)))  NOISE
         (carte blanche au festival Art Rock de St-Brieuc)
        
de Olivier ASSAYAS                      

 

  • Essai musical - 2005 -France - durée: 1h55 (+1h10 de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 9 juin 2006
    Editions MK2
  • Prix de vente conseillé : 19,90€

SYNOPSIS

Depuis 1983, le Festival Art Rock de St Brieuc mélangeant les styles et les disciplines s’est imposé comme l’un des événements marquants de la scène française.
En juin 2005, il a confié sa prestigieuse Carte Blanche à Olivier Assayas.
Le temps d’une soirée, deux scènes du festival ont accueilli collaborateurs et amis du cinéaste pour une programmation éclectique articulant concerts, lectures et cinéma expérimental.

 
POINT DE VUE
   
On connaît les rapports étroits qu’entretient Olivier Assayas avec la musique rock. On se souvient des plages musicales de L’Eau froide qui lui permettaient de payer son tribut au rock des années 70 (d’Alice Cooper à Nico), à Irma Vep qui « mixait » un hommage à Feuillade au magnifique morceau Karen de Sonic Youth. L’origine de Noise, en revanche, se trouve dans son dernier film, Clean qui transformait Maggie Cheung en rock star déchue et renaissante. Assayas a d’ailleurs fait appel à Eric Gautier, le chef opérateur de Demonlover et Clean, pour mettre en image Noise, que l’on pourrait nommer un « essai musical ».

De la citation à la fiction prenant place dans les milieux du rock, le cinéaste n’a cessé de se rapprocher de son objet. Noise s’inscrit dans un genre en soi, à mi-chemin du documentaire et du film musical : le concert filmé. Cet exercice possède ses chef-d’œuvres : Woodstock de Michel Wadleigh, Ziggy Stardust de D.A. Pennebaker où Bowie fait ses adieux au personnage ou encore The Band de Scorsese sur le dernier concert du groupe mythique. Si filmer une pièce de théâtre ou un opéra offre peu d’intérêt, en revanche le concert rock est une découpe temporelle qui permet de saisir la pulsation d’une époque. Le « set » de Jimi Hendrix à Woodstock, mêlant une reprise de l’hymne nationale aux explosions des bombes du Vietnam, demeure le meilleur témoignage de ce que furent les mouvements de contestation des années 60.

À l’origine de Noise, il y a une carte blanche accordée au cinéaste par le festival Art Rock de Saint-Brieuc en 2005. Les choix d’Assayas peuvent alors s’apparenter à un casting. On retrouve le musicien Afel Bakoum, les chanteuses Marie Modiano et Jeanne Balibar (qui par ailleurs chantait en duo avec Maggie Cheung sur son album), les groupes Metric et Mirror/Dash (ce dernier composé de deux membres de Sonic Youth, Thurton Moore et Kim Gordon)… Si Assayas ne peut évidemment pas « diriger » ses interprètes, il modèle leur espace scénique avec un film expérimental (que le supplément Hôtel Atithi présente dans son intégralité) projeté derrière eux. Ce principe rappelle les light-shows psychédéliques des années 60 et en particuliers Exploding Plastic Inevitable, réalisé par Ronald Nameth en 1966 lors d’un concert du Velvet Underground. Même si l’expérience n’est pas aussi poussée que les performances de V-jaying (l’équivalent vidéo des DJ) où les images sont mixées en direct, il s’agit d’intégrer l’élément filmique à la musique live.
Le choix des groupes a sans doute prémédité les options de mise en scène. Les chansons de Jeanne Balibar ou les ballades folk de Marie Modiano, ne bénéficient pas du même traitement que le rock survolté de Metric. De même la dimension proprement expérimentale s’exprime avant tout lors des morceaux de Mirror/Dash qui constituent la part la plus impressionnante du film.

Marie Modiano, Johanna Preiss et a fortiori Jeanne Balibar évoquent, autant par leur physique que leur personnalité, les actrices du cinéaste. Le découpage et les cadrages se font classiques et accentuent les effets de portraits. Lors des morceaux de Metric, Assayas adopte un style « épidermique » ; la caméra épouse la plus grande proximité possible avec la chanteuse, en traque les tressaillements. Il s’agit de saisir l’énergie particulière du rock, de capter l’instant privilégié, par essence unique, du live.

On reconnaît là, hors du cadre narratif, les deux composantes de l’esthétique d’Assayas ; l’un relève d’une veine classique, posée, dont le modèle serait Truffaut et un cinéma volontiers littéraire (ce qu’accentue la séance de lecture-rock de Kate Moran et Pascal Rambert) ; l’autre électrique, se construit par l’énergie et la vitesse, se souciant moins de la lisibilité de l’image que de son rythme. Cette seconde occurrence puise chez Cassavetes (qui dans Faces accordait ses images au free jazz), ou chez un cinéaste contemporain comme Hou Hsiao Hsien qui, dans Millenium Mambo, noie ses acteurs dans des surfaces floues ou assombries.

La troisième variété d’image (littéralement) exposée par Noise est le cinéma expérimental, ici projeté directement sur scène. L’image expérimentale devient le point de jonction entre les modes « classiques » et « modernes » mais aussi leur dépassement. On se souvient que la fin d’Irma Vep comprenait du grattage sur pellicule, probablement inspirée par les oeuvres du lettriste Maurice Lemaitre, et qu’Assayas est l’auteur d’un ouvrage sur Kenneth Anger. Alors que Sonic Youth avait conçu la bande-son de Demonlover, c’est ici Assayas qui crée une « bande-image » pour les musiciens ; un voyage rêvé dans une Asie crépusculaire jamais nommée (mais que l’on suppose être la Chine). ; une suite de plans d’avions, d’aéroports, de « city lights » électrifiées, mêlées aux images de films populaires chinois tels que Intimate Confessions of a Chinese Concubine ou Heroic Trio avec Maggie Cheung (déjà cité dans Irma Vep). Si, lors du concert, ces images occupaient l’arrière-plan de la scène, le DVD les restitue en surimpressions. Ce flot hypnotique glisse sans fin sur les musiciens s’accordant parfaitement à la torpeur sourde des morceaux.

Si les effets de pause Marie Modiano ou Jeanne Balibar peuvent irriter, si Metric semble parfois caricatural dans son approche juvénile, toute en « tripe et sueur », en revanche Mirror Dash constitue le moment d’exception du film. Le groupe synthétise les multiples approches du cinéaste : sous les mélopées de la chanteuse, les martèlements obsédants des guitares, les expérimentations parfois hermétiques, couve toujours l’énergie brute et chaotique du punk rock.




Stéphane du Mesnildot



 















FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation : Olivier Assayas

    Avec
    :
    Mirror / Dash (Kim Gordon- Thurston Moore)
    • Jeanne Balibar
    • Metric
    • Text of light (Lee Ranaldo - Steve Shelley)
    • Afel Bocoum • Marie Modiano • Alla
    • White Tahina (Joana Preiss - Vincent Epplay)
    • Le début de L’A. (Pascal Rambert - Kate Moran)

    Montage: Luc Barnier, Marion Monnier
    Son :Olivier Goinard, Jean-Baptiste Brunhes, Nicolas Cantin
    Caméras : Michael Almereyda, Olivier Assayas, Eric Gautier, Leo Hinstin, Laurent Perrin,
    Olivier Torres
    Directrice de production : Sylvie Barthet
    Producteurs exécutifs :Sylvain Plantard, Kevin Douvillez
    Produit par :Gérard Pont, Gérard Lacroix
    Une coproduction: Arsenal Associés, association Wild Rose avec la participation de France 4 et le soutien du CNC
    Editeur DVD : MK2 Editions


  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - tous publics
    Durée du film: 115'
    Durée du DVD: 185'

    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Son: Dolby Digital 5.1

  • BONUS  (70')
    *
    HOTEL ATHITI (Inédit 35’)
    Réalisé par Olivier Assayas et Luc Barnier
    Film expérimental assemblé à la demande de Mirror/Dash pour accompagner leur performance au festival Art Rock.
    Il s’agit de la version in-extenso du light-show/film expérimental qui accompagne les musiciens. Comme dans Noise, ce sont les morceaux de Mirror/Dash qui en constituent la bande sonore. Vu pour lui-même, le film conserve tout son intérêt. On peut même, bien qu’il ne soit pas narratif, en observer les récurrences, comme cette jeune fille au visage appuyé contre une vitre qui semble être à l’origine de l’onirisme du film. Cette série de plans de déplacements en taxis ou en avion, ces images de télévision semblant filmées dans des chambres d’hôtels, évoquent les documentaires erratiques de Wim Wenders (Tokyo-ga) et de Chris Marker (Sans soleil) sur le Japon. SDM



    * METRIC
    (Inédit 47’)
    Réalisé par Léo Hinstin & Olivier Torrès
    Emily Haines et Metric live à St Brieuc et dans la nuit parisienne...
    Réalisés par des amis d’Olivier Assayas venus travailler sur Noise comme caméramen, il s’agit d’un (trop) classique documentaire sur le groupe Metric. On y retrouve les habituels plans backstage, la promenade nocturne (et émerveillée) des musiciens au bord de la Seine et des morceaux live. En regard de l’originalité du film d’Olivier Assayas, l’exercice est décevant. À moins, bien sûr, que comme les deux auteurs, de succomber au charme de la blonde chanteuse Emily Haines. SDM
PROPOS DE OLIVIER ASSAYAS

Quand Jean-Michel Boinet m’a proposé de programmer la Carte Blanche du FesRock, j’ai aussitôt accepté, et avec enthousiasme. D’abord parce que j’ai toujours crû au mélange des disciplines, et que je l’ai mis en œuvre dans certains de mes films. Le cinéma est l’art du montage, il réunit ce qui est désuni, assemble ce qui jusque-là coexistait dans l’ignorance réciproque.
Ensuite parce que c’était une occasion inespérée, unique, de mettre en scène un dialogue entre la musique et les images. Je tenais à ne pas être prisonnier des frontières trop rigides du terme rock, qui par ailleurs ne m’a jamais plu : je ne m’en sers que pour définir un ensemble flou et vaste où se rencontrent les formes spontanées, populaires, d’une musique à la fois savante et primitive, émanation de l’air du temps, et cela sous toutes les latitudes.
Aussi un joueur de oud comme Alla, improvisateur génial, habité par une grâce aérienne devait y avoir une place. Comme je tenais à la présence, centrale, d’Afel Bocoum, l’un des plus purs représentants du blues malien, collaborateur et disciple d’Ali Farka Touré dont j’ai plusieurs fois utilisé les thèmes au cinéma.

Mais c’est le travail que j’ai eu l’occasion de faire sur la bande-son de mes deux derniers films, qui a constitué la colonne vertébrale de la programmation. Il allait de soi que la soirée graviterait autour du travail de Sonic Youth avec qui j’avais collaboré sur Demonlover.
Ils ont choisi, pour l’occasion, de se scinder en trois projets parallèles inspirés par les images.
Jim O’Rourke a présenté son film Door autour duquel il construit live un environnement sonore. Lee Ranaldo et Steve Shelley accompagnés d’Alan Licht, Ulrich Krieger et Tim Barnes réunis sous l’appellation Text of Light ont improvisé sur des films de Stan Brakhage (NB : Ces films n’ont pu être intégrés à Noise). Quant à Kim Gordon et Thurston Moore incarnés ici en Mirror/Dashils m’ont proposé de créer pour leur performance un film abstrait à mi-chemin entre l’expérimentation et le light-show – le résultat s’appelle Hotel Athiti, conçu en collaboration avec Luc Barnier.

De la même façon que j’ai fait du montage, j’ai aussi fait un peu de casting. Ou plutôt une forme personnelle de casting que j’ai adoptée sur mes films récents où je préfère réunir des proches, qu’ils soient acteurs ou pas, ou plus, ou moins, privilégiant les affinités, la fidélité, l’amitié.
Jeanne Balibar que j’ai connue actrice partage désormais sa carrière entre le cinéma, le théâtre et la musique, unique dans chacun de ces domaines. Joanna Preiss qui pratiquait le chant classique et le théâtre, qui a été modèle de Nan Goldin, est devenue l’une des présences les plus singulières du cinéma français et développe avec Vincent Epplay un projet à mi-chemin entre la musique électronique et la performance.

Marie Modiano qui a été actrice, et continue occasionnellement a l’être, a trouvé sa voie, sa forme d’expression dans l’écriture et le chant, son premier album enregistré à Berlin vient de sortir).
Elles ont chacune participé à mes films, et ce sont autant de rencontres qui ont compté pour moi. Il était naturel, évident, qu’à mi-chemin entre les images et la musique, comme je me proposais de l’être à St Brieuc, elles représentent ce tiraillement, cette tension, qui est la leur comme elle est la mienne. Comme elle est celle de mon ami Pascal Rambert qui pratique au théâtre la même recherche, la même hybridation entre les formes contemporaines qui m’a parfois inspiré.

Metric qui ouvrent Clean ont fermé St Brieuc. Le hasard qui m’a fait les rencontrer à Toronto, les affinités immédiates et réciproques, leur donnaient de droit une place privilégiée à Art Rock. Je ne peux pas le dire mieux : je voulais que l’énergie du punk rock, telle qu’elle a électrisé la fin des années soixante-dix, telle qu’elle a contribué à forger mon identité, y compris de cinéaste, soit représentée. Emily Haines et Metricen sont aujourd’hui l’une des meilleures incarnations. Et leur set bref et intense a transporté une salle encore comble à quatre heures du matin...
Laissant chacun, et moi aussi, reconstituer dans le souvenir les détours, les courts- circuits, les acrobaties auxquels ont donné lieu les confrontations attendues et inattendues qui étaient l’objet même de ce que nous avions essayé de faire. Et, je crois, en partie réussi.

(notes de production)

LES GROUPES
JEANNE BALIBAR (France)
Comédienne de théâtre et de cinéma (Olivier Py, Olivier Assayas, Jacques Rivette, Arnaud Desplechin ou Mathieu Amalric), Jeanne Balibar enregistre son premier album en 2003, Paramour, composé par Rodolphe Burger. Déjà sous son égide en 2002, elle chantait une chanson sur l'album Meteor Show, un hommage subtil au Velvet Undergroundet plus précisément à Nico. Elle sera prochainement à l'affiche d'une comédie musicale d'Alain Berliner, J'aurais voulu être un danseur. Elle enregistre actuellement un nouvel album.

MARIE MODIANO (France)
Comédienne de théâtre (Le menteur de Jean Cocteau, Orchestre de Jean Anouilh, Phèdre
de Racine) et de cinéma (Fantômes, de Jean-Paul Civeyrac, en 2000, Demonlover d’Olivier Assayas, en 2002), Marie Modiano mène en parallèle une carrière musicale. Elle compose, en étroite collaboration avec Grégoire Hetzel les paroles et musiques de son premier album
sorti en mars chez Naive, I'm not a rose.

ALLA (Algérie)
Né en 1946 d'une mère originaire de Tafilalet (ville du sud du Maroc) et d'un père originaire de Taghit, une oasis perdue à 95 kilomètres de Béchar, Alla est obligé de quitter l'école à l'âge de 15 ans pour gagner sa vie. A 16 ans, il fabrique son propre oud (luth arabe) à l'aide d'un bidon, de câble et de bouts de bois. En dépit de ses moyens de fortune, il se crée un style s'inspirant aussi bien de l'Orient que de l'Afrique. En 1972, il achète son premier vrai oud et commence très vite à se produire en public. Dernier album : Zahra, en 2002.

PASCAL RAMBERT & KATE MORAN (France - USA)
Né en 1962, Pascal Rambert est auteur et metteur en scène (théâtre, danse, opéra, cinéma).
Créé en janvier 2005, à la Comédie Française, avec Audrey Bonnet et Alexandre Pavloff, sociétaires de la Comédie Française, Le Début de l’A.est aussi régulièrement présenté sous forme de lecture acoustique par les protagonistes de l’histoire : la comédienne new-yorkaise Kate Moran et Pascal Rambert. Pour cette lecture – performance, ils sont accompagnés par la guitare électrique d’Alexandre Meyer.

METRIC (Canada)
La rencontre entre Emily Haines, chanteuse et James Shaw, guitariste remonte à l’époque où la première officiait au sein de Broken Social Scene, leader de la scène rock de Toronto. Les deux complices décident alors en 1998 de partir à Montréal, puis à Brooklyn où ils montent Metric. Installé aujourd'hui à Los Angeles, le groupe, qui apparaît dans les premières séquences de Clean, d'Olivier Assayas est encensé aux Etats Unis comme en France avec leur premier album Old World Underground, Where Are You Now ?. Ils sortent leur second album en 2005, Live It Out.

AFEL BOCOUM (Mali)
Né en 1955 à Niafunke, Afel Bocoum est virtuose de la guitare au pays mandingue. Il a accompagné depuis une trentaine d'années son oncle, Ali Farka Touré, et est aujourd'hui désigné comme son héritier. Sortie chez World Circuit, l’album Alkibar, qui signifie "messager de la grande rivière” en Sonraï, impose Afel Bocoum comme l’une des voix les plus puissantes du Mali.

WHITE TAHINA (France)
Vincent Epplay, artiste/musicien et Joana Preiss, chanteuse polymorphe, collaborent depuis 1998 pour des concerts et autres interventions sonores. Performances présentées dans des galeries, des centres d'art contemporains, des festivals, ces actions s'élaborent comme des interventions/concerts, sur le mode et format de chansons improvisées. White Tahinaproduit une musique alliant bootleg et covers destructurés, sublimés par les mélodies et la voix suave de Joana Preiss.

SONIC YOUTH (USA)
Apparu au début des années 80, Sonic Youth est issu de la no wave new yorkaise (croisement entre punk et musique d’avant-garde). Groupe conceptuel qui a bâti sa réputation sur un refus obstiné de toutes les conventions du rock, Sonic Youth a une influence indéniable sur de nombreuses formations de rock indépendant et demeure un groupe de référence. Chaque membre du groupe multiplie les projets parallèles dans le champ de la musique, du cinema et des arts plastiques : Mirror/Dash (Kim Gordon et Thurston Moore), Text of Light (Lee Ranaldo et Steve Shelley, accompagnés de Ulrich Krieger, Alan Licht et Tim Barnes), Door (Jim O'Rourke).
 

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