)))  DRÔLE DE DRAME
        
    de Marcel CARNÉ

 

  • Comédie prévertienne - 1937 - France - durée: 1h49 (+ 64' de Bonus et un Livret)
  • Sortie à la Vente en DVD le 8 novembre 2006
    Éditions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 25€
  • Édition COLLECTOR

SYNOPSIS

Irwin Molyneux (Michel Simon) écrit sous le pseudonyme de Félix Chapel des romans policiers qui sont fortement critiqués par Archibald Soper (Louis Jouvet), évêque de Bedford, son cousin. Invité à dîner par le couple Molyneux, Archibald trouve très étrange que la femme de son cousin soit absente, en fait aux cuisines à s’occuper du dîner en raison de la démission de sa cuisinière. Irwin invente toutes sortes de mensonges maladroits pour justifier l’absence de sa femme, et Archibald se met à le soupçonner. Le lendemain, après une nuit passée au domicile de son cousin, il appelle Scotland Yard...

POINT DE VUE

Considéré aujourd’hui comme un monument du cinéma français, Drôle de Drame (deuxième film réalisé par le tandem légendaire Marcel Carné et Jacques Prévert) connut un accueil très mitigé lors de sa sortie en salle le 20 octobre 1937 au cinéma Le Colisée des Champs-Elysées, entre Regain de Marcel Pagnol et Un carnet de bal de Julien Duvivier. Étripé par la critique et boudé par le public, le film déroute autant par la construction et la mixité des références comique de Carné que par les dialogues fantaisistes et satiriques de Prévert. Un film d’avant-garde en soi qui finira par triompher à l’occasion de ses multiples reprises après-guerre, et ce, dès l’année 1951, soutenu également par le mouvement des ciné-clubs alors en pleine ascension.

Drôle de drame, bien qu’incompris à sa sortie, s’inscrit dans le courant dominant du cinéma français des années 30: le "réalisme poétique". Marcel Carné en devient le chef de file aux côtés de cinéastes comme Pierre Chenal, Jacques Feyder et Julien Duvivier. Ces cinéastes filment la misère des prolétaires dans des décors nocturnes et industriels illustrant un réalisme teinté de poésie souvent apporté par les femmes et par les dialogues où les personnages ne cessent de « chercher les choses derrières les choses » dixit un des personnages de Quai des Brumes de 1938 signé Carné-Prévert. Une sorte d’évasion poétique au quotidien grisâtre. Bien que reprenant ces codes, Drôle de drame reste un film à part, de par sa structure et sa mise en scène.

La collaboration du couple Carné-Prévert remonte un an plus tôt, avec le film Jenny (1936). Alors assistant de Jacques Feyder sur des films comme Le Grand Jeu (1933) et La Kermesse Héroïque (1935), Carné se voit alors confier ce film de commande avec dans le rôle titre l’épouse de Jacques Feyder, Françoise Rosay que l’on retrouve également dans Drôle de Drame.
Malgré ses 27 ans et son peu d’expérience, Marcel Carné fait preuve d’une grande maîtrise dans la mise en scène et d’une très grande autorité. Il s’entoure pour ce film d’un auteur qu’il admire, Jacques Prévert, qui écrit à cette époque des poèmes fantaisistes et des pièces de théâtre, jouées notamment par la troupe Octobre. Au-delà de leur apparente opposition (Carné est un homme timide et rigoureux, Prévert un fantaisiste), les deux hommes ont en commun l’amour de la vie, de la rue et un goût du populaire et de l’individualisme.

Après ce premier film, qui fut plutôt bien accueilli dans les salles, le duo cherche un nouveau sujet. Un projet avorte: L’île aux enfants perdus, l'histoire vraie d’une révolte dans une maison de Belle île, récusé par la censure. Les producteurs de Carné lui proposent alors l’adaptation du roman His First Offence (1912) de J. Storer Clouston sorti en France en 1921 sous le titre La mémorable et tragique aventure de Mr Irwin Molyneux. Prévert va garder la trame principale de cette histoire en complexifiant les relations des personnages. Il approfondit certains personnages comme celui de Billy, le livreur de lait interprété par Jean-Pierre Aumont, et il en créé d’autres comme William Kramps, le tueur de bouchers interprété par Jean-Louis Barrault.

Ce qui frappe en premier lieu à la vision du film est sans aucun doute l’incroyable maîtrise du cadre de Marcel Carné, pourtant encore novice. Mais si ce film est considéré aujourd’hui comme une telle référence, c’est aussi et en grande partie grâce aux dialogues inspirés et poétiques de Jaques Prévert. On sent que Prévert a pris
un grand plaisir à l’écriture, usant d’aphorismes et de proverbes légèrement appuyés, produisant un effet complètement délirant dans le court du récit. Une réplique de Louis Jouvet symbolise d’ailleurs à elle seule le film: «Bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre…». Prévert transporte les personnages dans une sorte de logique loufoque et burlesque sans bornes.

Le film bénéficie également d’une distribution des plus prestigieuses : Michel Simon dans le rôle de Irwin Molyneux alias Felix Chapel, bourgeois et auteur de romans policiers politiquement incorrects; Louis Jouvet, irrésistible de perversité dans le rôle du soupçonneux Archibald Soper, évêque de Bedford; Françoise Rosay, dans le rôle de Margaret Molyneux, alors à l’apogée de son art. Les jeunes Jean-Louis Barrault et Jean-Pierre Aumont viennent compléter ce casting de légende.
23 jours de tournages dans les studios de Joinville, où règne une atmosphère délirante malgré les pressions des producteurs à l’encontre du jeune Carné qui doit encore faire ses preuves et surtout la rivalité sanglante entre Michel Simon et Louis Jouvet qui entretiennent une inimitié depuis de longues années. Pour preuve cette anecdote de début de tournage selon laquelle Michel Simon aurait dit à Jouvet «Votre rôle est admirable» et Jouvet de lui répondre: «Je sais, j’ai refusé le vôtre».

Alors pourquoi ce film n’a pas marché à sa sortie malgré un tel concentré de talents ? En 1937, critiques et spectateurs sont alors nourris aux vaudevilles à la française. Drôle de drame fonctionne sur ce même principe: une source comique verbale, un comique de situation à la manière des vaudevilles français mais il inclut un humour très british et un comique burlesque à l’américaine. C’est ce mélange combiné à la satire sociale qu’affectionne Prévert (on ridiculise l’ordre moral, l’église, les policiers, les journalistes) qui créa vraisemblablement le trouble chez les spectateurs français, pas encore familiarisés à ce genre d’humour.


Julien Bourières

 

 


 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation: Marcel Carné
    Dialogues & Scénario : Jacques Prévert, d’après le roman de J. Storer Clouston His First Offense (1912); en français : La mémoire et tragique aventure de Mr Irvin Molyneux, Editions Albin Michel 1921 (réédité par Rivages Noir en 1994)
    Avec : Louis Jouvet, Michel Simon, Jean-Louis Barrault, Jean-Pierre Aumont, Françoise Rosay et la participation de Jean Marais.


  •  LE DVD
    Master numérique restauré
    Image : 4/3 (format original 1.33)
    Son : mono d’origine restaurée et 5.1 Dolby Digital

 

  • DRÔLES DE COMPLÉMENTS
    conçus par Jean Ollé-Laprune
    Biographie de Jean Ollé-Laprune
    Cinéphile militant, Jean Ollé-Laprune a notamment participé au lancement de la chaîne de télévision Ciné Classics. Il y a présenté plusieurs centaines de films et a figuré parmi les chroniqueurs de l’émission Le Club. Il collabore régulièrement à des revues telles que L’Avant Scène ou Synopsis. Il est un des co-auteurs du Dictionnaire du Cinéma Populaire (Ed. Nouveau Monde 2004) et l’auteur, avec Yves Alion, de Claude Lelouch, Mode d’Emploi (Ed Calmann Levy 2005). Il est par ailleurs intervenant à l’ESRA.

    * Drôle d’intro : Propos liminaires sur un film sans descendance
    (Inédit - 5min - Format 4/3 - N&B)
    Une introduction au film évoquant le contexte de sa sortie en salle, le duo Carné-Prévert, des anecdotes autour du tournage, la place du film dans le paysage cinématographique...

    * Drôles de propos : Entretien avec Jean Ollé-Laprune sur la genèse, la réalisation et la postérité du film - (Inédit - 27min - Format 4/3 - couleurs et N&B)
    Jean Ollé-Laprune évoque en détail la genèse, la réalisation et la postérité du film, ainsi que de nombreux éléments concernant Marcel Carné, Jacques Prévert et les comédiens.


    * Drôles de visite : Anecdote de tournages par Jean Ollé-Laprune
    (Inédit - 25min - Format 4/3 - couleurs et N&B)
    Toute une somme d’anecdotes, de commentaires et d’histoires autour du tournage du film.

    * Drôles d’archives : Françoise Rosay raconte les débuts de Marcel Carné.
    Extrait de l’émission Gros Plan du 10 novembre 1956, réalisée par Jean-Marie Coldefy - © INA Archives -(Inédit - 7min - Format 4/3 - N&B)
    Françoise Rosay fait étalage de tout son humour et de tout son talent en évoquant les débuts de Marcel Carné, qu’elle a fait rencontré à Jacques Feyder (dont Carné deviendra finalement l’assistant, avant de connaître la carrière qu’on lui connaît).

  • * Bande-annonce originale

    * Livret d’accompagnement de 20 pages, réalisé par Jean Ollé-Laprune
    Un livret qui évoque les accueils successifs de Drôle de drame par les critiques et le public.
MARCEL CARNÉ, PARCOURS (éléments de presse)

à Paris le 18 août 1906 (il a longtemps refusé de l'admettre), dans le quartier des Batignolles, Marcel Carné, est attiré très tôt par le monde fascinant du Music Hall et du Cinéma.
Après des études de photographie, grâce à Françoise Rosay, il débute au cinéma aux côtés de Jacques Feyder dont il devient l'assistant sur des films importants comme. "Le Grand Jeu" (1933) et "La Kermesse Héroïque" (1935).

"Je dois à peu près tout à Feyder. II m'a appris ce qu'est un film, depuis sa préparation jusqu'à la mise en scène proprement dite et aussi la direction des acteurs... La meilleure école de cinéma, c'est la pratique."

À cette époque Carné commence également à travailler comme critique cinématographique pour "Ciné-Magazine".
"J'avais le sentiment que ce travail de journaliste était négatif et surtout je voulais montrer ce que j'étais capable de faire. J'ai alors acheté une caméra, la pellicule et avec Michel Sanvoisin, nous sommes allés tous les dimanches d'été à Nogent-sur Marne. Pour faire en amateurs, ce qui allait être "Nogent, Eldorado du dimanche" (1929) ".

De 1930 à 1932 il réalise des films publicitaires sur des scénarios de Jean Aurenche et dans des décors de Paul Grimault. Sa première grande chance au cinéma lui est donnée par Feyder qui le recommande auprès du producteur pour mettre en scène "Jenny" (1936) dont Françoise Rosay était la vedette désignée.
Bien que ce premier film soit une oeuvre de commande, il permet déjà de réunir au même générique les noms de Marcel Carné, Jacques Prévert, Joseph Kosma et celui du chef opérateur Roger Hubert.
Après ce premier long métrage, Carné et Prévert s'intéressent à un livre loufoque de l'écrivain anglais Storer Clouston : "His first Offence". Ils en tireront le sujet de "Drôle de Drame" (1937) dont le fameux "bizarre, bizarre..." murmuré par Louis Jouvet et repris en écho par Michel Simon est encore dans toutes les mémoires. Malheureusement le public ne suivit pas.

Heureusement, Carné eut plus de chance avec le film suivant "Quai des Brumes" (1938), qu'il adapta toujours avec Prévert, d'après un roman de Pierre Mac Orlan. A cette occasion, il fit preuve d'un indéniable flair en donnant sa chance à une jeune débutante, Michèle Morgan, qui allait former avec Jean Gabin un des couples mythiques du cinéma français d'avant-guerre. Encore une fois, une des répliques du film allait faire mouche à jamais grâce au célèbre : "T'as de beaux yeux, tu sais..." Cette fois l'accueil fut bon et ce film fit de Carné, alors âgé de vingt neuf ans, un des metteurs en scène les plus importants du cinéma français. Le cinéaste reçut à cette occasion une médaille spéciale au Festival de Venise.
La même année il réalise "Hôtel du Nord" d'après le roman d'Eugène Dabit, sur un scénario signé par Jean Aurenche et Henri Jeanson, et dialogué par ce dernier. C'est à cette occasion que Jeanson fit cadeau à Arletty de son inoubliable "Atmosphère". L'un des intérêts de ce film, par ailleurs, est d'être une oeuvre de Carné sans la collaboration de Prévert. La preuve est ainsi faite que l'ambiance, le ton des oeuvres de Carné sont donnés avant tout par le metteur en scène lui-même.

L'année suivante, Jacques Viot lui propose un sujet dramatique destiné à Jean Gabin. Prévert travaille à l'adaptation et aux dialogues de ce qui sera "Le Jour se Lève" (1939). Sur des données très précises de Carné, Trauner réalise des décors superbes qui participent à l'ambiance tragique du film. "Le Jour se Lève" s'avère le type même d'oeuvre d'art où rien n'est laissé au hasard. Le film fut présenté avec succès à Paris, au cinéma "Madeleine", le 17 juin 1939, moins de trois mois avant la drôle de guerre.

Ensuite, Carné joue de malchance ; successivement cinq projets de films sont abandonnés : "Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois" d'après le roman de James Cain, "L'Ecole Communale" sur un scénario d'Henri Jeanson et Pierre Prévert, "Les évadés de l'an 4000" d'après le roman de Jacques Spitz, "Les bottes de Sept Lieues" sur un scénario de Marcel Aymé d'après sa nouvelle. Et le premier projet de "Juliette ou la clef des songes" avec Micheline Presle et Jean Marais, dans des décors de Christian Bérard. Sans compter deux autres projets avortés : "Nana" d'après le roman d'Emile Zola et "Milord l'Arsouille" avec Pierre Brasseur.

" Mes plus beaux films sont peut être ceux que j'ai préparés sans pouvoir les tourner"
Il doit ainsi attendre trois ans pour retrouver sa caméra et tourner "Les Visiteurs du Soir"(1942) dans des conditions matérielles précaires dues à la guerre.
"Nous manquions de tout et les choses les plus difficiles à obtenir étaient justement celles dont nous avions le plus impérieux besoin. Pas de peinture laquée, par exemple, et le staff était fait de plâtre et d'herbe. Acteurs et figurants emportaient le dallage avec leurs semelles... Les figurants étaient si mal nourris qu'il fallut mettre un enduit purgatif sur les mets du banquet pour éviter le pillage."

Cependant malgré ces conditions de tournage difficiles, ce film reçut un concert unanime de louanges dans la presse, y compris chez ceux pour qui la France avait perdu la guerre à cause de "Quai des Brumes". Le film resta plus d'un an en exclusivité à Paris. Après, Carné s'atèle à ce qui demeure son chef d'oeuvre : Les Enfants Du Paradis.

L'idée prit naissance un jour à Nice où Jean-Louis Barrault racontait à Carné et Prévert un épisode dramatique de la vie du célèbre mime Debureau... De là, naquit une superproduction en deux époques, d'abord intitulée "Les Funambules" et qui demeure le "monument du cinéma français", donnant à Arletty l'occasion d'interpréter le plus beau râle de toute sa carrière.
Réaliser et réussir, coup sur coup, en pleine guerre mondiale, deux films aussi importants que les "Visiteurs du soir" et "Les Enfants du Paradis", était un tour de force qui avait son poids. De plus, parvenir à deux grands succès commerciaux, tout cela peut laisser supposer que Carné n'avait plus désormais qu'à lever le petit doigt pour trouver un producteur. Il n'en fut rien et la valse des projets recommença avant qu'il puisse tourner son nouveau film "Les Portes de la Nuit" (1946).

Oeuvre d'une constante beauté formelle, et à la mise en scène parfaite qui connut toutefois un échec public. Echec dû, selon Carné, au remplacement, au dernier moment des deux interprètes principaux : Jean Gabin et Marlène Dietrich par Yves Montand et Nathalie Nattier. Après le succès du "Les Enfants du Paradis" Carné avait marqué le pas.
Après l'échec des "Portes de la Nuit", il retomba dans les projets sans suite : "La Fleur de l'Age" (film inachevé par suite de désaccord entre des coproducteurs, pour raisons financières), "Candide" d'après le conte de Voltaire, "Le Château" d'après l'oeuvre de Kafka, "Le Barrage" sur un scénario de j.Sigurd et C. Zavattini, "L'espace d'un Matin" d'après la pièce de Jean Anouilh.

Enfin il parvient à tourner "La Marie du Port" en 1949. Ce film marque les retrouvailles avec Gabin qui interprète le rôle principal. Réalisé dans des délais très brefs, avec le minimum de risques financiers et le maximum de perfection technique, ce film apparaît cependant comme une oeuvre mineure dans la carrière de Carné.
Le film suivant "Juliette ou la clé des songes" (1951) est un film extrêmement important pour Carné et le cinéma français. L'échec commercial fut total, mais la réussite artistique fut indiscutable. L'échec de "Juliette ou la clé des songes" força Carné à renoncer à un grand projet : "La Reine Margot".

Comme "La Marie du Port", "Thérèse Raquin" (1953) naquit d'abord d'un souci de production économique. Elle lui permit de donner un premier rôle à son acteur fétiche Roland Lesaffre. Avec ce film, Carné abandonne ce réalisme poétique ou plutôt ce fantastique social dans lequel il fut inégalable pour faire du naturalisme. Son superbe travail reçoit le Lion d'Argent à la Biennale de Venise. Après "Thérèse Raquin", Cino del Duca, le magnat italien de la presse du coeur, propose de lui produire un film. Ce sera "L'Air de Paris" (1954) avec Gabin, Lesaffre et Arletty. Pour son rôle, Gabin reçoit la Coupe Volpi (Prix d'Interprétation) au Festival de Venise. L'échec relatif de ce film vaut à Carné deux ans d'inaction. Il n'en sort que pour une oeuvre de commande, mineure : "Le Pays d'où Je Viens" (1956).
Enfin en 1958, avec "Les Tricheurs", Carné renoue avec le succès ; l'un des films les plus importants d'après-guerre, ne serait-ce que par son retentissement et ses recettes. En 1960, il tourne "Terrain Vague" d'après un livre de l'auteur américain Hall Hellson. Cette fois, Carné se montre moins chanceux dans le choix de ses interprètes.

"J'ai sans doute été moins heureux dans le choix de mes interprètes que pour "Les Tricheurs" mais il reste des scènes que je suis fier d'avoir tournées."
De nouveau il tente de faire aboutir plusieurs projets dont "Germinal" et "Vautrin" d'après Balzac avec Jack Palance. Pour en arriver à "Du Mouron pour les Petits Oiseaux" (1962), une comédie tirée d'un roman d'Albert Simonin qui lui vaut une volée de bois vert de la part des critiques, et l'intérêt du public. Suivent encore un certain nombre de projets abandonnés dont "Le temps d'un Amour" d'après "La Dame aux Camélias".

En 1965, il filme aux Etats Unis "Trois Chambres à Manhattan" d'après un roman de Simonin avec Maurice Ronet et Annie Girardot qui obtient le Grand Prix d'Interprétation au Festival de Venise. Deux ans plus tard, ce sont "Les Jeunes Loups" puis en 1970 il renoue avec le succès en réalisant "Les Assassins de l'Ordre" avec Jacques Brel dans le rôle principal. Ce film reçoit la Palme d'Argent et le Prix de la Critique au Festival de Moscou. Carné attendra encore quatre ans pour tourner "La Merveilleuse Visite" (1974), film qui bénéficia d'une mauvaise distribution en salle, mais qui reçut toutefois le Prix du Film Fantastique à Hollywood. Malheureusement depuis, les producteurs ont boudé ce géant du cinéma qui a dû se contenter de réaliser quelques films d'inspiration documentaire ("La Bible").
En 1993, un nouveau projet de long métrage "Mouche" a avorté après quelques jours de tournage. Pourtant on peut rêver encore... A quand un nouveau film, Monsieur Carné ? Car...
"Carné croit aux rêves. Dans sa camera, il met des rêves, encore des rêves, toujours des rêves. Mais, malin comme un singe, il se rappelle que les rêves sont les racines de la réalité."
(Didier Decoin)

Marcel Carné est mort le 31 octobre 1996 à Clamart.
Il repose au cimetière Saint Vincent à Montmartre à Paris.

(sources: élements de presse des Éditions Montparnasse- Cette biographie est tirée du catalogue de l'Exposition Marcel Carné du 15 janvier au 30 avril 1994 - Musée de Montmartre).

 

JACQUES PRÉVERT

Poète, parolier et scénariste français dont l'œuvre, composée pour un large public, est une célébration des thèmes de la justice, de la liberté et du bonheur. Né à Neuilly-sur-Seine dans un milieu modeste, il passa sa jeunesse à Paris, où il exerça différents petits métiers avant de se lier avec les artistes d'avant-garde et de rejoindre Marcel Duhamel, Yves Tanguy, Raymond Queneau et Georges Sadoul dans le groupe surréaliste dissident de la rue du Château. En 1931, il fit paraître Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris-France, un poème fantaisiste composé de contrepèteries et de calembours. Il écrivit également pour le théâtre de courtes pièces, jouées notamment par la troupe du groupe Octobre, composa des chansons qu'interprétèrent plus tard Juliette Gréco, Yves Montand ou les Frères Jacques.
Il se passionna aussi pour le cinéma et rédigea (souvent en collaboration avec son frère, Pierre) plusieurs scénarios de films pour Marcel Carné (Drôle de drame, Quai des brumes, les Visiteurs du soir, les Enfants du paradis). Ce n'est toutefois qu'après la guerre que le poète rencontra son plus grand succès, avec la parution du recueil Paroles (1945). Ayant résolument pris ses distances avec les débats intellectuels et politiques, il laissa libre cours à son sens de l'image insolite et à sa gouaille populaire. Dans un style proche de la langue parlée, il réhabilita la vie ordinaire, invitant le lecteur à se fier au pouvoir de la "parole!" pour accéder au bonheur, individuel et collectif. Son œuvre s'enrichit alors de nombreux poèmes (Histoires, 1946, Spectacle, 1951, la Pluie et le Beau Temps, 1955), évoquant tour à tour l'amour, la liberté, le rêve et l'imagination, tout en témoignant de son attachement et de sa compassion pour les humbles et les malheureux.
Ses assauts verbaux contre les hommes de pouvoir, et les institutions en général, accréditèrent l'image d'un poète libertaire : il était seulement hostile à toutes les forces d'oppression sociale. L'humour dont il fit preuve dans ses différents textes ainsi que les collages de Fatras (1966) et de Choses et autres (1972) rappellent son adhésion, moins fortuite qu'il n'y paraît, au surréalisme.
Il consacra la fin de sa vie à son activité de parolier (Cinquante Chansons Prévert-Kosma, posth. 1977). Il a également laissé des textes pour les enfants (Contes pour enfants pas sages, posth. 1977, Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied, posth. 1985).

« Bien sûr, des fois, j'ai pensé mettre fin à mes jours, mais je ne savais jamais par lequel commencer. »   Jacques Prévert

(sources: élements de presse des Éditions Montparnasse)


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