)))  À L'AVENTURE.  de Jean-Claude BRISSEAU. sortie prévue en 2009

Trilogie de l’extase

 


Avec À l’aventure, Jean-Claude Brisseau semble poser la dernière pierre d’une réflexion audacieuse en trois étapes sur le mystère de la sexualité féminine et sur la problématique de sa représentation à l’écran. D’abord dans Choses secrètes (2002), Sandrine et Nathalie, on s’en souvient, s’affranchissaient du conformisme bien-pensant et misaient sur leurs charmes pour gravir l’échelle sociale. Après une phase d’apprentissage où elles s’exerçaient à repousser leurs limites, les deux jeunes femmes mettaient en pratique leur savoir-faire au sein d’une grande entreprise. Mais le contrôle de leur ascension fulgurante leur échappait lorsqu’elles se trouvaient confrontées à la figure sadienne du directeur. Loin de céder à un érotisme facile, les séquences de « sexe explicite » tenaient lieu d’épreuves dont l’issue, qu’elle fût bonne ou mauvaise, avait des répercussions importantes sur le parcours initiatique des héroïnes.


                       


Malgré le manque de moyens, elles manifestaient en plus une esthétique raffinée, où tout concourait à préserver la grâce des corps, ne fût-ce que la distance conservée entre la caméra et les comédiennes, à l’opposé des gros plans caractéristiques du genre pornographique. Puis dans Les Anges exterminateurs (2006), un cinéaste en quête, justement, de la beauté de la jouissance, soumettait de jeunes comédiennes à des essais de plus en plus osés. En dépit des menaces, il poursuivait ses recherches jusqu’à perdre lui aussi le contrôle de la situation et à en faire largement les frais. De la même façon que Catherine Breillat revenait sur le tournage d’À ma sœur ! (2000) avec Sex is comedy (2001), Brisseau jugeait nécessaire d’éclairer les difficultés rencontrées pendant la réalisation de Choses secrètes. Non seulement poursuivait-il le travail narratif et esthétique amorcé par son film précédent, mais plaçait-il en plus les enjeux de la représentation au cœur du récit par le biais de la mise en abyme. Il renforçait en outre l’élément surnaturel déjà présent dans le reste de sa filmographie, afin d’appuyer la dimension mystique de la sexualité.


                       



Qu’en est-il alors d’À l’aventure ? L’intrigue reprend le modèle de la quête initiatique: lasse du quotidien routinier que lui imposent le travail et la vie en couple, Sandrine (Carole Brana, sublime) quitte tout du jour au lendemain pour tenter de recouvrer la liberté. Sa rencontre, à la fois intellectuelle et sexuelle, avec Greg (Arnaud Binard), un jeune psychiatre, lui apparaît comme le premier pas vers l’émancipation. Mais son désir de liberté atteint rapidement des limites que d’autres n’hésitent pas à franchir. À ce titre, Sophie, une amie de Greg, trouve du plaisir dans le masochisme. Afin de dissiper les doutes de Sandrine, elle lui propose d’assister à une séance, au cours de laquelle elle parvient à l’orgasme après avoir reçu de violents coups de ceinture. Quant à Mina, rencontrée pendant la séance, elle s’avère extrêmement réceptive à l’hypnose pratiquée par Greg, jusqu’à être transportée dans de véritables extases mystiques. De part sa structure et ses thèmes, il serait aisé de tisser des liens entre le film et ses deux prédécesseurs. À l’aventure présente même un aspect synthétique parfois déroutant et que Brisseau définit lui-même comme un mélange improbable, « par exemple mêler dans un dialogue Einstein et le sexe, ou l’interrogation sur le sens de la vie et la quête mystique, ou encore le désir et la grâce » (1) . Les scènes visuelles et « pratiques » de masturbation, de sado-masochisme ou d’hypnose, alternent ainsi avec des scènes plus volontiers verbales et « théoriques », où les personnages s’interrogent et adoptent un ton presque professoral (Greg, mais également le physicien reconverti en chauffeur de taxi). C’est que, à la suite des Anges exterminateurs, le film s’est mis à réfléchir à voix haute sur les questions que ses propres images soulèvent. Au final, bien qu’il multiplie les grands écarts, À l’aventure exerce une certaine fascination et vient conclure une trilogie passionnante, pour le moins insolite dans le paysage cinématographique français.

 


Stéphane Tralongo

                    


notes

(1) extrait du dossier de presse


Synopsis
Lasse de son actuel mode de vie, une jeune femme décide de tout quitter. Elle fait alors des rencontres qui
l’amèneront vers de nouveaux plaisirs, mais aussi au seuil du fantastique.
Infos
France - Sortie prévue en 2009
Interdit aux moins de 16 ans
Réalisé par Jean-Claude Brisseau
Avec Etienne Chicot, Jocelyn Quivrin, Arnaud Binard, Carole Brana


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