seulement qu'au lieu de rester dans la suggestion les auteurs du Projet Blair Witch aient décidé de montrer la créature démoniaque et que cette révélation ait été à la hauteur de nos attentes. Telles sont les visions tétanisantes que recelle REC.


                  


La télévision comme virus
Dans [REC], le mal a au moins trois origines possibles.
La première est purement fantastique, croisant de façon originale le thème de la contamination et celui de la possession diabolique. La seconde est une métaphore des mauvais instincts et en particulier le racisme qui caractérise cette découpe de la société espagnole. Lorsqu'un virus est identifié comme la cause des crises de démence, les locataires accusent une famille d'émigrés asiatiques. Enfin, la plus puissante métaphore est celle de la télévision comme accélateur de la chute de la civilisation. Le spectacle permanent devient en soi l'origine du mal dont il prétend rendre compte. Comme le disent les auteurs "la télé-réalité ne retranscrit pas la réalité, elle la crée". Angela souhaite du sensationnel pour pimenter son émission ; selon la logique éternelle - et ironique - du cinéma d'horreur, les souhaits se réalisent toujours mais sous leur forme la plus catastrophique possible.

La télévision est le premier virus qui circule dans l'immeuble... et dans notre société. Balaguero et Plaza désignent la désignent comme le média cannibale d'une civilisation spectatrice d'elle-même, ivre de sensations violentes.

Stéphane du Mesnildot

                    


Synopsis
Angéla est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu’au coup de fil d’une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D’horribles cris ont été entendus dans l’appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine…elle n’imagine pas à quel point !
Infos
Espagne - Sortie le 23 avril 2008
Réalisé par Paco Plaza, Jaume Balagueró
Avec Manuela Velasco, Ferran Terrazza
Durée : 1h 20
Genre : Fantastique
Présenté Hors Compétition à la Mostra de Venise.
Prix du jury du festival ; Prix du jury jeune et Prix du public au 15ème Festival Gerardmer
Fantastic'arts 2008

Site officiel

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