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Le triangle
amoureux formé par Johannes Brahms et Clara et Robert Schumann
: emportée par l'élan du romantisme allemand, Helma
Sanders-Brahms nous conte cette histoire qui lui tient à
cœur en ne privilégiant que les temps forts, les scènes
signifiantes et les raccourcis dramatiques. Voulant échapper
à l'académisme par la raideur du montage (coupes abruptes
dans les plans) et l'intensité de l'interprétation
(avec caméra mobile en temps de crises), la cinéaste
ne fait finalement qu'accuser l'engourdissement de son arrière-plan
et souligner le plaquage artificiel sur celui-ci de figures trop lourdement lestés
d'affects.
L'œuvre semble au premier abord laisser toute sa place à
la musique, proposant au spectateur de consistants extraits de compositions
de Schumann et de Brahms. Ces séquences sont essentiellement
des mises en images de spectacles (concerts ou répétitions)
et peu sera dit sur le processus de création, ce qui a
pour conséquence de faire admirer plus volontiers une
performance (de musicien et d'acteur) qu'une vibration intérieure.
Dans une démarche simplificatrice, les concerts sont suivis
soit d'un tonnerre d'applaudissements glorieux soit d'un silence de
mort. Helma Sanders-Brahms dans Clara ne connaît
pas la demi-mesure. Elle n'échappe pas à l'un des travers des
œuvres aux forts enjeux dramatiques : le "tourner
court". Ainsi, la première répétition de
l'orchestre de Düsseldorf, nouvellement conduit par Robert Schumann, ne
peut que mal se passer et être interrompue au bout de trois
minutes par un étourdissement du Maître. Plus tard, un
dîner ne peut que se voir écourté, à peine
les premières cuillérées de potage portées
aux lèvres, à cause de l'ivresse de l'hôte. Cette
désagréable impression d'une compression du temps culminera
lorsque la mort côtoiera le premier acte d'amour. Avec
la même maladresse, un séjour en clinique ne sera
évoqué que par une séquence-choc de lobotomie.
Amour, musique et folie irriguent le récit mais c'est
surtout le caractère cyclothymique, passant d'un extrême
à l'autre en un clin d'œil, de Robert Schumann qui contamine
le film, entamant sans arrêt sa cohérence interne.
La nécessité d'une coproduction internationale pousse
l'actrice de La vie des autres à donner la réplique
à l'acteur fétiche de Patrice Chéreau et à
un jeune espoir du cinéma français, pendant que s'affairent
des seconds rôles hongrois. Il est donc impossible de parler
d'une quelconque version originale. Seulement, nous ne sommes
pas dans une fresque pleine de bruit et de fureur mais bien dans une
œuvre à l'équilibre fragile, dans laquelle
les dialogues sont primordiaux. Or les tons ne coïncident jamais.
Les voix doublées sont appliquées et découpent
l'espace sonore. Plus préjudiciable encore, leur cohabitation
avec les phrasés forcément plus fluides et naturels,
puisqu'incarnés réellement à l'écran,
de Pascal Greggory et Malick Zidi heurte l'oreille. Focalisée
sur un trio d'interprètes fameux, au sein duquel chacun
semble jouer une partition différente, la mise en scène
en oublie de faire vivre les silhouettes alentour. Les musiciens de
l'orchestre ne sont qu'éléments du décor, la
vieille cuisinière des Schumann grommelle, soliloque ou pleure,
les enfants de la maison récitent distinctement, bien droits.
Dans le cadre d'une reconstitution historique contrainte à
l'économie de moyens et d'effets, Clara échoue
régulièrement là où Ne touchez pas
la hache de Jacques Rivette nous brûlait il y a peu, de
toutes parts. Reconnaissons à la rigueur un certain savoir-faire
dans la scénographie, notamment lorsqu'il s'agit de visualiser
la valse des désirs entre chaque point du triangle par
la mise en place et les déplacements des comédiens,
mais passons vite sur le cadre étriqué des rarissimes
scènes d'extérieur, sur le réalisme triste
et lisse des décors et sur la clarté télévisuelle
de la photographie.
Edouard Sivière
CLARA
Un film de Helma Sanders-brahms, avec Martina Gedeck, Pascal Greggory,
Malik Zidi
Sortie en salles le 13 Mai 2009 - 1h49 - Allemagne
Distributeur: Bodega
Dossier
de presse du film
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