)))  À L'INTÉRIEUR.  Julien Maury & Alexandre Bustillo . sortie le 13 juin 07

 

 


La sortie de À l’intérieur constitue un mini-événement car c’est la première vraie incursion du cinéma français dans le genre gore depuis des « oeuvrettes » comme Le seuil du vide de Jean-François Davy (1971), La nuit de la mort de Raphaël Delpard (1980) ou encore Les prédateurs de la nuit de Jess Franco (1988), c’est-à-dire ne se référençant pas du côté de l’Outre-Atlantique comme ce fût récemment le cas pour les œuvres de Christophe Gans et son Silent Hill (2006) ou de Alexandre Aja avec Haute Tension (2003) puis La colline a des yeux (2006).
Les deux auteurs Julien Maury et Alexandre Bustillo ont bien assimilé leur leçon, ce dernier a par ailleurs une expérience en tant que critique du cinéma d’horreur et fantastique pour avoir collaboré au célèbre magasine Mad Movies, et cela enrichit le film par de multiples références au genre. Mais contrairement à un autre cinéaste-cinéphile comme Quentin Tarantino et son Grindhouse, nous ne sommes pas ici dans un monument à la gloire d’un cinéma de divertissement, car si références il y a dans À l’intérieur, celles-ci fonctionnent sans doute plus de manière inconsciente chez les auteurs. Les deux jeunes cinéastes se revendiquent d’un certain cinéma francophone avec des films comme Les mois d’avril sont meurtriers de Laurent Heynemann, Le locataire de Roman Polanski et surtout le relativement et tristement oublié Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni, mais leurs films s’avèrent en fait assez éloigné de leurs illustres modèles, privilégiant plus l’aspect horreur « qui tâche » et peur primale que la dimension psychologique qui caractérisait ces classiques. Ainsi dans le film de Santoni, un couple (Jean-Pierre Bisson et Dominique Lavanant) motivé par un obscur sentiment de vengeance, envahissait peu à peu la somptueuse maison d’un autre couple (Jean-Pierre Bacri et Nicole Garcia) dans le but de les remplacer ni plus ni moins en voulant vivre leur propre vie. Bien que quelques effets sanguinolents étaient présents (ce qui valut au film des déboires avec la censure) le sentiment d’angoisse découlait essentiellement de la froideur du décor et des personnages. Il ne reste ici que le propos : une femme (Béatrice Dalle) essaye de voler la vie d’une autre (Alysson Paradis) en tentant de lui arracher l’enfant qu’elle porte en elle, on ne comprendra ses motivations que vers la fin du film.

                   

C’est effectivement du côté du cinéma européen qu’il faut trouver la filiation avec A l’intérieur mais plus exactement vers le cinéma de genre transalpin des années 70 à 80. On retrouve dans le film de Maury et Bustillo des figures de ce cinéma dit «d’exploitation» parfaitement digérées et assimilées, surtout dans la terrifiante et totalement décomplexée dernière partie où les maquillages de Béatrice Dalle ou de Nicolas Duvauchelle renvoient à ceux des zombies de Lucio Fulci, Joe d’Amato ou Umberto Lenzi. À l’intérieur s’inscrit aussi dans la veine du film d’horreur pour adolescent, appelé aussi « Slasher-movie » et remis récemment au goût du jour par la série Scream de Wes Craven. L’ironie veut que A l’intérieur soit justement interdit à une partie de ce public de moins de 16 ans, preuve que le cinéma dit « de genre » n’est pas encore assimilé dans la culture française, au point que certaines personnes ne sauront sans doute pas où ranger ce long métrage, tellement il paraît inhabituel au regard de la production française d’aujourd’hui. Dans le rôle du tueur fou caractérisant le genre « Slasher », Béatrice Dalle s’avère plutôt convaincante et parvient même à instiller un réel sentiment de peur par instant, même si certaines scènes prêtent plus au rire qu’à l’effroi tellement elles versent dans la caricature, au mépris parfois de la cohérence, on fini même par se demander comment la pauvre victime (Alysson Paradis) couverte de sang, ne succombe pas plus tôt à ses blessures.

                 

Mais ce qui distingue le cinéma d’horreur français des autres depuis toujours, c’est sa dimension sociale et si l’action de A l’intérieur se passe sur fond des émeutes en banlieue, cela n’est pas un hasard. Alysson Paradis, isolée au milieu d’un lotissement en apparence confortable, va devoir lutter contre une menace bien plus grande que celle que les médias véhiculent à travers les images des casseurs : la folie engendrée par une société trop violente envers ses marginaux, dimension que Béatrice Dalle incarne superbement dans un personnage de tueuse qui pourrait faire date, cette dernière nous est présentée comme une véritable icône du genre, sorte de Freddy Krueger au féminin gagnant peu à peu en épaisseur à mesure que le film progresse dans un vertige d’hémoglobine et de violence graphique. Les effets spéciaux sont d’ailleurs très soignés et certaines séquences risquent de ne pas s’oublier de si tôt. Mais si les maquillages et les effets spéciaux constituent la dimension la plus convaincante de A l’intérieur, il n’en va pas de même pour l’interprétation et la direction des comédiens, pourtant tous excellents au demeurant, la faute à un scénario plutôt avare en dialogues, ces derniers se limitant à des phrases courtes ou des injures parfois cocasses et inattendues. Les seconds rôles François-Régis Marchasson (Tatie Danielle) et Nathalie Roussel (la gloire de mon père, le château de ma mère) sont trop peu fouillés psychologiquement pour nous permettre de nouer un attachement fort avec leurs personnages, si bien que l’on se sent un peu détaché de leur sort dans deux scènes véhiculant plus une ironie limite douteuse là où elles auraient dû être poignantes pour le spectateur. Seule Alysson Paradis parvient à exprimer toute la détresse de son personnage de jeune femme esseulée après la mort tragique de son compagnon dans un accident de voiture, protégeant l’enfant qu’elle attend de la convoitise enragée de Béatrice Dalle. La confrontation de ces deux femmes dans une lutte à mort pour un enjeu assez inattendu constitue le principal intérêt du film.

Tentative à moitié convaincante de cinéma d’horreur à la française, A l’intérieur se révèle par certains aspects très encourageant pour l’espace qu’il ouvre à un cinéma de genre français pleinement assumé.

Thierry Carteret

                    


Synopsis
Depuis la mort tragique de son mari dans un accident de voiture, Sarah est seule et malgré une mère omniprésente, c'est seule qu'elle passera son réveillon de Noël. Seule et enceinte. Cette nuit est la dernière que la jeune femme passera chez elle. Le lendemain matin, celle-ci doit entrer à l'hôpital pour accoucher. Dans sa maison, tout est calme. Jusqu'au moment où quelqu'un vient frapper à sa porte. Derrière, une femme prête à tout pour arracher l'enfant qu'elle porte en elle...

Infos
France - Sortie le 13 juin 2007 - Interdit aux moins de 16 ans
Réalisé par Julien Maury, Alexandre Bustillo
Avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nathalie Roussel
Durée : 1h 20
Genre : Horreur

Site officiel

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