)))  HÉROS DE LA RÉSISTANCE
     de Jorge AMAT

        
        
La voix de Jean Moulin
Vingt ans en août 1944
Les témoins de la Libération de Paris

 

  • 2003 à 2004 - France
  • Sortie à la Vente en DVD en octobre 2007
  • Prix de vente indicatif: 20€
  • Éditions Doriane Films

POINT DE VUE

Jorge Amat s'est récemment distingué en co-réalisant avec Denis Peschanski La Traque de l'affiche rouge (2006), portant sur la lutte, la traque et la chute du groupe Manouchian en 1943. Ce film, précis et fort bien documenté révèle pour la première fois les procès-verbaux originaux découverts dans les archives judiciaires et policières.
Les trois documentaires présentés ici (La Voix de Jean Moulin, Vingt ans en août 1944, Les Témoins de la libération de Paris) précèdent de quelques années La Traque de l'affiche rouge et témoignent de l'attachement de Jorge Amat à cette période de l'histoire : "Plus on s'intéresse à un sujet, plus on se rend compte de la complexité de l'histoire, de ce qui est simplifié et de ce qui ne devrait pas l'être" (Hors-série de L'Humanité, février 2007).

En cela, le titre proposé par Doriane Films pour caractériser ces trois films (Héros de la Résistance) paraît simplificateur ou tout du moins réducteur dans le sens où ceux-ci tendent justement à démythifier les acteurs de la résistance et, pour le cas de Jean Moulin, à en démêler le processus de mythification.

La Voix de Jean Moulin débute d'ailleurs, après un passage par la prison de Monluc, par le témoignage de Christine Levisse-Touzé, Directrice du Mémorial Leclerc et du Musée Jean Moulin, revenant sur la fameuse photographie de Jean Moulin avec chapeau mou et écharpe autour du cou. Il a été attribuée à cette photo une date qu'elle n'a pas en indiquant qu'elle avait été prise l'hiver qui a suivi sa tentative de suicide.
Les deux cousines de Jean Moulin tiennent aussi à rétablir une vérité plus intime en réfutant les réputations de noceur et de dandy qui lui ont été attribuées.
Quelques images tirées d'un film amateur datant vraisemblablement d'avant-guerre donnent figure humaine à un Jean Moulin débarrassé des oripeaux du mythe.

Que se cache-t-il derrière le mythe du héros ? Jorge Amat va tâcher de répondre à cette question en revenant précisemment, point par point, avec une rigueur historique certaine au parcours de Jean Moulin, de son poste de Préfet à Chartres au transfert de ses cendres au Panthéon en 1964.
Et c'est au travers de ce parcours que l'on se rend compte que Jean Moulin prend une dimension nouvelle dès son voyage à Londres et sa rencontre avec de Gaulle le 25 octobre 1941. Il devient alors Délégué général pour la zone sud avec pour mission de mettre en place l'Armée secrète et d'unifier les mouvements de la résistance sous la coupe de la France libre : "Il serait fou et criminel de ne pas utiliser (...) ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui mais pouvant constituer, demain, une armée cohérente de "parachutistes" déjà en place" (Jean Moulin, octobre 1941). Il est perçu alors différemment par ceux qui le côtoient et un certain prestige, en partie lié à sa tâche, émane de notre homme.

Suivra ensuite sa participation à la création du CNR (Comité National de la Résistance, organe représentatif des syndicalistes, des représentants de la résistance, des partis politiques) en 1943, ayant pour but de légitimer de Gaulle aux yeux des Anglais et des Américains. Jean Moulin est arrêté par la Gestapo à Caluire le 21 juin 1943. Il est torturé et meurt au cours de son transfert en Allemagne.

La mythification de Jean Moulin devient effective lors du transfert de ses cendres au Panthéon. On se souvient du discours de Malraux en deux parties : une première partie suivant la chronologie de l'action de Jean Moulin et une seconde partie plus lyrique sur le peuple de l'ombre.
Il termine son discours par cette phrase : "Ce jour-là, il était le visage de la France, lui qui n'en avait plus". Moulin devient alors non seulement une figure de la Résistance, mais également une figure gaulliste de la France, unificatrice du sentiment républicain.
Stéphane Hessel, affecté à la BCRA à Londres, rapporte ce mot de de Gaulle pendant le discours de Malraux, éloquent quant à ses intentions : "ça plaît".

Avec le second documentaire, 20 ans en août 1944, Jorge Amat suit cette fois le parcours de résistance de Madeleine Riffaud. Elle n'avait pas les même responsabilités que Jean Moulin mais comme le rappelait Jean-Paul Sartre dans Les Lettres françaises en 1944 : "Il n'est pas d'armée au monde où l'on trouve pareille égalité de risques pour le soldat et le généralissime".

La notion de héros est balayée de suite par Madeleine Riffaud :"Je suis un anti-héros, quelqu'un d'ordinaire ; la seule chose d'extraordinaire, c'est le fait d'avoir vécu jusqu'à maintenant".
Lorque l'on part sur les traces de Rainer (son nom de résistante) on ne peut s'empêcher de penser à cette phrase de Courteline qui ouvre L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville : "Mauvais souvenirs ! Soyez pourtant les bienvenus, vous êtes ma jeunesse lointaine".

Mais Jorge Amat réussit à donner vie à cette jeunesse lointaine en ramenant Madeleine Riffaud sur les lieux parisiens de ses actes de résistance (notamment Ménilmontant, sur la petite ceinture) et en utilisant quelques passages de fiction (principe que l'on retrouvera dans La Traque de l'affiche rouge) : "Chaque récit des témoins est illustré par des scènes de fiction. C'était une façon de redonner une jeunesse à cette histoire (...). La mise en scène a pour but de recréer une ambiance avec les actions dans le métro et dans la rue. A chaque lieu évoqué par un témoin correspond une image. Ce sont des détails qui donnent une idée du Paris dans lequel ils évoluaient." (Jorge Amat dans le Hors-série de L'Humanité, février 2007). Nous suivons donc véritablement Rainer dans les rues de Paris.

Après avoir tué un soldat allemand elle est arrêtée par la milice, torturée puis envoyée à Fresnes. Elle se sent alors prête à mourir. Il y a là l'idée qu'être Résistant, c'est accepter la mort. On ne peut pas être un résistant éthéré. La différence entre rendre des services résistants et être résistant, c'est qu'être résistant c'est se dire qu'on peut aller jusqu'à tuer ou être tué. La mort est cotoyée de près : "La mort et la vie se croisait dans Paris".
C'est finalement l'insurrection parisienne qui la sauve puisqu'elle est libérée dans le cadre d'un échange de prisonniers.

C'est cette insurrection qui constitue le thème central du troisième et dernier documentaire de ce DVD, Témoins de la libération de Paris.
Dès le début du film, Jorge Amat, par l'intermédiaire de l'historien Denis Peschanski, tient à prendre ses distances avec une certaine mythologie de la Résistance souvent associée à la Libération de Paris : "Il faut sortir de la mythologie, de la légende rose ; ce ne sont pas des milliers de résistants qui mènent la lutte armée pendant la guerre. En août 1943, au moment des actions de résistance les plus spectaculaires à Paris menées par le groupe Manouchian (FTP-MOI), 65 militants menaient la lutte armée à Paris. Et ils devaient faire face à 200 inspecteurs de la brigade spéciale".

Toujours avec la même rigueur historique, Amat déroule ensuite les faits qui ont débouché sur l'insurrection parisienne et sur la libération de la ville en insistant sur les particularismes de cette insurrection ainsi que sur les stratégies et sur les luttes d'influence politique à l'intérieur du mouvement de résistance notamment entre les gaullistes et les communistes.

Stéphane Bedin

 

 

 



 

 

 

 

 

   
LES FILMS

 

  • La voix de Jean Moulin
    (2003 - 90')
    Sujet:
    Ce documentaire raconte la vie d'un des héros du deuxème conflit mondial - Jean Moulin, surnommé "Max" dans le maquis. Avec, entre autres témoignages, ceux de Raymond Aubrac, Pierre Péan et Germaine Tillion.

     
  • Vingt ans en août 1944
    (2004 - 90')

    Sujet: Le parcours d'une femme résistante, Madeleine Riffaud, alias "Rainer" sous l'occupation. Soixante ans plus tard, cette femme d'exception, grand reporter, écrivain et résistante se souvient. Elle raconte avec ferveur son combat contre l'occupant nazi, les séances de torture (elle est emprisonnée à Fresnes après avoir tué un soldat allemand), les joies et les chagrins de la Libération de Paris. Un être rare et courageux qui raconte sa lutte pour la Libération.

     

  • Les témoins de la Libération de Paris
    (2004 - 52')
    Sujet: Ce film complète la vision de Madeleine Riffaud, situant le parcours des résistants dans une action collective. Parmi les témoignages de la libération, celui, éblouissant, d'Edgar Pisani.



                  
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