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| POINT DE VUE | ||||
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Bille
August a réussi un exploit qui fait encore plus trépigner
Almodovar quand il y repense : celui d’obtenir DEUX Palmes d’Or
(pour Pelle le conquérant en 1988 et Les meilleures
intentions en 1992) sans appartenir à la caste des «
super auteurs » dont le monde cinéphile attend chaque nouvel
opus en tremblant. Pire. En versant ensuite dans la coproduction internationale
en costumes et sans âme (Les Misérables en 1998)
et le pensum bien-pensant (Good Bye Bafana - 2006), il paraît
même incarner désormais, aux yeux d’une bonne part
de la critique, l’académisme cinématographique d’aujourd’hui
dans toute sa raideur amidonnée. Cependant, à défaut d’avoir été un jour moderne, Bille August a, au moins, été jeune. La découverte de Zappa et de Twist and Shout (ses deuxième et troisième films datant de 1983 et 1984) permettrait-elle en quelque sorte de réhabiliter ce cinéaste sur la foi de ses premières œuvres ? Mais considérer que les « œuvres de jeunesse » sont nécessairement plus sincères et personnelles, n’est-ce pas déjà là un a priori critique de plus ? Sans rien savoir des films, on est d’abord intrigué par les titres. On s’en doutait un petit peu, mais Zappa n’est pas le biopic du musicien protéiforme qui se rêvait en Varèse du rock, guère plus que Twist and Shout une évocation du Fab Four. En revanche, on est bien dans le chromo sixties attendu avec bananes, culottes courtes, danseur de twist et rockers en costard. Nostalgie de bon aloi, à la limite de la série Happy days, pas franchement originale, peut-être plus télévisuelle que cinématographique, mais pas désagréable pour autant. Il vient se nicher, derrière cette patine consensuelle, quelques singularités qu’on ne s’attendait pas à trouver là. Bien que Twist and Shout reprenne quelques personnages de Zappa, il développe d’autres thématiques, d’où une difficulté à réellement qualifier ce second film de « suite ». Ce que l’on retient d’abord de ces deux films, ce sont d’abord les sentiments contradictoires qui traversent le héros Bjorn, plutôt que l’imagerie de la reconstitution qui passe finalement à l’arrière-plan. Il y a donc, dans l’enchaînement de ces deux films, plus qu’une réelle volonté de faire « saga » (mais avec des moyens limités), la recherche d’une épaisseur romanesque. Car finalement, ce que racontent Zappa et Twist and Shout relève de l’universel : découverte et mise à l’épreuve de l’amitié, des sentiments et de la trahison (y compris celle de soi-même). Ainsi, Zappa se construit sur un trio de tous jeunes adolescents. Et comme dans tout trio, il est surtout question de «deux plus un» voire «deux contre un». Inconfortable géométrie des affinités. Au départ, deux amis, Bjorn et Sten qui trouvent refuge dans leur cabane, dont ils sont les seuls à avoir l’accès. Pour Bjorn, la cabane est sans doute le dernier vestige de l’enfance, dans lequel il fait si bon cocooner, quand pour Sten, la cabane est déjà un club où faire valoir ses si belles manières. La naissance d’une amitié entre Mulle, d’une si sympathique bonhomie et Bjorn va être le déclencheur à une série d’humiliations. Humiliant bizutage de la part de Sten envers Mulle mais aussi (auto ?) humiliation passive de Bjorn qui doit faire face à sa propre lâcheté. C’est sans doute là que se tient la part la plus originale de Zappa. Pris entre Mulle le terrien et Sten l’aristocrate, entre le jovial et le charismatique, entre le rigolard et l’ironique, Bjorn ne sait pas où se situer. Ce n’est pas lui qui subit directement les vexations de Sten, mais des trois, c’est finalement lui qui souffre le plus. Quand fonctionne ce billard à trois bandes, lointain écho de la cruauté de Sa majesté des mouches de Golding, le film donne le meilleur de lui-même. Même si la caractérisation des personnages est somme toute attendue (il y aurait beaucoup à dire sur le typage social : Sten, le racé, forcément fils de grands bourgeois, Mulle, le jovial, forcément fils d’ouvrier), ce qui frappe, c’est la relative économie avec laquelle Bille August mène son affaire. Car le laconisme d’écriture suit les tourments intériorisés de Bjorn : s’épancher serait un aveu de faiblesse. Il suffit donc de quelques regards échangés à la dérobée et au moment où on s’y attend le moins, suffisent à raconter une amitié déçue et plus que ça, une inévitable bifurcation dans deux trajectoires qui avaient tout pour rester parallèles. Ce refus de l’émotion ostensible est d’autant plus salutaire qu’il vient contrebalancer quelques sous intrigues nettement plus convenues : éducation sentimentale de Bjorn et démêlés familiaux de Sten. Pour ne pas être trop désagréable, disons que Bille August a quand même du mal avec les scènes de drague et que la volonté d’inscrire Bjorn dans un environnement familial matériellement confortable mais affectivement proche de la misère donne au personnage des circonstances tellement atténuantes qu’elles en viennent même à enlever de la beauté au diable, à affadir sa dimension de mentor maléfique. Dans Twist and Shout, situé quelques années plus tard, c’est maintenant à Bjorn d’endosser le rôle du mentor, mais on a l’impression que les expériences du passé ont forcé Bjorn à se transformer en « mentor humaniste ». Le ton de ce second film est donc à l’image de l’esprit de son héros et de son époque découvrant le confort : « be positive ». Ainsi, même si comme Bjorn, on ne fait pas partie du meilleur groupe de rock du lycée et qu’on n’est pas le meilleur pour faire tomber les filles, mieux vaut prendre le parti d’en rire. Ainsi, même plongé dans les affres sentimentaux, le plus important reste d’aider son ami d’Erik, si solitaire et renfermé. D’où tout de même l’impression d’une volonté de ne pas faire de vagues psychologiques et plus grave de mettre en place un manichéisme assez grossier : les adolescents sensibles versus les méchants adultes. Ainsi, le caricatural personnage du père d’Eric, parfait salaud méprisable, montré sans une once d’empathie. Pour le coup, on aurait aimé quelques circonstances atténuantes, ou pour le moins une dimension plus paradoxale, moins monolithique du personnage. Entre ses deux films, August aurait-il eu peur ? En aurait-il oublié son Hitchcock : « plus le méchant est réussi, plus le film est réussi » ? Dans Zappa, il s’agissait de tuer le mentor, mais le mentor était ambivalent. D’où le relatif intérêt du film, Dans Twist and Shout, il s’agit de tuer le père, mais le père est un connard. D’où la prévisibilité et le manque d’enjeu. Derrière le chromo de Zappa, il y a quelques sentiments malsains, une gêne et une fascination trouble dont on n’est pas toujours fier mais qu’on a tous ressenti à un moment ou à un autre de notre adolescence. Derrière le chromo de Twist and Shout, il n’y a pas grand-chose à part ce que valent les reprises des Beatles par des groupes de lycée : des souvenirs mais des souvenirs fabriqués, parfois bienvenus mais surtout convenus. Joachim Lepastier |
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ZAPPA |
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| SYNOPSIS |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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TWIST
& SHOUT
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| FILMOGRAPHIE DE BILLE AUGUST | ||||
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