)))  INTÉGRALE AUTOBIOGRAPHIQUE       ALAIN CAVALIER / 2DVD + Livret
        
        
LE FILMEUR
LA RENCONTRE

CE RÉPONDEUR NE PREND PAS DE MESSAGES

 

  • Journal intime - 1978 à 2005 - France - durée totale :4h38
  • Sortie à la Vente en DVD le 21 février 2007
  • Prix de vente conseillé: 33€
  • Éditions Pyramide

POINT DE VUE

On ne choquera personne en disant que Ce répondeur ne prend pas de messages n’est pas un film grand public. Ce film expérimental, underground et très personnel, présente surtout et avant tout un intérêt pour ceux qui ont suivis de près l’évolution du parcours d’Alain Cavalier. C’est d’ailleurs la raison d’être du film. Alain Cavalier nous donne des indications, des nouvelles. De lui et de son cinéma. C’est un film sur lui, sur sa condition de cinéaste, de créateur. Le film est très simple: un homme s’isole dans un appartement, il va repeindre les murs en noir, repeindre les fenêtres, et se couper du monde, ne s’intéresser plus qu’à ce qui le concerne directement. Après avoir réalisé de solides (mais jamais géniaux) films commerciaux dans les années 60 (Le combat dans l'île, Mise à sac, la chamade), après avoir eu devant sa caméra certaines des plus grandes stars du cinéma français (on citera Alain Delon, Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Catherine Deneuve, Michel Piccoli, voir ici sa filmographie), on sait tous ce qui est arrivé à Alain Cavalier: il en a eu marre de filmer des histoires montées de toutes pièces, marre d’illustrer de beaux scénarios bâtis sur mesure pour de bons acteurs, marre de filmer des stars, des visages maquillés, marre de filmer du factice. Il a arrêté plusieurs années. N’a plus donné de nouvelles.

Il est revenu en 1975 avec un film de potes débutants dans le cinéma. Un film de jeunes tourné dans l’allégresse: Le plein de super. Ce répondeur … arrive après dans sa filmographie. Comme une carte postale, un post-it. «Ne pas oublier de ne plus filmer les visages». «ne pas oublier de considérer les objets», voilà ce que l’on pourrait lire sur ces post-it. Dans la scène la plus émouvante et la plus forte du Répondeur, alors qu’une voix, celle de Cavalier, vient d’annoncer que « les images, tout comme les mots, n’avaient plus d’utilité », on voit des photos de l’Insoumis, le film que Cavalier avait tourné 13 ans plus tôt avec Alain Delon. Comme si Cavalier voulait nous faire prendre conscience qu’il ne peut plus faire ce qu’il faisait lors de la décennie précédente. Comme s’il savait ce qui n’était plus possible pour lui et pour le cinéma. « Être moderne, c’est savoir ce qui n’est plus possible » disait Roland Barthes. Il avait certainement raison.
Dans ce cas, Cavalier est un moderne. Y’a pas plus moderne que lui comme cinéaste. Comme l’avait dit Samuel Rodriguez, avec qui j’avais été interviewer Alain Cavalier un soir à Montparnasse (l’entretien est disponible sur ce site, ici), Alain Cavalier ne recherche pas (plus) l’objet parfait en faisant un film. Chose que recherche sans doute une majorité des cinéastes. Cavalier est passé outre cela, et c’est pour cette raison que le cinéma qu’il nous propose est si marginal.

La bonne idée du coffret est d’avoir mis ce film – méconnu, rare, jamais diffusé – avec les deux derniers, La rencontre et Le filmeur. En effet, Ce répondeur … annonce comme un flash foward les derniers Cavalier. Une porte, des sonnettes, une photo, un pied, une pastèque, une pierre, des paires de lunettes, des montres. C’est ce que l’on voit, entre mille autres choses, dans La rencontre. Alain Cavalier, comme il le fit dans Thérèse 10 ans auparavant (son film sur Thérèse de Lisieux aurait eu tout à fait sa place dans ce coffret), construit chacun de ses plans à partir d’un infime détail, un objet ou un geste. C’est une exploration de l’infiniment petit. À chaque séquence, son objet ou son détail. À chaque objet ou chaque détail, son commentaire en voix off. À chaque commentaire en voix off (entre Cavalier et sa compagne – la rencontre), son ton et son humour (Cavalier est un formidable pince-sans-rire, et le sujet de certains dialogues surprend parfois beaucoup).

L’enchaînement des séquences, très courtes et assez disparates, finit par composer une sorte de mosaïque bigarrée, une carte de visite très personnelle d’un couple (le couple Cavalier). Certaines mauvaises langues diront : «Cavalier pourrait se filmer en train de faire caca, y’en aurait encore pour crier au génie !». Le problème c’est qu’il filme effectivement des toilettes dans La rencontre et dans Le filmeur, et ce sont à chaque fois des scènes très fortes. Dans Le filmeur, il filme les toilettes d’un café le jour de la mort de Claude Sautet. C’est sa manière à lui de lui rendre hommage, explique-t-il.

Pourrait-il faire ces films en pellicule ? Non, car Cavalier tourne beaucoup, tourne presque tous les jours, accumule les images, les heures de rushes. Et avant même le montage et le découpage, c’est le choix des séquences qui parait le gros du travail de Cavalier sur ces films. Que choisir ? Que montrer ? Faut-il tout montrer ? Comment enchaîner des séquences qui n’ont pas de rapport entre elles ? Les films de Cavalier ne sont pas les premiers, ni les seuls à soulever ce genre de question, mais le fait que cela soit un ancien cinéaste (il ne l’est plus, il le dit lui-même, il se qualifie aujourd’hui de filmeur) justifie le tapage qui tourne autour de lui et de la sortie de chacun de ses films.

Au-delà de l’originalité de l’œuvre, on est frappé, touché, de voir comment le cinéma de Cavalier évolue selon une logique implacable. Dans Ce répondeur, Cavalier nous montrait qu’il n’était plus à même de filmer un visage (pas un seul visage n’apparaît dans ce film). Il les filmera à nouveau ces visages, dans ses films ultérieurs, dans Le filmeur, notamment, mais jamais comme avant, toujours avec une certaine douleur, peut-être même une certaine gêne. Elle réapparaît à la surface dans La rencontre, cette gêne. C’est quand même hallucinant qu’un film sur la rencontre entre un homme et une femme ne montre pas une seule fois leur visage ! Il n’y avait que Cavalier pour cela, pour créer ce suspens particulièrement étonnant. Un suspens qui se mêle à l’émotion et à la réflexion. La rencontre se termine sur un dialogue déconcertant. La compagne d’Alain Cavalier lui dit qu’elle a été gênée en voyant les rushes du film que l’on vient de voir. Gênée parce qu’elle sent que si d’autres qu’eux voient ces images, elles ne leur appartiendraient plus. À une époque où la pudeur n’existe plus, et où personne ne se pose même plus la question de savoir ce que l’on doit ou non montrer, Cavalier parvient presque à remettre en cause notre statut de spectateur, ce que plus personne – ou presque – n’ose faire aujourd’hui, comme si cette question n’avait plus lieu d’être, alors qu’elle est fondamentale.

Julien Pichené

 


   
LES FILMS

  • DVD 1

    LE FILMEUR

    (2005 - 1h40)
    Prix de l'Intimité - sélection Un certain regard à Cannes 2005
    Scénario, réalisation, Image: Alain Cavalier
    Avec:
    (eux-mêmes à l'écran)
    Alain Cavalier
    Christian Boltanski
    Danielle Bouilhet
    Camille de Casabianca
    Bernard Crombey
    Philippe Daveney
    Caroline Laval
    Thérèse Martin
    Alexandre Widhoff

    Production
    : Caméra One, Pyramide Films
    Sujet
    :
    Le journal intime filmé du réalisateur Alain Cavalier. Les premiers plans du film ont été tournés en 1994. Les dernières images datent de 2005. Plus de dix ans de vie en cent minutes de projection.


    infos techniques
    DVD 9 toutes zones - PAL - couleurs
    Format image : 16/9 compatible 4/3
    Format son : DTS numérique
    Version originale française
    sous-titres disponibles en anglais



    BONUS
    Huit récits express, suppléments inédits réalisés par Alain Cavalier (43 mn) :

    La petite usine à trucage


    La danseuse est créole


    Le chat du soir


    La bombe à raser


    La fille de Brioche


    J’attends Noël


    L’agonie d’un melon


    Bec d’oiseau en plexiglas




  • DVD 2


    LA RENCONTRE

    (1996 - 1h14)
    Sujet
    :
    C'est la description du début de sa liaison avec une femme. Elle et lui se donnent un coup de main pour garder couleurs à la vie.

    infos techniques
    VERSION RESTAURÉE
    DVD 9 toutes zones - PAL - couleurs
    Format image : 4/3
    Format son : mono
    Version originale français
    sous-titres disponibles en anglais


    CE RÉPONDEUR NE PREND PAS DE MESSAGES

    (1978 -1h05)
    Scénario & réalisation: Alain Cavalier
    Image
    : Jean-François Robin
    Son
    : Alain Lachassagne
    Avec
    :  Xavier Saint-Macary (L'homme)
    Sujet: Un homme, le visage bandé, s'enferme dans son appartement. Peu a peu, lui reviennent les souvenirs des femmes qu'il a aimées.


    infos techniques
    VERSION RESTAURÉE
    DVD 9 toutes zones - PAL - couleurs
    Format image : 4/3
    Format son : mono
    Version originale française
    sous-titres disponibles en anglais
+ LIVRET (voir ci-dessous)
Un livret couleur manuscrit de 24 pages entièrement rédigé et composé par Alain Cavalier.
LE LIVRET-BONUS DU COFFRET (Sources: Pyramide)

à télécharger ici

 

BIOGRAPHIE DE ALAIN CAVALIER par André Mestivier (Sources: Pyramide)
                                                                     
                                                                      UNE VIE


Alain Cavalier naît à Vendôme, à 170 kilomètres de Paris, avant la deuxième guerre mondiale. Nourri de la Bible et des Evangiles, il cherche à s’en évader en regardant le visage des femmes sur les écrans de cinéma. Pendant ce temps, l’armée allemande occupe son pays.
Dans les années soixante, Cavalier met en scène trois films avec trois comédiennes intelligentes et belles : Romy Schneider, Léa Massari et Catherine Deneuve. Elles sont aimées par Jean-Louis Trintignant, Alain Delon et Michel Piccoli. L’amour se mêle aux affrontements politiques et à l’argent. Contenue ou affirmée, la violence est donnée par les titres : « Le combat dans l’île », « L’insoumis », « La chamade ». La chamade est un roulement de tambour indiquant qu’une ville assiégée se rend. A ces films s’ajoute : « Mise à sac » apologie à peine dissimulée et très critiquable du vol à grande échelle.

Après ce travail de six ans, Cavalier cesse de tourner pendant six ans. Tourner quoi ? Tourner comment ? Tourner avec qui ? Le pauvre homme, épuisé, se tait. Quatre jeunes comédiens, liés par l’amitié, le sortent de sa léthargie. Avec eux, il écrit le scénario et les dialogues du film : « Le plein de super ». C’est proche de leur vie, de leur parole à chacun, c’est tourné vite, sans projecteurs, avec peu d’argent, une petite équipe. On respire mieux. Suivent deux films, dans la foulée : « Martin et Léa », l’histoire d’un couple jouée par un vrai couple et « Un étrange voyage » où Cavalier filme sa fille Camille de Casabianca qui a pour père Jean Rochefort que le cinéaste prend pour son double. S’ajoute, sans respirer : « Ce répondeur ne prend pas de messages », première incursion d’Alain Cavalier dans l’autobiographie, récit d’une plongée dans le noir à la suite de la mort de sa seconde femme d’un accident d’automobile.

Nouveau silence de cinq ans. Décidément, c’est une manie qu’a ce cinéaste de disparaître. Il espère que son désir de filmer ressurgira un jour comme par enchantement. C’est le journal intime d’une jeune carmélite dans son couvent qui ramène Cavalier derrière une caméra. Cette fois, c’est tourné entièrement en studio, sans décor. Des visages. Des gestes. Des objets. Ça raconte l’amour mystique d’une adolescente pour un homme, Jésus, mort il y a vingt siècles. « Thérèse » est un succès, en France et dans de nombreux
pays. C’est inattendu, c’est touchant. C’est un peu encombrant, comme le cinéaste le précise. Il préfère l’ombre. Etrange pour un homme de spectacle, qu’il prétend être. Plus tard, un autre film en studio « Libera me ». Film sans aucune parole. Une famille de résistants est détruite par un régime militaire. Film dur, avec peu de douceurs. Film sur une humanité que Cavalier croit à tort perdue. Film que le public refuse. Heureusement, entre « Thérèse » et « Libera me », il réalise, avec un opérateur et un ingénieur du son, 24 films sur des femmes qui travaillent de leurs mains : matelassière, repasseuse, rémouleuse, bistrotière...
Il ne s’agit plus de mettre en images une histoire avec des personnages joués par des acteurs. Cavalier entre dans un champ neuf pour lui. Il ne cessera de l’arpenter. Il arrive enfin sur ses terre.

Un objet doué d’une intelligence simple et amicale libère Cavalier : c’est la caméra vidéo. Il filme seul la personne qui est seule devant lui. De cette égalité émerge une confiance, quelque fois un abandon bien difficile à obtenir devant une équipe de tournage. C’est ainsi que le cinéaste fabrique son deuxième film autobiographique : « La rencontre ». C’est la description du début de sa liaison avec une femme. Elle et lui se donnent un coup de main pour garder couleurs à la vie. Le film est bien reçu. Il permet à Cavalier de continuer à filmer sans forcément rendre public son travail. Comme les peintres retournent les tableaux inachevés contre le mur avant de les reprendre.

En l’an 2000, quatre films, tournés séparément, forment un ensemble réunissant un chirurgien, un sculpteur, un boucher et une jeune fille qui travaille pour un cinéaste mythique. Le titre est : « Vies ». Les règles de la dramaturgie sont bizarrement respectées : exposition, thèmes, suspens, reprises, chute. L’ancien et le nouveau sont-ils réunis ? Est-ce un moment de paix avant le retour du vide ? Cavalier croise le chemin d’un homme, Joël Lefrançois, dont la santé est en danger ; il pèse 160 kilos. Cavalier lui propose de l’accompagner avec sa caméra pendant dix mois. C’est le temps nécessaire pour perdre 30 kilos et renaître. D’ailleurs, le film s’appelle « René ». Il sort en 2002.

Cavalier s’attaque à son troisième ouvrage autobiographique : « Le Filmeur ». Il passe au crible du montage les cassettes de douze années de journal vidéo. Il est à la recherche d’un partage avec le spectateur. Rester soi-même pour mieux échanger. Utopie sans doute mais sa vie et celle du spectateur, pourquoi ne pourraient-elles pas se croiser ça et là ? Et pourquoi le spectateur du coup ne prendrait-il pas une caméra et filmerait à son tour ?

André Mestivier


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