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UN
HOMME PERDU
DANS
LES CHAMPS DE BATAILLE
de
Danielle ARBID
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- COFFRET
DOUBLE DVD
- 2004
& 2007 - France
- Sortie
à la Vente en DVD le 22 mai 2008
Editions
MK2
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| UN
HOMME PERDU |
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| SYNOPSIS |
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Thomas
Koré, photographe français, parcourt le monde à
la recherche d’expériences extrêmes. Son chemin croise
celui de Fouad Saleh, un homme étrange à la mémoire
défaillante. Le français va tenter de découvrir
son histoire et de tracer avec lui un bout de chemin au cœur d’un
Orient sulfureux et secret. |
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| POINT
DE VUE |
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Deuxième
long-métrage de la réalisatrice franco-libanaise, Danielle
Arbid, Un homme perdu raconte l’histoire d’une
errance à la fois physique et psychologique, de deux hommes liés
par une même soif de liberté. Le film s’ouvre sur
une séquence de guerre civile à Beyrouth en 1985. Caméra
épaule, nous suivons la fuite d’un homme qui vient vraisemblablement
de commettre un crime. C’est ce même homme que nous retrouvons,
la séquence suivante, 20 ans plus tard au nord de la Syrie, prenant
un taxi pour rejoindre la Jordanie. En quelques plans, Danielle Arbid
nous expose un homme (Alexander Siddig) déraciné depuis
cette longue ellipse de 20 années, perdu dans des territoires
orientaux hostiles. Son regard intense et son attitude victimaire, nous
plonge d’emblée dans son errance et nous le suivons - comme
lu - sans savoir où nous allons.
Arrivé en Jordanie, il est arrêté quelques instants
plus tard par la police pour avoir flirté avec une femme rencontrée
un peu plus tôt dans le taxi, près des toilettes publiques
pour femmes. C’est à ce moment précis que le deuxième
personnage central du film nous est présenté, Thomas Koré
(Melvil Poupaud) qui va, à la manière d’un paparazzi,
immortaliser la furtive étreinte. Très vite les deux hommes
vont se retrouver et partager des moments intenses. Plongés dans
un décor exotique et répressif, ils vont alors se balader
de bars en bars à la rencontre de jolies femmes solitaires et
toutes aussi perdues.
Mais ce qui diffère profondément des deux personnages
est la nature même de leur errance. Le journaliste français,
cherche des expériences extrêmes pour se détacher
de sa vie et de sa culture occidentale. Il part très loin de
chez lui pour se perdre et semble ne pouvoir vivre ses expérience
qu’à travers l’autre ou à travers le prisme
de son appareil photo. Les photos devenant ainsi les témoins
de son errance lointaine, comme les pages d’un journal intime.
L’arabe quant à lui est un homme déraciné,
détaché d’un passé conflictuel. Au fond de
son errance forcée, il cherche l’amour de l’autre
mais est incapable de le recevoir.
Les scènes de sexe du film sont en quelque sorte l’illustration
parfaite de ce détachement forcé ou volontaire. L’un
photographiant ces corps exotiques comme pour laisser une empreinte
vagabonde, l’autre cherchant l’amour du corps autrefois
perdu. Ou encore l’un se baignant dans la mer Morte et l’autre
le regard perdu vers l’horizon comme pour chercher quelque chose
ou quelqu’un.
Il n’est pas chose aisé de faire un film de ce genre. Le
spectateur peut vite décrocher devant cette errance. Mais Un
homme perdu est beaucoup plus complexe et intéressant qu’un
simple road-movie oriental. Sorte de voyage initiatique, il nous montre
un orient inconnu et sulfureux. Avec des séquences charnelles
qui touchent aux sentiments les plus primaires, le film garde un rythme
soutenu tout le long et une part d’intrigue, renforcée
par une musique lancinante et dérivante à la Sigur Ros
et une photographie magnifiant corps et paysages. Une image signée
Céline Bozon qui avait déjà donné de magnifiques
images claires obscures dans le film d’Eric Caravaca, Le
Passager sorti en 2005.
Exercice très périlleux donc que celui-ci où très
souvent l’avis et le ressenti du spectateur tombe tel un couperet
« C’est lent, c’est chiant, il ne se passe rien
! » Heureusement il n’en n’est rien pour Un
homme perdu. Le rythme reste tendu grâce au sujet, aux acteurs
impeccables mais surtout grâce à la mise en scène
de Danielle Arbid qui rappelle très souvent le style adopté
par Jacques Audiard dans De battre mon cœur s’est arrêté.
On ne sait jamais ce qu’il va se passer et comment ces deux hommes
vont évoluer ensemble.
On sent le coté instinctif de Danielle Arbid dans sa mise en
scène. Etre là simplement au bon moment pour voler des
sentiments aux acteurs. C’est d’ailleurs le sujet de l’interview
présent sur ce DVD, intitulé D’instinct,
où la réalisatrice revient sur la genèse du film
et son goût pour l’improvisation dans les scènes.
C’est cette improvisation, ce risque de tourner dans son pays
d’origine qui permet à Danielle Arbid de se plongée
véritablement dans son sujet. Car l’homme perdu pourrait
aussi bien être elle.
Danielle Arbid est née en 1970 au Liban, pays qu’elle quitte
à 18 ans quelques mois avant la fin de la guerre civile pour
venir faire ses études en France. C’est l’origine
de ce film. Elle l’explique elle-même « Je vis
en France depuis des années et avec le temps, j'ai l'impression
de perdre de vue ce pays d'où je viens, comme un bateau qui disparaît
à l'horizon. Comme si ma vie n'était ni tout à
fait là-bas, ni tout à fait ici. C'est la raison pour
laquelle je voulais raconter l'histoire de deux hommes, et non d'un
seul. Deux hommes qui finissent par être le recto et le verso
du même. Un Arabe et un Occidental qui se perdent, disparaissent,
réapparaissent... Et qui finalement oublient d'où ils
viennent. »
Le visage de l’arabe vient donc de sa propre expérience
et elle s’est inspirée des livres de William Vollmann et
du photographe français Antoine d’Agata pour le personnage
de l’occidental perdu en terre inconnu. Ce dernier a d’ailleurs
participé au film en apportant au personnage de Thomas Koré,
interprété par Melvil Poupaud, sa violence intérieure.
Un sentiment de déracinement et de doute venant de la fascination
de Danielle Arbid pour les gens qui se perdent dans le monde et qui
s’oublient. Ce voyage initiatique, c’est le sien, une sorte
de quête vers la rédemption…
Julien Bourières |
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| FICHE
TECHNIQUE |
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LE
FILM
(2007
- 90')
Un
film de Danielle Arbid
Conseiller au scénario : Antoine d’Agata
Image
: Céline Bozon
Son : Emmanuel Zouki
Producteurs délégués : Marin Karmitz et
Nathanaël Karmitz
Producteurs associés : Julia Bidermannet Charles Gillibert
Productrices exécutives : Sabine Sidawi Hamdanet Claire
Dornoy
Avec : Melvil Poupaud, Alexander Siddig, Darina Al Joundi,
Yasmine Laitte
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DANS
LES CHAMPS DE BATAILLE |
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| SYNOPSIS |
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Beyrouth,
1983. La vie secrète de Lina, douze ans, tourne autour de Siham,
la bonne de sa tante, de six ans son aînée. La petite
cautionne les amours clandestins de la grande et défend ses
intérêts. Mais elle passe inaperçue aux yeux de
la bonne et d’ailleurs aux yeux de sa famille, notamment du
père : destructeur, aventurier et flambeur. Dans un quotidien
incertain, celui de la guerre, des passions et des frustrations, Lina
accède au monde des adultes, sans conscience du bien ou du
mal...
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| FICHE
TECHNIQUE |
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- LE
FILM
(90'
- 2004)
Un film de Danielle Arbid
Directeur de la photographie : Hélène Louvart
Production : Jérôme Vidal
Son : Faouzi Thabet
Avec: Marianne Feghali, Rawia Elchab, Laudi Arbid, Aouni Kawas,
Carmen Lebbos a un
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POINT DE VUE |
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Curieusement,
découvrir Dans les champs de bataille après Un
homme perdu permet de mieux appréhender l’univers
et le parcours de Danielle Arbid. Dans ce film, premier long métrage
et oeuvre quasi autobiographique de la réalisatrice, nous découvrons
l’univers de son enfance, le Liban des années de guerre
et plus précisément une famille qui se déchire
dans ce chaos ambiant où l’innocence d’une fillette
de douze ans n’a pas sa place. La quête de rédemption
d’Un homme perdu renforce donc cette histoire d’enfance
fragmentée.
Dans Les champs de bataille est un petite guerre à l’intérieure
d’une grande guerre. Celle d’une famille essayant de survivre
dans le Beyrouth des années 80. La jeune Marianne Feghali interprète
Lina, le souvenir brisé de l’enfance de Danièlle
Arbid. La jeune actrice apporte avec intelligence un subtil mélange
de fragilité et de perversité au personnage. Cet enfant
d’à peine douze ans devient le témoin et la victime
du déchirement et du cloisonnement de sa famille. Une mère
dépressive et impuissante, un père absent ne pensant qu’au
jeu et une vieille tante acariâtre et égoïste.
Dans ce climat de guerre et de bombardements quotidien, Lina lutte pour
trouver une normalité au sein de cette famille et de ce pays
dévasté. Une Guerre suggérée à travers
des inserts récurrents d’immeubles marqués par la
violence des hommes et désespérément vide. À
la recherche d’un échappatoire, Lina va se réfugier
dans l’univers de Siham (Rawia Elchab), la bonne de sa tante.
Une jeune femme libre et secrète, modèle inavouable pour
Lina. Ensemble, elles rient, regardent les hommes et écoute de
la musique disco. C’est cette fraîcheur que Lina recherche
par dessus tout, cette envie de vivre. Coincé dans cette jungle,
la petite Lina va avoir beaucoup de mal à faire la différence
entre le bien et le mal, la mort et le plaisir.
La mise en scène de Danielle Arbid nous montre parfaitement de
décalage et ce tiraillement dont souffre Lina. Elle film cette
famille toujours cloisonnée dans un immeuble rythmé par
les alertes de bombardements où les seuls moments de calme en
famille se retrouvent paradoxalement pendant les bombardements lorsque
tous se réfugient au sous sol de l’immeuble.
Le personnage de Siham aurait pu être un fantasme de la réalisatrice,
la vie de liberté qu’elle recherchait étant enfant.
Les personnages sont d’ailleurs souvent filmés en amorce
comme pour illustrer les souvenirs éparpillés de Danielle
Arbid.
La cinéaste semble vouloir nous dire que pour préserver
cette innocence et cette envie de vivre, la petite Lina doit partir
loin de sa famille. Qu’elle n’avait pas d’autre choix.
Que cette petite fille victime de la violence ambiante ne doit en aucun
cas se familiariser avec la peur et le danger.
Deux très bons films donc, où la sincérité
de Danielle Arbid ne fait aucun doute. Elle film avec beaucoup d’intensité
des évènements qui ont marqués sa vision du monde
et met en scène des personnages qui semblent ne pas avoir leur
place dans cet univers vagabond. Des personnages rêvés
ou fantasmés, que la réalisatrice aime suivre.
Julien Bourières |
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- LES
DVD
DVD 9 - Pal - Zone 2 - Tous publics - Couleurs
Format image : 5.1
Format vidéo :16/9 comp 4/3
Format audio : Stéréo
- BONUS
DVD 1 - Un homme perdu
- Préface, par Philippe Azoury
- "D'instinct...", interview de la réalisatrice
à propos du tournage d'Un homme perdu
Notre avis : Interview de la réalisatrice
à propos du tournage d’Un homme perdu. Danielle
Arbid revient sur la genèse du film et plus précisément
comment elle a collaborée avec le photographe français
Antoine d’Agata. Elle insiste sur le fait que le personnage
interprété par Melvil Poupaud n’est pas Antoine
d’Agata. Celui-ci n’apportant que son expérience
et sa troublante relation avec la photographie. Danielle Arbid s’est
donc inspiré de lui pour plonger dans sa propre histoire et
ses propres obsessions. Elle revient également sur le choix
des comédiens notamment le choix d’Alexander Siddig qui
s’est très vite imposée à elle en le voyant
dans le film Syriana. L’acteur étant lui-même un
« voyageur expatrié » a tout de suite ressenti
le scénario et son personnage. Danielle Arbid nous explique
enfin son envie de filmer des scènes de sexe. Son goût
pour filmer des scènes charnelles où les deux héros
se perdent dans les bars de femmes cherchant des sentiments perdus
et oubliés. Toutes ces scènes sont d’ailleurs
remarquablement filmées avec une photographie très découpée
et un montage tout en mouvement. Dommage que Danielle Arbid se sente
obligée de justifier ces scènes. JB
- Scènes commentées par l'équipe du film
- Bandes-annonces
DVD 2 - Dans les champs de bataille
- Préface, par Philippe Azoury
- "Quelques jours avant le tournage...", notes
à l'équipe du film, lues par Danielle Arbid
- Casting, Danielle Arbid et sa directrice de casting commentent
la distribution
- "Nous", un court-métrage de Danielle Arbid
"Mon père partait. Je l’ai filmé, pour
garder une preuve. J’avais peur de perdre toute pensée
de lui, toute colère contre lui, tout souvenir."
Un film personnel saisissant, à la frontière du portrait,
du documentaire et de la fiction.
- Bandes-annonces
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| À
PROPOS DE “DANS LES CHAMPS DE BATAILLE” PAR DANIELLE ARBID |
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Votre film se passe au Liban, dans les années 80, dans un contexte
pour le moins chaotique. Pourquoi parlez-vous de la guerre ?
Finalement parce que la guerre ne m’effraie pas. C’est
dans ce sens-là
que j’ai voulu faire ce film. Pour montrer comment on la vivait
de
l’intérieur. J’ai habité au Liban entre
1975 et 1990, je sais donc que
l’être humain peut se familiariser avec la peur et le
danger. Je l’ai
expérimenté. On peut rire et aimer en temps de guerre.
Tous les
sentiments sont exacerbés, et la peur de mourir à chaque
instant
finit par procurer un curieux sentiment de liberté. On vit
intensément.
La guerre forge, en quelque sorte, les comportements. C’est
ce que
vous montrez...
Côtoyer le danger est enivrant, et je parle de cette sensation
dans
le film. Je raconte ce que je connais. Je suis la fille de mon pays
et
d’une époque. J’ai vécu au cœur d’une
guerre civile, dans une
famille particulière. Comme beaucoup d’adolescents à
cette
époque, je découvrais la musique occidentale, notamment
le rock.
Ces éléments ont marqué à jamais ma vision
du monde et m’ont
donné le goût de la démesure. C’est sans
doute pour tout cela que je fais
du cinéma, pour rétablir avec le monde cette relation
passionnelle.
Votre film parle d’une guerre qui se déroule
à l’intérieur de
l’appartement familial, comme une métaphore du conflit
extérieur...
Quand j’étais enfant, on déménageait souvent
à cause des dettes
de mon père. À l’époque, j’avais
l’impression que notre drame était
encore plus cruel et plus terrible que les bombes qui s’abattaient
sur nous. À mes yeux, la cruauté naissait dans la maison,
c’est de là
qu’elle partait et qu’elle contaminait le pays entier.
Cette cruauté est
au centre de Dans les champs de bataille. Je filme la guerre depuis
la famille, comme si on se trouvait dans l’œil du cyclone.
On peut, en
effet, me reprocher de ne pas beaucoup montrer les barricades, mais
je n’ai jamais rien compris à cette guerre, ni aux autres
d’ailleurs. Je
n’ai aucun sens, aucune logique politique. Même en réalisant
des
documentaires, je ramène tout à mon expérience
personnelle car je
crois foncièrement à la subjectivité du propos
et dans l’individu.
Cette cruauté ambiante déteint donc sur Lina,
votre personnage
principal.
Oui, elle déteint. Lina est le pendant exact de son environnement;
soit
elle tue, soit elle meurt. Donc, elle tue. Elle s’adapte aux
circonstances.
Au début du film, elle résiste un peu, mais progressivement,
elle se
laisse happer par son univers. Elle a un comportement animal. Cette
fille sait
d’emblée, à l’âge dedouze ans, qu’elle
habite une jungle. Et elle devient obsédée
par une idée fixe, celled’être perçue par
les autres et de faire partie de leur
clan. Elle est, en quelquesorte, plus forte que la violence qui l’entoure
car elle
finit par l’apprivoiser.
C’est son côté vampirique, plus les gens autour
d’elle vont mal, plus elle
semble aller mieux...
Lina se nourrit du malheur des autres pour se fabriquer une sorte
de cocon.
Quand la réalité devient insupportable, elle se réfugie
dans son monde
intérieur. Puis elle trouve un objet de transfert, de fixation:
Siham, la bonne
de sa tante, victime comme elle d’une certaine ségrégation,
d’une mise à
l’écart. Lina tombe amoureuse de cette bonne qui habite
au-dessus de chez
elle. Elle se nourrit de son univers fantaisiste, mais le jour où
Siham décide
de s’enfuir avec un homme, Lina la dénonce. Cette dénonciation
est une
trahison d’amour, instinctive et nécessaire. C’est
ensuite qu’elle remue en
elle quelques enjeux moraux.
Lina et sa famille se battent entre eux mais aussi pour rester
en vie...
Pas vraiment. Je filme ici les derniers jours de cette famille avant
l’explosion.
Avant que leur monde ne déraille définitivement. En
attendant cette fin,
chacun vit à la lisière, sur la brèche, menant
son petit business et, forcément,
il y a des conflits d’intérêt. Il n’y a ni
victime ni bourreau dans ce film, mais
plutôt des perdants et des gagnants occasionnels.
Quelle a été votre approche des personnages? Comment
avez-vouschoisi
les acteurs pour les incarner?
Mes personnages sont tous dans une impasse. Quelque part,ils sontpresque
morts et je ne filmais que cette couche si fine de leur survie.Je
voulais que les
acteurs qui les incarnent soient donc marqués par la vie. Pendant
le casting,
je ne retenais que les gens avec qui j’avais envie de parler
et dont
je sentais qu’ils allaient prendre des risques. Par exemple,
au
départ, j’ai choisi une comédienne pour le rôle
de la tante, mais
qui appréhendait de dire le mot «pute». Au dernier
moment, je l’ai
remplacée. J’ai demandé à ma propre tante
de jouer le rôle
d’Yvonne. Ma tante n’avait jamais joué de sa vie,
mais elle savait
balancer «pute» avec classe. Et elle s’est avérée
un personnage
exceptionnel.
Il y a beaucoup de sensualité dans le film: l’escapade
en voiture,
le regard de ces filles sur les corps des jeunes miliciens, la scène
de l’abri où Lina apprend à embrasser...
Le sexe est la préoccupation des deux personnages principaux.
Et
au casting, j’ai choisi deux filles qui puissent susciter ce
genre de
trouble. La petite est un mélange d’effronterie et d’appréhension;
une tête de femme sur un corps menu d’enfant... Quant
aux jeunes
garçons qui traînent dans le film, je voulais montrer
des corps flottants
et indolents. J’aime décrire l’adolescence comme
dans le cinéma
indépendant américain ou asiatique. Un monde de petites
frappes
où tout est immédiat: le sexe, la violence et le plaisir.
Cinématographiquement, quels ont été
vos choix ? Le film est
cadré très serré, très proche des visages
et des corps.
Nous sommes dans l’exploration des sentiments. Je voulais fragmenter
un monde que l’on ne perçoit que par bribes et filmer
instinctivement,
très près des corps, dans les détails. Comme
un canevas qui se
tisse et n’est révélé qu’à
la fin dans sa totalité. Je voulais que la
couleur du béton rappelle la couleur de la chair et que la
chair soit
omniprésente dans le film. Je voulais aussi qu’entre
la dureté de
certaines actions et le côté contemplatif d’autres,
le paradoxe s’installe.
Je voulais suspendre le temps et puis l’accélérer
à travers les
scènes de violence. De la noirceur des décors à
la vulnérabilité des
corps, j’imaginais comme un voile qui envelopperait ce film
dans un
passé violent et bien protégé, qui ne devient
jamais présent.
Votre passé...
Je ne raconte pas ma vie, mais des sensations que j’ai pu éprouver.
Quant aux faits, j’en livre une partie en donnant des clés;
mon père
était joueur de poker, ma tante est un personnage du film...
Le reste
n’est pas très important.
(Entretien extrait du dossier de presse)
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| BIOGRAPHIE
& FILMOGRAPHIE DE DANIELLE ARBID |
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Née
à Beyrouth en 1970, Danielle Arbid quitte le Liban à
l’âge de 17 ans pour
commencer une autre vie et étudier la littérature et
le journalisme à Paris.
Elle collabore pendant cinq ans avec la presse écrite. S’intéressant
à d’autres
formes de narration, elle arrête le journalisme en 1998 et réalise
plusieurs
films documentaires et de fiction. Sélectionnés dans
une centaine de festivals
en France et dans le monde, ses films reçoivent un excellent
accueil à la fois
public et médiatique, ainsi que de nombreuses récompenses
dont le Prix
Albert Londres, un Léopard d’or vidéo au festival
de Locarno ou la Villa
Médicis hors-les-murs.
F I L M O G R A P H I E
COURTS ET MOYENS MÉTRAGES DE FICTION
Raddem (Démolition) [1998 – S16mm, 17’]
Le passeur [1999 – S16mm, 13’]
Étrangère [2002 – 35mm, 46’]
DOCUMENTAIRES
Seule avec la guerre [2000, Beta num. 60’]
Aux frontières [2002, Beta num, 60’]
ESSAIS VIDÉO
Conversation de Salon 1, 2 et 3 [2003/04, Beta num, 3x10’]
LONG-MÉTRAGE DE FICTION
Dans les champs de bataille [2004 - 35mm, 1h30’]
Un homme perdu [2007 - 35mm, 1h30’]
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