)))  MISFITS (Les Désaxés) / John HUSTON


(Ultimes) reflets d’un Âge d’or  

« C’est à ça que je ne m’habitue pas.   
Tout change tout le temps.
»  
 

 


Il est des films hantés par leurs tournages chaotiques, tourmentés par leurs interprètes, ces stars-aux-destins-tragiques comme ont pu les nommer des exégètes affamés de scandale, pour finir ensevelis sous une épaisse couche de « légende » dont Hollywood raffole, estampillées « films maudits ». The Misfits est de ceux-là. Comment dès lors en parler le plus fidèlement possible sans tout mélanger ? En se débarrassant d’office de cette légende poisseuse, si troublante que puisse être sa prégnance avec le film. D’abord, bien sûr, il y a Marylin : ses retards à répétition, sa dépression dans ce qui restera son ultime film (achevé), son couple avec Arthur Miller, auteur du scénario, se défaisant au fil du tournage. Ensuite, le décès subit de Clark Gable deux semaines après la fin de la réalisation. Enfin, Monty Clift, frêle rescapé d’un récent accident de voiture qui l’avait laissé dévisagé. De là à en conclure que, déjà, ce sont des « misfits » en souffrance - « désaxés » en véèffe, mais le mot signifie plutôt « marginaux », « inadaptés » à leur environnement extérieur - qui s’engagent dans ce film, il n’y a qu’un pas, à ne franchir que prudemment. Il s’agit surtout de cette fragilité exacerbée que tous ont léguée à leurs personnages, à moins que ce ne soit l’inverse.


                      


Dérive. Que faire de sa vie quand on a perdu ses illusions ? Est-il encore question d’en profiter à Reno ( Nevada ), qui ne laisse augurer que vivotage et ennui mortel à noyer dans le whisky? C’est là que vit Roslyn, femme plus tout à fait jeune aux formes généreuses, qui attire encore d’encombrants regards masculins. Mais si le cadre est ainsi tristement esquissé, c’est pour mieux, et vite, s’en échapper. Déjà, la voilà qui divorce douloureusement d’un mari insignifiant. Dès lors, c’est aussi la ville qu’elle s’apprête à quitter car à sa dérive, il faut bien un point de départ et un déclic. Roslyn abandonne alors ses certitudes face à sa vie menée jusque là, et entreprend de se frotter aux questions existentielles qui la pressent. Une mise en danger concrétisée par sa rencontre avec trois cow-boys errants et désabusés, Gay (Clark Gable, poignant), Guido (Eli Wallach) puis, plus tard, Perce (Montgomery Clift), qui l’amènent dans une maison construite en plein désert du Nevada.



                      



Un chant d’amour. Une fois réunis, que cherchent-ils tous ? Plus grand chose, à vrai dire. Les hommes sont tristes, blessés, vulnérables, en prise avec des désirs presque éteints de n’avoir pas pu être assouvis, piégés par le temps qui passe. Seul le contact avec la mort (rodéo infernal, vaine chasse aux mustangs) semble les ranimer un tant soit peu, histoire de se prouver qu’ils sont encore bien vivants. Cet attrait morbide effraie Roslyn qui, au milieu, ranime leurs vieux démons féminins. Tour à tour femme-enfant (pour Gay), femme-épouse (pour Guido) et femme-mère (pour Perce), elle est naïve, émouvante, fragile. Magnifique scène où tous la contemplent au clair de lune, ivre, exécuter une danse envoûtante et sensuelle, un moment d’abandon total. De même que celle, désormais célèbre où, écœurée par leur cruelle chasse aux mustangs, elle crie dans l’immensité du désert son dégoût pour les hommes « meurtriers ». Si ces paysages se prêtent d’habitude aux plans panoramiques, la récurrence des plans rapprochés fonctionnent ici comme autant de tentatives à stabiliser les personnages et à les maintenir ensemble dans le cadre, pour percer à jour leurs âmes torturées. Mais, – la faute au script de Miller, un peu trop littéraire ? - on dirait que tous pensent à voix haute, sans jamais s’entendre et réussir à établir un vrai dialogue. Reste que ce chant d’amour écrit d’abord pour sa femme est bien émouvant, tout comme le film. Peuplé par ces cow-boys désœuvrés et comme désincarnés, il dit la fin de l’âge d’or hollywoodien en même temps que celle de la conquête de l’Ouest, aventure bel et bien terminée qui n’aurait même pas effleuré ces héros si fatigués.



Laura Le Gall



                      


Synopsis
A Reno, Roslyn s'apprête à divorcer. Fasciné par la beauté de la jeune femme, un cow-boy entre deux âges lui demande de partager son existence. Elle se lie également d'amitié avec un riche éleveur et un garagiste veuf. Ils paraissent comblés mais subissent en fait une misère affective et intellectuelle.
Infos
Etats-Unis -
Sortie en avril 1961 - Titre français: Les désaxés
Réalisé par John Huston
Avec Clark Gable, Marilyn Monroe, Montgomery Clift, Eli Wallach


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