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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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En
1946, André Bazin écrivait du cinéma américain
: « aujourd’hui, Malherbe est venu, et depuis sept ou
huit ans le langage cinématographique est parfaitement au point.
Nous n’en sommes plus au temps où l’emploi audacieux
et systématique des très gros plans ou des angles anormaux
suffisait à faire d’un film une œuvre d’art.
[…] Le « découpage » décompose l’action
en plans de préférence « américains »
parce qu’ils s’avèrent les plus réalistes.
Tout l’art se réduit donc à ce découpage
dont les règles optima sont maintenant bien connues et indiscutées.
» Si j’ai songé à ce passage (précisons que le grand critique ne faisait ici que retranscrire une opinion alors partagée par la majorité des critiques sans pour autant y adhérer) en voyant ce film de John Berry (daté également de 1946), c’est que From this day forward témoigne parfaitement de cette maîtrise du « langage cinématographique » classique. John Berry n’a rien d’un grand cinéaste (après avoir fui les Etats-Unis au moment du maccarthysme, il vint s’installer en France où il tournera quelques sympathiques navets, notamment avec Eddie Constantine : Ca va barder, Je suis un sentimental et A tout casser) mais il fait preuve ici d’un solide métier. Axé autour de la vie d’un couple d’origine modeste devant faire face aux vicissitudes du quotidien (le chômage, la grande dépression, la mobilisation pour la guerre…), le film ne s’éloigne guère des sentiers balisés du mélodrame social. Pourtant, le classicisme de la mise en scène suffit à capter l’attention du spectateur. Classicisme rehaussé d’ailleurs par quelques « audaces » gourmandes : plusieurs flashs back constituent l’armature du récit et donne un peu de piment à la narration, le cinéaste sait varier au moment opportun ses valeurs de cadre et l’on note, ça et là, quelques jolis et amples mouvements de caméras. Ce n’est pas Citizen Kane mais pas non plus un produit manufacturé totalement anonyme. Outre ce sens de l’artisanat assez typique de la période glorieuse d’Hollywood, l’intérêt de From this day forward vient indubitablement de la manière dont Berry parvient à dresser un tableau assez « réaliste » des classes populaires new-yorkaises pendant la grande dépression. Au départ, on craint un peu la caricature (le beau-frère de Bill apparaît d’abord comme la quintessence du beauf bête à manger du foin et peu avare de sous-entendus graveleux) mais le cinéaste dépasse ce constat pour nous plonger dans cette Amérique populaire touchée en plein fouet par la crise et naviguer auprès des plus défavorisés. Les mésaventures de Bill et Susan (la belle Joan Fontaine, inoubliable héroïne du Soupçons d’Hitchcock, a été dépouillée ici de tous ses oripeaux « glamour ») nous touchent parce qu’elles n’ont, d’une certaine manière, pas vieilli. Quand Bill reçoit une lettre de licenciement, on songe aux « restructurations » actuelles d’entreprises et à ces « compressions de personnel » qui envoient des individus à la rue. Bien sûr, nous sommes à Hollywood et le spectateur américain doit sortir de la salle en se disant qu’une autre vie est possible, que tout va finir par s’arranger. C’est sans doute un mensonge dégueulasse mais c’est aussi ce qui fait le prix du « rêve américain ». Ce n’est pas pour rien que Jean-Patrick Manchette écrivait : « Il ne faudra pas s’étonner si le programme minimum de la prochaine révolution inclut la réalisation terrestre du cinéma américain (et des autres arts) ». Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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