)))  GRIDO. Pippo DELBONO

(Sortie en salles le 17 Juin 2009)

 


Pippo Delbono est un dramaturge et un acteur reconnu. On lui doit par exemple la pièce La Menzogna (Le mensonge) qui sera présentée à Avignon cette année. En attendant, il nous impose Grido, l’histoire de sa relation avec Bobò, ancien interné sourd-muet, analphabète et hydrocéphale.

Tout commence sur une scène. Se mélange une représentation d’Henry V et le récit autobiographique de Delbono, en voix-off. On ne comprend pas trop s’il est Falstaff ou le roi Henry, toujours est-il qu’il s’agit d’évoquer un passé agité et dissolu, en même temps que l’appel d’une raison ou d’une responsabilité fuyante. Nous avons donc du théâtre filmé, dans un premier temps. Puis Delbono veut exprimer la folie. Au cas où l’on n’aurait pas compris, il se filme agitant la tête et fait, en surimpression, des collages chaotiques. Au cas où l’on n’aurait toujours pas compris, il précise en voix-off, de manière vaguement lyrique, qu’il approche à ce moment la folie. Bref, on peut difficilement faire moins subtil dans l’expression cinématographique.

                        

Ensuite vient Bobò. On le voit dans un quasi documentaire, avant que Pippo le prenne avec lui. Ce Bobò a bien évidemment une gestuelle et une expression qui lui sont propre, lui qui ne peut pas parler. Et Pippo Delbono a raison de croire dans la pertinence d’un tel personnage sur scène. Sa présence aux côtés du dramaturge donne d’ailleurs lieu aux séquences les plus sympathiques de Grido. Des telles situations – les deux compères chez le coiffeur, les deux compères encasquettés en haut d’un bus à touristes – ont une vraie force comique.


                        

L’ennui, dans tout ça, c’est que Pippo Delbono, avec sa voix-off, ses confessions émues, ses procédés grossiers, reste toujours au devant de la scène. Même quand il s’agit de filmer simplement Bobò, il est là, expliquant que comme Bouddha ou comme Jésus, on ne sait plus trop, « il est descendu vers les petits » pour leur montrer la lumière – et au passage se sauver lui-même. Tant mieux pour lui. Et nous lui souhaitons que cette thérapie cinématographique participe à sa guérison. Mais qu’il nous laisse tranquilles. Bobò est le personnage de scènes parfois drôles et touchantes, mais Pippo Delbono n’a ni la sensibilité esthétique ni la décence pour filmer ces moments simplement.


Timothée Gérardin



                        



•Synopsis
Ce film est né d’une expérience qui a transpercé ma vie. Deux années à extraire l’essence d’une histoire beaucoup plus longue. Je ne voulais ni ne pouvais écrire un scénario, ni inventer aucun personnage. L’histoire était là, vivante, comme les gens qui la font. Et parallèlement, mon désir d’explorer, à travers le langage cinématographique, la liberté de voler, de l’irréel, du rêve, de la poésie. Sans perdre la conscience de la vérité. PD

•Fiche technique
2007 – Italie – 75mn – couleur – 35 mm – Dolby SRD
De Pippo Delbono, avec : Pippo Delbono, Bobò, Pepe Robledo, Nelson Lariccia, Mario Intruglio, Gustavo Giacosa, Lucia Della Ferrera, Anna Redi, Mickael Gaspard, Carmine Guarino, Margherita Clemente, Piero Corso, Elena Guerrini. Les acteurs de la compagnie Pippo Delbono

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