)))  MIKEY & NICKY.  Elaine MAY. 1976 - ressortie le 4 juillet 2007

 

 


Mikey & Nicky (1976) est le troisième film d'Elaine May après A new leaf (1971) et The Heartbreak kid (1972). Il met aux prises deux monstres sacrés du cinéma américain des années 70, John Cassavetes et Peter Falk. Ils se retrouvent de nouveau réunis devant la caméra, six ans après Husbands (1970). Malgré ces présences "imposantes" au générique, le film connaît une carrière chaotique puisqu'après une sortie éclair en 1976 dans une version tronquée imposée par les studios Paramount, le film sort en France, dans une nouvelle version approuvée par la cinéaste en 1987. Et c'est 20 ans plus tard qu'il est redécouvert grâce à sa sélection au Festival de Cannes 2007 dans la section Cannes Classics et à une reprise nationale en juillet de la même année.

                  


Car ce film mérite d'être redécouvert. Il est symbolique d'une époque bouillonnante de créativité et de nouveauté dans le cinéma américain. En s'attachant les services de John Cassavetes et de Peter Falk, Elaine May s'inscrit clairement dans cette lignée du free cinema et du cinéma indépendant des années 70. Afin de mieux capter les improvisations de ses comédiens, elle n'hésite pas à utiliser trois caméras et 300 000 mètres de pellicule pendant le tournage. La présence des légendaires professeurs d'art dramatique Meisner et Hickey dans le rôle des mafieux, renforce également cette influence.
Mais au-delà de la présence de ces deux protagonistes, un troisième intervenant prend une place prépondérante : la ville de Philadelphie. Celle-ci peut en effet être considérée comme un personnage à part entière. Dès le générique d'ouverture, seuls les bruits de la rue s'offrent aux oreilles du spectateur.

                   


Dans un style très réaliste, proche du documentaire, nous suivons le parcours des personnages tout au long de leur tumultueuse virée nocturne, entre bars glauques et rues humides, où l'on perçoit la criminalité ainsi que les problèmes sociaux et raciaux (importance de la communauté noire). Les plans sont toujours serrés sur les personnages, donnant ainsi une vision intimiste de la ville.
Cette vision de la ville n'est pas sans rappeler celle des films pré-Nouvelle Vague, Ascenseur pour l'échafaud notamment (titre prémonitoire) à propos duquel Armand Monjo aura cette réflexion : "Le Paris que l'on voit dans le film (...) ignore délibérément tous les poncifs. Dans un bar de nuit, on peut voir, par exemple, en arrière-plan des prostituées et des ivrognes habituels" (L'Humanité du 28 janvier 1958).
Ces ruelles brumeuses sont le théâtre des interrogations, des hésitations, des oppositions, des rires et des cris des deux amis, sorte de purgatoire menant à une mort inéluctable. Seuls les néons des commerces et des cinémas donnent une touche de couleur au paysage, mais ces lumières artificielles ne sont que des leurres, sortes de "paradis artificiels".


                  


Ce parcours vers la mort est facilement identifiable et nous pouvons aisément le reproduire à l'aide d'une carte de Philadelphie (que seul le tueur possède - avantage décisif ?) : lorsque Nicky appelle Mikey pour lui venir en aide au début du film, sa paranoïa et son angoisse lui dictent de ne pas révéler par téléphone qu'il se trouve à l'hôtel Royale. Il préfère donner à Mikey la direction pour s'y rendre : "entre Martel et Grand, du côté sud ouest, à trois blocs de là" ; les deux amis se retrouvent à l'hôtel ; ils se rendent ensuite dans le bar B & O sur la 2e rue sud ; trajet en bus jusqu'à la 12e rue où Nicky désire aller sur la tombe de sa mère ; la présence des deux amis dans le cimetière renforce un peu plus la présence de la mort ; retour dans le bus jusqu'à l'appartement de Nelly ; bagarre entre les deux personnages sur la 10e rue ; Mikey rejoint le tueur pour retrouver Nicky mais, malgré sa carte, le tueur se perd, ce qui fait dire à Mikey, tel un guide s'associant au processus de mort : "je vous lirais le nom des rues" ; Nicky se réfugie chez son ex-femme puis de nouveau chez Nelly (des adieux aux femmes de sa vie ?) ; dénouement chez Mikey.


                  


Cette unité spatiale s'accompagne également d'une unité temporelle. Le film se déroule pendant une nuit. C'est Mikey, sans doute conscient de l'issue inéluctable de celle-ci, qui égrène les heures avec anxiété. Alors qu'il retrouve Nicky dans l'hôtel vers 21h, il scrute l'horloge du bar à 22h30 attendant une première intervention du tueur. Ils passent environ 45 minutes dans le bar puis une fois dans la rue, Mikey signale qu'il est presque minuit. Dans le bus, c'est encore Mikey qui prend le prétexte de l'heure ("minuit passé") pour appeler sa femme. Ils se retrouvent dans le cimetière vers 1 heure du matin. Après sa dispute avec Nicky et sa tentative avortée pour le retrouver (on perd alors momentanément la notion de temps et d'espace - cela correspond au moment où le tueur se perd en compagnie de Mikey), Mikey retourne chez lui vers 5h du matin. Ce retour coïncide avec le lever du jour. Nicky, qui jusque-là et contrairement à Mikey, n'avait aucune notion du temps qui passe, préférant se fier à son instinct, à ses envies et à ses pulsions (la nuit comme "abandon des attitudes"), se retrouve devant chez Mikey face au soleil levant (la mort signale alors sa présence définitive et inévitable mettant ainsi fin à la protection de la nuit - la nuit comme refuge). Nicky, arrivant au bout du tunnel, ne bouge plus, comme ébloui, face au tueur (bras armé de la mort) qui lui fait face.

Stéphane Bedin


Synopsis
Nicky apprend que la mafia a mis sa tête à prix après avoir volé le parrain. Il appelle Mikey qui comme toujours vient le tirer d’affaires. Mikey l’aide à surmonter sa paranoïa et son angoisse. Il réussit à le sortir de l’hôtel où il se terre et propose un plan pour s’enfuir. Mais Nicky n’arrête pas de changer d’avis et maintenant un tueur est à leurs trousses. Alors qu’ils doivent sauver leur peau, les deux amis s’interrogent sur la trahison, le regret et le sens de leur amitié...

Infos
Etats-Unis - Sortie en 1976 - Ressortie le 4 juillet 2007
Réalisé par Elaine MAY
Avec:
John Cassavetes : Mikey
Peter Falk : Nicky
Ned Beatty : Kinney
Rose Arrick : Annie
Carol Grace : Nellie
Durée : 1h 46
Genre : Policier

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