)))  LE CORPS SUBLIMÉ. Jérôme De MISSOLZ. sortie le 5 Septembre 2007

Programme de 4 films sur la photographie :
*Jan Saudek, Prague Printemps 1990 (26'- 1990)
*Joël-Peter Witkin, l'image indélibile (55' - 1994)
* I (13' - 1995)
*Sans Titre (72' - 2006)

 

 


C'est par le petit octogone du diaphragme que l’on voit le mieux le corps des femmes. Jérôme de Missolz que l’on avait découvert il y a 7 ans avec sa libre adaptation de La mécanique des femmes du roman de Louis Calaferte, poursuit son exploration du nu féminin par le médium de la photographie. Le corps sublimé est un programme de 4 films – 4 portraits de personnalités hors du commun, deux hommes et deux femmes, trois photographes et un modèle. Jan Saudek, photographe tchèque, compose des images d’un érotisme passionnel en se servant de la beauté insoupçonnée du corps des femmes obèses. Joël Peter Witkin met en scène des cadavres d’animaux, des restes humains, des corps difformes dans des œuvres photographiques sidérantes de beauté macabre. Francesca Woodman utilise son propre corps qu’elle photographie furtivement comme une trace humaine dans des intérieurs désolés. Enfin, la quatrième personne n’est pas photographe, mais modèle. Isabelle, 30 ans est secrétaire médicale dans un hôpital parisien, elle envoie des lettres aux photographes pour qu’elle puisse poser nue devant leurs appareils. Depuis 1987, 46 photographes parmi les plus prestigieux (Ralph Gibson, Willy Ronis, JeanLoup Sieff, Keichi Tahara…) ont réalisé 208 nus. Elle inverse le rapport photographe/modèle et finalement constitue une œuvre personnelle en assujettissant le regard des photographes sur elle.


 

Sous-jacent, c’est bien la peinture qui relie ces quatre portraits. Jérôme De Missolz est un amoureux des formes, du cadre, des lignes, il aime à se pencher au dedans pour voir la façon dont l'homme peut naître une seconde fois à travers le matériau. On apprend peu de choses sur Jan Saudek, sinon qu’il est le numéro deux de son frère jumeau, qu’il a travaillé à l’usine pendant 15 ans et que son père est enterré près de Kafka. De même Missolz n’interroge pas Witkin sur l’interdit moral qu’il y a à se servir du corps des morts pour réaliser des œuvres artistiques. Et quand il se penche sur la vie de Francesca Woodman (dans Sans titre) qu’il reconstitue dans une fiction qui ressemble beaucoup à la démarche de ses documentaires, il ne s’attarde pas sur la psychologie tourmentée de la jeune photographe qui s’est donnée la mort à 23 ans. Et l’on ne saura rien des motivations qui poussent Isabelle à se faire photographier nue.


 

Jérôme De Missolz s’intéresse d’abord aux œuvres et au geste artistique. Brusquement, on se sent privilégié de pouvoir assister d’aussi près à la naissance de ces images si complexes et mystérieuses. Missolz sait filmer le corps tendu, le dos, le torse, les mains de Saudek pour nous dire qu’il est au centre de son œuvre dans un rapport sibyllin à la matière et au corps de l’autre, celui de la femme bien souvent. De Witkin, il approche avec précision la maturation, la préparation, le choix de ses sujets (tête de cheval, corps de veille femme, cul-de-jatte, fœtus mort) et la méticulosité de ses compositions baroques. Pour évoquer Francesca Woodman, il convoque Rimbaud en plaçant « Je est un autre » en exergue de son film. Elle a de toute évidence la même précocité et la même fulgurance artistique que l’homme aux semelles de vent. Sans titre est un journal intime sur la colère de vivre de Francesca Woodman, admirablement incarnée par Florence Denou. Missolz s’attache continuellement à la façon dont elle mettait en scène ses compositions picturales, intégrant dans l’objectif ses amitiés amoureuses, sa fascination romantique pour les murs défraîchis. En cherchant sans cesse sa propre place dans l’image, se dissimulant la plupart du temps, apparaissant bord cadre, par morceaux, elle laisse apparaître son obsession de l’éphémère et annonce sa disparition prochaine.




« L’appareil photo me dévore » dit-elle. Adoration, dévoration, ces quatre films nous emmènent dans des contrées excentrées, à distance de toute morale où la mort, la laideur, le pourrissement, les zones les plus obscures de notre inconscient deviennent des paysages harmonieux et apaisés. Comme une réconciliation avec l’élémentaire.




Laurent Devanne



Sans titre, d’après l’œuvre de Francesca Woodman (2006 - 72’)
synopsis
Francesca Woodman (1958-81) se mettait en scène la plupart du temps nue, dans des lieux délabrés. Elle
recherchait dans ses clichés l’anonymat, la fragmentation, comme un fantôme qui flotte dans les airs ou disparaît dans un mur, tentant d’appréhender l’éphémère, la fragilité, le temps dans sa fugacité. Sans titre. raconte le trajet artistique de cette jeune photographe, qui voulait approcher sa féminité et sa vérité intérieure par l’image, dont la quête tournera au sacrifice de soi.

fiche technique:
produit par White Rabbit/La Huit/Mascaret Films/L’atelier Sonore - scénario de Florence Denou et Jérôme de
Missolz - avec Florence Denou, Lou Castel, Caroline Baehr, Melodie Marcq, Jacky Nercessian, Julien Collet, François Bercovici, Gaspard de Missolz.
Image : Jérôme de Missolz, assisté de Kim Dok - Son : Patrick Genet - Montage : Elisabeth Juste - Musique:
Mathieu Földes Mixage : Jean-Marc Shick - Supports de tournage : 16mm, Super8, Vidéo numérique -
Format : 1 :33 - durée : 72mn - 2005

"i" (1995 - 13’)
synopsis
"i" comme image "i" comme Isabelle. Le journal d’un modèle de nus hors du commun. Isabelle, 30 ans, secrétaire médicale dans un hôpital parisien, réalise depuis une quinzaine d’année le projet de se faire photographier nue par des grands photographes dont elle aime le travail : Ralph Gibson, Tornio Seike, Jan Saudek, Jean-François Bauret, Willy Ronis, Claude Nori, Seymour Jacobs, Eikoh Hosoe, Jean-Loup Sieff, Joel-Peter Witkin, Robert Frank...Isabelle offre son corps au regard du photographe contre un tirage. Chacune de ces rencontres est racontée dans un journal.

fiche technique:
Documentaire de 13 minutes - produit par Well Well Well en 1995
Réalisation : Jérôme de Missolz - Image : Olivier Guéneau
Montage : Elisabeth juste - Musique : Morton feldman
Tourné en 35mm - Format 1 :33
Deuxième partie :

Jan Saudek, Prague Printemps 90 (1990 - 26’)
synopsis:
Un portrait du photographe tchèque dans son studio. Jan Saudek invite ses femmes, ses maîtresses, ses filles dans son studio, une cave en sous-sol d’un immeuble délabré. Chaque séance transforme ce taudis en une "laterna magica" d’où jaillissent des images baroques de corps plantureux, créatures de rêve quasi -felliniennes, grimée et travesties. Au-delà des masques et du jeu, pointe le drame de la judaïcité et de la censure sous le joug communiste, mais surtout une effrayante angoisse sur le temps qui passe.

Le film a été primé dans une dizaine de festival : Leipzig, Saint Petersbourg, Clermont-Ferrand, FIFA Montréal,
Biennale du Film d’art du Centre George Ponpidou, Tallin, Odense, Fipa (Cannes).

fiche technique:
Documentaire de 26 minutes - Produit par Lieurac/La sept/Centre Pompidou en 1990
Réalisation : Jérôme de Missolz
Image : Gérard Grenier - Son : Patrick genet - Montage : Elisabeth Juste
Tourné en super 16 - Format 1 : 66


Joel-Peter Witkin, l’image indélébile (1994 - 55’)
synopsis:
Un portrait du photographe américain sur la route. Ses lieux de prédilection : les écoles de médecine, les morgues, les bordels, les hôpitaux psychiatriques. Ses modèles : des estropiés, des nains, des transexuels, des cadavres d’animaux. Le film suit pendant une année la quête perfectionniste et mystique de Witkin, son rapport bouleversant au merveilleux, ses tâtonnements aux limites des codes éthiques et des valeurs esthétiques.
Le film a été primé au festival international du film d’art de Montréal.

fiche technique:
Documentaire de 55 minutes- Produit par Lieurac/Arte/Centre Pompidou en 1994
Réalisation : Jérôme de Missolz - Image : Ariane Damain - Son : Patrick Genet - Montage : Elisabeth Juste
Tourné en 16mm, S8 et vidéo numérique - Format 1 :33

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