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La sortie
de À l’intérieur constitue un mini-événement
car c’est la première vraie incursion du cinéma
français dans le genre gore depuis des « oeuvrettes »
comme Le seuil du vide de Jean-François Davy (1971),
La nuit de la mort de Raphaël Delpard (1980) ou encore
Les prédateurs de la nuit de Jess Franco (1988), c’est-à-dire
ne se référençant pas du côté de
l’Outre-Atlantique comme ce fût récemment le cas
pour les œuvres de Christophe Gans et son Silent Hill
(2006) ou de Alexandre Aja avec Haute Tension (2003) puis
La
colline a des yeux (2006).
Les deux auteurs Julien Maury et Alexandre Bustillo ont bien assimilé
leur leçon, ce dernier a par ailleurs une expérience
en tant que critique du cinéma d’horreur et fantastique
pour avoir collaboré au célèbre magasine Mad
Movies, et cela enrichit le film par de multiples références
au genre. Mais contrairement à un autre cinéaste-cinéphile
comme Quentin Tarantino et son Grindhouse, nous ne sommes
pas ici dans un monument à la gloire d’un cinéma
de divertissement, car si références il y a dans
À l’intérieur, celles-ci fonctionnent sans
doute plus de manière inconsciente chez les auteurs. Les deux
jeunes cinéastes se revendiquent d’un certain cinéma
francophone avec des films comme Les mois d’avril sont meurtriers
de Laurent Heynemann, Le locataire de Roman Polanski et surtout
le relativement et tristement oublié Mort un dimanche de
pluie de Joël Santoni, mais leurs films s’avèrent
en fait assez éloigné de leurs illustres modèles,
privilégiant plus l’aspect horreur « qui tâche
» et peur primale que la dimension psychologique qui caractérisait
ces classiques. Ainsi dans le film de Santoni, un couple (Jean-Pierre
Bisson et Dominique Lavanant) motivé par un obscur sentiment
de vengeance, envahissait peu à peu la somptueuse maison d’un
autre couple (Jean-Pierre Bacri et Nicole Garcia) dans le but de les
remplacer ni plus ni moins en voulant vivre leur propre vie. Bien
que quelques effets sanguinolents étaient présents (ce
qui valut au film des déboires avec la censure) le sentiment
d’angoisse découlait essentiellement de la froideur du
décor et des personnages. Il ne reste ici que le propos : une
femme (Béatrice Dalle) essaye de voler la vie d’une autre
(Alysson Paradis) en tentant de lui arracher l’enfant qu’elle
porte en elle, on ne comprendra ses motivations que vers la fin du
film.
C’est effectivement du côté du cinéma européen
qu’il faut trouver la filiation avec A l’intérieur
mais plus exactement vers le cinéma de genre transalpin des
années 70 à 80. On retrouve dans le film de Maury et
Bustillo des figures de ce cinéma dit «d’exploitation»
parfaitement digérées et assimilées, surtout
dans la terrifiante et totalement décomplexée dernière
partie où les maquillages de Béatrice Dalle ou de Nicolas
Duvauchelle renvoient à ceux des zombies de Lucio Fulci, Joe
d’Amato ou Umberto Lenzi. À l’intérieur
s’inscrit aussi dans la veine du film d’horreur pour adolescent,
appelé aussi « Slasher-movie » et remis
récemment au goût du jour par la série Scream
de Wes Craven. L’ironie veut que A l’intérieur
soit justement interdit à une partie de ce public de moins
de 16 ans, preuve que le cinéma dit « de genre »
n’est pas encore assimilé dans la culture française,
au point que certaines personnes ne sauront sans doute pas où
ranger ce long métrage, tellement il paraît inhabituel
au regard de la production française d’aujourd’hui.
Dans le rôle du tueur fou caractérisant le genre «
Slasher », Béatrice Dalle s’avère plutôt
convaincante et parvient même à instiller un réel
sentiment de peur par instant, même si certaines scènes
prêtent plus au rire qu’à l’effroi tellement
elles versent dans la caricature, au mépris parfois de la cohérence,
on fini même par se demander comment la pauvre victime (Alysson
Paradis) couverte de sang, ne succombe pas plus tôt à
ses blessures.
Mais ce qui distingue le cinéma d’horreur français
des autres depuis toujours, c’est sa dimension sociale et si
l’action de A l’intérieur se passe sur
fond des émeutes en banlieue, cela n’est pas un hasard.
Alysson Paradis, isolée au milieu d’un lotissement en
apparence confortable, va devoir lutter contre une menace bien plus
grande que celle que les médias véhiculent à
travers les images des casseurs : la folie engendrée par une
société trop violente envers ses marginaux, dimension
que Béatrice Dalle incarne superbement dans un personnage de
tueuse qui pourrait faire date, cette dernière nous est présentée
comme une véritable icône du genre, sorte de Freddy Krueger
au féminin gagnant peu à peu en épaisseur à
mesure que le film progresse dans un vertige d’hémoglobine
et de violence graphique. Les effets spéciaux sont d’ailleurs
très soignés et certaines séquences risquent
de ne pas s’oublier de si tôt. Mais si les maquillages
et les effets spéciaux constituent la dimension la plus convaincante
de A l’intérieur, il n’en va pas de même
pour l’interprétation et la direction des comédiens,
pourtant tous excellents au demeurant, la faute à un scénario
plutôt avare en dialogues, ces derniers se limitant à
des phrases courtes ou des injures parfois cocasses et inattendues.
Les seconds rôles François-Régis Marchasson (Tatie
Danielle) et Nathalie Roussel (la gloire de mon père, le château
de ma mère) sont trop peu fouillés psychologiquement
pour nous permettre de nouer un attachement fort avec leurs personnages,
si bien que l’on se sent un peu détaché de leur
sort dans deux scènes véhiculant plus une ironie limite
douteuse là où elles auraient dû être poignantes
pour le spectateur. Seule Alysson Paradis parvient à exprimer
toute la détresse de son personnage de jeune femme esseulée
après la mort tragique de son compagnon dans un accident de
voiture, protégeant l’enfant qu’elle attend de
la convoitise enragée de Béatrice Dalle. La confrontation
de ces deux femmes dans une lutte à mort pour un enjeu assez
inattendu constitue le principal intérêt du film.
Tentative à moitié convaincante de cinéma d’horreur
à la française, A l’intérieur
se révèle par certains aspects très encourageant
pour l’espace qu’il ouvre à un cinéma de
genre français pleinement assumé.
Thierry Carteret

•Synopsis
Depuis la mort tragique de son mari dans un accident de voiture, Sarah
est seule et malgré une mère omniprésente, c'est
seule qu'elle passera son réveillon de Noël. Seule et enceinte.
Cette nuit est la dernière que la jeune femme passera chez elle.
Le lendemain matin, celle-ci doit entrer à l'hôpital pour
accoucher. Dans sa maison, tout est calme. Jusqu'au moment où
quelqu'un vient frapper à sa porte. Derrière, une femme
prête à tout pour arracher l'enfant qu'elle porte en elle...
•Infos
France - Sortie le 13 juin 2007 - Interdit aux moins de 16 ans
Réalisé par Julien Maury, Alexandre Bustillo
Avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nathalie Roussel
Durée : 1h 20
Genre : Horreur
Site officiel
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