)))  J'AI TRÈS MAL AU TRAVAIL
        
    de Jean-Michel CARRÉ             
 

  • Documentaire - 2007 - France - durée: 1h25
  • DOUBLE DVD
  • Sortie à la Vente en DVD le 04 Février 2009
  • Éditions Montparnasse

SYNOPSIS

« Nouvelles méthodes de management du stress », « harcèlement moral », « violence », « dépression », « suicide », reviennent de plus en plus fréquemment lorsqu’il est à présent question du travail. Destruction des formes de solidarité collective, solitude et mise en concurrence des salariés, ces nouvelles images du travail, de la souffrance et de la résistance, prennent ici tout leur sens à travers les analyses de chercheurs, psychanalystes, sociologues mais aussi de salariés eux-mêmes et ce à travers différents niveaux de hiérarchie. La relecture de spots publicitaires, d’images d’actualité ou de films de fiction, insérés dans leurs propos offre un voyage initiatique tonique dans la nouvelle comédie humaine que sont l’entreprise et le salariat d’aujourd’hui.

   
POINT DE VUE
Jean Michel Carré soumet son film au rythme insoutenable qu’il dénonce dans le travail. À trop vouloir démont(r)er le processus de déshumanisation dans lequel est engagée l’entreprise, il en oublie ses victimes.

Une image sale, un peu grise ouvre le film. L’immersion dans l’univers du travail débute par une sortie du métro aux heures de pointe. Suivent une salle d’usine, des embouteillages. Une musique rythmée se fait entendre, l’image est accélérée. C’est gagné, la séquence est anxiogène. L’anonymat, la foule, les visages inquiets, le stress sont ainsi parfaitement suggérés. Et pour cause, on connaît ces images par cœur. Usées, rabâchées tant et si bien qu’elles sont devenues images-emblèmes, abondamment employées comme « plans-prétextes » dans la plupart des journaux télévisés et autres reportages visant à nous (dé)montrer que le monde du travail est décidément impitoyable. Déjà le bas blesse, et il fera encore plus mal au film lorsque au fil de son déroulement se confirme cette prééminence du reportage sur le documentaire.

On ne peut pourtant pas reprocher à Jean Michel Carré son absence de point de vue. Le titre l’annonce d’emblée : en s’incorporant le travail comme on fait de la santé une condition du bonheur, quand ça va mal, il se déclare sous forme de maladie. Il ne travaille que pour son propre profit, niant la part d’humain dans l’homme. Auparavant, le travail déformait le corps, qui devait se plier à l’urgence de la tâche et au rythme effréné qu’il imposait sans raison. Le règne de la machine et de la division du travail s’incarnait dans le taylorisme des temps modernes. C’était le corps de Charlot maltraité, ployé, inséré dans la machine industrielle.

À présent, il est entré dans la chair et dans nos têtes, provoquant une recrudescence des maladies psychiques, aussi courantes que les pathologies physiques. On a mal au travail comme on souffre d’une partie de son corps, d’un virus ou d’un cancer. Les perversions sont nombreuses, et égrenées ici par un bataillon de sociologues, chercheurs...venus témoigner, installés dans un cadre des plus sommaires : le culte de la performance s’accompagne d’un dopage psychologique aux conséquences désastreuses sur la santé mentale. La dite « déshumanisation de l’entreprise » (à supposer qu’elle ait déjà eu quelque chose d’humain...) entamée compense maintenant en faisant entrer les travailleurs dans un rapport presque amoureux avec elle. Les nouvelles méthodes de management s’introduisent de plus de plus dans la sphère privée. Les séminaires de motivation ne font que raviver, sous couvert d’entretien de l’esprit d’équipe, une concurrence acharnée, voire déloyale entre salariés d’une même entreprise. Les technologies dites « de l’instantanéité » (Internet, portable...) génèrent un stress désormais exploité sans pitié de façon à maintenir une pression constante sur les employés.

Le réquisitoire est sans appel, le problème n’étant pas là. Il se situe plutôt dans le fait que Carré n’accorde à l’image qu’une valeur de confirmation. L’illustration suit invariablement chaque bribe d’entretien sans tarder. Hallucinantes images que celles des employés de Dassault empiétant sur leur temps libre pour préparer ensemble une comédie musicale à la gloire de leur entreprise, déguisés en bons petits soldats. Non moins malsain, le « séminaire sportif » (le « concept », explique la journaliste du reportage) où l’on peut contempler vingt salariés d’une même entreprise informatique se vautrer et courir dans le sable, au nom de l’entreprise et d’une consolidation de liens qui se veulent à présent fraternels. Mais déjà, la suite des propos s’enchaîne, sans laisser de répit au spectateur.

Qui plus est, la démonstration se fait pressante. Une voix off anxiogène et l’utilisation de cartons à la manière des « fumer tue » achèvent de donner à cette accumulation de chefs d’accusation contre le travail un côté réquisitoire peu subtil. On aimerait entendre plus longuement Maguy Lazizel ancienne employée de Moulinex. Avec sa voix enrouée, son emballement et son souffle court, elle parle autrement de la souffrance au travail qu’elle a vécue pendant de longues décennies, mais aussi de cet inquiétant plaisir qu’il lui procurait, du désir de reconnaissance à cet amour du travail bien fait. Le montage trop rapide donne l’impression qu’on lui coupe la parole qu’elle n’a eue que rarement l’occasion de prendre. Il semble se plier à la cadence infernale du travail à la chaîne dont on nous montre avec empressement quelques images fugitives. Les lambeaux d’entretiens défilent à toute vitesse, embrassant les sujets dont chacun ferait très bien l’objet d’un film entier. Insérés ça et là, des images de pubs, de sketches ou de films alourdissent l’ensemble. Les images semblent plaquées sur une démonstration qui se voulait implacable. Brice de Nice côtoie l’ancienne ouvrière Moulinex qui dit sa souffrance, Bernard Tapie dans une pub dans années 80 surgit derrière les paroles d’un dirigeant d’entreprise. La tonalité sarcastique de ces inserts tombe à plat, après cet étourdissant déf
ilé éclair d’intellectuels. Leurs propos gagnent pourtant à être entendus dans leur intégralité : les bonus du DVD sont les bienvenus.


Laura Le Gall

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation
    : Jean-michel Carré
    Scénariste : Patricia Agostini & Nicolas Sandret
    1er Assistant Réalisateur : Arielle Hanoun
    Compositeur : Philippe Crab
    Documentaliste : Anne Delaveau
    Monteurs : André Danché & Anny Danché
    Post-production : Basile Carré-agostini


  •  LE DVD

    PAL - Zone 2 - noir & blanc

    Image & Son
    :

    Son: Angl
    ais
    Sous-titres: Français


  •  LES BONUS

    DVD1

    1. Magy Lazizel, ancienne ouvrière Moulinex

    - Plaisir souffrance et colère
    - La fin d’un travail


    2. Marie Pezé, psychanalyste

    - Corps, psychisme et travail : Une construction individuelle et collective
    - Le travail : espace collectif en rétraction
    - La pression morale en sus de la taylorisation : les cadres auteurs et victimes
    - Travail et société

    3. Paul Ariès, politologue

    - Le néo-management, l’entreprise et le salarié
    - Questions sur le rapport au travail des salariés
    - Le néo-management, une fonction idéologique
    - Un paradoxe
    - Perspectives politiques


    Notre avis : Tous les témoignages sont restitués ici dans leur version intégrale. Les bonus permettent de souffler et de reprendre ses esprits, en suivant pas à pas le parcours de chacun, le cheminement de leurs travaux et leurs observations sur les dérives du travail. LLG


    DVD2
    Christophe Dejours, psycho-dynamicien du travail

    1. Le travail, écart irréductible entre le prescrit et le réel
    2. La centralité du travail dans la construction de l’identité
    - La promesse du travail : se découvrir soi-même
    - La question de la reconnaissance
    3. La centralité du travail, les rapports de genres


    Notre avis : Exposé des travaux de recherche de Christophe Dejours concernant le rapport du travailleur à son objet , auteur notamment de La Souffrance en France, La Banalisation de l’Injustice morale, le Facteur humain.. Il s’agit de la version intégrale des extraits d’entretiens montés dans le film.LLG

    Cinq hommes et un garage (Basile Carré-Agostini, 55’)
    Avec
    Noé Koné, mécanicien
    Robert Lechevalier, patron
    Jacques Cottini, Directeur et associé de Robert Lechevalier
    Jean Dubois, commercial
    Jean-Pierre Gélinat, chef-mécanicien


    Notre avis : Ce court documentaire parvient à capter patiemment et avec retenue une tranche de vie au travail dans un garage parisien. Pendant les réparations, les mécaniciens témoignent par bribes de leur conception du travail, de leur manière de conduire leur vie privée. Mais il s’agit surtout de rendre palpable une ambiance de travail, une atmosphère concentrée environnée par le ronflement des moteurs, les crissements de pneus et le bruit agressif du grincement des outils, qui contamine le corps à l’œuvre,
    jusqu’au lavage intensif des mains, toute la journée plongées dans le cambouis. LLG


 
 
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