)))  RACINES. Richard Copans. 2003

 

Tout commence par un jeu de mots dans un cabinet de dentiste. Richard Copans a mal aux dents. Il va même certainement les perdre parce que ses racines ne tiennent plus dans leurs alvéoles. Cette douloureuse nouvelle est l’occasion pour lui d’enquêter sur d’autres racines, familiales. Cette pirouette linguistique inscrit le film sous le signe des mots, des noms. D’ailleurs, deux textes sont à l’origine de ce projet, écrits en 1996 par Copans: Histoire(s) de famille(s) et Histoire(s) de Racine(s) (1) que l’on peut lire comme le commencement d’un journal intime qui deviendrait cinématographique par la suite.

Pour expliquer sa façon de filmer, il emploie le terme de cueillette : il s'agit de « recueillir ce qu'il reste de ses racines ». Cueillette, glanage. L’univers d’Agnès Varda n’est pas si loin. Avec ce même désir de voir ce qui se cache derrière les mots et d'en extraire des images. Aussi parce que Racines fonctionne par ricochets. De bureau d'immigration en bureau d'état-civil, de Picardie en Amérique, en passant par la Lituanie, Richard Copans suit son nom de famille à la trace et remonte les couches concentriques de son histoire familiale. Une histoire d’immigrants juifs de Kovno partis vers le Nouveau Monde. Sur sa route, il croise un ouvrier à la retraite, un généalogiste cévenol, un professeur de yiddish, un violoniste lituanien. D’une généalogiste américaine qui enquête sur les esclaves venus d'Afrique à un lointain cousin américain qui collectionne tout ce qui porte le nom "Copans", le cinéaste élargit sa réflexion de ceux qui ne portent pas de nom à ceux qui en font une marque de fabrique.

À mesure que le film avance, on s’aperçoit que ce travail de généalogiste, cette exploration du passé n'est qu'un prétexte à filmer le présent. Sur le rythme lancinant de la contrebasse de Barre Philips, Copans improvise avec sa caméra et filme le réel qui l’entoure, les rails, les vagues, le ciel et puis les mots, devenus matière lorsqu’ils sont gravés sur une pierre tombale. Ce qui compte, c'est le voyage. C'est la rencontre de l'Autre, qu'il soit picard, lituanien ou américain. L’air de rien, Racines devient une ode au métissage, à l'image de cet arbre généalogique imaginaire que son père avait dessiné en 1945 et que Copans découvre pendant le montage de son film. Son père avait imaginé un arbre généalogique jusqu'en 2045. Il avait inventé les prénoms de ses futurs petits-enfants et arrière arrière petits-enfants et la nationalité de chacun, constitués d’un savant mélange de 5 à 6 nationalités : slavo-américano-franco-cambodgio-argentino…etc.

"With Robert Kramer" est le dernier mot du film. Sous le nom Copans, il y avait donc celui de Kramer (2). Comme un frère de cinéma … peut-être sa famille la plus importante ?


Laurent Devanne

 

(1) lire les textes: Histoire(s) de famille(s) & Histoire(s) de Racine(s)
(2) Richard Copans a été chef opérateur et producteur du documentariste Robert Kramer.


 

•))) lire l'entretien avec Richard Copans

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