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Pendant
longtemps, John Cassavetes sera connu comme acteur, mais c'est évidemment
comme auteur de films qu'il apparaît dans ce portrait. Lorsque
nous le rencontrons, il est déjà l'auteur de trois films
: Shadows, film indépendant réalisé à
New-York, puis Too Late Blues et A child is waiting,
deux expériences hollywoodiennes qu'il juge désastreuses.
Il vient de terminer le montage de Faces dont le montage durera
trois ans. C'est le film de la naissance d'un cinéaste que nous
proposons.
Quatre ans plus tard, Faces est terminé et Cassavetes
fait une escale à Paris, en route pour le Festival de Venise.
Ce n'est plus le même homme qui s'exprime, mais un homme mûri,
qui se retourne sur lui-même, et tire les leçons de son
expérience. Un homme qui raconte l'Amérique, l'entreprise
de Shadows - film de l'adolescence et de l'espoir, et celle
de Faces, le film de l'âge mûr et du désenchantement.
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s'intéressait à John Cassavetes en 1965 ?
Auteur de Shadows, un premier film réalisé
neuf ans plus tôt, Cassavetes était surtout connu pour
ses rôles dans les grandes séries télévisées.
Ne trouvant pas de distributeurs aux États-Unis, il présente
Shadows au Festival de Venise et y reçoit le soutien
critique de la bande des Cahiers du cinéma. Dans le
numéro de mai 1961, Louis Marcorelles écrit: "On
ne peut pas rester extérieur à Shadows, le savourer
comme la peinture d'un musée, une sonate de Beethoven, un poème
de Valéry. Nous devons participer immédiatement sans jamais
oublier que nous assistons à un spectacle. La caméra se
fait humble servante des êtres vivants qu'elle a la charge de
filmer, non pas pour en saisir les étrangetés, mais pour
découvrir le plus secret des individus". Les jeunes turcs
de la Nouvelle vague ne s'y trompent pas et se reconnaissent dans ce
jeune cinéaste américain qui filme caméra au poing
les dérives sentimentales de la jeunesse et les conflits communautaires,
dans les rues de New-York.
André S.Labarthe faisait partie de cette tribu des Cahiers
et c'est tout naturellement qu'il rend visite à Cassavetes en
1965 à Los Angeles, lorsqu'il part avec son équipe de
télévision pour filmer John Ford et Alfred Hitchcock.
L'idée lui vient d'improviser quelques images du jeune cinéaste
américain au travail, alors en plein montage de son 4ème
film, Faces. Sans le savoir, il tourne là le 1er volet
d'un documentaire qui verra le jour 5 ans plus tard. Car en 1969, c'est
Cassavetes qui, à son tour, rend visite à Labarthe lors
d'un passage en France. Deuxième tour de manivelles dans un hôtel
parisien.
Donc, côté pile, Hollywood/1965 et côté
face Paris/1969. Deux facettes du même Cassavetes mais
aussi deux mises en scène différentes.
Nous sommes à l'origine de la série Cinéastes
de notre temps et déjà Labarthe expérimente
un procédé qu'il ne cessera de développer par la
suite, à savoir créer une continuité (ou une correspondance)
entre les films et la vie du cinéaste. Pour ce portrait, c'est
le
rire de John Cassavetes qui va le guider. Labarthe choisit de s'appuyer
sur les éclats de rire du cinéaste qui ponctuent l'entretien
pour monter son film. Il raccorde avec ceux de Gena Rowlands et Lynn
Carlin qui semblent lui répondre dans des extraits de Faces.
Sa caméra tente de suivre le rythme effréné du
jeune cinéaste débordant d'enthousiasme et d'énergie.
Au volant de sa voiture dans les virages de la colline d'Hollywood,
à peine débarqué, nous nous retrouvons dans sa
salle de montage improvisée à son domicile. Cassavetes
présente les membres de son équipe sous forme de blagues
et reprend aussitôt son sérieux pour évoquer sa
soif d'indépendance face aux Studios. "Qu'ils achètent
le film ou non, notre plaisir est de l'avoir fait. Nous ne cherchons
pas la gloire ou une bonne critique dans les Cahiers. Nous
ne l'avons pas fait pour la Metro ou la Columbia. Mais pour nous !".
Dans sa manière de vivre, dans ses choix, Cassavetes livre une
étonnante leçon de cinéma. Sa force de conviction,
sa détermination et son énergie sont effarantes. Il devient
la démonstration vivante d'un cinéma américain
libre, détaché du système hollywoodien.
1969, nous retrouvons Cassavetes dans un hôtel parisien. 4 années
se sont écoulées, il a péniblement terminé
le montage de Faces. La caméra est posée au sol
et Cassavetes lui-même semble plus posé et mûr dans
son discours. Cerné par deux caméras, il enlève
sa veste, se lève et comme sur un ring, affronte amicalement
les questions qui fusent de tous bords, sur la vie aux États-Unis,
les communautés, la culture, l'économie puis sur Shadows.
C'est cette seconde rencontre qui a donné l'idée d'un
film à Labarthe, devenu aujourd'hui un document exceptionnel
pour mieux appréhender la personnalité et l'univers de
Cassavetes.
Laurent Devanne
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