)))  36 FILLETTE
        
de Catherine BREILLAT                   

 

  • 1988 - France - durée: 1h24 (+7' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 25 avril 2007
    Éditions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 17€

SYNOPSIS

Lili, en vacances avec ses parents à Biarritz, flirte avec Maurice, un play-boy quadragénaire. Une relation ambiguë se noue entre eux entre séduction, provocation et refus.

 
POINT DE VUE
De toute évidence, lorsque Catherine Breillat tourne 36 Fillette, elle est une femme sous influence. Celle de Maurice Pialat. Il avait adoré son roman Tapage nocturne (1979), elle s’était rendu sur le tournage de À nos amours (1983), il lui avait confié l’écriture du scénario de Police (1985) mais ils se sont finalement fâchés. Le scénario a été rejété, Breillat en a fait un autre film, Sale comme un ange en 1991. Entretemps, il y a eu 36 Fillette, son 3ème film. Neuf ans qu’elle n’avait pas tourné depuis l’échec commercial de Tapage nocturne sans doute à cause de son interdiction aux moins de 18 ans !

36 Fillette
a quelque chose d’À nos amours et Lily est bien la petite sœur de cinéma de Suzanne (Sandrine Bonnaire). Toutes deux traversent ce no man’s land de l’adolescence, celui des 15 ans, cette période incertaine où la jeune femme a envie de quitter la petite fille mais n’y parvient pas.

Lily passe ses vacances à Biarritz avec son frère, son père et sa mère, dans un camping de bord de mer. Seule échappatoire pour éviter la sinistrose : la drague dans les boîtes de nuit locales. Breillat plante un décor de film de vacances années 80, façon Michel Lang ; c’est un peu L’année des méduses revisité, repimenté, déniaisé par une cinéaste qui appuie là où ça fait mal. Le beau gosse Bernard Giraudeau est ici remplacé par le playboy vieillissant Etienne Chicot. La pulpeuse Valérie Kaprisky (alors 16 ans) par la ténébreuse et si fragile Delphine Zentout. La mer huileuse et le soleil tropéziens par un crachin océanique et une mer mouvementée et sauvage à l'image de cette vraie jeune fille. Breillat se sert des codes de ces comédies légères pour mieux les transgresser et nous amener vers des contrées plus troubles.

Près de 20 ans après, 36 Fillette n’a rien perdu de sa virulence et apparaît même précurseur d’une liberté de ton qui aujourd’hui domine dans le cinéma. Avec des répliques du genre « on lui a pêté les nerfs du cul », Breillat n’hésite pas à libérer le langage, allant vers une crudité saine et prenant le risque de se mettre à dos une partie de l’intelligentsia de l’époque. Encore aujourd’hui, interdit aux moins de 12 ans, 36 Fillette flirte avec le tabou de l’inceste dans cette romance entre une jeune fille de 14 ans et un homme d’une quarantaine d’années. Filmant avec la finesse d’un écrivain, Catherine Breillat nous fait partager les doutes et les déchirures de cette jeune fille, effrayée et excitée à l’idée de perdre sa virginité. Le choix de cette jeune comédienne, Delphine Zentout - et qui n'aura malheureusement pas la carrière d'une Sandrine Bonnaire - est essentiel à la qualité du film. Lolita en noir, caparaçonée dans ses amples vêtements qui lui servent de protection voire presque d’armure, elle se débat contre cet homme et même plus contre elle-même, pour ne pas avoir à donner son corps. L’idée de la femme coupée en deux illustrée dans le chef d'oeuvre de Breillat, Romance (séquence du fantasme, entre sexe et sentiments) est déjà ici présente, avec cette jeune femme qui dit "Oui" avec son corps et "Non" avec sa tête.

Certains diront que Chicot dans le rôle de l’homme figure un amant machiste et brutal mais son personnage est bien plus complexe et dépasse le cliché de la simple éducation sexuelle donnée par un homme à une jeune fille. Car lui aussi montre ses failles et son attirance incontrôlée vers cette fraîche jeunesse. Sans doute que cette relation sera également un apprentissage pour lui-même.
Outre un montage d’une belle fluidité (signé Yann Dedet, monteur de Pialat, juste avant 36 Fillette, il montait Sous le soleil de Satan !), la qualité maîtresse du film et qui est aussi l'enseignement de Pialat que Catherine Breillat retiendra tout au long de son oeuvre, est bien ici présente: le refus du confort. « Un film, ça ne doit pas être courtois ! » nous dit-elle dans le making of des bonus. Il est bon de revoir cette oeuvre de jeunesse d'une grande maturité à l'aune de la sortie de son nouvel opus en sélection officielle à Cannes, Une vieille maîtresse, nouvelle romance sur la dangerosité des sentiments.

Laurent Devanne












   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Sélectionné au Festival de New York en 1988
    Interdit aux moins de 12 ans

    Réalisation Catherine Breillat
    Scénario Catherine Breillat d'après son roman éponyme
    Dialoguiste Catherine Breillat
    Société de production CB Films - Catherine Breillat Films, French Productions
    Producteur délégué Emmanuel Schlumberger, Valérie Seydoux
    Producteur exécutif Pierre Sayag
    Distributeur d'origine Gaumont Distribution
    Directeur de la photographie Laurent Dailland
    Ingénieur du son Michel Barlier, Julien Cloquet, Jean Minondo
    Compositeur de la musique Ricky Nelson
    Décorateur Olivier Paultre
    Assistant-réalisateur Marie-Noëlle Claude, Olivier Jacquot
    Monteur Yann Dedet

    Avec:
    Delphine Zentout (Lili)
    Etienne Chicot (Maurice)
    Jean-Pierre Léaud (Boris Golovine)
    Olivier Parniere (Bertrand)
    Berta D. Dominguez (Anne-Marie)
    Christian Andia (portier "opium")
    Diane Bellego (Georgia)
    Jean-Claude Binoche (Mr Weber)
    Adrienne Bonnet (la mère)
    Anny Chasson (Mme Weber)
    Cécile Henry (Laetitia)
    Christian Lafitte (le conducteur)
    Alberto Maccione (1er para)
    Stéphane Moquet (Gi-Pe)
    Michel Scotto di Carlo (Stéphane)
    Jean-François Stévenin (le père)

  •  LE DVD
    DVD 5 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Image & Son :
    Format : 1:66
    Son: Mono et Dolby Digital


  • BONUS  

    * Making-of (1988 - 7')
    Réalisé par Paule Muret sur le tournage du film à Biarritz.
    Ce documentaire donne la parole aux différents protagonistes du film. Catherine Breillat nous y expose sa vision sur le cinéma et sur la réalisation, tandis que Delphine Zentout et Etienne Chicot donnent leurs points de vue sur le film.
    Notre avis: Un bien trop court making of (il est vrai qu'à cette époque le making-of n'était pas encore dans les habitudes de tournage) qui laisse vraiment sur sa faim. Le plaisir d'écouter la jeune Catherine Breillat qui démontre déjà toute l'assurance et la cohérence de sa démarche de cinéaste. LD
ANECDOTE


Le fait que ce film ait été sélectionné au Festival du film de New York n’a pas forcément plu à tout le monde. En effet, Daniel Toscan du Plantier, président d’Unifrance-Film (organisme chargé d’assurer la promotion des films français à l’étranger), avait reproché à Richard Pena, le patron du Festival, d’avoir sélectionné, pour représenter la France : « Un petit film assez spécial qui ne donne pas du tout l’image du cinéma français ». Le film, qui avait pourtant été chaleureusement applaudi lors de sa présentation à la presse, fut donc à la base d’une polémique, qui opposa Catherine Breillat, Richard Pena ainsi que la presse américaine à Daniel Toscan.

(élément de presse)

BIOGRAPHIE DE CATHERINE BREILLAT

Catherine Breillat est une romancière, une réalisatrice et une scénariste française, née le 13 juillet 1948 à Bressuire, dans les Deux-Sèvres.

Elle est la sœur de l'actrice Marie-Hélène Breillat, avec qui elle « monte » à Paris à l'âge de 16 ans, pour publier son premier roman « L'homme facile ». Celui-ci est interdit aux mineurs de moins de 18 ans mais est un phénomène littéraire. Catherine Breillat a eu une carrière d'actrice relativement anecdotique, souvent aux côtés de sa sœur, comme par exemple dans « Le Dernier Tango à Paris ». En pleine vague du « X », un producteur lui propose de réaliser un film érotique à partir de son livre « Une vraie jeune fille ». Le film ne sortira pas tout de suite du fait de la faillite de son producteur. Bien qu'il contienne des scènes pornographiques, ce film n'est pas destiné à chatouiller la libido mais à provoquer une réflexion sur le sujet de la découverte de la sexualité et du sentiment de dégoût de soi. Après un second film, « Tapage nocturne », Catherine Breillat met sa carrière de réalisatrice entre parenthèses et se consacre à scénariser pour d'autres, notamment pour Federico Fellini (« Et vogue le navire... ») et Maurice Pialat (« Police »). Elle retourne à la réalisation avec « 36 fillette » (adapté d'un de ses romans) et « Sale comme un ange » (scénario refusé par Maurice Pialat). Appréciée par la critique mais inconnue du public, elle rencontre enfin le succès avec « Parfait amour ! » (1996), suivi de « Romance » (1999). Les deux films déchaînent les passions et lui apportent une reconnaissance qui dépasse le cadre de ses pairs. En 2001, toujours sur le thème de la complexité de la naissance du désir chez une adolescente, elle réalise « A ma sœur ! », puis un an plus tard, « Sex is Comedy », sur les scènes d’amour au cinéma, un film qui nous met à nu et tente de révéler le mystère de la création.

Elle a également réalisé en 2006, « Une vieille maîtresse », d'après Barbey d'Aurevilly et avec Asia Argento, Lio, Amira Casar, Michael Lonsdale, Anne Parillaud et Claude Sarraute, qui sortira très prochainement au cinéma.

(élément de presse)



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