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Si L'Orphelinat
de Juan Antonio Bayona, sorti le mois dernier, s'inscrivait dans la
veine classique de l'épouvante espagnole, REC en représente
le versant déjanté et expérimental. On retrouve
aux commandes du projet Jaume Balaguero, l'un des maîtres du
cinéma d'horreur contemporain.
Cannibal Holocaust à Madrid
Balaguero est l'auteur du traumatisant La Secte sans nom
dont la fin renvoyait celle de Seven au conte pour enfant
; on lui doit aussi Darkness et Fragile, oeuvres
noires et envoûtantes hantées par de douloureux spectres
d'enfants. On doit à Paco Plaza, le co-réalisateur de
[REC], l'oppressant Les Enfants d'Abraham et le
film de loup-garou Romasanta. C'est en réalisant un
documenataire sur la version ibérique de la Starac' que les
deux cinéastes ont eu l'idée de [REC] : plonger
un reporter et une caméra vidéo dans une situation de
film d'horreur.
Faire passer le fantastique par l'illusion du réel induite
par l'image vidéo a récemment été éprouvé
par l'excellent Cloverfield de Matt Reeves. Si l'intéret
de Cloverfield tenait au croisement entre le blockbuster
classique et la vidéo domestique, le but de [REC]
est tout autre. Pour Balaguero et Plaza il s'agit d'abord de créer
la plus grande proximité possible entre le spectateur et l'horreur.
Le pari est largement tenu et [REC] contient les séquences
les plus terrifiantes et dérangeantes que l'on ait vues depuis
longtemps sur un écran. Balaguero recrée l'univers ténébreux
de ses films précédents, hantés par des enfants
possédés et pervers et des créatures sans âges.
Le film, bien que sa mise en scène soit très agitée,
s'éloigne des récents films de zombis enragés
(28 jours plus tard et sa suite) pour finalement donner une
nouvelle interprétation du gothique : l'immeuble devient une
maison hantée (voir un train-fantôme) dissimulant le
foyer du mal. N'en disons pas trop... imaginons seulement qu'au lieu
de rester dans la suggestion les auteurs du Projet Blair Witch
aient décidé de montrer la créature démoniaque
et que cette révélation ait été à
la hauteur de nos attentes. Telles sont les visions tétanisantes
que recelle REC.
La télévision comme virus
Dans [REC], le mal a au moins trois origines possibles.
La première est purement fantastique, croisant de façon
originale le thème de la contamination et celui de la possession
diabolique. La seconde est une métaphore des mauvais instincts
et en particulier le racisme qui caractérise cette découpe
de la société espagnole. Lorsqu'un virus est identifié
comme la cause des crises de démence, les locataires accusent
une famille d'émigrés asiatiques. Enfin, la plus puissante
métaphore est celle de la télévision comme accélateur
de la chute de la civilisation. Le spectacle permanent devient en
soi l'origine du mal dont il prétend rendre compte. Comme le
disent les auteurs "la télé-réalité
ne retranscrit pas la réalité, elle la crée".
Angela souhaite du sensationnel pour pimenter son émission
; selon la logique éternelle - et ironique - du cinéma
d'horreur, les souhaits se réalisent toujours mais sous leur
forme la plus catastrophique possible.
La télévision est le premier virus qui circule dans
l'immeuble... et dans notre société. Balaguero et Plaza
désignent la désignent comme le média cannibale
d'une civilisation spectatrice d'elle-même, ivre de sensations
violentes.
Stéphane du Mesnildot

•Synopsis
Angéla est journaliste pour une télévision locale.
Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien
de ceux qui travaillent la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne
de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu’au coup
de fil d’une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem
suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins
très inquiets. D’horribles cris ont été entendus
dans l’appartement de la vieille dame. Angéla perçoit
la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine…elle
n’imagine pas à quel point !
•Infos
Espagne - Sortie le 23 avril 2008
Réalisé par Paco Plaza, Jaume Balagueró
Avec Manuela Velasco, Ferran Terrazza
Durée : 1h 20
Genre : Fantastique
Présenté Hors Compétition à la Mostra de
Venise.
Prix du jury du festival ; Prix du jury jeune et Prix du public au 15ème
Festival Gerardmer
Fantastic'arts 2008
Site officiel
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