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Auteur de Millenium Mambo,
Goodbye South Goodbye, Les fleurs de Shangaï
et Three Times présenté en compétition
officielle au Festival de Cannes 2005, Hou Hsiao-Hsien était
un cinéaste confidentiel lorsque Olivier Assayas, alors jeune
critique aux Cahiers du cinéma, le rencontra en 1984
à Taipei sur l'île de Taïwan. Il venait seulement
de réaliser Les garçons de Fengkuei, premier
volet d'une tétralogie autobiographique. Les deux hommes se lient
d'amitié et c'est tout naturellement à Assayas auquel
on songe lorsqu'il s'agit de réaliser en 1996 un documentaire
sur HHH pour la collection Cinéma, de notre temps. Comme
à leur habitude, les deux initiateurs de la série, André
S. Labarthe et Jeanine Bazin, donnent carte blanche au cinéaste
dont c'est ici le premier documentaire.
Le film d'Assayas prend rapidement la forme d’un road-movie biographique,
parcourant l’île de Taïwan sur les traces du passé
et des films de Hou Hsiao-Hsien. De son adolescence de petit malfrat
à Fengsha, à sa découverte du cinéma pendant
son service militaire. Du petit village de Ziao Fen où il a tourné
Le maître de marionnettes à la voie de chemin
de fer de Shi Fen, décor de Goodbye South Goodbye, HHH
se dévoile avec générosité, portant une
analyse précise sur son parcours et son travail.
Coincé entre deux cultures puis finalement habité par
ses deux pays d’origine, Hou Hsiao-Hsien se sent autant chinois
que taïwanais. Il évoque le temps où il était
le petit Aha, ce gamin qui se perchait au sommet d’un arbre pour
y “ressentir l’espace et le temps. Et une certaine solitude”.
Des sensations qui formeront le sédiment de son cinéma.
On sent bien qu'Assayas n'a pas voulu se positionner comme critique
dans ce film. Il se permet quelques haltes sur la mise en scène
de Hou: notamment l'importance de la distanciation avec le sujet filmé,
qui lui viendrait de la lecture d’une autobiographie de Shen Tsong-Wen.
Puis quelques principes sur sa façon de diriger les acteurs et
de construire ses personnages. Et cette leçon qu’il tire
de la vision de Oedipe roi de Pasolini: toujours avoir deux
regards, un regard “objectif” sur la situation et un regard
de l'intérieur, le sien.
Mais
finalement, on en apprend peu sur ce qui fait la modernité du
cinéma de HHH car le propos n’est pas de donner une leçon
de cinéma comme pouvait l'être par exemple, la rencontre
avec Éric Rohmer dans un autre épisode de la série
(Rohmer, Preuves à l'appui -voir
la chronique). Assayas a plutôt choisi de “regarder
Hou comme les personnages de ses films”. Et c’est davantage
la méthode du portrait qu'il adopte. Un portrait à 3 visages.
Non seulement celui du cinéaste mais aussi celui d’un pays
et d'une époque. 
Filmant par petites touches, entre deux paroles, l'opérateur
du film, Éric Gautier capte la vie qui continue à Taïwan:
les gestes furtifs d’une cérémonie de thé,
une nuée de mobylettes, des touristes chinois en arrière-plan,
un groupe d’ouvrières dans une usine minière. Un
temps présent qui se trouve mêlé au temps passé
évoqué, celui d’une époque à peine
évanouie, la grande et belle période des années
80 qui voyait l’émergence d’un groupe de jeunes cinéastes
qui avaient besoin de libérer le cinéma chinois. Un air
de Nouvelle Vague souffle alors sur Taïwan et les jeunes "Turcs"
s’appellent Tsui Hark, Edward Yang, Chang Hua-Kun, Ke Yi-Cheng,
Wang Yen et évidemment Hou Hsiao-Hsien. Cette période
faste, profondément créatrice est racontée par
un cinéaste et critique, Chen Kuo-Fu qui, la larme à l’oeil,
avoue: “Je donnerais tous les films que j’ai réalisés
pour retrouver ces moments-là. C’est plus important dans
ma vie que tout ce que j’ai fait”. 
Cette nostalgie qui s’exprime là rejoint celle d’un
Hou Hsiao-Hsien au cours d’une étonnante scène finale
de karaoké. Comme un ultime aveu, face caméra, le cinéaste
avoue sa nostalgie d’un monde viril en voie de disparition. Cette
époque difficile mais fondatrice où “il fallait
être le patron du quartier” et où les hommes savaient
faire preuve de force et de panache.
Laurent
Devanne
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LE FILM
Réalisation:
Olivier Assayas
Image : Eric Gautier
Son: Tu Du-Che
Montage: Marie Lecoeur
Témoignages: Chu Tien-Wen, Chen Kuo-Fu, Tu Du-Che, Kao
She, Lin Giang.
Coproduction: AMIP- La Sept Arte- INA -Chinese public television
- Hsu Hsiao Ming Films Corporation - Arc Light Films
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LE DVD-LIVRE
- Image
: DVD 9 - PAL - Tous publics
Ecran 4/3 – Format 1.66
- Langue:
version originale anglaise
- Sous-titres:
français
- Durée
du film: 91 '
- Bonus
(5')
Bande-annonce de la série Cinéma, de notre temps
présentant les numéros à paraître
(voir la liste ci-dessous).
- En
complément
:
La présentation du dvd est vraiment très agréable
et de qualité : il ressemble à un livre (couverture
cartonnée) avec d'un côté le dvd et de l'autre
un livret très fourni. On retrouve là l'importance de
l'écrit, de la littérature dans l'univers de Labarthe.
Le livret est en 2 parties:
1) les
25 premières pages sont consacrées à la collection
Cinéma, de notre temps, avec:
- un long entretien avec André S. Labarthe par Luc Lagier
- un texte sur A.S.Labarthe par Antoine De Baecque
- un texte sur Jeanine Bazin par ASL
- une filmographie complète de la collection depuis 1964 à
aujourd'hui.
2) plus de 30 pages sont consacrées à
Hou Hsiao-Hsien:
- un long entretien avec Olivier Assayas par
Jean-Baptiste Thoret, rédacteur en chef
de Simulacres.
- un texte de Jean-Baptiste Thoret
- un journal de tournage par Olivier Assayas
- une filmographie de Olivier Assayas
- une biographie
et une filmographie de HHH.
Directeur éditorial du livre: Luc Lagier
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