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Pippo Delbono
est un dramaturge et un acteur reconnu. On lui doit par exemple la
pièce La Menzogna (Le mensonge) qui sera
présentée à Avignon cette année. En attendant,
il nous impose Grido, l’histoire de sa relation avec
Bobò, ancien interné sourd-muet, analphabète
et hydrocéphale.
Tout commence sur une scène. Se mélange une représentation
d’Henry V et le récit autobiographique de Delbono, en
voix-off. On ne comprend pas trop s’il est Falstaff ou le roi
Henry, toujours est-il qu’il s’agit d’évoquer
un passé agité et dissolu, en même temps que l’appel
d’une raison ou d’une responsabilité fuyante. Nous
avons donc du théâtre filmé, dans un premier temps.
Puis Delbono veut exprimer la folie. Au cas où l’on n’aurait
pas compris, il se filme agitant la tête et fait, en surimpression,
des collages chaotiques. Au cas où l’on n’aurait
toujours pas compris, il précise en voix-off, de manière
vaguement lyrique, qu’il approche à ce moment la folie.
Bref, on peut difficilement faire moins subtil dans l’expression
cinématographique.

Ensuite vient Bobò. On le voit dans un quasi documentaire,
avant que Pippo le prenne avec lui. Ce Bobò a bien évidemment
une gestuelle et une expression qui lui sont propre, lui qui ne peut
pas parler. Et Pippo Delbono a raison de croire dans la pertinence
d’un tel personnage sur scène. Sa présence aux
côtés du dramaturge donne d’ailleurs lieu aux séquences
les plus sympathiques de Grido. Des telles situations –
les deux compères chez le coiffeur, les deux compères
encasquettés en haut d’un bus à touristes –
ont une vraie force comique.

L’ennui, dans tout ça, c’est que Pippo Delbono,
avec sa voix-off, ses confessions émues, ses procédés
grossiers, reste toujours au devant de la scène. Même
quand il s’agit de filmer simplement Bobò, il est là,
expliquant que comme Bouddha ou comme Jésus, on ne sait plus
trop, « il est descendu vers les petits » pour leur montrer
la lumière – et au passage se sauver lui-même.
Tant mieux pour lui. Et nous lui souhaitons que cette thérapie
cinématographique participe à sa guérison. Mais
qu’il nous laisse tranquilles. Bobò est le personnage
de scènes parfois drôles et touchantes, mais Pippo Delbono
n’a ni la sensibilité esthétique ni la décence
pour filmer ces moments simplement.
Timothée Gérardin

•Synopsis
Ce film est né d’une expérience qui a transpercé
ma vie. Deux années à extraire l’essence d’une
histoire beaucoup plus longue. Je ne voulais ni ne pouvais écrire
un scénario, ni inventer aucun personnage. L’histoire était
là, vivante, comme les gens qui la font. Et parallèlement,
mon désir d’explorer, à travers le langage cinématographique,
la liberté de voler, de l’irréel, du rêve,
de la poésie. Sans perdre la conscience de la vérité.
PD
•Fiche
technique
2007 – Italie – 75mn – couleur – 35 mm –
Dolby SRD
De Pippo Delbono, avec : Pippo Delbono, Bobò, Pepe Robledo, Nelson
Lariccia, Mario Intruglio, Gustavo Giacosa, Lucia Della Ferrera, Anna
Redi, Mickael Gaspard, Carmine Guarino, Margherita Clemente, Piero Corso,
Elena Guerrini. Les acteurs de la compagnie Pippo Delbono
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