)))  KANSAS CITY
        
   de Robert ALTMAN                    

 

  • Polar - 1996 - États-Unis - durée: 1h40 (+27' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 Juin 2007
    Editions MK2
  • Prix de vente indicatif : 25€

SYNOPSIS

En 1934, Kansas City est une ville prospère et animée qui a échappé aux effets de la Dépression et vibre au rythme ininterrompu de la musique de jazz. Un climat de violence règne à la veille des élections que le redoutable « Boss », Tom Pendergast, s’est promis de remporter par tous les moyens. La jeune télégraphiste Blondie O’Hara échafaude un plan désespéré. En kidnappant Carolyn Stilton, l’épouse d’un conseiller du président Roosevelt, Blondie espère obtenir la libération de son mari, Jonnhy O’Hara, petit malfrat tombé aux mains du légendaire truand Seldom Seen. Dans un contexte de violence morale, une complicité inattendue naît entre les deux femmes...

 
   
POINT DE VUE


Kansas city a vu naître Robert Altman, qui dans les années 90, a renversé le processus pour se muer en géniteur d’un film éponyme. Sage hommage ou autobiographie déictique ? Altman s’est singularisé par une capacité surplombante à manipuler un monde ; chacun de ses films ; qui engage une multitude de personnages et d’événements, cousus par le mince fil d’Ariane lui servant d’intrigue. Il suffit de penser à Short Cuts, véritable exhumation pour cet auteur damné des obscures années 80, qui avait réussi à accrocher les hautes sphères du succès en signant un nouveau film-chorale. On pense alors à Mash, Nashville ou Un mariage, qui étaient marqués par une prétention d’ubiquité du créateur Altman à nouer en définitive les nombreux fils qu’il avait pondus. Mais ce désir, Altman l’a toujours défendu au nom d’un certain réalisme de la vie quotidienne, et on ne peut que lui donner raison. La vie se résume bien souvent en un fourmillement de personnes qui se croisent, se rencontrent… une complexité que ne reflète pas en général les films linéaires.


Chorale, évidemment, puisqu’il mettait en scène une foule épaisse qu’il coordonnait et découpait de ses doigts de chefs d’orchestre. Pas manqué, Robert Altman réalise quelques années plus tard avec Kansas city un film musical. Il se prend véritablement au jeu hypnotisant d’une mise en scène de maestro bercée par le velouté diffus du jazz (omniprésent dans le film).
Dense et accordé, Kansas city vend son âme au spectacle (non au spectaculaire) auquel le défunt cinéaste rend hommage. D’une part, parce qu’il réaffirme le cinéma comme un art total populaire, maîtrisé, mais également parce que ce film représente dans sa carrière une sorte de retraite autobiographie émue et sage. Gamin de Kansas City et enfant du cinéma, Robert Altman dépose sur nos yeux son regard nostalgique d’un amoureux de jazz.

Un récit éclaté
Formellement le grand représentant de l’œuvre chorale, Altman a choisi la pluralité narrative pour construire ses récits. Kaléidoscope à points de vue multiples, Kansas city découpe la trame narrative en plusieurs blocs qui au fur et à mesure de l’histoire viendront préciser le propos, retracer les desseins jusqu’à rétablir le puzzle funèbre qui n’a de fin possible qu’à travers la mort. Ces blocs, petit à petit, nous font pénétrer dans des univers hétérogènes : une bourgeoise (Carolyn) entretenue par son politicien de mari kidnappée par une jeune femme (Blondie) du petit peuple prête à tout pour récupérer son badboy (Johnny), lui-même étant prisonnier du parrain de la pègre (Seldom), blanchie par son respectable club de Jazz, que fréquentent les quartiers noirs exclus de toute mixité.

Toutes ces parties recomposent la société disparate de la ville de Kansas, qui se côtoient sans se voir sauf quand les intérêts personnels poussent à la négociation. Et, celle-ci réunira irrémédiablement tous les camps. Ce film-chorale reste très compréhensible. Nous ne sommes pas confrontés à une vertigineuse exposition de faits, ramifiés jusqu’à la saturation. Ici, le club de Jazz sert de point cardinal, un nœud qui rattache tous ces blocs et ses personnages.

Une rencontre éclatante
De ce récit à tiroir éclôt une aventure féminine, recouvrant le film du voile de Poppée qui nous trouble d’une beauté indicible. Altman brosse le portrait passionnément ironique de deux femmes antagonistes : une apathique candide riche et droguée, et une jeune femme un peu canaille, désespérément amoureuse. Ce duo, c’est l’idée du film : la réunion. Bien que Kansas City ne soit pas aussi fragmenté que Short Cuts ou Nashville, son travail sur l’association de multiples, des différences tend toujours à la fusion finale, bien souvent désenchantée, mais épris d’une beauté qui tâche le film. Bien sûr cela convoque des personnages parfois à la limite de la caricature, mais en les entrechoquant il se passe quelque chose. Réunion des personnages, liaison des événements entre eux précipitant le film dans un fin vrillée, tourbillonnant jusqu’à l’expulsion de chacun de ses protagonistes recadré dans leur statut de départ. Chacun sa destinée. Les petits voyous meurent, les manipulateurs demeurent. Blondie décolorée en blonde (!) retrouve l’actrice Jean Harlow qu’elle aimait tant voir au cinéma, rejoignant alors les fantômes de la pellicule.

Cette forme chorale, identifiable à Altman, rappelle que le cinéma est un spectacle. Sa maîtrise de la mise en scène, a le je ne sais quoi de présomptueux, qui a gêné beaucoup de critiques, cette détermination à tout contrôler, à construire un monde, le manipuler à la manière du Créateur : Dieu. Cependant, Kansas city, m’apparaît bien plus comme un hommage dévoué à l’art du spectacle : jazz, Hollywood…

L’illusion hollywoodienne
Le Cinéma évolue toujours à la marge du film d’Altman. Nombre de références au septième art habite les contours du film, et plus précisément du couple de femmes qui erre, attend, avance, entouré des artifices du cinéma comme si tous deux se perdaient dans les décors illusoires des westerns. Proche d’une version exclusivement féminine de Bonnie & Clyde, le duo en fuite traverse de nombreuses scènes « cinéphiliques ». Pourquoi peut-on les appeler ainsi ? Le premier lieu où elles se planqueront, est un cinéma où est diffusé un film avec Jean Harlow, un des premiers mythes féminins d’Hollywood (une pré-Marylin des 30’s), sur laquelle Blondie se projette pendant le film. Plus tard, celles-ci seront spectatrices d’une scène de fusillades, spectacle anecdotique qui ne vaut que pour lui-même (il n’entre pas en rapport avec l’intrigue). Cette scène n’a de valeur qu’en référence au cinéma : c’est comme si les deux filles se trouvaient accidentellement sur un plateau de tournage, ou dans une salle de cinéma. Et puis, les personnages, souvent archétypaux chez Altman, sont des figures déplacées de film, de genre. L’exemple du parrain de la pègre locale, bien qu’afro-américain, étonne par sa ressemblance avec le Brando de Coppola. Même gueule carrée, même fétiche de bandits, il s’emploie à une cruauté presque sympathique. Par ailleurs, le film multiplie les surcadrages de miroir. Pris dans ce champ, les acteurs apparaissent dans un nouvel écran, jetant un regard réflexif sur leur personnage, sur le cinéma mis en abyme ici. Or, le miroir, est une symbolique forte de l’illusion. Spectacle comme illusion.

Le spectacle musical
En outre, Kansas city se transforme à bien des égards en une performance continue de Jazz qui cotonne le film de sa moiteur musicale. Les musiciens sont nombreux, la musique omniprésente, et les scènes de concert filmées comme un live exclusif prennent la place des événements racontés jusqu’à présent. Ce spectacle musical est montré comme tel : musiciens qui improvisent ensemble, détails visuels sur le jeu des pianistes, saxophonistes, réactions de la foule généralement anonyme.

Les morceaux de jazz se poursuivent dans un temps hors-cadre (extra-diégétique), hors séquences. Ils ne peuvent alors ni être associés à l’image - comme l’air joué par les musiciens présents dans le champs - ni comme de la musique Off, participant à une bande musicale suggestive. Ici, le jazz est bien sûr à l’écran (de nombreux musiciens effectuent le longues improvisations, des interludes), mais gravite autour de la bande image. Cette présence/absence, fait penser aux films muets qui faisaient intervenir des musiciens pendant les projections pour colorer le film. Présents parce qu’ils sont là, font de la musique mais absents parce qu’il ne font pas partie du film en tant que tel. Or, ces musiciens de Kansas city, n’ont aucune importance narrative, aucune incidence sur ce qui se déploie autour d’eux. Pour son plaisir, Altman les invite à jouer.


L’aspect autobiographique
Le spectacle interfère sur le récit, ronge les bords du film, non pour l’étouffer, mais plutôt pour ornementer Kansas City des amours d’Altman. Car il entretient un rapport particulier avec cette ville. Il est difficile de retirer l’importance autobiographique de cette œuvre. Né à Kansas City, Robert Altman nous montre sa ville, sûrement fantasmée et déformée avec le temps, peut être avec ses yeux d’enfant des années 30, fasciné par le cinéma et la musique. Hollywood rayonne dans la décennie, alors que le Jazz commence à se diffuser hors du cercle afro-américain. Les performances de jazz furent d’ailleurs réalisées par de vrais professionnels reconnus, jazzmen contemporains, auxquels Altman a laissé une liberté, qu’il a filmée avec un dispositif conséquent. Il a d’ailleurs compilé toutes ces séquences pour sortir quelques temps après Kansas City, un film intitulé Jazz’34. Incroyable jam-session, on pourrait presque se demander, avec une once de dérision, si Kansas City ne fut pas un prétexte pour réunir tous ces artistes tant désirés par Altman.

Altman signe un film-chorale triangulaire. Pris à l’intérieur de ces entrelacs, Altman se met à nu. Devant les spectacles fondateurs, ses yeux d’enfants brillent d’une intensité émouvante. On ressent à la vue de Kansas City, l’attachement aux choses qui l’ont éduqué, qui lui ont transmis cet amour de l’art, et du spectacle. Kansas City se révèle touchant, dans cette nostalgie des vielles figures du cinéma, dorlotées par la berceuse jazzy qu’Altman devait entendre, là-bas dans le Missouri, lorsqu’il fermait les paupières. Ces yeux, aujourd’hui, font offrande d’une vie de cinéma.


Maxime Cazin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation : Robert Altman
    Scénario : Robert Altman et Frank Barhydt

    Avec:
    Jennifer Jason Leigh
    Miranda Richardson
    Harry Belafonte
    Michael Murphy
    Dermot Mulroney
    Steve Buscemi
    Brooke Smith
    Jane Adams

    Producteur : Robert Altman
    Producteur exécutif : Scott Bushnell
    Coproducteurs : Matthew Seig et David C. Thomas
    Production musicale : Hal Willner
    Costumes : Dona Granata
    Décors : Stephen Altman
    Montage : Géraldine Peroni
    Directeur de la photographie : Oliver Stapleton
    Editeur DVD
    : MK2 Editions

  •  LE DVD

    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - tous publics
    Durée du film: 110'
    Durée du DVD: 137'

    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1:77
    Son: VO anglaise et version française stéréo

    Sous-titres:
    Français

    Menus: Français

  • BONUS  (27')
    Notre avis: Les bonus de cette édition sont minces. Luc Lagier intervient pour présenter le film dans une préface assez courte, puis propose une lecture du film relativement classique d’une quinzaine de minutes et qui revient sur des points importants du film : l’acte autobiographique, la construction du film, et la prédominance du Jazz. D’ailleurs, il compare ce film à un morceau de Jazz, qui s’articule entre ligne rythmique assez rigide, et ligne mélodique libre, improvisée. D’un point de vue défendable et intéressant, il est dommageable que ces bonus soient si courts, peut-être un peu bâclés. La mise en scène se contente d’une voix off qui règne sur les images, et de textes insérés entre elles, afin de noter les points importants. Curieusement léger, pour une édition MK2. MC

    *
    Préface de Luc Lagier

    * « Gare, trains et déraillement » et lecture analytique de Luc Lagier



    * Bande annonce
BIO - FILMOGRAPHIE DE ROBERT ALTMAN

B I O
Né en 1925, à Kansas City, Robert Altman fait ses études secondaires chez les Jésuites et obtient un diplôme d’ingénieur mathématicien à l’université du Missouri. Ses débuts à Hollywood passeront inaperçus : en 1957, il signe The Deliquentset James Dean Story. Il se tourne vers la télévision, réalisant de nombreux feuilletons dont deux épisodes de Hitchcock Presentsen 1957 et 1958. Il devra attendre 1970 avant de réaliser M*A*S*H, une satire délirante de l’armée, qui remporte la palme d’or à Cannes. Suit alors une décennie triomphale avec une quinzaine de films extrêmement variés. Car, même si sa marque de fabrique reste ce fameux style choral inauguré avec Nashville (1975), où s’entrecroisent vingt-quatre personnages, il fera toujours preuve d’une inspiration très éclectique (citons le polar Le Privé, le western John Mc Cabeou le film intimiste Trois femmes.) A la fin des années 70, essuyant plusieurs échecs, il s’installe à New York et travaille de nouveau pour la télévision. Il revient en force sur le devant de la scène cinématographique avec The Player, une satire mordante sur Hollywood, puis Short Cuts, Prêt-à-porter ou encore Gosford Park. Robert Altman s’est éteint le 20 novembre 2006, peu de temps avant la sortie de son dernier film en France, The Last Show.


F I L M O  S É L E C T I V E
2006 - THE LAST SHOW
2004 - THE COMPANY
2002 - GOSFORD PARK
2001 - DOCTEUR T ET LES FEMMES
1996 - KANSAS CITY
1994 - SHORT CUTS
1992 - THE PLAYER
1979 - QUINTET
1975 - NASHVILLE
1970 - M*A*S*H

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