)))  LES VAMPIRES
        
       de Mario BAVA & Riccardo FREDA
 

  • Proto-Classique de l'Epouvante d'Après-Guerre - 1956 - Italie - 1h18
  • Sortie à la Vente en DVD le 24 Juin 2009
  • Éditions Carlotta

SYNOPSIS

Paris, 1956. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans la Seine. Peu de temps après, une comédienne est enlevée dans sa loge. Parallèlement à la police, un jeune journaliste, Pierre Lantin, mène l’enquête sur le mystérieux tueur en série, appelé "le Vampire". Mais son travail est constamment interrompu par les avances répétées de la belle et riche Gisèle, nièce de la duchesse du Grand…….

POINT DE VUE
Angulaire et historique à plus d'un titre, I Vampiri n'est rien moins qu'un classique qui s'ignore.
Qu'on le prenne par « le petit bout de la lorgnette » (son histoire personnelle) ou, plus vastement, pour la place qu'il occupe dans le cinéma fantastique d'après-guerre (autant dans son positionnement politique, esthétique que thématique), le film, que signèrent - un peu confusément - Riccardo Freda et Mario Bava, relève effectivement du plus indiscutable des jalons, son statut et la découverte de ses richesses ayant jusqu'à ce jour toutefois été relativement malaisés par une trop faible exposition (faiblesse que répare donc, par une miraculeuse et belle édition, la fort fréquentable maison Carlotta), du cinéma d'épouvante... classique.


Mario Bava: du pompier de luxe à l'auteur indiscutable
L'homme, loué et au pinacle régulièrement porté depuis, « n'était » d'abord, l'armistice juste signé, « qu'un » habile technicien. Chef Opérateur pugnace et au bagage solide (officiant pour Monicelli, de Sica, mais surtout Mario Costa), il sera révélé comme un metteur-en-scène hors pair dès son premier film « officiel », en 1960, le renversant Masque du Démon. Pourtant on pourrait considérer cette Maschera del Demonio comme sa cinquième réalisation (de fiction) puisque le compère s'est préalablement spécialisé, à son corps défendant et en une farouche humilité jamais démentie, dans « le sauvetage de tournage prenant le bouillon ».

L'Ulysse de Camerini (pour De Laurentiis et Ponti), avec Kirk Douglas, La Bataille de Marathon de Jacques Tourneur et une ou deux autres productions italiennes (dont un deuxième Freda !), ne parvinrent ainsi jusqu'à nos écrans que parce que Mario accepta de conclure des prises des vues qu'avait délaissé les réalisateurs officiels (pour diverses raisons). Et par « conclure les prises de vues » on minimise goguenardement la refonte, la mise au diapason d'un matériau, avec l'univers et les aptitudes du sémillant (et gothique ?) quadra.
Et au coeur de cette vague urgentiste, le cas Vampires de Freda.

Ricardo Freda est alors le pape du cinéma populaire et néanmoins ambitieux (plastiquement). Ignorant le courant néo-réaliste qui anime la cinéphilie italienne late 40's, le réalisateur creuse le sillon du Genre d'une main des plus heureuses, fort d'une plume certaine (il se co-scénarise souvent) et flanqué d'une équipe de fort beau talent (outre Mario à la photo et aux effets spéciaux), Freda sait s'entourer d'une certaine crème avec Beni Montresor et Franco Mannino à la ligne artistique (décors et costumes) et Roman Vlad (compositeur) ou encore Piero Regnoli (scénariste de goût qui passera brièvement à la caméra (57-64 essentiellement). Autant d'atouts pour ne pas aller droit dans le mur... si le réalisateur n'était pas des plus soupe-au-lait...

Quittant le tournage après 10 jours (sur les 12 alloués par les chiches financiers !), sur un coup de sang rédhibitoire, il laisse et la production et son épouse, Ganina Maria Canale (avec qui ce sera la dernière collaboration), en plan. On se tourne alors vers Bava, qui a déjà sauvé l'homérique - à plus d'un titre !- film de Kirk Douglas, Silvana Mangano et Anthony Quinn trois ans plus tôt, et lui suggère de reprendre les rênes pour les deux derniers jours. Bava accepte de sauver ce qui peut encore l'être (le plateau est déserté et seul Dario Michaelis y zone encore, au point que la trame du script va être réorganisé autour de son personnage par un script-doctor appelé dans l'urgence) en si peu de temps et avec un budget ridiculissime. Et, bien sûr, y parvient sans peine (apparente).

Le débat aujourd'hui demeure ouvert et thuriféraires contre contempteurs se disputent les acquis de Freda et les traces de Bava pur – s'agissant de ne point minimiser les uns ni amplifier les autres, malgré l'inéquilibre arithmétique patent: 10 jours/2 jours (de tournage).
Certes, le film scruté myopément, pourrait par ailleurs souffrir assez nettement de ce chaos de fabrication. Ruptures de ton (de trame surtout), maladresses narratives (quelques tunnels explicatifs jusqu'à un épilogue/débriefing naïvement superfétatoire), mise en avant d'un acteur à faible potentiel (Michaelis campe laborieusement un genre de reporter bédé-esque, façon Lefranc et Ric Hochet avant l'heure, trench-coat ou blazer sur col roulé à l'appui !), émaillent la chose de défauts certains mais aisément « dépassables » tant des qualités autrement plus réjouissantes le truffent itou avec bonheur.

Ainsi les panels thématiques ou formels de l'oeuvre proposent un état des lieux édifiants d'une certaine cinéphilie.
Les grands axes fantastiques sont ainsi succinctement (mais spectaculairement !) abordés, les uns après les autres. Du central vampirique avec sa trame/relecture du mythe Bathory aux clins d'yeux sans équivoque à Frankenstein (le Dr du Grand (donné par le trop rare Antoine Balpêtré, familier de gabin ou de Fresnais et acclimaté au fantastique à la française à travers des titres tels La Main du Diable (Tourneur, 1943) et, plus tard, Les Mains d'Orlac (Gréville, 1961)) étant un baron/savant fou affirmé), en passant par les préoccupations anti-vieillissante communes au mythe de Faust et au postulat de Dorian Gray.

À ce savoureux inventaire semble achopper un catalogue graphique adéquat, sinon franchement idoine, soutenu par un CinémaScope N&B rien moins que magnifique. Ainsi, les différents moments de l'aventure sont appuyés par des aplats néo-réalistes (les extérieurs « urbains », à la parisiannitude presque incongrue (malgré les chromos de la capitale (monuments, bouquiniste de quais), c'est bien la résonance proto-Dolce Vita d'une Rome alanguie qui nous est fugitivement proposée), des fulgurances expressionnistes (l'ensemble des séquences archi-géométriques et diablement contrastées de la clinique Salus) ou d'évidents et attendus morceaux de gothique flamboyant (le traditionnel caravansérail folklorique compilant cimetière, crypte, château, squelette et autres macabreries hautement fétichistes), somptueusement incarné par le travail foisonnant de Montresor. Autant dire un ravissement plastique s'enchâssant miraculeusement dans un autre, sous un rythme étonnament soutenu... au risque de disperser le béotien dilettante n'y voyant qu'apparence décousue.

Doit-on ainsi cette ambiance globale à Bava ou à Freda ? Difficile de sérieusement l'affirmer, les deux hommes ayant un enclin certain et une sûre culture des genres et motifs cités...
En revanche ce qui est certain, c'est que s'effaçant élégamment derrière son ami Ricardo Freda, le direttore ufficiale, Bava prît toutefois (enfin ?) conscience de ses propres capacités et talents pour embrasser une (bienvenue) carrière de metteur-en-scène (qu'il n'entamera pourtant que trois ans plus tard, continuant d'éteindre quelques autres incendies de plateau d'ici là, tout en demeurant uncredited sur les génériques). Un auteur était né.


Le Diapason de l'Europe Fantastique
Si le cinéma italien est aujourd'hui dans une crise assez considérable (pas au point du britannique cependant) malgré quelques succès isolés (Leçons d'Amour à l'Italienne 2, le récent Un'Estate al Mare) force est à chacun de reconnaître qu'il rayonna longtemps sur l'Europe et donna avec une influence égale le la dans des genres, des courants, mais aussi des manières différentes (allant même jusqu'à considérablement « infusé » la jeune garde 60's-70's de l'Amérique Coppolo-Scorsesienne). Il en était déjà ainsi, bien évidemment en 1957.

En effet on sait combien l'influence du néo-réalisme de Rossellini et de Sica préfigura, pour partie et par exemple, le positionnement de la Nouvelle Vague française. Mais Les Vampires eut, pour ainsi dire, un retentissement analogue, sinon supérieur, élargi à tout le moins, puisqu'il constitue à la fois le premier film fantastique italien d'après-guerre (le genre fut interdit par le régime Mussolinien) mais presque le premier film fantastique européen puisqu'il précède, inspire et permet les grandes oeuvres à venir en enflammant grâce à ses géniales étincelles des brasiers dans toute l'Europe de l'Ouest, de l'Allemagne à l'Angleterre (Le Cauchemar de Dracula et son réalisateur Terence Fisher ne ressuscitent une Hammer moribonde que l'année suivante) en passant par la France (Les Yeux sans Visage de Franju (1960) ayant une parenté évidente avec le Freda/Bava).

La réédition de Carlotta, dont on pourra questionner cependant l'artwork/packaging, assez faible et laid (un livret n'aurait, en outre, pas été de trop !), relève donc de la foutue bonne idée et ne peut que s'applaudir – à tout rompre pour les plus enthousiastes (dont nous sommes).



Jocelyn Manchec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


DU MÊME CINÉASTE


BAIE SANGLANTE


LES 3 VISAGES
DE LA PEUR

 

 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Titre Original
    : I Vampiri
    Réalisateurs: Ricardo Freda & Mario Bava (non crédité)
    Scénario: Ricardo Freda, Piero Regnoli & Rijk Sijöstrom
    Producteurs: Ermanno & Piero Donati, Luigi Carpentieri
    Photographie / Effets Spéciaux (non crédité): Mario Bava
    Montage: Roberto Cinquini
    Musique: Roman Vlad & Franco Manino
    Décors/Costumes: Beni Montresor
    Casting
    Gianna Maria Canale: Giselle du Grand
    Carlo D'Angelo: Inspecteur Chantal
    Dario Michaelis: Pierre Lantin
    Wandisa Guida: Lorrette Robert
    Angelo Galassi: Ronald Fontaine
    Antoine Balpêtré: Dr. Julien du Grand
    Paul Muller: Joseph Signoret

  • LE DVD

    Nouveau Master Restauré – N&B - 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3
    Langue: Italien mono – Sous-Titres: Français



  • BONUS  

    * Du Sang Neuf (10 mn)

    Notre avis : L'érudit Jean-Pierre Dionnet (Cinéma de Quartier, reviens-nous !), cinéphile professionnel s'il vous plaît, revient sur les conditions houleuses et miraculeuses de tournage, souligne l'éveil de l'Europe à une Nouvelle Horreur mais celui également de Mario en tant que réalisateur à part entière. Passionnant et toujours aussi communicatif, le JP. JM



    * Le Mystère Gianna Maria Canale (4 mn)

    Notre avis : Gilles Esposito (Mad Movies) évoque les correspondances entre le personnage de Giselle du Grand et la Comtesse Elisabeth Bathory, l'autre grand mythe vampirique (aristocrate hongroise de la fin du XVIème siècle à qui l'on prêta apocryphement le goût des bains de sang de vierges !) avec Dracula et Carmilla, mais aussi la carrière de l'actrice avec son mari (Freda), puis sans.
    Actrice culte, disparue du jour au lendemain de la vue du public, et dont la récente mort (février 2009) n'a été confirmée par personne, sa légende nourrie à grands coups de web ne cesse d'empiler lesmystères autour de sa personne... Instructif mais un peu court. JM


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SUR MARIO BAVA

« Mario Bava » de Pascal Martinet (Edilig, 1984)
« Monster Bis – Mario Bava » de Norbert Moutier (Monster Bis) – le fanzine a aussi consacré un numéro à Ricardo Freda
« Mario Bava, Maestro of the Macabre » de (documentaire disponible dans le coffret « Les Maîtres de l'Epouvante » (OnePlusOne, 2000))



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