)))  LES YEUX CLAIRS
        
de Jérôme BONNELL                            

 

  • Comédie dramatique - 2005 - France - durée: 1h27
  • Sortie à la Vente en DVD le 25 janvier 2006
    Editions Fox Pathé Europa
  • Prix de vente conseillé : 20 €

SYNOPSIS

Fanny n’a jamais été tout à fait comme les autres. Différente, mal regardée, mal aimée, elle vit encore chez Gabriel, son frère. Entre l’épouse de Gabriel et Fanny, l’inimitié a été spontanée...
Face à une hostilité de plus en plus agressive, Fanny comprend qu’elle doit fuir, quitter la maison familiale et partir sur les traces de son enfance... Traverser la frontière et s’enfoncer dans la forêt...

POINT DE VUE

Quelques notes alertes de Schumann, le pas vif et déterminé d’une jeune femme sur un chemin de campagne, le second film de Jérôme Bonnell (auteur du Chignon d’Olga) avance au rythme de Fanny. Gaffeuse, joueuse et désespérément seule, Fanny (admirablement incarnée par Nathalie Boutefeu) est une enfant enfermée dans un corps d’adulte. Mais cette enfance qu’elle traîne du haut de ses trente ans, c’est aussi sa maladie. Une voix intérieure lui parle sans cesse et la rend étrangère au monde. Etrangère aux autres qui ne la comprennent pas, pas même son frère, pourtant attentionné et paternel mais qui supporte difficilement ses sautes d’humeur et son asociabilité. On pourrait penser à de l’autisme mais la maladie de Fanny n’est pas nommée et c’est tant mieux, car cela parle aussi de solitude, maladie universelle.

Rien de tel que de grands extérieurs, une nature omniprésente (la forêt qui l'attire irrémédiablement), des couleurs primaires chatoyantes et gaies pour mieux exprimer ce sentiment d’enfermement intérieur. Bonnell filme amoureusement Fanny (normal, c'est aussi sa compagne dans la vie), avec douceur, légèreté, pudeur et sans fard mais aussi beaucoup d’humour car Fanny est un personnage à la lisière du burlesque et il n’y a rien d’étonnant à ce que le film bascule vers sa moitié dans le cinéma muet. Lorsque Fanny rencontre Oskar, c’est une histoire d'amour sans paroles qui commence. Après avoir fait le deuil de son père, elle semble prête à s’ouvrir, à se donner, à affronter sa sexualité et à quitter enfin le monde de l’enfance.

Laurent Devanne









   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    PRIX JEAN VIGO 2005

    Réalisation
    : Jérôme Bonnell
    Avec: Nathalie Boutefeu (Fanny), Marc Citti (Gabriel), Lars Rudolph (Oskar), Olivier Rabourdin (Néflier), Paulette Dubost (Madame Le Sciellour), Eric Bonicatto (Bruno, le copain de Fanny).
    Image: Pascal Lagriffoul
    Chef monteur : Fabrice Rouaud
    Ingénieur du son : Laurent BenaÏm
    Costume: Carole Gérard
    Décors: Anne Bachala
    Musique: Robert Schumann
    Producteur : René Cleitman
    Producteur exécutif : Bernard Bouix
    Distributeur
    : EuropaCorp Distribution

 
  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Durée du film : 87'
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1:85
    Son: Dolby Digital 5.1
    Langue:
    Français
  •  BONUS
    Bandes annonces
NOTES DE JÉRÔME BONNELL

DU COURT AU LONG
Au départ, “Les yeux clairs” était un court métrage d'à peine vingt pages que j'avais écrit pour Nathalie Boutefeu et Marc Citti, juste après le tournage du “Chignon d'Olga”, avec le désir de le tourner très vite, pour très peu d'argent. La structure était exactement la même que celle du film fini aujourd'hui : une première partie en France dans la maison du frère, puis le voyage et une seconde partie en Allemagne. Mais comme Nathalie était enceinte, il fallait attendre au moins un an pour lui confier ce rôle. Je me suis donc mis à retravailler d'arrachepied sur un vieux scénario de long-métrage “Le bonheur des uns” qui, pensais-je à l'époque, allait être mon second film.
Mais parallèlement, je ne pouvais m'empêcher de rêvasser aux “Yeux clairs”. De temps à autres, j'écrivais trois phrases. Petit à petit, des scènes s'ajoutaient. Et Nathalie, qui avait lu les vingt pages de départ, me poussait à développer. Quelques mois après, j'ai abandonné “Le bonheur des uns”, sans doute par trop de travail et donc perte de désir, j'ai repris mon petit scénario et l'ai retravaillé: de 20 pages, je suis passé à une cinquantaine.

UN FILM SUR LA DIFFERENCE ?
Sans doute. Quelque chose m'a échappé car au début j'avais l'impression d'écrire l'histoire d'un personnage seul, rejeté, mal regardé, et en définitive, j'ai le sentiment que c'est un personnage, malade certes, mais qui s'isole volontairement et qui, au fond, est bien plus fort que les autres, du moins plus fort que son frère et sa belle-soeur. En tout cas, c'est ma propre interprétation. Personne n'est obligé d'être d'accord.

LE PERSONNAGE PRINCIPAL... UNE PROJECTION ? UN DOUBLE ?
On voudrait faire autrement qu'on ne pourrait pas, je crois. Cela se passe toujours un peu inconsciemment. Comme sur “Le chignon d'Olga” où ça s'est révélé tellement flagrant que je me suis pris ça en pleine figure, je l'ai même vécu avec une forme de violence. Là, avec un peu plus d'expérience, je l'ai ressenti plus tôt : cette histoire destinée à Nathalie est évidemment pleine de moi. Et en choisissant un personnage féminin, je me suis senti à la fois plus à l'abri et plus libre, il m'était plus aisé de glisser des choses intimes. Je suis attaché à l'inconscient : quand on fait un film, on passe forcément beaucoup de temps à penser et à réfléchir, mais je trouve qu'une grande partie du résultat nous échappe complètement. Et c'est évidemment cette partie-là qui en raconte le plus sur soi. Ça m'intéresse et ça me surprend. J'espère que cela sera comme ça à chaque film.

LA THÉMATIQUE DU CONTE DE FÉES...
Je me suis aperçu en écrivant le scénario que beaucoup d'éléments de cette histoire pouvaient s'apparenter à des éléments de conte de fées : un héros un peu bête ou un peu laid, mis à l'écart, qui embellit à la fin de l'histoire - comme le vilain petit canard ou la grenouille métamorphosée en prince - la violence intra-familiale, la marâtre (ici, il s'agit de la belle-soeur), la fuite, le voyage, la rencontre d'un personnage qui, pour remercier d'une aide, offre un objet (il s'agit là de la chaise jaune) qui se révèlera utile au cours de l'aventure, la forêt, la rencontre amoureuse, la transformation par l'amour... Mais bizarrement, ce n'était pas une intention de départ… Quand je m'en suis rendu compte, j'ai choisi de développer ces idées…D'autre part, l'Allemagne que je montre dans la seconde partie du film n'a rien de réaliste. C'est une Allemagne vide, désincarnée, qui ressemble plus à l'Allemagne de Grimm qu'à l'Allemagne d'aujourd'hui… Juste un Allemand et personne d'autre. Pendant le montage, j'ai spontanément et, petit à petit, coupé toutes les scènes où Fanny y rencontrait d'autres personnes.

LA PATHOLOGIE DE FANNY
J'ai choisi de ne pas la nommer. Ce qui me touchait et m'intéressait était de la traiter avant tout comme l'expression d'une blessure.

ÊTRE FIDELE AUX COMÉDIENS...
Je suis bien sûr tout aussi curieux de rencontrer des acteurs que je ne connais pas. Mais il est passionnant de poursuivre une route avec certains, en explorant à chaque fois des terrains nouveaux... Je pense à Nathalie et Marc, à ces personnages tous très différents qu'ils ont joué dans mes films et c'est quelque chose de très émouvant pour moi. Et de précieux.
C'est très intime de filmer quelqu'un au fil des années, on finit par très bien connaître l'acteur ou l'actrice - ou devrais-je dire la personne ?… Et de façon paradoxale, Marc et Nathalie me surprennent constamment. Je pense qu'il nous reste beaucoup de films à faire ensemble.

NOTES DE NATHALIE BOUTEFEU
DU COURT AU LONG...
C'est vrai que j'ai poussé Jérôme à développer ce qui était à l'origine un projet de court métrage... Je trouvais le scénario tellement beau et tellement intéressant... J'étais emballée. Pourquoi traiter un sujet aussi riche en cinq minutes et le condamner à la diffusion en festival ? Au bout d'un moment, il y en a marre de faire des choses formidables mais confidentielles...
Et que personne ne voit. Du coup, le film s'est baptisé le '5 minutes' (rires). J'aimais la situation de cette fille absolument asociale et pas aimée, pas regardée, pas vue... c'est surtout cela qui m'a touchée... Comment la rencontre avec quelqu'un va lui donner vie... Et mutuellement d'ailleurs, comment ils vont se donner vie l'un l'autre. C'est un film qui, du coup, nous pousse aussi à voir, c'est trop rare au cinéma...
Cette fois-ci, je ne suis pas du tout intervenue sur l'écriture, la construction ou sur le personnage. J'ai laissé Jérôme écrire et imaginer. D'abord parce que je crois qu'il ne souhaitait pas et surtout parce que je sentais qu'il avait de quoi faire...

APPROCHE DE FANNY
Je ne 'vois' pas les personnages. Je sais que je vais essayer d'être ce qu'ils sont. Mais je n'ai aucune idée préconçue. Il y a un peu de schizophrénie chez elle, de dédoublement. Elle est un peu trouillarde et en même temps farouche... Je crois qu'il en existe beaucoup comme elle. Qui ont du mal à s'intégrer, qui ne peuvent pas se faire à tout cela...
Dès le départ, il n'y avait aucun postulat... Nous voulions rester dans l'humain, comment elle a vécu auparavant, pourquoi ils habitent là... Des choses de base, imaginaires, à partir desquels nous avons construit le personnage. Mais pas tant que cela. J'ai l'impression que c'est un rôle qui s'est construit par imprégnation. Jérôme m'a fait lire quelques contes comme Hans-mon-hérisson des frères Grimm... D'ailleurs, quelqu'un m'a fait remarquer que dans la séquence des chaises, j'avais moi-même l'air d'un hérisson. C'est tout à fait juste et pourtant, je ne m'en étais pas rendu compte... On fait des choses et on se rend compte qu'elles y sont au delà de la conscience que l'on en avait...

JÉRÔME
Comment je vois notre relation ? (Rires) Mais pour la vie. C'est drôle, son premier court métrage s'intitulait “Fidèle”. Je crois que cela nous résume parfaitement. C'est une relation inespérée sur le travail, sur la complicité au sens fort du terme. Ce que l'on connaît l'un de l'autre sans se l'être dit. La confiance qui nous unit. Ça a été immédiat dès la première rencontre. Ce n'est pas une blague mais je me suis dit qu'il était la personne que j'attendais pour faire du cinéma. Et je ne crois pas m'être trompée. Il y avait d'emblée une affinité, une compréhension.
Nous sommes très stimulés l'un par l'autre. J'ai l'impression qu'il porte toutes mes casseroles (rires) et moi les siennes. On se les partage. Mais sans drame. Avec émotion mais sans pathos.

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Site officiel du film

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