Enfin pris?
se présente comme une fausse suite de Pas vu pas pris,
où l'on retrouve le personnage de Pierre Carles dans son rôle
d'enquêteur façon Droopy. Dans ce film, il poursuit sa
critique de la télévision, mais avec cette fois-ci,
en point de mire, l'émission Arrêt sur image
de France 5, animée par son ancien pote, Daniel Schneidermann.
Ancien pote car courant des années 90, ils ont travaillés
ensemble sur M6. Et ironie du sort, c'était autour d'un documentaire
de fond sur les coulisses du pouvoir et les relations intimes entre
journalistes et politiques. Et c'est notamment sur ce point que Carles
va axer sa diatribe contre son ex-collègue de travail.
Le point d'échauffement entre les deux hommes est une émission
de Arrêt sur image qui a pour invité l'éminent
et controversé sociologue Pierre Bourdieu. On se souvient que
Pierre Carles lui a par ailleurs consacré un large portrait
intitulé La sociologie est un sport de combat...
Pierre Bourdieu est donc invité par Schneidermann à
s'exprimer sur Arrêt sur image. Le sociologue qui rêve
d'exposer ses thèses à la télévision,
se retrouve cerné par des invités –des "contradicteurs"-
dont le rôle, plus ou moins conscient, est de lui confisquer
la parole. Pierre Carles est choqué et s'interroge. Cette censure
est-elle d'ordre technique : la télévision ne supportant
pas les tunnels de plus de 3 minutes de parole ? – ou est-elle
d'ordre politique : il est dangereux de laisser parler certains intellectuels
?
Le film de Pierre Carles dérive alors vers une thèse
selon laquelle l'émission Arrêt sur image n'est
qu'une illusion, l'illusion que la télévision peut critiquer
la télévision.
Pour faire sa démonstration, Pierre Carles se sert d'un extrait
d'Arrêt sur image pendant lequel Daniel Schneidermann
reçoit seul - sans "contradicteurs" - Jean-Marie
Messier. Il déniche alors les images des coulisses de cette
émission où l'on voit Schneidermann rassurer Jean-Marie
Messier en lui précisant qu'ils parleront, en direct, de choses
bien plus futiles que des comptes troubles de Vivendi. Lamentable
cirage de pompes ! La première banderille est plantée
! À partir de là, Pierre Carles ne lâchera plus
Schneidermann. À coups de flash-back, il exhumera les images
d'un jeune journaliste virulent et audacieux, celui qu'était
Daniel Schneidermann dans les années 80, pour mieux mettre
à jour le retournement de veste qu'il a fini par effectuer
15 ans après.
Dans une ultime pirouette, Enfin pris ? s'achève sur
une fausse séance de psychanalyse- avec dans le rôle
du psychanalyste, Jean-Paul Abribat, un vrai psychanalyste qui se
caricature pour donner une dimension totalement loufoque, décalée
à la scène. Le psychanaliste est supposé analyser
Schneidermann à travers Pierre Carles. Mais c'est évidemment
l'inverse qui se passe. Car Enfin pris? dérive involontairement
vers une histoire plus personnelle, celle d'une amitié déchue.
Laurent Devanne
•))) lire
l'entretien avec Pierre Carles