)))  DANS UN CAMION ROUGE
           
de Patrice CHAGNARD                   

 

  • Documentaire - 2005 - France - durée: 1h35 (+1h09 de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 juillet 2006
    Éditions Blaq out
  • Prix de vente conseillé : 19,90€

SYNOPSIS

Charlotte, José, Patrice, Jean-Marc, Sarah et Momo habitent Vizille, une petite ville
des Alpes françaises. Ils ont en commun la jeunesse, le goût de l’action et l’envie
d’aider. Ils sont pompiers volontaires.
Les départs précipités au milieu de la nuit, les bouffées de stress et d’adrénaline,
la fatigue, les sauvetages réussis et ceux qui ne le sont pas... Que cherchent-ils
à travers ces émotions fortes, ces images qui les poursuivent jusque dans leurs
rêves ? Dans leurs camions rouges, au rythme des nuits blanches, des petits matins, des fausses alertes et des grandes détresses, ils se confrontent aux mystères de la vie et de la mort.

 
   
POINT DE VUE
Patrice Chagnard aime filmer le monde depuis un véhicule. Il y a 10 ans, il réalisait Le convoi (lire aussi notre critique), le long périple d'un camion humanitaire à travers l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, la Russie et la Géorgie pour rejoindre l'Arménie. Assis à la droite du conducteur, il partageait le quotidien et la tension de ces hommes de l'ombre sans pour autant dresser une apologie de leur engagement.

La route ici a moins d'importance, mais c'est bien du même type d'homme auquel on a affaire dans ce nouveau documentaire de Patrice Chagnard: discret, modeste, banal, mais avec ce gros supplément de courage, d'abnégation et de passion qui fait la différence avec Monsieur-tout-le-monde. Ce ne sont pas des surhommes (à l'image de ceux que l'ont croisera peut-être dans World Trade Center, le film-évènement de Oliver Stone consacré aux pompiers du 11 Septembre !?) mais des hommes et des femmes qui ont d'abord envie de se confronter aux limites de la vie et de la mort. Un besoin inconscient de se sentir exister. Et c'est bien un désir individuel de mettre le feu à une vie terne et monotone qui les emmène à franchir le pas de la caserne. Momo cherche le "feu de ses rêves: un feu d'appartement ou même un feu de cave, ça peut être sympa !" confie-t-il à l'un de ses coéquipiers. Chagnard ne fait pas l'impasse sur ce sentiment égoïste mais si naturel de vouloir vivre des émotions fortes et évince par ce biais l'image de faïence du pompier voué corps et âme au secours de son prochain. Et c'est bien la grande et belle leçon de ce film que de nous montrer que la solidarité n'est pas innée, mais qu'elle s'apprend comme tout ce qui grandit l'homme. Chagnard met à l'honneur le groupe, fait l'éloge du collectif tout en dressant par petites touches le portrait de chacun: ses motivations, ses doutes, ses fatigues et ses joies.

"Quand ne faut-il pas faire une réanimation ? Réponse: lorsque la tête est séparée du tronc". Entre cet humour pompier à la réunion du matin et un massage cardiaque qui ne sert plus à rien le soir, entre une bataille d'eau dans la caserne et un accidenté de la route l'après-midi, le pompier volontaire a le coeur qui passe d'une extrême à l'autre sur son cardiogramme quotidien. Et de la même manière que Depardon nous avait présenté le travail de proximité des policiers d'un commissariat parisien dans Faits Divers en 1983, Chagnard montre l'importance des interventions les plus minimes auprès de la population pour réconforter une vieille dame seule, dérangée par une fuite d'eau ou cet autre personne secourue pour un problème cardiaque et qui évoque son licenciement et sa difficulté à retrouver du travail après 50 ans. Petit à petit se dessine le visage de la France qui souffre silencieusement et qui n'est pas bien différente de celle filmée par Depardon 20 ans auparavant.

Laurent Devanne


FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisateur et caméra : Patrice Chagnard
    Collaboration artistique : Claudine Bories
    Montage : Dominique Faysse
    Prise de son et montage son : Pierre Carrasco
    Musique : Richard Galliano
    Mixage : Emmanuel Crozet
    Chef-opérateur : Laurent Didier
    Assistant chef-opérateur : Hugues Gemignani
    Producteur délégué : Denis Freyd
    Distributeur : Diaphana
    Editeur DVD : Blaq Out

  •  LE DVD

    DVD 9 - PAL - Multizones - couleurs - tous publics
    Durée du film: 1h35
    Durée du DVD: 164'

    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format: 1,66

    Son: Dolby Digital 5.1
    et Dolby Stéréo 2.0
    Langue: Français
    Sous-titres: Anglais

  • BONUS  (69')
    À noter un entretien tout à fait passionnant avec le chef de centre de Vizille, Pascal Marini. Chagnard le questionne sur l'intérêt de la professionnalisation de ce métier (qui n'en est d'ailleurs pas un puisqu'il est principalement constitué de volontaires) et déplie avec lui le parcours, la formation qui mène au statut de pompier volontaire. Marigni a cette belle définition:"Nous sommes le dernier rempart avant le chaos". LD


    *
    Interview de Patrice Chagnard (17')
    par Pascal de Peyrelongue, rédacteur en chef de JSP (Jeune Sapeur Pompier Magazine)


    * Entretien avec Pascal Marini, chef de centre par Patrice Chagnard (25')


    * Extraits de rushes : entretien de recrutement (25 mn)


    * Bande-Annonce
PROPOS DE PATRICE CHAGNARD

Depuis quelques temps, je trouvais que la société, la politique, le monde, tout allait mal et même de mal en pis. Je cherchais donc, pour mon propre compte, un antidote, quelque chose à filmer de joyeux et de vivant, n'importe quoi de fort, qui résiste à la télé-réalité et au cynisme ambiant. Je cherchais naturellement du côté des jeunes. J'espérais trouver parmi eux ces « héros positifs » qui ont la vertu de rappeler le sens des choses et conforter l'envie de vivre quand tout va mal.
C'est ainsi que je me suis intéressé aux pompiers.
D'abord il y a cela que j'ignorais totalement. Aujourd'hui en France, à l'exception de quelques grandes villes, les pompiers sont surtout des volontaires. Pour la plupart, ils tiennent à le rester et n'ont aucun désir de devenir des professionnels. J'ai découvert avec une certaine stupéfaction qu'ils sont ainsi plus de deux cent mille, des jeunes surtout (certains sont encore lycéens), employés, ouvriers, hommes et femmes, à porter cet uniforme qui représente à la fois un engagement extrêmement exigeant et une véritable passion.
Pourquoi font-ils ça ? Quelles valeurs, quelle tradition, dont ils héritent et qui les dépassent, les poussent ainsi à contre-courant dans ce monde où plus rien n'est gratuit ? Est-ce qu'une forme de « foi laïque » les anime ?
J'ai voulu comprendre leur étrange passion, comprendre comment ils peuvent vivre leur engagement au quotidien, tout en gagnant leur vie autrement. J'ai voulu les connaître. Car s'il est clair que les pompiers sont aimés de toute la population et adulés par les médias, je ne suis pas sûr pour autant qu'on sache véritablement qui ils sont. C'est pourquoi, au-delà des images d'héroïsme qu'on leur colle, des bons sentiments qu'on leur prête, des vertus militaires et des performances sportives dans lesquelles on les enferme un peu vite, j'ai voulu rencontrer les hommes, filmer des garçons et des filles, avec leur fragilité, leurs contradictions.
Pour pouvoir réaliser ce film, j'ai choisi de partager pendant presque un an la vie d'une des équipes de garde, dans une caserne d'une petite ville des Alpes.
Comme je l'avais fait avec les personnages de mon film Le Convoi, j'ai pris mon temps, j'ai joué le jeu, je me suis laissé « embarquer ». Avec ma caméra et ma propre équipe, j'ai donc vécu moi aussi l'excitation un peu folle qui accompagne le stress des départs en pleine nuit, la violence de se retrouver, avant même d'être tout à fait réveillé, en pleine confusion, en plein drame. Parfois, c'était la déception d'une fausse alerte, et d'autres fois, la comédie qui l'emportait sur le drame…
Pendant des mois, jour et nuit, je suis parti en intervention. J'ai « décalé » avec eux, selon l'expression consacrée depuis les temps anciens, où quand les véhicules démarraient « à la pente ».
« Eux », ce n'était pas seulement les pompiers de Vizille, c'était Etienne, Jean-Marc, Charlotte, Momo, Sarah… Ils m'ont communiqué cet étrange mélange de plaisir et de crainte qui les envahit face au feu, cette fascination qu'il exerce, comme si c'était non pas une chose, mais un être vivant. J'ai éprouvé les mêmes « montées d'adrénaline » qu'eux, les mêmes frissons, l'émotion qui étreint lorsqu'on est confronté pour la première fois à la mort…
Car une des choses que m'a appris cette expérience et que j'espère avoir fait passer dans mon film, c'est que rien n'est plus fort que la vie, mais aussi que rien n'est plus fragile. J'ai appris ce que chaque pompier sait dans sa chair et dont il ne parle jamais : qu'à chaque instant tout peut arriver et qu'il suffit parfois d'un seul de ces instants pour que toute une vie bascule.
L'existence du pompier volontaire, si on la regarde (et si on la filme) d'un certain point de vue, dégagé des a priori et des chromos des calendriers, a quelque chose d'extraordinaire, de presque banal. Pourtant, dès lors qu'on cesse de s'intéresser au côté spectaculaire des interventions et qu'on tourne le regard vers ce qui l'est moins - les temps d'attente et de vide, les relations avec les personnes secourues ou à l'intérieur de l'équipe - cette vie en apparence si simple, et ces « personnages » si modestes révèlent alors quelques paradoxes inattendus de notre monde. Par exemple : qu'une société en pleine mutation peut garder un désir de lien social et de solidarité solidement accroché ou qu'une certaine cruauté peut aller de pair avec une évidente générosité et que les petits bobos comme les plus grandes tragédies renvoient à une dimension métaphysique de l'existence !

(notes de production)

LES SAPEURS POMPIERS EN FRANCE
- Ils sont 200 000 volontaires, contre 35 000 professionnels
- Ils sont 25 000 jeunes sapeurs-pompiers (JSP), de 10 à 18 ans, à se familiariser avec le secourisme, la lutte contre l'incendie, la discipline et le civisme...
- 3 730 000 interventions par an, une intervention toutes les 8 secondes
 

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