On
a, depuis longtemps, tout dit sur La Baie Sanglante. D'aucuns
tiennent l'affaire pour le chef-d'oeuvre de Bava (on pourrait en discuter),
d'autres affirment son statut de proto-slasher, d''inventeur du psycho-killer
qui nourrira les vidéos-clubs des années 80 (avec la franchise
Vendredi 13 en tête) – tous enfin, dont nous autres
!, l'acclament. Si l'on s'étonne une minute que Carlotta Films
s'entiche de ressortir, plutôt qu'un inédit ou un titre
moins exposé (Six Femmes pour l'Assassin ?), ce tardif
et (plutôt) familier Bava, le contenu technique et éditorial
de l'objet s'avère si excitant qu'il justifie à lui seul
l'entreprise. Et permet enfin un hommage à la hauteur de la chose
(revendez dare-dare votre version TF1 Vidéo !).
BAVA's DIGEST
C'est sans doute parce qu'il décline nombre de motifs, de manières
et de preuves de la virtuosité de son réalisateur que
La Baie est considéré comme une masterpiece indiscutable
du cador italien. Comme une sorte de compilation, Mario déroule
ainsi l'immensité de ses talents plastiques (il suffit de voir
le prologue « en chaise roulante », film-dans-le-film que
décode brillamment Hélène Thuron lors du supplément
Ritournelle Macabre, et qui convoque d'abord un romantisme
mélancolique impeccablement mis en volume par un découpage
d'une finesse patente, souligné par des ambiances, des profondeurs
de champs et une direction artistique absolument bluffante (un léger
baroque atmosphérique usant des bleus et rouges que le Suspiria
d'Argento exacerbera hystériquement !), avant de verser dans
un montage d'une brutalité implacable et cruelle tout aussi prodigieux
!) et s'avère d'un même élan, relayé par
un script d'un rare mordant autant que par une posture radicale accumulant
stéréotypes vitriolés et morts violentes en découlant
(le fameux et méchant body count de 13 cadavres/15 personnages
en 81 mn), un brûlot drôlement cynique comme l'Italie a
su en produire dans ses grandes heures, « affreusement, bêtement
et méchamment » !
Il y a fort à parier que le réalisateur ait été
tenté de reprendre un brin le dispositif de son 5
Bambole per la Luna d'Agusto, brouillon qui s'ignorait ?, tout
en le débarrassant de ses afféteries cluedesques de whodunit
(on se fiche pas mal de savoir qui tue dans cette Baie ! -
et les tueurs sont d'ailleurs multiples, alimentant le néo-proverbe
« tuera bien qui tuera le dernier ») et en prenant
le parti frontal de, cette fois-ci, « tout montrer » (les
meurtres de 5 Bambole étaient pour la plupart hors-champs). On
sent ainsi aussi peu de tendresse pour les avides et frivoles envieux
de la première villa que pour les insouciants hippies et les
calculateurs promoteurs s'ébattant dans la Baie, absurdes
marionnettes stéréotypées jusqu'à la caricature,
symboliques d'une humanité futile, immorale, abjecte, tarée,
ridicule.
Fort
de ce ton amer et ironique, Bava se retrouve les coudées franches
pour pousser la théorisation, l'abstraction jusqu'à
une pure grammaire de la représentation au ludique outré
et ne s'embarrasse alors plus ni de la qualité de ses comédiens
(ça joue parfois bien mal !) ni de celle de son intrigue (les
ramifications dramatiques puzzlé-esques rendent l'affaire un
peu fumeuse et elle n'est « remise sur ses rails » qu'à
renforts de flash-backs (tunnels narratifs) consolidant de justesse
la trame), sans que pour autant le principe ne verse dans des excès
(qu'on trouvera plus tard, ailleurs) de stérile et complaisante
gratuité.
Les différentes compositions des plans, l'enchâssement
de différents points de vue, l'accumulation de techniques et
la science du montage, le luxurieux brouillage topographique, la complice
partition de Stelvio Cipriani (qui se laisse même aller jusqu'à
des thèmes sirupo-moricconesques dés qu'une fille pointe
le bout d'une aréole)... tout concourt à appuyer une
confusion générale, entre absurde et malaise (voir encore
l'épilogue roublardement nihiliste !), ivresse et léthargie,
errance et zébrures hystériques, qui fait toute l'identité
de ce sommet dans la carrière de Mario Bava. Quelques exégètes,
dont nous ne sommes pas loin, considèrent même, et ce
contre la coriace antienne inverse, que le Maestro n'enchaînera
plus alors que les chefs-d'oeuvre jusqu'à trépas.
PATERNITÉ EXAGÉRÉE POUR DESCENDANCE DÉGÉNÉRÉE
Le plus parfait béotien en la matière sait, sans nécessairement
donc avoir vu La Baie Sanglante, que le film de Bava préfigure
le genre slasher, inspira fortement les canons du psycho-killer.
La légende veut ainsi que Sean Cunningham fut fortement imprégné
des 13 meurtres vus chez Mario (et en drive-in) pour initier sa série
Vendredi 13. Mais on est en droit de tempérer un peu
cette encombrante responsabilité. Car sont nombreux les aspects
et les nuances maintenant à distance raisonnable les deux genres.
Ainsi, La Baie Sanglante relève bel et bien au départ
du giallo.
Malgré sa veine « bucolique » (le giallo étant
plus volontiers « urbain »), son fétichisme un
peu déplacé (par rapport aux coutumiers codes graphiques
(lames, gants, etc.)) et ses apparences perverties de whodunit
(dans l'intrigue du giallo, l'identité du tueur, à priori
unique, est plutôt centrale), le titre prend pied dans ce genre
ultracodé.
Loin du moralisme des futurs tueries perpétrés par des
boogeymen bien nords-américains, le sexe et la luxure ne sont
pas, chez Bava, « ouvertement » punis (à tout le
moins les meurtres n'ostracisent pas systématiquement des victimes
en état de péché). Mieux: tandis qu'un couple
fornique dans un lit et qu'il est cruellement empalé (un modus
qui sera repris, oui, chez Cunningham mais avec un autre background),
il poursuit son office, comme volaille étêtée,
jusqu'à atteindre la jouissance (amplifiée par l'ultime
pénétration ?) !
Par extension, on reconnaîtra que la plupart des moyens de mises
à mort vus dans le Bava seront presque tous repris les 80's
durant. Effectivement encore, le cadre de cette Baie et le contexte
du Crystal Lake de Vendredi 13 entretiennent de curieuses
correspondances. Mais les motivations meurtrières, la multiplicité
des coupables dans l'un contre l'implacable unité du second
ou encore l'ambiguïté proposée par le premier freak
(l'Albert de La Baie est loin d'être un Quasimodo dégénéré
ou un mongoloïde vengeur prochainement fan de hockey, mais plutôt
un type charismatique quoique volontiers frustre) tiennent à
raisonnable distance les deux productions.
Elles ont certes plus à voir ensemble qu'un Bava et un Lautner,
ou qu'un Vendredi 13 et un OSS 117, mais il est
difficile d'affirmer, sans faire usage de complaisant et hâtif
amalgame, que l'un est le père incontestable de l'autre.
Toutefois, même su c'était pour de mauvaises raisons
telle cette supposée flagrante filiation, on ne saurait trop
encourager de voir et revoir La Baie Sanglante. Ce que nous
permet dans un confort optimal et des conditions encyclopédiques
manifestes la belle édition Carlotta !
Jocelyn Manchec
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- LE
FILM
Titre Original: Reazione a Catena
Réalisateur: Mario Bava
Assistant Réalisateur: Lamberto Bava
Scénario: Franco Barberi, Filippo Ottoni, Dardano
Sacchetti, Giuseppe Zaccariello & Mario Bava
Producteur: Giuseppe Zaccariello
Photographie: Mario Bava
Montage: Carlo Reali
Effets Spéciaux: Carlo Rambaldi
Musique: Stelvio Cipriani
Casting
Claudine Auger... Renata
Luigi Pistilli... Albert
Claudio Camaso...Simon (as Claudio Volonté)
Anna Maria Rosati... Laura
Chris Avram... Frank Ventura
Leopoldo Trieste... Paolo Fossati
Laura Betti... Anna Fossati
- LE
DVD

Nouveau
Master Restauré – 1:85 respecté – 4/3
compatible 16/9
Langue: Anglais mono, Français Mono – Sous-Titres:
Français
- BONUS
* La
Logique du Rêve (15 mn)
Notre avis : Petit débriefing
du désormais fameux « cinéphile professionnel
» JP Dionnet (Quartier Libre, Metal Hurlant), évoquant
tour à tour les différents titres du film et, entre
autres, sa résonance dans le slasher US. Toujours à
prendre les bons mots de JP. JM
* Ritournelle Macabre
(19 mn)

Notre avis : Plus technique, cette
auscultation technique et stylistique de Bava, davantage nourrie
de science que d'amour sans retenue, demeure une approche savamment
intéressante et permets de juger précisément
du talent de Mario Bava. JM
* L'Ospite Delle Due
(42 mn)
(1975 – N&B et Couleurs – VOSTF)
Notre avis : La perle de la galette
! Mario Bava et quelques collaborateurs revient, pour la télé
italienne, sur sa carrière, ses techniques, ses méthodes.
Pédagogique et savoureux. JM
* Enchaînement Macabre
(6 mn)
Notre avis : Gilles Esposito (Mad
Movies) détaille les différents meurtres et les différents
titres du film, qu'il n'hésite pas à mettre en perspective,
en particulier par le biais écologico-entomologiste que constitue
une certaine lecture du film. JM
* Bande-Annonce
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