)))  RUMBA
           de Dominique ABEL, Fiona GORDON et Bruno ROMY

 

  • Néo-Burlesque - 2008 - France/Belgique - durée: 1h17 (+65' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 19 Mars 2009
  • Editions MK2

SYNOPSIS

Enseignants d'anglais et de gymnastique dans une école rurale, Fiona et Dom sont très amoureux et ont une passion commune pour la danse latine. Chaque week-end ils participent à des concours régionaux, leur maison est remplie de trophées. Un soir, sortis victorieux d'un énième tournoi, ils ont un accident en essayant d'éviter un grand moustachu planté au milieu de la route. Fiona perd une jambe et Dom la mémoire, ce qui va légèrement compliquer le quotidien ...
POINT DE VUE

Le plus difficile pour aborder Rumba, la délicate comédie signée à trois mains par Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, c'est de ne pas commencer par empiler les références. Difficile parce que le film s'inscrit résolument dans une prestigieuse lignée qui va de Buster Keaton à Aki Kaurismaki en passant par Jerry Lewis et Jacques Tati. Et oui quand même. Pourtant, il faut bien vous situer la chose puisque le brillant trio ne reste connu que d'une poignée d'admirateurs au franc sourire que je viens de rejoindre sur le champ. Et mon but, lecteurs chéris, c'est d'élargir leur audience, partager le plaisir du rire qui est le propre de l'homme au lieu de vous abandonner à la 187e rediffusion télévisée de Bienvenue chez les bronzés. De quoi ? Non, je ne me résous point à discourir de ce film avec trop de sérieux. J'ai essayé, je vous jure, mais je m'ennuie moi-même. Alors, vous, vous pensez bien...

Bon, sérieusement (pouf, pouf), la comédie, tout le monde vous le dira, c'est un genre difficile. Elle demande de l'imagination, un regard bien particulier sur les gens et les choses puis de la précision et de la rigueur pour le retranscrire, enclencher la mécanique subtile du gag et déclencher le rire comme un éclat à la face du ciel. Vous voyez qu'on n'est pas là pour rigoler. D'ailleurs, ça se voit très bien que l'on ne rigolait pas trop sur le tournage dans le documentaire consacré au film. Concentration, concentration. La comédie doit donc faire rire, c'est entendu, mais il y a la manière. Personnellement, je ris facilement au cinéma. Pourtant, la lourde tendance actuelle des transfuges de la télévision et des coups de coudes parodiques au 18e degré m'afflige plutôt. Alors je me réjouis lorsque je tombe sur un film qui sort du rang, construit ses situations, travaille ses gags et sait me parler le langage de l'humour drôle. Merci à Podalydès, Mouret, Hazanavicius, Peretjatko et quelques autres. Je les cite pour rester entre français même si le trio de Rumba est plutôt international, Fiona Gordon étant canadienne et Dominique Abel belge. Et puis ils dansent la rumba, ce qui n'a rien à voir avec la bourrée auvergnate.


Rumba, c'est d'abord une histoire d'amour, celle d'un couple fusionnel. Ils sont enseignants dans la même école, bien loin de celle d'Isabelle Adjani en jupe ou de Laurent Cantet entre le murs. Il est prof de gym, elle d'anglais. Les enfants les adorent et les écoutent. Après le boulot, ils dansent la rumba (forcément) dans le gymnase puis rentrent dans leur pavillon douillet. Le week end, ils participent à des concours de danse. Ils se déplacent sur de petites routes de campagne filmées en transparence, comme dans les anciens films, et on y croise des tracteurs. C'est là que le destin frappe en la personne d'un homme très malheureux et très maladroit. Comme il est très malheureux, il veut se suicider. Comme il est très maladroit il se rate mais envoie notre couple fusionnel dans le fossé. Si vous avez pris la peine de lire le synopsis, vous savez déjà qu'il perd la mémoire et qu'elle perd sa jambe. Monde de merde ! Le destin s'y entend pour séparer les couples fusionnels, la vache. Et des vaches, il y en a sur le bord de la route, comme quoi tout se tient.

Rumba, c'est une histoire de lutte. Celle de l'amour de cet homme et de cette femme contre les coups de ce coquin de sort. L'histoire de ces deux corps si harmonieux ensembles, et que le Monde (les objets, les éléments, les animaux, les autres gens) essaye de rendre étranger l'un à l'autre. Il ne le fait pas toujours méchamment, mais c'est ainsi. Pourtant, toujours, ces deux corps animés d'amour se relèvent, persistent et se battent. Un peu comme dans Rocky, si vous voulez, mais sans la boxe. Je rappelle que ça s'appelle Rumba, alors on y danse plutôt.

Par voie de conséquence, Rumba c'est une comédie musicale avec de vrais grands moments comme dans les films avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Sur ce plan, le film est réjouissant. Les scènes sont chorégraphies avec précision, les plans sont larges et savent prendre le temps, savent être au service des danseurs et mettre en valeur leur grâce. Il y a de très belles idées comme le ballet qui joue dans le cadre avec les lignes dessinées du gymnase et une envolée finale de la caméra digne de Donen ou Minnelli, la danse sur la mer et surtout ce moment magique où notre couple est complètement abattu et où ce sont leurs ombres qui se détachent d'eux et se mettent à danser. Les plus vigilants d'entre vous se souviendront d'une scène proche dans le second épisode de Il était une fois en Chine, la saga de Tsui Hark, et du ballet des ombres amoureuses de Jet Li et Rosamund Kwan. Et puis la bande musicale, pour ceux qui aiment la rumba, c'est certainement un délice.

Rumba est donc une belle comédie. Belle sur le fond comme sur la forme et comme la forme c'est le fond et réciproquement, vous m'avez compris. La photographie de Claire Childeric travaille les couleurs vives avec goût et une atmosphère de studio même pour les extérieurs. Chaque séquence est mise en place avec précision et si les réalisateurs n'étaient pas belgo-franco-canadiens, nous pourrions parler d'horlogerie suisse. Il y a un jeu constant avec le cadre et le temps qui participent à leur façon à la mécanique des gags, révélant tel élément, dissimulant tel autre comme lors de la scène finale où les deux personnages sont très proches mais ne se voient pas, la mise en scène multipliant les inventions pour retarder le moment fatidique. Le son est de la partie, et pourquoi pas ? Traité de façon expressionniste, il accentue la présence des objets comme la béquille de Fiona lors de la scène cruelle (un peu) et hilarante où elle essaye de s'asseoir sans aide dans sa classe. Bref, vous aurez compris à ces quelques exemples que notre trio de réalisateurs prend le cinéma très au sérieux. Et qu'il se débrouille vraiment très bien. Il manque peut être un petit quelque chose pour que le film atteigne à la perfection. Si chaque séquence est traitée comme un morceau de bravoure, la progression de l'ensemble n'est pas aussi intense. Je chipote un peu, mais on ne retrouve pas cette force que possède la scène du restaurant dans Playtime de Tati, intégrée au film dans sa globalité. D'où une impression, légère mais réelle, de fractionnement, d'une certaine forme de retenue.

Que cela ne vous arrête pas pour autant, lecteurs chéris, Rumba est sans doute la meilleure comédie que vous puissiez voir actuellement. La douceur obstinée des visages de Dominique Abel et Fiona Gordon passe comme un vent frais sur nos regards ravagés par la crise. Une belle comédie, ça n'a pas de prix.


Vincent Jourdan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Scénario & Réalisation
    : Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
    Avec:
    Dominique Abel, Fiona Gordo , Philippe Martz
    Image :
    Claire Childéric
    Montage image : Sandrine Deegen
    Direction de production :
    Elise Bisson
    Producteurs :
    Marin Karmitz, Nathanaël Karmitz, Charles Gillibert, Abel & Gordon.
    Distributeur : MK2
    Editeur DVD
    : MK2 Editions

  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - tous publics
    Durée du film: 74'
    Durée du DVD: 139'

    Image & Son :
    Ecran: 16/9
    Format : 1:85
    Son:
    Dolby Digital 5.1 et stéréo Français


  • BONUS  


    * Bêtisier (10’)



    *
    Making of (35’)



    * Scènes coupées (5’)



    * Court-métrage : Walking on the wild side (13’) d’Abel et Gordon
    Sujet :
    Un matin, alors qu’il marche dans la rue, Gabriel entre en collision avec une grande femme rousse. Pour Gabriel, c’est le coup de foudre. Mais comment revoir cette femme que le destin lui a jeté en pleine figure? Car la seule chose qu’il sait d’elle, c’est qu’elle travaille dans le Quartier Nord, là où les femmes et leurs charmes sont à vendre. Emily travaille chez les filles, c’est vrai, mais... comme femme de ménage. C’est un petit malentendu qui naît dans la rue et qui fait son chemin jusqu’à la chambre à coucher de Gabriel. La scène d’amour tant rêvée n’aura pas lieu, en tout cas pas tout de suite. Peut-être un jour, Emily lui donnera une deuxième chance.
    Notre avis :
    Dernier court-métrage du duo avant le premier long, L'iceberg réalisé avec Bruno Romy, Walking on the wild side est déjà (encore) une histoire d'amour en butte aux quiproquo. Si ce court n'a pas encore véritablement l'esthétique des deux longs, il en possède déjà les qualités cinématographiques et notamment la belle mécanique des gags. Et puis il est bourré d'allusions sexuelles d'autant plus drôles que notre couple ne correspond pas exactement aux canons en vigueur. VJ.



    * Teasers du film
À PROPOS DU FILM (NOTES DE PRODUCTION)

Le thème
Notre film raconte la quête burlesque d’un couple heureux, totalement abandonné par la chance, qui court après le bonheur perdu et s’en éloigne un peu plus à chaque pas. Il parle de la maladresse humaine, de la fragilité du bonheur et du besoin d’amour.
Le destin cruel et malicieux qui s’acharne à faire trébucher nos héros dérisoires révèle le côté insubmersible de l’être humain, son optimisme sans cesse renouvelé, son espoir inépuisable.

Que reste-il quand on perd tout ce qui fait notre bonheur ?
Pour nos personnages au bout du voyage ce qu’il reste, c’est l’amour, égratigné, fragile, mais bien vivant.

Poésie burlesque
Nos références sont les clowns du cinéma muet, ces artistes excentriques qui ont pu jouer sur deux axes : un cinéma populaire, drôle, accessible et un cinéma d’auteur inventif et raffiné.

Notre style est guidé par quelques choix :
Un jeu physique et visuel, centré sur le langage du corps.
Une narration simple pour que le spectateur s’intéresse au jeu des acteurs plus qu’à la complexité du scénario.
Un sens de l’auto-dérision : nous recherchons le rire, mais pas n’importe quel rire, pas un rire qui naît de la moquerie ou de la parodie, mais un rire de complicité avec nos personnages, un rire d’empathie, d’identification.

Le cadre et le jeu
L’immobilité du cadre est importante dans notre style visuel.
La fixité met l’accent sur le cadre et le contenu de l’image. Elle permet de jouer avec les entrées, les sorties, les détails et les surprises des arrières-plans. Elle met le mouvement et le corps des acteurs en évidence.
Le plan-séquence donne aux comédiens la possibilité de prendre un élan dans le jeu et d’apporter un souffle humain à la narration.

Les acteurs
Les rôles principaux sont interprétés par Fiona Gordon, Dominique Abel et Philippe Martz qui ont tous trois derrière eux l’expérience de ce jeu physique affiné sur les planches pendant de nombreuses années.

Philippe Martz joue Gérard le suicidaire foireux.
Comme Abel & Gordon, Philippe est un ancien élève de Jacques Lecoq. Il forme un duo de longue date avec le clown américain Bernie Collins. Leurs spectacles clownesques et entièrement muets les font voyager dans le monde entier.
Bruno Romy interprète un petit rôle, celui du méchant voleur de pain au chocolat. Dans L’ICEBERG, il apparaissait également comme le patron de bar botteur de fesses.
Le reste de la distribution est constitué de comédiens issus du même milieu ainsi que d’amateurs locaux qui apportent une fraîcheur, une fragilité et une maladresse naturelles, des qualités essentielles dans notre travail.

Les effets spéciaux
Les trucs, les astuces, les inventions artisanales (nuit américaine, cache-contre-cache, rétro-projection,...) nous attirent davantage que les effets digitaux car ils ont une empreinte humaine à laquelle nous tenons.
Ils alimentent la connivence que nous cherchons avec le public.
La pluie, l’incendie, le vent, l’accident, les ombres nous inspirent par leur potentiel imaginaire et poétique.

La rumba
Dans nos créations théâtrales, il y a toujours eu de la danse. On invente les chorégraphies qui sont un mélange personnel d’adresse et d’humour. Les inspirations sont multiples : danse clownesque, contemporaine, comédie musicale...
La rumba évoque pour nous quelque chose de profond, de physique, de sensuel. Dès les premières improvisations, nos danses avaient l’allure des parades nuptiales du monde animalier.

La rumba est une racine musicale qui a bourgeonné. Les boléro, cha-cha, son, mambo, salsa... en sont les ramifications.
Le choix musical du film gravite autour de Cuba dans les années ‘50 mais plusieurs interprètes sont portoricains, et l’on doit certainement dire merci à la moitié des musiciens d’Amérique et d’Afrique qui ont mis leur patte dans cette musique-là.

Le tournage
Notre deuxième tournage a duré neuf semaines, c’était agréable, sans stress (ou presque). On a tourné en France, dans la Manche, un coin qu’on aime pour les gens qui y vivent, avec un petit saut de deux semaines autour des très belles falaises près d’Etretat.
Notre quartier général était situé dans un ancien hôpital militaire à Cherbourg. On s’y est isolé pour tourner de nombreuses séquences, on y vivait aussi. L’institut des Métiers du Cinéma, qui est installé là, nous a bien aidés, notamment avec des super-stagiaires.


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