)))  SA MAJESTÉ DES MOUCHES
        
  de Peter BROOK                     

 

  • 1963 - Grande-Bretagne - durée: 1h31
  • Sortie à la Vente en DVD le 22 octobre 2008
    Editions Carlotta

SYNOPSIS

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un avion transportant des garçons issus de la haute société anglaise, envoyés par leurs parents en Australie pendant le Blitz, s'écrase sur une île déserte. Seuls des enfants survivent. Livrés à eux-mêmes dans une nature sauvage et paradisiaque, ils tentent de s'organiser. Mais leur groupe vole en éclats et laisse place à une organisation tribale, sauvage et violente bâtie autour d'un chef
charismatique. La civilsation disparaît au profit d'un retour à un état proche de l'animal que les enfants les plus fragiles ou les plus raisonnables paieront de leur vie.

POINT DE VUE
Il faut attendre la séquence de la tête de cochon empalée sur un pieu telle un nouveau totem maléfique pour comprendre le sens du titre mystérieux de ce film. Un gros plan nous montre des mouches fourmillant sur le museau ensanglanté de l'animal mort. Un nouvel ordre est né, une nouvelle société véhiculant des valeurs de violence et de fanatisme s'installe à ce moment du film. Le roman éponyme de William Golding écrit en 1954 se présente comme une réflexion philosophique sur la nature humaine à travers l'observation d'un groupe de jeunes adolescents retrouvés abandonnés à leur propre sort dans une île déserte, suite à un crash d'avion. Comment ces enfants vont-ils survivre dans ce monde sans adultes ?


On est ici bien loin des thèses rousseauistes sur la bonté profonde de l'homme. Très rapidement, deux clans vont se constituer: celui de Ralph, calme, réfléchi, pacifiste et celui de Jack, guerrier, animiste et assoiffé de pouvoir. Au milieu, un petit gros qu'on appelle "Piggy" (cochon en anglais, la métaphore est évidente, voire grognante…), un petit intello qui connaît l'origine du nom des villes et qui se présente comme la proie évidente de ses camarades. On pourrait reprocher au film cette dialectique antagoniste un peu simpliste mais son discours est plus subtil qu'il n'y paraît. Ce que nous montre Peter Brook, grand homme de théâtre et de cinéma à qui l'on doit l'impressionnant Mahabharata (1991), c'est surtout la façon dont la civilisation est sans cesse menacée et remise en cause par des sentiments primaires tels que la peur, l'ignorance et la soif de pouvoir.


Ces enfants, élèves de la haute société bourgeoise anglaise, (et l'église en prend pour son grade car les enfants issus de l'enseignement catholique s'avéreront les plus violents et les plus crédules, une fois débarrassés de leur habits de communiants) auront bien du mal à maintenir les règles de leur éducation une fois confrontés à la nature, à leur nature et à la peur de l'inconnu. "Il y a peut-être un monstre … et c'est peut-être nous ?" dit l'un des enfants alors que commence à monter la suspicion de la présence d'un monstre sur l'île. Le film montre habilement la façon dont un personnage charismatique (Jack) va se servir de cette peur pour devenir chef de clan suprême. Basé sur un retour complet à l'état primitif: peintures sur le corps, danses proches de la transe, cris bestiaux, fascination pour le feu, adoration pour un Dieu à tête de cochon, le corps des enfants semble opérer une sorte de mue, quand celui de ceux du clan de Ralph, au contraire, retrouve une nudité pure (surtout quand on voit les jumeaux) plutôt proche de l'eden.

La force du film réside principalement dans son impact visuel et l'impressionnante vitalité et justesse du jeu des enfants. Brook a su retrouver une beauté plastique, un noir et blanc contrasté et épuré qui semble emprunté au cinéma de Flaherty. On pense à Louisiana Story ou à Tabou de Murnau et Flaherty.

Pour faire le cinéma le plus libre, c'est de l'argent qu'il doit être libéré. Peter Brook raconte dans les bonus comment il a dû batailler pour faire un film à petit budget, avec les habitants de l'île. Sa majesté des mouches est une œuvre libre, sur la beauté et les dangers de la liberté.



Laurent Devanne


   
FICHE TECHNIQUE

  •  LE FILM
    Présenté en Compétition Officielle au Festival de Cannes en 1963
    Titre original
    : THE LORD OF THE FLIES
    Réalisation & scénario
    : Peter Brook d'après le roman éponyme de William Golding
    Production : Lewis Allen
    Image : Tom Hollyman
    Montage : Peter Brook
    Casting: Michael Mcdonald
    Musique : Raymond Leppard
    Interprétation : James Aubrey (Ralph), Tom Chapin (Jack), David Bunjes, Hugh Edwards (Piggy), Roger Allen (Piers), Roger Elwin (Roger)...



 
  •  LE DVD

    Nouveau Master Restauré Haute Définition
    DVD 9- PAL - Zone 2 - Noir & Blanc

    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33 respecté
    Son:
    Dolby Digital 2.0 Anglais
    Sous-titres : Français, Anglais


  •  COMPLÉMENTS



    *
    Le cinéma en liberté (32 mn)
    Dans cet entretien exclusif, Peter Brook revient sur son coup de foudre pour le roman de William Golding, la préparation et le tournage du film, et sur la signification de son travail avec une troupe d'enfants.


    Notre avis: Un passionnant entretien avec Peter Brook qui revient sur les relations conflictuelles avec son producteur Spiegel qui a longtemps cherché à faire un film à gros budget dans la lignée du Pont de la rivière Kwaï, et notamment en voulant introduire des filles dans l'histoire ! Brook raconte comment il a tenu bon !
    Il revient aussi longuement sur la constitution de son casting d'enfants et sur ce qu'ils sont devenus par la suite. LD



    * Dvd-rom
    Élaboré sous la direction d'Alice Vincens (enseignante à L'ESAV, Université de Toulouse II) en collaboration avec Dominique Galaup-Pertusa (enseignante à l'IUFM d'Albi), ce DVD-Rom, par son caractère interactif, permet le développement d'analyses croisées et interroge la rencontre du cinéaste Peter Brook avec l'œuvre de William Golding.



    * La bande-annonce.
 


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