)))  VERS LE SUD
        
de Laurent CANTET

 

  • Drame - 2006 - France - durée: 105'
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 septembre 2006
    Éditions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 20€

SYNOPSIS

Début des années 80. Haïti vit sous la coupe du dictateur Baby Doc. Malgré tout, le pays reste une destination touristique très prisée.
L’hôtel de La Petite Anse, installé sur une plage de la banlieue de Port-au-Prince, est un véritable éden tropical autour duquel gravite une bande de jeunes garçons qui échangent leurs charmes et leur tendresse contre quelques faveurs, un bon repas, parfois quelques dollars…et surtout un peu d’affection et de calme. Deux clientes américaines d’une cinquantaine d’années (Charlotte Rampling et Karen Young), en mal de tendresse et de sexe, voient leur vie bouleversée par la véritable passion amoureuse qu’elles éprouvent l’une et l’autre pour Legba (Ménothy César), dix-huit ans tout au plus et beau comme un dieu, qu’elles viennent retrouver là chaque année.

   
POINT DE VUE
Au sortir de l’aéroport, Brenda traverse, le temps du générique, les avenues encombrées de Port-Au-Prince. Confortablement installée dans la voiture qui la conduit à l’hôtel, elle longe les façades aux peintures écaillées et les trottoirs poussiéreux, où s’entasse le bric-à-brac des petits marchands. Puis, au travers du pare-brise, elle observe les pick-up et les camionnettes surchargées, qui avancent en désordre. De l’autre côté de la ville, enfin, elle retrouve le domaine paisible de la « Petite Anse ». Les palmiers découvrent quelques somptueux bengalows, à proximité d’une plage de sable blanc. Voici donc les deux mondes que Laurent Cantet s’attache à décrire en introduction : d’une part, le quotidien rude des Haïtiens ; d’autre part, les paradis vantés par les brochures touristiques.

Alors, une fois les frontières dessinées, l’équilibre fragile qui subsiste peut être mis à l’épreuve. Legba, jeune gigolo attendrissant, passe d’un monde à l’autre sans se soucier des barrières. « Laisse-nous travailler », lui lance une première fois Albert, un maître d’hôtel. « On ne peut pas le servir », explique-t-il plus tard à Brenda. Mais Legba n’a cure des avertissements. Il peut tout aussi bien jouer au football avec ses amis dans un quartier pauvre de la capitale, que partager cocktails et menus avec les clientes esseulées de l’hôtel. Bien entendu, il gagne sa vie de cette façon. Mais en marchant sur un fil tendu, il provoque une perte de repères générale. Pour Brenda et Helen surtout, il se transforme peu à peu en un être hybride, qui cumulerait à la fois la beauté, la jeunesse et des sentiments d’amour sincères. Toute la tension soigneusement amenée par Cantet repose sur cette unique question : Legba est-il capable d’aimer une Blanche ? En proie au doute, Brenda franchit à son tour les limites lorsque le jeune homme disparaît en ville. Elle quitte la « Petite Anse » pour emprunter les chemins sombres et cabossés de l’île. Dans un bar local, elle abandonne finalement tout espoir de retrouver Legba et se perd dans les bras d’un nouveau prétendant. La réponse à tant de violations ne se fait pas attendre. Au petit matin, Legba et une jeune Haïtienne gisent morts sur la plage de l’hôtel. L’équilibre est rétabli.

En plus de jouer sur l’ambiguïté du bel insulaire, Laurent Cantet évite scrupuleusement toute image explicite de violence ou de sexualité. Il préfère cette scène de danse confuse où Brenda se joint à Eddy, un enfant désireux de suivre les traces de Legba. « Tu les prends au berceau », assène ensuite Helen à sa compatriote. Mais surtout, les séquences les plus dérangeantes du film font seulement appel aux mots. Il s’agit de quatre monologues au cours desquels les personnages, en s’adressant directement au spectateur, reviennent sur leur rapport à Haïti, leur condition de femme, leur sexualité. Brenda se souvient de sa précédente venue et de sa relation avec un jeune garçon : « C’était mon premier orgasme, j’avais quarante cinq ans ». Helen rappelle qu’elle « enseigne la littérature française à des petites mijaurées, qui ne pensent qu’à écarter leurs cuisses pour attraper un mari ». Les répliques face caméra mettent mal à l’aise, plus que ne l’auraient fait des images. Une économie de moyens efficace.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que Vers le Sud ressemble à une quête vouée à l’échec depuis le départ. La relation avec Legba, qui devait apparaître comme vaine et stérile depuis longtemps, ne le devient que lors de sa mort brutale. « Je ne sais plus ce que je fais ici », murmure Helen en recouvrant la raison. Quant à Brenda, elle s’éloigne vers d’autres îles, toujours en proie au doute.


Stéphane Tralongo







FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    FESTIVAL DE VENISE 2005 - SELECTION OFFICIELLE
    Réalisation: Laurent Cantet
    Scénario: Laurent Cantet et Robin Campillo
    d ’après trois nouvelles de Dany Laferrière (Editions LE SERPENT À PLUMES)
    Image: Pierre Milon
    Son: Claude Lahaye
    Décors: Franckie Diago
    Montage: Robin Campillo

    Avec:
    Charlotte RAMPLING (Ellen)
    Karen YOUNG (Brenda)
    Louise PORTAL (Sue)
    Menothy CESAR (Legba)

  •  LE DVD
    Zone 2, Pal, DVD 9, format 16/9, son dolby digital, 105 minutes, couleur, VF
    PAS DE BONUS
INTERVIEW DE CHARLOTTE RAMPLING
Comment voyez-vous les femmes de Vers le sud ?
Ce sont des solitaires qui ont besoin de prendre un amant pour supporter la froideur du quotidien. Chacun trouve son compte dans cette relation.

Qu’avez-vous apprécié dans le scénario ?
La complexité de l’histoire, la façon dont Laurent Cantet parvient à rendre sensible les rapports humains, comme le climat politique d’Haïti.

Vous sentez-vous des points communs avec votre personnage ?
J’aimerais surtout lui ressembler par certains côtés. J’admire son franc-parler, même quand elle prend le risque de blesser. Moi, j’ai trop peur de faire du mal à mes interlocuteurs.

Comment s’est passé le tournage avec Menothy César, qui joue votre amant ?
Il était plus gêné que moi, car il n’a jamais fait de cinéma auparavant. Il avait peur que son entourage l’associe à son personnage. Laurent Cantet a su vaincre ses craintes par sa patience et sa douceur. De mon côté, j’avoue que c’était parfois pénible de me mettre dans la peau de quelqu’un qui souffre autant.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?
Il me faut plusieurs années pour apprécier un film dans lequel j’ai joué ! Je crains d’avoir vexé Laurent Cantet parce que j’ai été incapable de lui dire ce que je pensais de Vers le sud. C’était trop frais… Pour vous donner une idée, ce n’est que récemment que j’ai pu me régaler en revoyant Max mon amour, tourné avec Oshima en 1986 !

Quels rôles recherchez-vous ?
J’attends plutôt qu’on vienne me chercher et, jusqu’ici, ça m’a plutôt porté chance. Je suis une actrice offerte, ouverte aux opportunités.

(Propos recueillis par Caroline Vie pour 20 minutes- Notes de production)
FILMO LAURENT CANTET

LONGS MÉTRAGES
2006 Vers le sud
2001 L’emploi du temps (Lion de l’année - 58ème Mostra de Venise)
1999 Ressources humaines (César Meilleur 1er film)

COURTS MÉTRAGES
1995 Jeux de plage
1993 Tous à la manif