))) ENFIN PRIS ? . Pierre CARLES . 2002

 


Enfin pris? se présente comme une fausse suite de Pas vu pas pris, où l'on retrouve le personnage de Pierre Carles dans son rôle d'enquêteur façon Droopy. Dans ce film, il poursuit sa critique de la télévision, mais avec cette fois-ci, en point de mire, l'émission Arrêt sur image de France 5, animée par son ancien pote, Daniel Schneidermann. Ancien pote car courant des années 90, ils ont travaillés ensemble sur M6. Et ironie du sort, c'était autour d'un documentaire de fond sur les coulisses du pouvoir et les relations intimes entre journalistes et politiques. Et c'est notamment sur ce point que Carles va axer sa diatribe contre son ex-collègue de travail.

Le point d'échauffement entre les deux hommes est une émission de Arrêt sur image qui a pour invité l'éminent et controversé sociologue Pierre Bourdieu. On se souvient que Pierre Carles lui a par ailleurs consacré un large portrait intitulé La sociologie est un sport de combat...

Pierre Bourdieu est donc invité par Schneidermann à s'exprimer sur Arrêt sur image. Le sociologue qui rêve d'exposer ses thèses à la télévision, se retrouve cerné par des invités –des "contradicteurs"- dont le rôle, plus ou moins conscient, est de lui confisquer la parole. Pierre Carles est choqué et s'interroge. Cette censure est-elle d'ordre technique : la télévision ne supportant pas les tunnels de plus de 3 minutes de parole ? – ou est-elle d'ordre politique : il est dangereux de laisser parler certains intellectuels ?

Le film de Pierre Carles dérive alors vers une thèse selon laquelle l'émission Arrêt sur image n'est qu'une illusion, l'illusion que la télévision peut critiquer la télévision.
Pour faire sa démonstration, Pierre Carles se sert d'un extrait d'Arrêt sur image pendant lequel Daniel Schneidermann reçoit seul - sans "contradicteurs" - Jean-Marie Messier. Il déniche alors les images des coulisses de cette émission où l'on voit Schneidermann rassurer Jean-Marie Messier en lui précisant qu'ils parleront, en direct, de choses bien plus futiles que des comptes troubles de Vivendi. Lamentable cirage de pompes ! La première banderille est plantée ! À partir de là, Pierre Carles ne lâchera plus Schneidermann. À coups de flash-back, il exhumera les images d'un jeune journaliste virulent et audacieux, celui qu'était Daniel Schneidermann dans les années 80, pour mieux mettre à jour le retournement de veste qu'il a fini par effectuer 15 ans après.

Dans une ultime pirouette, Enfin pris ? s'achève sur une fausse séance de psychanalyse- avec dans le rôle du psychanalyste, Jean-Paul Abribat, un vrai psychanalyste qui se caricature pour donner une dimension totalement loufoque, décalée à la scène. Le psychanaliste est supposé analyser Schneidermann à travers Pierre Carles. Mais c'est évidemment l'inverse qui se passe. Car Enfin pris? dérive involontairement vers une histoire plus personnelle, celle d'une amitié déchue.

Laurent Devanne


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