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C'est par
le petit octogone du diaphragme que l’on voit le mieux le corps
des femmes. Jérôme de Missolz que l’on avait découvert
il y a 7 ans avec sa libre adaptation de La mécanique des
femmes du roman de Louis Calaferte, poursuit son exploration
du nu féminin par le médium de la photographie.
Le corps sublimé est un programme de 4 films – 4
portraits de personnalités hors du commun, deux hommes et deux
femmes, trois photographes et un modèle. Jan Saudek, photographe
tchèque, compose des images d’un érotisme passionnel
en se servant de la beauté insoupçonnée du corps
des femmes obèses. Joël Peter Witkin met en scène
des cadavres d’animaux, des restes humains, des corps difformes
dans des œuvres photographiques sidérantes de beauté
macabre. Francesca Woodman utilise son propre corps qu’elle
photographie furtivement comme une trace humaine dans des intérieurs
désolés. Enfin, la quatrième personne n’est
pas photographe, mais modèle. Isabelle, 30 ans est secrétaire
médicale dans un hôpital parisien, elle envoie des lettres
aux photographes pour qu’elle puisse poser nue devant leurs
appareils. Depuis 1987, 46 photographes parmi les plus prestigieux
(Ralph Gibson, Willy Ronis, JeanLoup Sieff, Keichi Tahara…)
ont réalisé 208 nus. Elle inverse le rapport photographe/modèle
et finalement constitue une œuvre personnelle en assujettissant
le regard des photographes sur elle.

Sous-jacent, c’est bien la peinture qui relie ces quatre portraits.
Jérôme De Missolz est un amoureux des formes, du cadre,
des lignes, il aime à se pencher au dedans pour voir la façon
dont l'homme peut naître une seconde fois à travers le
matériau. On apprend peu de choses sur Jan Saudek, sinon qu’il
est le numéro deux de son frère jumeau, qu’il
a travaillé à l’usine pendant 15 ans et que son
père est enterré près de Kafka. De même
Missolz n’interroge pas Witkin sur l’interdit moral qu’il
y a à se servir du corps des morts pour réaliser des
œuvres artistiques. Et quand il se penche sur la vie de Francesca
Woodman (dans Sans titre) qu’il reconstitue dans une
fiction qui ressemble beaucoup à la démarche de ses
documentaires, il ne s’attarde pas sur la psychologie tourmentée
de la jeune photographe qui s’est donnée la mort à
23 ans. Et l’on ne saura rien des motivations qui poussent Isabelle
à se faire photographier nue.
Jérôme De Missolz s’intéresse d’abord
aux œuvres et au geste artistique. Brusquement, on se sent privilégié
de pouvoir assister d’aussi près à la naissance
de ces images si complexes et mystérieuses. Missolz sait filmer
le corps tendu, le dos, le torse, les mains de Saudek pour nous dire
qu’il est au centre de son œuvre dans un rapport sibyllin
à la matière et au corps de l’autre, celui de
la femme bien souvent. De Witkin, il approche avec précision
la maturation, la préparation, le choix de ses sujets (tête
de cheval, corps de veille femme, cul-de-jatte, fœtus mort) et
la méticulosité de ses compositions baroques. Pour évoquer
Francesca Woodman, il convoque Rimbaud en plaçant « Je
est un autre » en exergue de son film. Elle a de toute
évidence la même précocité et la même
fulgurance artistique que l’homme aux semelles de vent. Sans
titre est un journal intime sur la colère de vivre de
Francesca Woodman, admirablement incarnée par Florence Denou.
Missolz s’attache continuellement à la façon dont
elle mettait en scène ses compositions picturales, intégrant
dans l’objectif ses amitiés amoureuses, sa fascination
romantique pour les murs défraîchis. En cherchant sans
cesse sa propre place dans l’image, se dissimulant la plupart
du temps, apparaissant bord cadre, par morceaux, elle laisse apparaître
son obsession de l’éphémère et annonce
sa disparition prochaine.
« L’appareil photo me dévore » dit-elle.
Adoration, dévoration, ces quatre films nous emmènent
dans des contrées excentrées, à distance de toute
morale où la mort, la laideur, le pourrissement, les zones
les plus obscures de notre inconscient deviennent des paysages harmonieux
et apaisés. Comme une réconciliation avec l’élémentaire.
Laurent
Devanne
Sans titre, d’après l’œuvre
de Francesca Woodman (2006 - 72’)
synopsis:
Francesca Woodman (1958-81) se mettait en scène la plupart du temps
nue, dans des lieux délabrés. Elle
recherchait dans ses clichés l’anonymat, la fragmentation,
comme un fantôme qui flotte dans les airs ou disparaît dans
un mur, tentant d’appréhender l’éphémère,
la fragilité, le temps dans sa fugacité. Sans titre. raconte
le trajet artistique de cette jeune photographe, qui voulait approcher
sa féminité et sa vérité intérieure
par l’image, dont la quête tournera au sacrifice de soi.
fiche technique:
produit par White Rabbit/La Huit/Mascaret Films/L’atelier Sonore
- scénario de Florence Denou et Jérôme de
Missolz - avec Florence Denou, Lou Castel, Caroline Baehr, Melodie Marcq,
Jacky Nercessian, Julien Collet, François Bercovici, Gaspard de
Missolz.
Image : Jérôme de Missolz, assisté de Kim Dok - Son
: Patrick Genet - Montage : Elisabeth Juste - Musique:
Mathieu Földes Mixage : Jean-Marc Shick - Supports de tournage :
16mm, Super8, Vidéo numérique -
Format : 1 :33 - durée : 72mn - 2005
"i" (1995 - 13’)
synopsis:
"i" comme image "i" comme Isabelle. Le journal d’un
modèle de nus hors du commun. Isabelle, 30 ans, secrétaire
médicale dans un hôpital parisien, réalise depuis
une quinzaine d’année le projet de se faire photographier
nue par des grands photographes dont elle aime le travail : Ralph Gibson,
Tornio Seike, Jan Saudek, Jean-François Bauret, Willy Ronis, Claude
Nori, Seymour Jacobs, Eikoh Hosoe, Jean-Loup Sieff, Joel-Peter Witkin,
Robert Frank...Isabelle offre son corps au regard du photographe contre
un tirage. Chacune de ces rencontres est racontée dans un journal.
fiche technique:
Documentaire de 13 minutes - produit par Well Well Well en 1995
Réalisation : Jérôme de Missolz - Image : Olivier
Guéneau
Montage : Elisabeth juste - Musique : Morton feldman
Tourné en 35mm - Format 1 :33
Deuxième partie :
Jan Saudek, Prague Printemps 90 (1990 - 26’)
synopsis:
Un portrait du photographe tchèque dans son studio. Jan Saudek
invite ses femmes, ses maîtresses, ses filles dans son studio, une
cave en sous-sol d’un immeuble délabré. Chaque séance
transforme ce taudis en une "laterna magica" d’où
jaillissent des images baroques de corps plantureux, créatures
de rêve quasi -felliniennes, grimée et travesties. Au-delà
des masques et du jeu, pointe le drame de la judaïcité et
de la censure sous le joug communiste, mais surtout une effrayante angoisse
sur le temps qui passe.
Le film a été primé dans une dizaine de festival
: Leipzig, Saint Petersbourg, Clermont-Ferrand, FIFA Montréal,
Biennale du Film d’art du Centre George Ponpidou, Tallin, Odense,
Fipa (Cannes).
fiche technique:
Documentaire de 26 minutes - Produit par Lieurac/La sept/Centre Pompidou
en 1990
Réalisation : Jérôme de Missolz
Image : Gérard Grenier - Son : Patrick genet - Montage : Elisabeth
Juste
Tourné en super 16 - Format 1 : 66
Joel-Peter Witkin, l’image indélébile
(1994 - 55’)
synopsis:
Un portrait du photographe américain sur la route. Ses lieux de
prédilection : les écoles de médecine, les morgues,
les bordels, les hôpitaux psychiatriques. Ses modèles : des
estropiés, des nains, des transexuels, des cadavres d’animaux.
Le film suit pendant une année la quête perfectionniste et
mystique de Witkin, son rapport bouleversant au merveilleux, ses tâtonnements
aux limites des codes éthiques et des valeurs esthétiques.
Le film a été primé au festival international du
film d’art de Montréal.
fiche technique:
Documentaire de 55 minutes- Produit par Lieurac/Arte/Centre Pompidou en
1994
Réalisation : Jérôme de Missolz - Image : Ariane Damain
- Son : Patrick Genet - Montage : Elisabeth Juste
Tourné en 16mm, S8 et vidéo numérique - Format 1
:33
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