)))  LES TROIS VISAGES DE LA PEUR
        
de Mario BAVA                            

 

  • Fantastique - 1963 - Italie - durée: 1h28 (sans bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 5 février 2008
    Editions Montparnasse
  • Prix de vente indicatif : 10€

SYNOPSIS

La peur est au centre de trois histoires:

Le Téléphone : Rosy passe une nuit particulièrement éprouvante, harcelée au téléphone par un inconnu lui annonçant sa propre mort...

Les Wurdalaks : un vampire prend les traits d'une femme pour hanter la campagne slave.

La Goutte d'eau (La Goccia d’acqua): Miss Chester n'aurait peut-être pas dû voler la bague de l'une de ses patientes récemment décédée. Elle rentre chez elle mais une coupure de courant la plonge dans le noir…

POINT DE VUE
   

Revoir Les trois visages de la peur de Mario Bava, c’est se replonger avec délice dans le bain des grandes heures du cinéma fantastique transalpin. Sans être un chef-d’œuvre impérissable, le film a le mérite d’illustrer par ailleurs une autre mode du cinéma italien des années 60 : celle du film à sketches.
Spécialiste de l’horreur gothique (Le masque du démon avec Barbara Steele, notre idole à tous), du « giallo » (ce polar à l’italienne mâtiné de fantastique, comme le très beau Six femmes pour l’assassin) ou du cinéma « gore » (dont il fut le précurseur en Europe avec sa Baie sanglante) ; Bava adapte ici trois nouvelles fantastiques signées, excusez du peu, Tchekhov, Tolstoï et Maupassant. En segmentant son film en trois parties, il n’évite pas totalement l’écueil du film à sketches en général et le résultat final est parfois inégal. Mais outre le plaisir procuré par le casting assez improbable de l’œuvre (où comment retrouver côte à côte en haut de l’affiche l’inoubliable créature de Frankenstein, Boris Karloff, et notre Angélique, marquise des anges nationale, Michèle Mercier !) ; il faut également reconnaître au cinéaste le mérite d’avoir réussi à préserver une certaine unité stylistique entre ses différents contes.

Détaillons.
Le téléphone
Une jeune femme est harcelée chez elle par de mystérieux appels téléphoniques d’un homme qui la menace de mort. Le premier récit qui ouvre le film est un huis clos reposant sur cette idée toute simple mais très efficace. Seule chez elle, cette femme se sent soudain traquée par une force invisible et toute la mise en scène de Bava va consister à rendre menaçant l’espace de la maison. Le danger peut venir de n’importe où, de cette fenêtre ou de cette porte que cadre soudainement le cinéaste. Mais c’est surtout de ce téléphone, tâche rouge presque abstraite au milieu du décor, que naît l’angoisse. C’est d’ailleurs cette manière de s’arrêter à un détail et de faire porter l’attention sur un objet (un couteau de cuisine, par exemple) qui fait la force de ce sketch et l’empêche de n’être qu’un simple exercice de style. La fin est peut-être un peu « téléphonée » (si j’ose dire !) mais force est de constater qu’avec une rare économie narrative, Bava parvient a créer une atmosphère lourde et oppressante. La sensualité de l’actrice (Michèle Mercier, impeccable), le motif sonore lancinant (un thème jazzy où domine la basse) et une parfaite utilisation de l’espace font de ce premier segment, même si c’est sur un mode mineur, une parfaite réussite. Et il n’est pas impossible qu’un Wes Craven se soit souvenu de ce film lorsqu’il tourna (l’excellente) première séquence de son Scream

Les Wurdalaks.
Avec cette deuxième histoire, Mario Bava revisite le thème du vampirisme. Un homme (Boris Karloff) revient dans sa famille après avoir tué un « Wurdalak », créature inquiétante et proche du vampire (il faut, pour s’en débarrasser, lui plonger un pieu dans le cœur). Mais son comportement se révèle vite étrange et il n’est pas impossible qu’il ait été lui-même contaminé…
Comme pour la première nouvelle, le cinéaste travaille surtout les ambiances. A tel point que l’on peut voir les Wurdalaks comme un véritable inventaire des réjouissances macabres inhérentes au genre : têtes tranchées, squelettes, vieilles demeures gothiques, décors lugubres, paysages nocturnes plongés dans une brume épaisse…A cela il faut ajouter un travail très soigné sur la bande-son, les hurlements à la mort des chiens se mêlant au souffle continuel du vent et offrant un véritable hors champ au film (un coup de fusil au loin suffit pour faire deviner au spectateur qu’un chien a été abattu et faire monter l’angoisse).


Plus long que les deux autres (une quarantaine de minutes), ce sketch me paraît le moins abouti des trois. Malgré son classicisme soigné et certains éclairages audacieux qui préfigurent la réussite du dernier segment, il n’est pas dénué de quelques longueurs et échoue surtout, à mon sens, à rendre consistante et troublante la relation amoureuse qui se noue entre le traditionnel voyageur de ce genre de films et la belle blonde de service. A trop jouer sur l’atmosphère globale, Bava oublie un peu ses personnages. C’est dommage.

La goutte d’eau.
Assurément le meilleur des trois contes. Après le mythe du vampire, Bava se rend au pays des esprits et des fantômes. Convoquée d’urgence pour effectuer la toilette mortuaire d’une grande dame, une infirmière en profite pour dérober la bague que la défunte portait au doigt. De mystérieux phénomènes surviennent alors et le fantôme de la morte semble vouloir revenir récupérer son bien… Là encore, il convient de souligner la manière très habile dont Bava fait naître l’angoisse en jouant sur des sons amplifiés (une mouche, une goutte d’eau obsédante…) et des décors démesurés. Mais plus que dans les deux films précédents, c’est dans la goutte d’eau qu’éclate pleinement le style qui caractérisera ses plus grands films. Chef opérateur à l’origine, Bava cinéaste se révélera être un grand « coloriste » capable par ses jeux de lumières de donner à ses films un cachet baroque inimitable. A son goût pour les intérieurs singuliers et surchargés, peuplés d’objets insolites (une table de spirite non débarrassée, des poupées de cire…) ; il faut ajouter ces éclairages bariolés qui permettent au cinéaste d’illuminer par des lumières vertes et clignotantes les intérieurs sombres où évoluent les personnages.

Ce style visuel excessif (les couleurs, le son : tout est excessif) et baroque permet au cinéaste d’instaurer un climat de folie en parfaite adéquation avec le cheminement de la narration. Le spectateur sera ainsi dans l’incapacité, lorsque arrivera le dénouement, de déterminer si les faits observés ont réellement été vécus ou si l’infirmière a sombré peu à peu dans la folie.

C’est sur cette indécision que repose en général le genre fantastique. Et c’est en ce sens que nous pouvons qualifier La goutte d’eau de petit chef-d’œuvre du genre et se réjouir que ce conte macabre termine en beauté un film à sketches fort estimable…

Vincent Roussel

 

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    INEDIT EN DVD
    Titre original
    : I Tre volti della paura
    Réalisateur
    : Mario Bava
    Scénaristes :
    Mario Bava
    Alberto Bevilacqua
    Ivan Chekhov
    Marcello Fondato
    F.G. Snyder
    Aleksei Tolstoy
    Avec:
    Michèle Mercier
    Lidia Alfonsi
    Boris Karloff
    Mark Damon
    Susy Andersen
    Massimo Righi
    Glauco Onorato
    Rika Dialina
    Jacqueline Pierreux
    Milly
    Harriet Medin
 
  •  LE DVD
    DVD 5 - PAL - Zone 2 - noir & blanc

    Durée du film : 1h28
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33
    Son: Mono
    Langues:
    Français et anglais
    Sous-titres: français


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