)))  TÔKYÔ
 de Joon-ho BONG, Michel GONDRY
 & Leos CARAX

 

  • Tokyo vu par - 2008 - 1H50 - Japon - DOUBLE DVD
  • Sortie à la Vente en DVD le 20 mai 2009
  • Éditions MK2
SYNOPSIS
Le film est composé de 3 chapitres : Interior Design, Merde et Shaking Tokyo.
Chacun d’entre eux est librement inspiré de Tokyo et tourné au coeur de la ville.

"Interior Design" de Michel Gondry
Synopsis: Un jeune couple tente de s'installer à Tokyo. L’ambition du jeune homme est claire, devenir réalisateur. Quant à la jeune fille, plus indécise, elle a le sentiment diffus de perdre le contrôle de sa vie.
Tous les deux se noient dans cette ville sans repères, jusqu’à ce que la jeune femme, trop seule, devienne l'objet d'une étrange transformation …

"Merde" de Léos Carax
Synopsis: Une ignoble créature sème la panique et la mort dans les rues de Tokyo. Les media la surnomme « La Créature des Egouts ». L'armée finit par la capturer. Il s'agit d'un homme d'une civilisation inconnue, qui se fait appeler Merde.
Son procès déchaîne les passions.

"Shaking Tokyo" de Bong Joon-ho
Synopsis: Depuis plus de dix ans, il est hikikomori. Il vit enfermé dans son appartement, réduisant au minimum tout contact avec le monde extérieur. Lorsque la livreuse de pizza s’évanouit chez lui durant un tremblement de terre, l’impensable arrive, il tombe amoureux. Peu après il apprend que la jeune fille devient hikikomori à son tour. Osera-t-il franchir la porte qui sépare son appartement du reste du monde ?.


 

POINT DE VUE

Il fut un temps, celui tout particulièrement de la comédie italienne des années soixante et soixante-dix, où le film à sketches charmait par sa cohérence, c’est-à-dire la subtilité du dosage entre ses thèmes et ses formes. Les œuvres accolées se répondaient, s’enrichissaient mutuellement, si bien que la notion de « politique des Auteurs » n’avait plus grand sens car seule comptait la combinatoire de leur rencontre, et c’est ainsi par exemple que dans Les Nouveaux monstres signé Risi, Monicelli, Scola, la paternité de chacun des épisodes n’apparaissait pas au générique.

Il fut un temps, en effet, où le metteur en scène négligeait les velléités du démiurge venant en mettre plein la vue au spectateur, comme un quelconque camelot haut en couleurs et sûr de son fait, pour mieux mettre à l’honneur l’intelligence de la coopération et de l’accord, rouage indispensable plutôt que Machine désirante. Ce temps n’est plus, puisque désormais c’est l’excès de singularité qui est devenu le sésame permettant la reconnaissance. Et c’est bien par le systématisme des rimes et des reflets entre ses films, qu’un cinéaste, pour le meilleur et pour le pire, se fait un nom, étant alors, aux deux sens du termes, reconnu, le film à sketches n’ayant dès lors plus grand sens comme l’échec quasi-total de Paris je t’aime était déjà venu le démontrer. C’est d’ailleurs bien pour cela que la bannière commune venant justifier l’entreprise n’est plus rien d’autre qu’une ville, soit un lieu où s’ébattre, plutôt que la contrainte d’un thème à traiter. La singularité est toujours son propre sujet.


Ce n’est donc pas Tokyo en soi qui importe, puisque le film à sketch, genre devenu anodin, n’est plus qu’un prétexte (le plus souvent économique), mais l’éventuelle possibilité d’y trouver, parmi ses épisodes, une œuvre importante. Et c’est le cas ! La mise en exergue de l’individualité du créateur a certes permis à toute une série de tâcherons avantageux de se croire cinéaste parce qu’ils avaient des tics, mais elle a aussi favorisé l’expression de poètes audacieux, irréductibles à l’instrumentation sociale qui en a suscité la venue. C’est bien là l’un des paradoxes de la modernité, flatter l’expression singulière de chacun (pour mieux les enrégimenter dans sa plate foi commune, une fois les détails de présentation posés avec passion) mais parallèlement nourrir en son sein ceux qui allant jusqu’au bout de la démarche, refusent définitivement ses credos.


À côté de la bluette chic de Michel Gondry (qui en bon publicitaire, ne crée un plan que pour en savourer la chute, si bien que l’on s’y ennuie toujours jusqu’à ce que l’on tressaille), de la fable insolite de Bong Joon-Ho (illustrée sans l’acidité et l’hétérogénéité formelle auxquelles ses longs métrages nous avaient habituées), c’est bien Léos Carax qui prouve ici, avec le film Merde de trente minutes, que son inventivité, sa poésie, sa rage sont le cinéma, celui qu’il importe de ne pas perdre de vue. Lui inventant une manière de marcher (comme Chaplin) et un langage (comme Bergman) uniques, il fait de son monstre d’inhumanité, une provocation à toutes les idées rondes, les processus mentaux tournant en boucle, les pensées jamais intempestives parce que toujours calibrées. Comme Brisseau (avec sa conception mystique de la sexualité), comme Dumont (avec son panthéisme sauvage), Carax ose. Contre le cinéma fonctionnel agrémenté de manières, il ose des séquences prodigieuses de drôlerie et riches de malaise, qui ne s’arrêtent pas après l’émoi ou le rire brefs, mais persistent dans une sorte de transe insolente faite de split-screens excessifs, démultipliant les points de vue jusqu’à l’absurde, de gros plans indécents, avant la déflagration de la dynamite ou du verbe, de travellings ou de plans fixes articulés mélodieusement entre eux, comme les pamphlets chantés par Ferré.


Il ose affirmer que l’Autre n’est ni aimable ni condamnable puisque jamais là où on pensait le trouver, le trouver pour l’acculer et lui faire rendre gorge, autrement dit l’assimiler, qu’il est incontrôlable et par là même ferment des seules rencontres qui vaillent. Contre vents et marées, tant d’années après le somptueux Pola X qui tenait tout autrement le même discours, Léos Carax demeure ainsi un antimoderne rayonnant.



Ludovic Maubreuil


SHAKING TOKYO


INTERIOR DESIGN

MERDE

 



 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE

 

  • LES FILMS

"Interior design"
Scénario Gabrielle Bell et Michel Gondry (Adapté de la bande dessinée de Gabrielle Bell "Cecil and Jordan in New York" sur une idée de Sadie Hales).
Réalisation Michel Gondry.
Musique originale Etienne Charry.
Directeur de la photographie Masami Inomoto.
Chef lumière Shinichi Matsukuma.
Son Takeshi Ogawa.
Décors Yuji Hayashida.
Montage Jeff Buchanan.

"Merde"
Scénario et Réalisation Leos Carax.
Image Caroline Champetier.
Décors Toshihiro Isomi.
Montage image Nelly Quettier.
Son Fusao Yuwaki.
Costumes Céline Guignard.
Bon génie Albert Prevost.

"Shaking Tokyo"
Scénario et Réalisation Bong Joon Ho.
Musique originale Lee Byung Woo.
Directeur de la photographie Jun Fukumoto.
Chef lumière Tokuju Ichikawa.
Décors Mitsuo Harada.
Son Hironori Ito.


  • FICHE TECHNIQUE
    Image : DVD 9 et DVD 5 - 16/9 compatible 4/3 – Format 1.85
    Son : Dolby Digital 5.1 et 2.0 Français
    Sous-titres : Français


  • BONUS
    * Making of Interior Design (30’)
    * Making of Merde (30’)
    * Making of Shaking Tokyo (34’)
    * Entretien avec Michel Gondry & Gabrielle Bell (8’)
    * Entretien avec Leos Carax (8’)
    * Entretien avec Bong Joon-ho (8’)


INTERVIEWS


Michel Gondry
Le début du film présente un jeune couple confronté à la difficulté de s'installer dans une grande ville inconnue. Le propos du film n'est cependant pas de décrire Tokyo comme une mégalopole inhumaine ; mais de mettre en lumière la personnalité d'une jeune fille qui ne voit pas l'utilité de se fondre dans le monde professionnel des adultes. Cette première partie sera pleine de vie et d'humour, particulièrement dans les moments d'intimité du couple. On suivra ensuite la jeune fille dans son voyage intérieur, quand elle se coupe petit à petit des autres et se détourne du rôle qu'elle tenait jusque-là. La tournure surréaliste que prend le film lorsque lentement elle se transforme en chaise, reflète son état mental d'une façon horrible et cependant cinématique, à la manière de Roman Polanski dans Répulsion dans Le Locataire.


Bong Joon-ho
Tokyo est une cité dotée d'une atmosphère propre, d'un espace singulier. Montrer par le cinéma ce « quelque chose » que possède la ville est excitant en soi. Quelles sont donc les images que l'on peut évoquer de cette ville, si familière et étrangère à la fois, en tant que réalisateur et en tant qu'étranger ? L'impression de vertige que l'on éprouve, un peu comme lorsque tout le monde disparaît d'un coup des rues encombrées de Shibuya... Les mouvements et les expressions des gens sur les passerelles piétonnes qui semblent imperceptiblement sous contrôle... Un chat isolé qui se tient debout dans la petite ruelle d'un quartier silencieux... Une drôle d'histoire d'amour entre un homme et une femme qui se déroule dans l'atmosphère de Tokyo. Ce film, aussi court soit-il, est une étrange histoire d'amour.


Leos Carax
Merde est un monstre, un maudit. Merde est un Mr Hyde, projeté dans le monde d'aujourd'hui. Mais où se cache son double, son créateur, Dr Jekyll ? En vous et moi
de décrire Tokyo comme une mégalopole inhumaine ; mais de mettre en lumière la personnalité d'une jeune fille qui ne voit pas l'utilité de se fondre dans le monde professionnel des adultes.
Cette première partie sera pleine de vie.

Les producteurs
Le mot grec « rhapsodie » désigne une « œuvre composée de plusieurs morceaux présentés les uns après les autres ». Notre projet est une fantaisie en trois mouvements, trois réalisateurs autour d'un seul et même motif : Tokyo. Peu importe si chaque pièce semble dissonante par rapport aux autres, puisque c'est l'assemblage des trois qui formera l'œuvre unique. Une «Tokyo Rhapsody », très précisément. Les villes évoluent. Mais si Paris ou New York ont réussi conserver un équilibre entre tradition et évolution, Tokyo est une ville condamnée à se développer sans cesse. La croissance économique a changé la ville à un rythme exponentiel. Cette métropole gigantesque est un décor de film en soi. Ce n'est ni une ville calme ni une ville posée, elle déborde d'une énergie vertigineuse. Vue de l'étranger, Tokyo est passée de ville exotique à « Tokyo! », un ensemble complexe et fantasmé émanant d'un futur proche... La raison pour laquelle nous voulons faire de ce projet un film composite et non une longue histoire dépend directement de la nature de la ville et de ses habitants, le paysage urbain qui apparaît et disparaît brusquement et de manière inattendue, le comportement singulier des gens qu'aucune mode n'étonne plus vraiment. Il y a quelque chose d'absurde dans Tokyo! Le choix de trois réalisateurs accomplis, dotés d'une sensibilité riche, fertile, et si différente permettra de capter l'esprit réel de Tokyo !

(Extrait du dossier de presse)

                                                                           ° ° ° ° °