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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
| Dans
l'interview proposée en supplément, Douglas Buck explique
comment sa conception du genre horrifique a été bouleversée
par la découverte des œuvres de Bergman. Si les films de
Bergman ne sauraient relever d'un genre précis, la plupart, comme
Cris et chuchotements et De la vie des marionnettes
communiquent cependant une réelle horreur psychologique. Cette influence et le sérieux avec lequel Buck conçoit l'horreur éloignent Famly Portraits du gore festif d'un Rodriguez (Planet Terror) ou des thrillers sadiques d'Eli Roth (Hostel 1 & 2). Ces contes de la folie ordinaire prennent pour cadre des foyers américains, appartenant à la middle class, et révélant leur part d'ombre. Dans Cutting Moments une femme se défigure pour attirer l’attention de son mari. Dans Home, un homme, martyrisé pendant son enfance par un père intégriste, reproduit les mêmes sévices sur sa famille. Dans Prologue, une jeune femme violée et mutilée revient accuser son agresseur. Les trois films présentent des cas d’aliénation limites : la solitude et la frustration sexuelle deviennent trop lourdes et font craquer le vernis des apparences. Ces tristes existences, végétant dans des banlieues et des petites villes, connaissent alors de sanglants passages à l’acte. Le jeune cadre de Home, raconte en voix off combien il a vécu dans une famille aimante, mais ce que nous voyons de son enfance ne sont que sévices religieux, mortifications et violence sexuelle sourde. Les ambiances dépressives de Douglas Buck s’inscrivent dans la lignée de Martin de Romero, de Chromosome 3 de Cronenberg ou encore de Henry, portrait d'un serial killer de John Mc Naughton. Buck avoue d’ailleurs faire répéter ses acteurs à outrance pour atteindre un jeu dévitalisé, méthode qui était aussi celle de Robert Bresson. La violence, dans cet univers anesthésié, ne donne lieu à aucun effet spectaculaire : elle est représentée de façon réaliste presque banale. La femme délaissée de Cutting Moments expose à son mari l’écorché de sa solitude, son intolérable souffrance intérieure. Cet atroce message d’amour bénéficie d’ailleurs des maquillages ultra-réalistes de la légende vivante Tom Savini (Zombie de Romero, Vendredi 13). Dans Home, comme tous les matins, le jeune cadre sort de chez lui pour se rendre au travail. A la différence près qu’il est couvert de sang et vient de massacrer sa famille. La jeune fille de Prologue revient dans sa petite ville après un an de rééducation. Clouée sur un fauteuil roulant, les mains remplacées par des pinces en métal, elle incarne l’horreur, rendue visible, du microcosme abritant un prédateur sexuel. Ce dernier segment est le plus ambitieux de l’anthologie et l’on se prend à regrèter qu’il n’ait pas donné lieu à un long métrage. Si Cutting Moments et Home semblent construit autour d’une image dérangeante (la femme défigurée, le cadre couvert de sang), Prologue possède une plus grande richesse émotionelle. Celle-ci s’incarne tout d’abord dans le personnage de la jeune fille dont le très beau visage, à peine sorti de l’adolescence, contraste avec un corps anéanti et rendu monstrueux par ses apendices de métal. Douglas trace deux lignes narratives, celle du bourreau et celle de sa victime, amenées à se rejoindre. Le tueur échappe bien entendu à la représentation hollywoodienne habituelle. Le mal prend naissance dans un couple de retraité, la femme vivant dans le déni de la folie de son mari. Le cinéaste n’a même plus besoin de recourir à des images sanglantes. Celles-ci sont contenues dans les bulletins d'information décrivant le martyre de la jeune fille. Elles sont aussi exposées dans les sculptures et peintures naîves d’enfants abusés que le tueur conserve dans son atelier. Le paysage hivernale, d’une tristesse infinie, devient une représentation de l’Enfer où doivent cohabiter ses âmes damnés. Le titre, Prologue, apparaît alors comme l’annonce de l’œuvre future de Douglas Buck et des directions qui s’offrent à lui : persister dans le cinéma d’horreur ou s’orienter vers l’indépendance d’un Todd Solondz qu’il évoque par bien des aspects. Gageons que son premier long métrage, le remake de Soeurs de sang de Brian De Palma avec Chloé Sevigny et Lou Doillon, nous donnera quelques indices. Si les thèmes de la mutilation et de la folie lui sont familiers, qu'en sera-t-il de l'humour noir et du suspense, notions étrangères à son cinéma ? Stéphane du Mesnildot NB : en 1998, j’avais pu découvrir Cutting Moments dans sa version court métrage. Il s’achevait sur le morceau If des Pink Floyd (Atom Earth Mother). Pour, on s’en doute, des questions de droit ou peut-être de cohérence avec les deux autres films, le morceau est absent de Family Parts. Elle procurait cependant une forte impression de nostalgie et de désespérence. |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| NOTES DE PRODUCTION | ||||
| Family
Portraits de Douglas Buck a, dès le départ, été
conçu comme un work in progress qui s’élaborerait
dans le temps. Constitué de trois "courts" métrages
(Cutting Moments (1997), Home (1998) et Prologue
(2003)), dont les deux premiers opus ont fait le tour des festivals
internationaux, Family Portraits est devenu le chouchou des festivals
indépendants américains et a même connu à
l’automne 2005 une exploitation en salles à New York.
Outre les festivaliers (de Pusan à Sitges en passant par Sao Paulo), des cinéastes de renom ont aussi porté aux nues l’œuvre de Douglas Buck (ingénieur électricien le jour, cinéaste la nuit). Ainsi Abel Ferrara qui a défini Family Portraits comme : "Une expérience cinématographiquement dérangeante". Ou l’acteur, réalisateur et producteur Larry Fessenden qui a, quant à lui, affirmé : "Le cinéma de la souffrance doit compter avec une nouvelle voix particulièrement puissante." Succès dans les festivals, reconnaissance de ses pairs mais aussi succès critique. La presse n’a pas en effet hésité à soutenir Family Portraits. Comme l’hebdomadaire Film Echo Nationwide : "Cette trilogie d’une intensité parfois insupportable est constamment impressionnante." Ou le magazine FilmDienst : "Par de longs plans séquences chargés de souffrance, Buck dévoile les cauchemars de toutes les familles, et ces cauchemars se frayent leurs voies jusqu’aux cerveaux du public d’une manière insidieuse." Grâce à l’appui de Gaspar Noé, Douglas Buck a commencé la préparation, provisoirement interrompue, de Body Faith, un film sur la vie en banlieue et les aliénations qu’elle provoque. Douglas Buck vient de finir le montage du "remake" de Sœurs De Sang de Brian de Palma, produit par Ed Pressman. Note d’intention du réalisateur "Le but principal d’un film, ou de tout autre type d’art, est d’avoir un effet choc sur nous. Qu’il s’agisse d’une caresse ou d’un coup de marteau..." "Les œuvres qui me parlent le plus – celles dont je pense qu’elles ont clairement influencé mon propre travail – sont celles qui, au sein du cinéma de genre, font naître une réflexion. Les films qui ont, à mon avis, réussi le mieux à combiner ces éléments sont Bad Lieutenant d’Abel Ferrara et Possession de Zulawski." "Un des buts principaux de cette trilogie était d’exprimer la souffrance à travers des visages. lorsque je me remémore, les incroyables visages hantés par la souffrance que nous montrent, encore et encore, les films de Bergman et de Tarkovski, je constate évidemment que je ne me suis pas encore approché de mon idéal aussi près qu’eux ont pu le faire – mais je persévère." |
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| INTERVIEW
de DOUGLAS BUCK (extrait du dossier de presse) |
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Avez-vous eu l’idée de réaliser cette trilogie depuis que vous avez mis en scène Cutting Moments, son premier opus ? J’ai conçu à peu près en même temps Cutting Moments, et Home, les deux premiers segments de Family Portraits, vers le milieu des années 1990. Je voulais explorer les phénomènes sous-jacents de violence mis en œuvre par les contraintes sociales et sexuelles de la vie en banlieue. Je ne crois pas que la société occidentale soit la seule à exiger l'uniformité. Je dirais que la bataille conformité au groupe social " contre " reconnaissance de l'individu " existe dans toutes les sociétés. Il y a un proverbe japonais qui dit en substance que tout doigt qui dépasse doit s'attendre à être blessé. Family Portraits est une tentative allégorique de représenter l'Amérique correspondant à un certain état de l'humanité. J’ai d’abord cru que j’en avais terminé avec ce genre d’histoires. Mais au fur et à mesure que les années passaient, j’ai envisagé ces deux histoires sous un jour nouveau. J’ai commencé à les considérer comme de simples explorations de la violence, Cutting Moments étant un acte de violence par lui-même et Home étant un regard sur tout ce qui tourne autour de cet acte. Si bien que j’ai pensé qu’il serait judicieux de raconter une dernière histoire qui traiterait des suites de cette violence toujours dans le même contexte. Mais ce n’est qu’au début des années 2000 qu’il m’a paru évident qu’il fallait que j’écrive et que je réalise cette troisième histoire que j’ai intitulé Prologue. Le projet Family Portraits s'est étalé sur six ans. Ne redoutiez-vous pas que le film puisse manquer de cohérence ? Avez-vous craint de ne jamais pouvoir aboutir à finaliser cette trilogie ? Cela m’a pris au total huit ans. Je savais que Cutting Moments et Home fonctionnaient bien ensemble et constituait un diptyque naturel. Une fois que j’ai su quelle histoire je voulais raconter dans Prologue, j’étais thématiquement certain qu’elle collerait avec les deux premières. Et puisque j’étais mon propre producteur et que je ne pouvais me reposer sur personne d’autre que moi-même, mon propre argent et mes propres cartes de crédits, je savais que je pourrais achever et Prologue et cette trilogie. Vous dites avoir été influencé par Ingmar Bergman et Andreï Tarkovski. Pourtant, la vision de votre film nous laisse imaginer que vous appréciez également David Lynch qui, comme vous, avec Blue Velvet ou Twin Peaks-fire Walk With Me révèle les faux-semblants et la face cachée de la normalité... Le premier film de Bergman que j'ai vu était Les Communiants (1962). Sa mise en évidence de l'angoisse existentielle, non comme astuce d'écriture mais comme manière de ressentir le monde, m'a profondément influencé. Cela me rappelait les impressions plus sophistiquées mais non moins cauchemardesques que je ressentais, enfant, quand je lisais certains contes d'Edgar Poe. J'ai immédiatement loué et visionné les deux autres films de la " trilogie religieuse " de Bergman : À Travers Le Miroir (1961) et Le Silence (1963) et j’ai été tout autant admiratif. Les films de Bergman sont à mes yeux de véritables films d'horreur et d'épouvante. Bien qu'ils ne montrent pas de victimes fuyant un tueur et n'y arrivant pas vraiment, ni de poursuites en voiture ou de morts spectaculaires, ils traitent de ce dont nous avons vraiment, au fond de nous même, le plus peur : à savoir l'idée que la vie n'ait pas de sens, que nous vivions dans un monde sans Dieu, accompagnés seulement par le silence et l'indifférence. Plus spécifiquement, j'aime beaucoup la manière dont Bergman compose ses images : par exemple, lorsqu'il filme au premier-plan puis à l'arrière-plan chacun des deux protagonistes dans les scènes de dialogue. Cela produit un effet de vérité et de réalité bien que cela semble, en même temps, très théâtral. Bien des cadrages de Family Portraits m'ont été inspirés par Bergman. Tarkovski est l'autre cinéaste dont l'œuvre m'a profondément influencé. La grandeur de sa vision, en partie engendrée, j'en suis certain, par la longue et douloureuse histoire de la culture russe, m'ont vraiment transformé. Le Sacrifice était un hommage évident à Bergman puisqu'il utilisait non seulement le directeur attitré de la photographie de Bergman (Sven Nykvist) mais encore bien des cadrages et des idées de jeu d'acteur identiques. Bien que j'apprécie beaucoup l'œuvre de David Lynch, en particulier Eraserhead que je ne me lasserai jamais de visionner, et qu'il soit exact que certains de mes thèmes sont parfois proches des siens, je ne dirais pas qu'il m'a particulièrement influencé. Son esthétique est bien plus surréaliste et drôle que la mienne. Je ne dis pas que cela ne me plairait pas d'aller dans de telles directions, plus introspectives, mais pour l'instant j'ai choisi un chemin différent qui me convient mieux. Votre film donne l'impression que vos personnages sont conditionnés par leur cadre de vie. Au regard de quels critères avez-vous choisi vos lieux de tournage ? J'ai grandi en banlieue. Je n'ai certes pas vécu les moments ni les expériences terribles que vivent mes personnages, mais j'ai ressenti profondément ce qu'était l'uniformité et la rigidité de la vie dans un tel cadre. J'ai toujours pensé, comme la plupart des cinéastes et des artistes le pensent, qu'on ne peut s'accomplir en tant qu'artiste que si on s'appréhende comme un marginal, un exclu. J'ai toujours su qu'il fallait tourner le film à Long Island où j'ai grandi. Il est important néanmoins de préciser que la maison qu’on voit dans Cutting Moments et Home était tout simplement l'unique maison disponible que j'ai pu trouver à ce moment-là. Frank Cento, un des producteurs de Family Portraits (et qui a contribué de bien d'autres manières au film pendant son tournage) et son épouse ont eu la gentillesse de déménager en compagnie de leur fils chez des voisins afin de me laisser tourner chez eux en toute tranquillité pendant les quelques semaines nécessaires. Je suis encore bouleversé par leur générosité. Pour Prologue, j'ai filmé la même ville, mais en tentant d'en saisir un autre aspect qui évoque davantage le Midwest américain. Je voulais ainsi faire de Family Portraits un commentaire sur l'ensemble de l'Amérique, voire du monde occidental dans son ensemble, plutôt que d'une simple banlieue particulière. Quelle est votre approche de la mise en scène ? Réaliser c’est communiquer avec vos acteurs, avec votre équipe, avec tous les gens immédiatement impliqués dans la production. J'ai l'habitude de quitter chacun de mes tournages, y compris celui de mon dernier film Sisters, en repensant aux moments où je n'ai pas su communiquer correctement. Sur certains tournages, je le ressens davantage, sur d'autres moins. Mettre en scène, c’est s'acharner à trouver le meilleur moyen de communiquer. Et l'ironie de l'histoire, c'est que cette préoccupation semble être aussi celle de mes personnages. Pour être honnête, je vous avoue que c'est le combat que je mène au quotidien, ma vie même. Comment dirigez-vous vos acteurs ? Cela dépend du film et de la manière dont l'acteur aime travailler. Je préfère passer beaucoup de temps en répétitions, comme cela a été le cas sur Family Portraits. Je préfère répéter, discuter des personnages, puis, quand vient le moment de tourner, n'avoir qu'à m'occuper de petits ajustements, qu'à discuter de points mineurs. Dans le meilleur des cas, le plateau doit être un lieu calme : tout le travail pénible a déjà été fait en amont, tout le monde est prêt si bien que lorsqu'on entend " Action ! ", la magie peut s'opérer. Que répondez-vous à ceux qui trouvent votre film choquant ou provocant ? J’ai réalisé Family Portraits en étant responsable de ma propre vision. Sans tenir aucun compte du marketing ni d’un quelconque impact positif pour ma carrière cinématographique. Je voulais raconter ces histoires et les raconter aussi honnêtement que je savais pouvoir les réaliser. C'est ensuite au public, de prendre la responsabilité d'être pour ou contre le contenu du film, et de juger si je dis la vérité ou non. |
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