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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
| Réintroduire le mystère En dehors de toute polémique concernant les méthodes de travail de Jean-Claude Brisseau, Les Anges exterminateurs confirme la volonté du cinéaste de s’affranchir des limites pour défricher des terres encore ignorées et inexploitées. S’émancipant du cloisonnement des genres (drame, film fantastique, essai érotique, exercice autobiographique, etc.), il prolonge ainsi des recherches et des interrogations déjà entamées avec De bruit et de fureur (1987). Mais grâce à une étonnante mise en abyme – Les Anges exterminateurs n’est-il pas le film que son protagoniste est en train de réaliser ? – il introduit de fascinants jeux de miroir, qui font de l’œuvre son propre regard sur elle-même, son propre questionnement. Les fameux anges, d’abord, descendants des apparitions qui peuplent l’univers de Brisseau, observent, conseillent, soutiennent ou contestent les personnages. Enveloppés dans une lumière bleue symbole d’un au-delà, d’un ailleurs, ils ouvrent le film sur une menace qui n’aura de cesse d’être amplifiée : François court à sa perte en poursuivant ses essais érotiques. Comme les divinités antiques régissant les destins dans la tragédie, une autorité supérieure envoie ici ses représentants intervenir dans la vie des mortels. Alors, le songe d’une grand-mère disparue se fait indéchiffrable oracle, et les avertissements de sa femme ne sont que de lointains échos : « Comme tu t’y prends, tu cours droit aux emmerdes », lance-t-elle pourtant. S’ajoutent en plus, pour le spectateur : le redoutable tic-tac d’une horloge, comme dans De bruit et de fureur et Choses secrètes ; une bande sonore aux paroles aussi inquiétantes qu’incompréhensibles, telles que « Leur grand désert bleu n’est qu’un enfer enchaîné mais sans flamme », inspirées par Cocteau ; et la voix off de François, interprétée par Brisseau, qui confère un indéniable sentiment de tristesse à l’ensemble. Mais au-delà de cette dimension fantastique, le principale enjeu du film – celui fictif comme celui bien réel – reste l’exploration de l’envie et de la jouissance féminines, c’est-à-dire « Saisir la grâce de leur plaisir sur leur visage et sur leur corps », comme l’explique François. Et la mise en scène de Brisseau y parvient d’une façon remarquable, en s’éloignant tout à fait de la représentation pornographique. D’abord, excluant les gros plans et le montage syncopé, il privilégie au contraire des vues d’ensemble montrées dans leur continuité. Evitant en outre les éclairages grossiers, il travaille le clair-obscur ou des couleurs chaudes et raffinées. Aussi les corps n’apparaissent-ils pas dans leur froide nudité, mais subtilement drapés d’ombres et de lumières dans d’envoûtants tableaux. Surtout, Brisseau insère les scènes de sexe explicites ou non dans une montée dramatique efficace, dans un suspense haletant. En effet, bravant l’interdit des caresses et de l’amour en public, les comédiennes de François deviennent en quelque sorte hors-la-loi. Dès lors, on craint que leur corps exposé se fasse surprendre par un regard, comme on peut craindre d’un fugitif qu’il se fasse capturer ou blesser. Brisseau ne cache d’ailleurs pas en cela l’héritage hitchcockien. La séquence du restaurant, ainsi que celle sur l’entrée de la chambre d’hôtel, rendent au mieux cet effet. Finalement, le film réintroduit le mystère du corps féminin et de sa sexualité, autant sur le fond que sur la forme, et permet bien d’approcher et d’apprécier la troublante beauté d’un souffle, d’un frisson, d’un sursaut, d’une lèvre mordue, d’un gémissement, bref de tout ce qui exprime le plaisir chez une femme. Œuvre singulière et sincère, la plus personnelle peut-être de Brisseau, Les Anges exterminateurs touche à l’objectif qu’il s’était fixé, et que l’on ne peut que louer : laisser les femmes se réapproprier leur corps, là où tant d’autres ne tendent qu’à les en déposséder. Stéphane Tralongo |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| ENTRETIEN AVEC L'ACTEUR FREDERIC VAN DEN DRIESSCHE | ||||
| Comment
Brisseau vous a-t-il repéré ? |
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| ENTRETIEN AVEC LES ACTRICES | ||||
| Réponses
croisées de Maroussia Dubreuil, Marie Allan et Lise Bellynck MD : J’ai 24 ans, c’est le premier rôle important que j’ai dans un long metrage. J’ai fait des choses pour la télé et des petits rôles au cinéma comme dans Rrrrrr, ou La Vie Est A Nous. Je fais du théâtre depuis que je suis toute petite, et j’ai commencé les castings beaucoup plus tard. MA : J’ai 27 ans, j’ai commencé le théâtre suite à une fugue parce qu’il a fallu ça pour que mes parents comprennent que c’était ma vocation. J’avais 13 ans. J’ai commencé au cinéma avec Gérard Blain dans Ainsi Soit-il. Il y a eu des télés, j’ai monté une troupe… Bref, sinon j’ai travaillé avec Coline Serreau il n’y a pas longtemps et le Brisseau est mon premier grand rôle. LB : J’ai 30 ans, j’ai suivi des études assez classiques mais j’étais passionnée de cinéma. Puis j’ai fait le cours Florent, et j’ai rencontré Brisseau parce que je lui avais écrit une lettre. Je travaillais comme pigiste aux « Cahiers du cinéma » à ce moment-là et j’avais adoré Choses Secrètes. Il m’a répondu, on est devenu amis et j’ai eu de la chance, il m’a proposé de jouer. Le film parle des essais que passent des actrices pour un film qui comporte des scènes érotiques. Comment cela s’est passé dans la réalité pour vous ? MD : La première fois que j’ai rencontré Brisseau, je connaissais dejà son travail à travers Noce Blanche et Choses Secrètes qui m’avaient beaucoup plu et nous avons parlé longuement du projet. Ensuite est arrivé l’essai érotique, qui a duré vingt minutes – d’ailleurs il n’y en a eu qu’un seul– avec Lise. Puis, ça a été le travail sur le texte. Je savais ce que je faisais et ça ne m’a pas gêné. MA : Je vous avoue que j’en avais un peu peur au départ, mais je trouvais le scénario tellement génial que je ne pouvais pas me permettre de ne pas passer d’essai pour essayer d’avoir ce rôle. Ça s’est très bien passé, j’étais très décontractée, j’étais quelqu’un d’autre, et puis voilà. LB : J’ai beaucoup suivi la préparation du film, je n’ai jamais eu peur. Les essais ne m’ont jamais gênée, j’assume complètement. Lorsque j’ai vu Choses Secrètes, un véritable déclic s’est produit sur le fait d’“oser faire les choses”. Et s’il est vrai qu’il faut être “un minimum exhibitionniste” comme le dit Jean-Claude, pour tourner ces scènes, au fond il n’y a rien de sorcier. Avec Brisseau, ça se passe de manière hyper calme, il dit toujours « si tu veux arrêter, tu arrêtes », on se sent plutôt à l’aise. On a beaucoup répété pour ce soit beau, pour que ça aille vers la grâce, pour mettre en valeur les corps et leurs mouvements. MA : Il n’est pas là pour choquer, mais pour aborder ce que le cinéma n’ose pas aborder : le sexe comme tabou. Quand on voit des films érotiques à la télé, c’est toujours très codé, moche et irréaliste. Là, c’est beau et réaliste sur la manière dont on peut vivre le sexe, je parle des filles de 20 à 30 ans. MD : Le thème principal du film est le désir féminin, dans cette recherche, il y a le souci de rendre les filles mystérieuses, il y a même une ambiance de polar. Il cherche à montrer le plaisir féminin dans ce qu’il a de plus troublant et de plus beau. LB : Ce n’est pas un film autobiographique mais il reflète bien la manière de travailler de Brisseau. C’est quelqu’un qui est complètement autodidacte et presque artisan dans sa manière de faire, de chapeauter toutes les étapes de la fabrication du film et de sans cesse expérimenter et s’interroger. MD : Je le reconnais à son écoute des filles, mais contrairement au personnage de François, il n’y a aucune séduction avec Brisseau. On parle tellement de sexe avec lui que ca crée directement une distance. Le film vous a-t-il appris des choses sur vous ? LB : Je ne sais pas encore quoi exactement, mais oui… A la vision du film, je me suis plutôt marrée. En même temps c’était beaucoup plus fort que ce que j’avais imaginé. MA : Moi je me suis sentie très redevable envers Brisseau quand j’ai vu le film, parce que je ne m’acceptais pas très bien. J’étais assez complexée au niveau de mon corps, je me sens depuis beaucoup mieux avec moi même. En termes de jeu d’actrice aussi, parce qu’il dirige très bien : il nous mène vers ce qu’il veut, sans parler énormément, mais de manière efficace. Par exemple, il n’aime pas le théâtre, il nous a demandé de parler assez bas. Et pour la première fois de ma vie je me suis trouvée jolie à l’écran. MD : On a fait un travail très précis sur le texte ce qui offre une grande liberté pour le jeu. Il ne travaille pas du tout sur la psychologie des personnages, il ouvre au public des portes qui lui permettent de penser ce qu’il veut, de se projeter comme il l’entend. Est ce que c’était plus facile de tourner entre filles ? MD : Il m’aurait été impossible de tourner ces scènes avec un homme. De plus je trouve que la poèsie des corps est davantage exprimée par celui de la femme. Brisseau se sert par exemple des ondulations des corps féminins. MA : Tourner avec deux hommes, même avec un, ç’aurait été hors de question. d’ailleurs je trouve ça moins érotique… Toutes les trois, on n’avait jamais été nues à l’écran, et comme ça, d’un coup, on était ensemble dans la même situation, ça dédramatisait… LB : Moi, ça ne m’aurait pas gênée qu’il y ait un garçon. Mais c’était très bien comme ça. On était en confiance. On savait ce que l’on faisait, où se trouvait la caméra, à quel point les plans filmés étaient le contraire absolu du porno. Qu’est-ce que vous attendez de la suite ? Les trois : jouer ! Continuer avec de vrais réalisateurs qui croient autant en leur travail. MD : Je suis impatiente que le film sorte afin de recueillir les impressions de mon entourage MA : Ma grand-mère est bretonne et très catholique. Quand elle m’a demandé la date de sortie du film, je lui ai dit qu’il ne sortirait pas dans son coin, et qu’elle le verrait dans quelques années. Je ne suis pas pressée qu’elle aille le voir, elle ne comprendrait pas ! C’est la seule chose qui me fait peur. MD : Ma mère me dit « ce n’est pas moral de tourner des scènes d’amour entre filles ». Elle ira le voir par curiosité, mais risque de ne pas adhérer. En même temps, c’est pas choquant… J’ai rien fait de réel, j’ai joué. Propos recueillis par Philippe Vecchi (extrait du dossier de presse du film) |
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