)))  HHH, PORTRAIT DE HOU HSIAO-HSIEN
      
Collection CINÉMA, DE NOTRE TEMPS
                     
           Un film de Olivier ASSAYAS
         Collection conçue et produite par André S. Labarthe & Jeanine Bazin


 

    • Documentaire - DVD Livre
    • 91 minutes (+bonus 5') , couleur, 1996
    • Sortie à la Vente en DVD le 11 mai 2005
    • Collection Cinéma, de notre temps
    • Distribué par : MK2
    • Prix de vente conseillé : 24€
 
SYNOPSIS
  De l'occupation japonaise en passant par la prise de pouvoir des nationalistes, jusqu'à la période actuelle dans l'île de Taïwan, des lieux de son enfance aux différents décors de ses films, ce film voyage dans l'espace et le temps en compagnie de Hou Hsiao-Hsien, auteur des Fleurs de Shangaï, petit homme généreux et souriant, une des révélations majeures de la nouvelle vague taïwanaise.
POINT DE VUE


  Auteur de Millenium Mambo, Goodbye South Goodbye, Les fleurs de Shangaï et Three Times présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2005, Hou Hsiao-Hsien était un cinéaste confidentiel lorsque Olivier Assayas, alors jeune critique aux Cahiers du cinéma, le rencontra en 1984 à Taipei sur l'île de Taïwan. Il venait seulement de réaliser Les garçons de Fengkuei, premier volet d'une tétralogie autobiographique. Les deux hommes se lient d'amitié et c'est tout naturellement à Assayas auquel on songe lorsqu'il s'agit de réaliser en 1996 un documentaire sur HHH pour la collection Cinéma, de notre temps. Comme à leur habitude, les deux initiateurs de la série, André S. Labarthe et Jeanine Bazin, donnent carte blanche au cinéaste dont c'est ici le premier documentaire.

Le film d'Assayas prend rapidement la forme d’un road-movie biographique, parcourant l’île de Taïwan sur les traces du passé et des films de Hou Hsiao-Hsien. De son adolescence de petit malfrat à Fengsha, à sa découverte du cinéma pendant son service militaire. Du petit village de Ziao Fen où il a tourné Le maître de marionnettes à la voie de chemin de fer de Shi Fen, décor de Goodbye South Goodbye, HHH se dévoile avec générosité, portant une analyse précise sur son parcours et son travail.

Coincé entre deux cultures puis finalement habité par ses deux pays d’origine, Hou Hsiao-Hsien se sent autant chinois que taïwanais. Il évoque le temps où il était le petit Aha, ce gamin qui se perchait au sommet d’un arbre pour y “ressentir l’espace et le temps. Et une certaine solitude”. Des sensations qui formeront le sédiment de son cinéma.

        
On sent bien qu'Assayas n'a pas voulu se positionner comme critique dans ce film. Il se permet quelques haltes sur la mise en scène de Hou: notamment l'importance de la distanciation avec le sujet filmé, qui lui viendrait de la lecture d’une autobiographie de Shen Tsong-Wen. Puis quelques principes sur sa façon de diriger les acteurs et de construire ses personnages. Et cette leçon qu’il tire de la vision de Oedipe roi de Pasolini: toujours avoir deux regards, un regard “objectif” sur la situation et un regard de l'intérieur, le sien.

Mais finalement, on en apprend peu sur ce qui fait la modernité du cinéma de HHH car le propos n’est pas de donner une leçon de cinéma comme pouvait l'être par exemple, la rencontre avec Éric Rohmer dans un autre épisode de la série (Rohmer, Preuves à l'appui -voir la chronique). Assayas a plutôt choisi de “regarder Hou comme les personnages de ses films”. Et c’est davantage la méthode du portrait qu'il adopte. Un portrait à 3 visages.
Non seulement celui du cinéaste mais aussi celui d’un pays et d'une époque.

Filmant par petites touches, entre deux paroles, l'opérateur du film, Éric Gautier capte la vie qui continue à Taïwan: les gestes furtifs d’une cérémonie de thé, une nuée de mobylettes, des touristes chinois en arrière-plan, un groupe d’ouvrières dans une usine minière. Un temps présent qui se trouve mêlé au temps passé évoqué, celui d’une époque à peine évanouie, la grande et belle période des années 80 qui voyait l’émergence d’un groupe de jeunes cinéastes qui avaient besoin de libérer le cinéma chinois. Un air de Nouvelle Vague souffle alors sur Taïwan et les jeunes "Turcs" s’appellent Tsui Hark, Edward Yang, Chang Hua-Kun, Ke Yi-Cheng, Wang Yen et évidemment Hou Hsiao-Hsien. Cette période faste, profondément créatrice est racontée par un cinéaste et critique, Chen Kuo-Fu qui, la larme à l’oeil, avoue: “Je donnerais tous les films que j’ai réalisés pour retrouver ces moments-là. C’est plus important dans ma vie que tout ce que j’ai fait”.
Cette nostalgie qui s’exprime là rejoint celle d’un Hou Hsiao-Hsien au cours d’une étonnante scène finale de karaoké. Comme un ultime aveu, face caméra, le cinéaste avoue sa nostalgie d’un monde viril en voie de disparition. Cette époque difficile mais fondatrice où “il fallait être le patron du quartier” et où les hommes savaient faire preuve de force et de panache.

Laurent Devanne

   

    LE FILM

    Réalisation: Olivier Assayas
    Image : Eric Gautier
    Son: Tu Du-Che
    Montage: Marie Lecoeur
    Témoignages: Chu Tien-Wen, Chen Kuo-Fu, Tu Du-Che, Kao She, Lin Giang.
    Coproduction: AMIP- La Sept Arte- INA -Chinese public television - Hsu Hsiao Ming Films Corporation - Arc Light Films

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    LE DVD-LIVRE

  • Image : DVD 9 - PAL - Tous publics
    Ecran 4/3 – Format 1.66
  • Langue: version originale anglaise
  • Sous-titres: français
  • Durée du film: 91 '
  • Bonus (5')
    Bande-annonce de la série Cinéma, de notre temps présentant les numéros à paraître
    (voir la liste ci-dessous
    ).
  • En complément :
    La présentation du dvd est vraiment très agréable et de qualité : il ressemble à un livre (couverture cartonnée) avec d'un côté le dvd et de l'autre un livret très fourni. On retrouve là l'importance de l'écrit, de la littérature dans l'univers de Labarthe.
    Le livret est en 2 parties:

    1)
    les 25 premières pages sont consacrées à la collection Cinéma, de notre temps, avec:
    - un long entretien avec André S. Labarthe par Luc Lagier
    - un texte sur A.S.Labarthe par Antoine De Baecque
    - un texte sur Jeanine Bazin par ASL
    - une filmographie complète de la collection depuis 1964 à aujourd'hui.

    2) plus de 30 pages sont consacrées à
        Hou Hsiao-Hsien:
    - un long entretien avec Olivier Assayas par
       Jean-Baptiste Thoret, rédacteur en chef
       de Simulacres.
    - un texte de Jean-Baptiste Thoret
    - un journal de tournage par Olivier Assayas
    - une filmographie de Olivier Assayas
    - une biographie
    et une filmographie de HHH.

    Directeur éditorial du livre: Luc Lagier