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| SYNOPSIS | |||||
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| POINT DE VUE | |||||
La série originelle des « Cinéastes de notre temps » avait pour vocation, d’une part de donner une voix aux cinéastes émergeants (de la Nouvelle Vague, entre autres) et d’autre part de capter souvent au crépuscule de leur vie des cinéastes mythiques négligés par la critique ou même l’Histoire du cinéma - tels que John Ford, Raoul Walsh, Roger Leenhardt… Avec Kitano, l’imprévisible, Jean-Pierre Limosin nous offre un doux mélange entre ces deux types d’approches puisque Kitano est, en 1999, au faîte de sa carrière après le succès international du poétiquement violent Hana-Bi (Lion d’Or à Venise) et le mixage de son pseudo-conte picaresque L’été de Kikujiro (on le voit mixer le film dans ce documentaire), qui enchantera le Festival de Cannes suivant et ne manquera pas de destabiliser les critiques qui pensaient enfin l’avoir cerné. Takeshi
Kitano apparaît dans les années 90 comme le rénovateur
d’un cinéma japonais qui n’était plus que l’ombre
de son passé glorieux, d’avant les années 70. Paradoxalement,
Kitano, monté en épingle, voire divinisé par les
festivals internationaux et les critiques cinéma (essentiellement
européens) pour des œuvres telles que Violent Cop, Sonatine,
Hana-Bi, Kid’s Return, n’en demeurait pas moins une énigme.
Takeshi Kitano rejoignait les Kurosawa (pour lequel il dévoile
d’ailleurs ici sa vénération…) et Ozu dans les
divers palmarès alors qu’aucune publication monographique
sérieuse ne lui avait encore été consacrée
–jusqu’à ce numéro de CNT…Avouons que jusqu’alors l’homme semblait ne prendre jamais au sérieux les questions qui lui étaient posées ou les esquivait. On ne connaissait de lui que la facette qu’il voulait bien laisser transpirer de son identité publique, vieille d’une vingtaine d’années : celle de l’amuseur public numéro 1 au Pays du Soleil Levant, Beat Takeshi. Le réalisateur restait encore à découvrir et c’est ce masque que Cinéastes de notre temps propose de faire tomber. Le film de J.-P. Limosin est une longue psychanalyse où les questions paraissent moins importantes que les réponses parfois étonnantes ou naïves pour un tel auteur. Mais qu’importent les réponses, ce sont les silences gênés, les attitudes gauches ou le ton bravache de Kitano mais surtout sa conviction artistique qui constituent le fond de ce qui devient plus qu’un document : une renaissance, une métamorphose peut-être… ![]() À la toute fin, alors que tous les sujets esthétiques et politiques qu’il fallait avoir abordé l’ont été, vient innocemment une question qui est plutôt une affirmation sans jugement : « votre accident de moto qui vous a défiguré n’était-il pas une pulsion suicidaire ? ». Et la réponse est aussi directe : « J’ai l’impression effrayante de m’être suicidé… ». Kitano pensif est adossé à une baie vitrée qui révèle, derrière lui, la ville de Tokyo plongée dans l’obscurité mais agitée d’une vie composée d’une myriade de petites lumières de couleurs qui évoquent le style pointilliste de Kitano. Pendant la convalescence de cet accident, le réalisateur a découvert la peinture comme palliatif au cinéma mais l’a surtout intégré à ses films suivants. La toile extraite de Hana-Bi, intitulée Suicide, apparaît alors : inutile de gloser davantage… Pour Jean-Pierre Limosin, Kitano est l’un de ces auteurs qui ne créent pas simplement mais qui « s’exposent »… Ils sont leurs films. Limosin préfère donc créer un dialogue entre le film et son créateur, ce que le « Cinéma de notre temps » n’a cessé de tenter en propulsant – littéralement – des extraits des films de Kitano dans les discussions comme pour exprimer toutes les pensées secrètes du réalisateur. De ce crash naît une vérité au-delà de toute analyse cinématographique.
![]() L’analyse continue pourtant… Kitano se doit d’expliquer pourquoi ses films se terminent si souvent face à la mer –où les protagonistes sont piégés sur une plage désertique. « Je rêve que j’entre dans la mer en marchant, pour y mourir (…) c’est le retour à l’origine, la fin (…) j’ai failli me noyer une fois dans mon enfance (…) lorsque j’étais au fond j’avais vraiment vu les visages des gens affolés comme avec des yeux de poisson, ça m’est resté ». Est si le cinéma de Kitano n’était essentiellement qu’une longue mise à mort ? Une expérience de la Mort qu’il n’est autorisé de toucher pour mieux la sentir et la comprendre et donc l’accepter mais d’un point de vue extatique d’un gamin qui ne comprend justement pas le spectacle qu’il a devant les yeux ? Finalement, il ne faut pas espérer mieux connaître Takeshi Kitano à l’issue de ce film… Nul ne sait qui est Kitano à part peut-être ses films eux-mêmes… Limosin fait évidemment de la question de l’identité le sujet central de Kitano, l’imprévisible. Sa voix-off lancinante (on ne verra jamais son propre visage : un film sans réalisateur ?) commence par la question de comment interpeller son ami de longue date et directeur de l’université de Tokyo qui mènera les interviews avec Kitano : Hasumi ou Shiguéhiko Hasumi ou bien alors Hasumi Sensei ? Il avoue n’avoir jamais su… et la question reste en suspens. Comme pour démontrer que c’est bien Limosin qui se cache derrière Hasumi, ce dernier pose la même question directement à Kitano : « Avant de commencer j’aimerais savoir comment vous appeler… Quel est le nom qui vous convient le mieux ? ». Une avalanche de noms sont proposés : Takeshi, Monsieur Takeshi, Také, Monseigneur, Monsieur le réalisateur, Monseigneur Zozo, Beat Takeshi… « Ça dépend de ce que je fais… » La
multiplicité exponentielle de Kitano et de son œuvre, malgré
toutes révélations qu’il nous fait ici sur son cinéma,
n’écorneront pas le mythe. Ainsi on apprend que la figure
de l’homme qui marche seul, que l’on retrouve de film en film,
est un « accident » né lors de son premier film, Violent
Cop - pour lequel la monteuse lui aurait conseillé de remplir
les trous avec cette figure, faute de quoi le film n’aurait jamais
pu atteindre une durée normale… Son utilisation des ralentis
et des accélérés ou ses plans récurrents sur
les dos de ses protagonistes interviendraient lorsque Kitano n’arrive
pas à ce qu’il désire avec ses acteurs ! « C’est
inutile de tenter de leur imposer mon image. Ils doivent jouer à
fleur de peau. J’attends d’eux qu’ils soient naturels.
»… Long silence désorienté de l’intervieweur
qui hésite à y voir de la modestie ou de l’innocence.
Kitano surenchérit en affirmant que faire un film parfait est un
vœu partagé par tous les réalisateurs mais que lui
« préfère ne pas y arriver (…) et préfère
y laisser une ou deux fautes, non pas que je le fasse exprès, mais
si elles n’y étaient plus, je ne pourrais pas passer au film
suivant. ». Enfin, Kitano évoque ce qui serait un film idéal
: une œuvre dont on pourrait extraire n’importe quels 10 photogrammes
qui seraient 10 peintures idéales -parfaites. Il aurait approché
de cet extase filmique dans la scène du parking dans Hana-Bi,
mais termine en rajoutant que « pour pallier les manques on ajoute
musique et dialogues »… ![]() Kitano refuse les honneurs et les responsabilités d’auteur qui reposent sur ses épaules : il se veut un artiste éternellement insatisfait à la recherche d’une perfection impossible excepté dans ses fantasmes. Kitano, l’imprévisible de Jean-Pierre Limosin nous permet de nous convaincre de cette notion qui bat en brèche la théorie des auteurs et qui a formaté notre vision des films et des réalisateurs. Nachiketas Wignesan Lire aussi un texte de l'auteur sur Violent cop de Kitano |
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| FICHE TECHNIQUE | |||||
LE FILM Réalisation: Jean-Pierre Limosin Image : Jean-Marc Fabre, Eiichi Sakuma Son: Osamu Takizawa Montage: Danielle Azenin, Thierry Demay Témoignages: Chu Tien-Wen, Chen Kuo-Fu, Tu Du-Che, Kao She, Lin Giang. Coproduction: AMIP- La Sept Arte- INA -Office Kitano __________________________________________________________________________ LE DVD-LIVRE
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