))) THE HOST. Bong Joon-Ho . 2006

 

Un film de résistance

 


Tout en s’inscrivant dans le cinéma de genre, Bong Joon-ho propose avec The Host une vision très noire et critique de la société coréenne. Dans son précédent film, Memories of Murder, un autre monstre, un serial killer, était le révélateur de la corruption du pays dans les années 80, dominé par le gouvernement militaire de PHJ. Pour le cinéaste, les monstres sont des allégories politiques et sociales, d’où leurs identités jamais clairement définies. A la fin de Memories of Murder, l’homme, que pourtant tout désignait comme l’assassin, était innocenté par les tests ADN effectués aux USA. Plus qu’un être individué, les meurtres semblaient le fruit de forces élémentaires et énigmatiques : la pluie, la couleur rouge et une chanson. La créature de The Host apparaît quant à elle en pleine lumière mais la vitesse de ses mouvements et les modulations de son anatomie (sa gueule s’ouvrant comme une fleur de chair) le rendent presque indescriptible. Le monstre importe finalement moins que sa trajectoire. Le Séoul ultramoderne à l’économie triomphante laisse place à une suite d’égouts, de souterrains, de berges polluées et d’hôpitaux de fortune ; notre présent est soudain remplacé par un monde en déréliction, celui de la catastrophe écologique. Cet usage du pouvoir allégorique du Fantastique place The Host dans la lignée des autres grands classiques du film de monstre : King Kong, symbole de la crise de 1929, et Godzilla le dragon japonais, incarnation des peurs liées à l’atome.

La pollution devient l’élément fondateur de la naissance du monstre, lorsque, sur l’ordre d’un scientifique américain, des produits chimiques sont déversés dans la rivière Han. À cela vient s’ajouter, quelques années plus tard, le corps d’un suicidé, un businessman ruiné, qui s’avère la première nourriture humaine de la créature. Pour que celle-ci atteigne sa forme définitive, il faut donc que le mépris de l’ordre écologique s’allie à la violence du capitalisme. Lorsque les USA prennent la crise comme prétexte pour se substituer au gouvernement coréen, il apparaît que le « host » est un de ces « monstres utiles » qui permettent l’ingérence et l’occupation d’un pays. La contamination mensongère, entraînant la mise en quarantaine de la famille, renvoie directement aux fausses armes de destruction massive de la seconde guerre du Golfe. A travers les mésaventures de cette famille issue de la « Corée d’en bas », Bong Joon-ho donne l’image d’un peuple pris en otage, sous le chantage implicite de la présence américaine censée les protéger du régime stalinien du Nord. Lors d’une scène spectaculaire, la créature recrache en une gerbe d’ossements ses victimes lentement digérées. On sait le combat que même face à Hollywood l’industrie cinématographique coréenne. Le cinéaste désigne alors la puissance américaine comme un monstre menaçant d’absorber graduellement la culture et l’identité d’un pays.

Stéphane du Mesnildot



Site officiel du film

Du même rédacteur, un texte sur Kim Ki-Young, le maître coréen du mélodrame baroque

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