)))  HULK . Ang LEE . 1999
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utations... 
 


Les origines de Hulk sont connues de tous à l’exception de l’intéressé même, d’où la colère aveugle qui l’anime… Loin d’avoir réalisé un blockbuster sur une brute verte dévastant tout sur son passage, Ang Lee, auteur de satires familiales, brosse le portrait d’un gros bébé (virtuel) qui se pose des questions d’adulte. Un enfant qui rêve de dé-naître : abandonner l’image de synthèse et revenir à l’image réelle, à sa vraie nature. Disparaître pour mieux apparaître ?

         

Hulk se cramponne à un avion à réaction. Emporté à la limite de l’espace, l’oxygène se raréfie. Il défaille et chute des cieux au fond de l’océan. Ce long mouvement descendant annonce une régression, un rajeunissement symbolique et une (re)naissance. Hulk se dévêtira de l’image de synthèse comme d’un lourd déguisement et révèlera un homme mis à nu…

                                                         
       
                                                        

Hulk a le visage serein d’un enfant rêvant qu’il fut autrefois Bruce. Chacun observe son double de l’autre côté du miroir. Le futur face au passé, l’image de synthèse face à la réalité. Bruce essuie la buée sur la glace (ce voile contrasté caractéristique de l’image de synthèse) pour dévoiler un double déformé et effacer les limites entre les deux mondes.
Qui est le plus réel: le personnage de comics recréé de synthèse ou son interprète de chair et de sang ? Tel King Kong, Hulk brise le miroir et saisit en son poing Bruce. Il se l’approprie et réintègre grâce à lui une part d’humanité.

         

Hulk continue sa chute sans fin. Déjà, un plan large accentue sa disparition du cadre. L’image de synthèse s’embrume, perd de sa netteté et de ses couleurs criardes. Hulk se fond à la texture de la réalité…


                                  


Invisible, il progresse par les égouts et débouche dans les hauteurs de la ville en explosant la chaussée. Du sol éventré il sort à la lumière, vagissant comme un bébé venant au monde dans une lumière brutalement réaliste qui le fait cligner des yeux. L’image de synthèse d’Hulk est souillée : un sacrilège à Hollywood ! Figure-t-elle le sang accompagnant l’enfantement ou seulement les détritus des égouts ? L’image de synthèse s’humanise grâce aux reflets bruns que prend la peau.

          

La première chose que voit le nouveau né est Betty, la fiancée de Bruce. Le contexte symbolique encourage à une confusion des rôles entre mère et épouse. La figure féminine du film calme du regard l’enfant hagard. Nous atteignons à de la pure poésie visuelle lorsque Hulk fond littéralement d’amour pour Betty. Sa carapace virtuelle (de synthèse) s’étiole et laisse entrevoir l’acteur, Eric Bana. Une flaque au sol évoque comme une rupture des eaux. Naissance inversée : la masse de muscles de 3 mètres décroît pour laisser entre les bras de sa fiancée/mère un garçon nu qui est vidé de ses forces. Bruce/Hulk est enfin réconcilié avec ses origines, ou presque…







Trou noir et épilogue… Bruce face à un père inconnu. Une phrase aux accents tragiques : « Fils, j’ai besoin de ta force ! Je t’ai fait don de la vie… tu vas me rendre ce que tu me dois ! ». Le père/ogre vampirise les éléments fondamentaux (la terre, l’eau et le feu) et s’approprie l’image de synthèse qu’Hulk rejette. La figure paternelle confine à l’image (de synthèse) divine. Explosion nucléaire. Les deux images synthétiques se mêlent. Le champignon qui s’estompe laisse entrevoir le visage d’Hulk composé d’images de son passé retrouvé : son père, sa mère, sa fiancée, lui… Il se retrouve finalement en une synthèse d’images et non plus une image de synthèse.



Une image enfouie dans son inconscient jaillit alors : son père l’embrasse dans son enfance.

                                                                  


Hulk cristallise aspirations philosophiques et plastiques : la violence y sert un discours sur la fragilité de la nature humaine et l’image de synthèse ouvre la porte à toutes les interrogations sur les origines de l’image.
Grâce à un Ang Lee et une image de synthèse devenue mature et triomphante, les comics portés à l’écran s’affirment en contes modernes… Stan Lee, père du comics avait des aspirations philosophiques, en 1962, lorsqu’il accouchait de Hulk après avoir vu Frankenstein : « le premier super héros à être aussi un monstre » dont l’ennemi serait sa nature même. Dans le contexte de l’époque ce Mal figure la bombe atomique… Le monde s’est métamorphosé depuis. Aujourd’hui, la peur a changé de visage dans les films d’action américains. Elle se ressource dans la paranoïa et la schizophrénie donnant vie à des œuvres comme Fight Club, Matrix ou Le Village. Le trouble moderne ultime réside dans la recherche de notre véritable identité, comme Hulk est hanté par ses origines. L’image de synthèse créée cet « Autre » plus que réaliste mais réconcilie nos sens avec un onirisme oublié.

Nachiketas Wignesan



•DVD de Hulk édité par Universal Pictures et distribué par Universal Pictures Vidéo

•Article paru dans le n° 13
de la revue Projections: actions cinéma / audiovisuel
de septembre/octobre 2004