)))  WASSUP ROCKERS
        
de Larry CLARK                      

 

  • Drame ado - 2006 - États-Unis - durée: 1h45 (+19' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 18 Octobre 2006
    Editions MK2
  • Prix de vente conseillé : 19,90 €

SYNOPSIS

Pour sortir du quotidien de leur ghetto du South Central de Los Angeles, un groupe de jeunes latino-américains, fans de punk-rock, opte pour aller skater le fameux «nine stairs» de Beverly Hills. Là-bas, ils se lient à des jeunes filles de riches familles et suscitent de la jalousie. Leur présence détonne très vite dans le paysage local.

 
POINT DE VUE
Il était une fois sept jeunes portoricains de South Central qui décidèrent d’aller faire du skate à Beverly Hills… Avec Wassup Rockers Larry Clark ajoute un nouvel épisode à ses contes de la jeunesse américaine. Cependant, contre toute attente, ce nouvel opus n’est point trop cruel et dévoile une veine humoristique inattendue. Premier film de l’auteur à être sorti dans nos contrées sans interdiction, Wassup Rockers ne procure pas les électrochocs de Bully et Ken Park, il se pourrait pourtant qu’il s’agisse de la meilleure réalisation, à ce jour, de Larry Clark. Ode à l’énergie adolescente, brûlot politique et social, Wassup Rockers brosse également le portrait minutieux et tendre d’une tribu du ghetto…

Les « rockers » du titre sont une bande d’adolescents portoricains refusant les codes en vigueur de South Central. Alors que la mode est au gangsta rap et aux vêtements baggy, les compères adoptent les cheveux longs, des vêtements moulants et écoutent du punk rock. Après l’assassinat d’un garçon du quartier, ces Ramones latinos décident de changer d’air en allant tester un « spot » de skate à Beverly Hills. Il ne s’agit pas d’une rampe de skate complexe, mais, au contraire, d’un modeste escalier en béton, comme pour mieux désigner le caractère allégorique du récit.

Clark rejoint la tradition du récit picaresque (genre dont le cinéma italien s’est fait une spécialité) où un voyage, prétexte à des rencontres et à des aventures tragiques ou drolatiques, dresse la cartographie d’une société. Ici, c’est le fossé séparant les classes sociales américaines qui est exploré. Irrévérencieux, les rockers renvoient au cinéma burlesque : Chaplin pour la conscience sociale ; Keaton pour leur aptitude à mettre leur corps à l’épreuve des mauvais traitements (nul doute que Buster aurait trouvé dans le skate un ressort comique idéal) ; et même Our gang (en France Les Petites canailles), qui décrivait les frasques d’une bande d’enfants pauvres. Le montage des chutes à répétitions des skaters en bas de l’escalier et les courses frénétiques à travers les jardins bourgeois sont d’évidents hommages au slapstick.

Dans Wassup Rockers, l’adolescence ne rime plus avec l’autodestruction et la violence gratuite mais avec la camaraderie, la gentillesse et l’humour… les jeunes bourgeoises que les rockers rejoignent dans leur palais doré ne sont caricaturales qu’au premier abord. Le superbe dialogue entre Kiko et une des jeunes filles montre qu’un échange est possible au-delà des classes sociales. L’adolescente regarde avec admiration la forte amitié entre les garçons, contrastant avec son entourage superficiel et hypocrite. Même dans un style apaisé, le talent de description sensuel de Clark demeure intact, saisissant un frémissement, le pli de la peau, un duvet irisé.

Bien que la violence graphique soit atténuée ou parodique, la brutalité sociale est omniprésente. Les brimades policières leur font comprendre qu’ils ne cadrent pas avec le décor, en font des illégaux dans leur propre pays. Explorant les mondes de Beverly Hills, ils se retrouvent au cœur d’une fête « arty ». Lorsque les rockers deviennent les bêtes de foire d’une fête branchée, Clark désigne l’avidité du show business (Madonna, pour ne pas la citer) à se nourrir de la culture du lumpen prolétariat pour la vider de son sens et la transformer en objet de consommation. Fuyant ces vampires modernes, les rockers tombent de charybde en scylla en atterrissant dans le jardin d’un acteur vieillissant. Cette version à peine transfigurée de Charlton Heston (d’après l’interview de Clark en bonus) attend depuis 25 ans qu’un intrus basané s’introduise chez lui pour vider son chargeur.

Les rockers seraient destinés à rejouer une version punk rock des 10 petits indiens si les femmes du ghetto, travaillant à Beverly Hills comme employées de maison, ne venaient les tirer de « cet enfer ». Le « quoi de neuf, les rockers ? » (le « wassup rockers » du titre) que leur lance une bande de rappeurs à leur retour à South Central, apparaît moins comme une nouvelle agression que comme le salut aux rescapés d’une odyssée : « quoi de neuf à l’extérieur du ghetto, les rockers ? », faut-il également entendre.

Wassup Rockers contient par ailleurs les plus grisantes scènes de skate jamais filmées par Larry Clark. Les ados de Kids se servaient surtout de leur planche comme de massues ; quand à Ken Park, sa traversée de la ville en skate s’avérait un voyage jusqu’à sa mort, au milieu du terrain d’entraînement bétonné. Nul violence et pulsion morbide liées au skate dans Wassup Rockers. Peut-être Larry Clark a-t-il subi l’influence de l’excellent Seigneurs de Dogtown de Catherine Hardwicke, l’incitant à enfin tirer partie des possibilités cinétiques du skate ? Suivant ses acteurs en mouvement, Larry Clark embrasse d’un même regard le territoire urbain et le corps adolescent pris dans un instant de grâce et de vitesse. Les kids inventent, sculptent presque, tant le skate est une « attaque » du béton et de l’asphalte, leur propre espace au cœur de la ville, la découpant en trajectoires, en « spots » qu’ils sont les seuls à voir. Lorsqu’ils roulent sur les étoiles d’Hollywood Boulevard, Larry Clark rend hommage aux stars de son univers, ses acteurs, débutants ou non professionnels. Mais l’image en fait aussi des créatures mythologiques, qui survolent la ville, tel Hermès ou, référence plus pop, le Surfer d’Argent des Marvel Comics. Sur leur planche de skate les rockers sont invincibles ; c’est en posant le pied à terre qu’ils perdent leur pouvoir et sont livrés à la vindicte des adultes. Alors qu’il s’apprête à tourner un remake de Mona Lisa de Neil Jordan avec Rosario Dawson (actrice qu’il révéla dans Kids), Larry Clark semble, avec cette œuvre sensible et élégiaque, adresser un adieu (on l’espère temporaire) à ces adolescents dont il aura été le plus grand cinéaste contemporain.

Stéphane Du Mesnildot


 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Sortie en salle : 5 avril 2005
    Réalisation
    : Larry Clark
    Sujet: Larry Clark, Matthew frost

    Avec:
    Jonathan : Jonathan Velasquez
    Kiko : Francisco Pedrasa
    Milton / Spermball : Milton Velasquez
    Porky : Usvaldo Panameno
    Eddie : Eddie Velasquez
    Louie : Luis Rojas Salgado
    Carlos : Carlos Ramirez
    Rosalia : Ashley Maldonado
    Jade : Laura Cellner
    Nikki : Jessica Steinbaum
    Policier : Joe Myles
    Actrice : Janice Dickinson
    Mère de Jonathan : Magnolia Claudia Rivas
    Mère de Milton : Ana Maria
    Sœur de Jonathan : Magnolia Cindy Rivas
    Blane : Michael Groeneveld
    Berkely : Bryce Blue
    Tool : Andrew Cohen

    Producteurs exécutifs : Patrick Meehan; Sharon Stone
    Producteurs : Larry Clark ; Kevin Turen ; Henry Winterstern
    Producteurs associés : Arianne Fraser ; Matthew Frost
    Directeur de Production : Terry Spazek
    1ers Assistants réalisateur : Nicolas Lee ; Rudy Van Zyl
    Chef Décorateur : John De Meo
    Décors : Peggy Paola
    Photographie : Steve Gainer ; Brian Sweeney ; Billy Park
    Costumes : Katherine Huang
    Son : Steve Weiss ; Jerry Wolf
    Casting : Jessie Disla
    Montage : Alex Blatt
    Musique : Steve Mccroskey
    Distributeur : Ad Vitam
    Editeur DVD
    : MK2 Editions


  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Durée du film: 107'
    Durée du DVD: 126'

    Image & Son :
    Ecran: 16/9
    Format : 1:77
    Son: VO anglaise en Dolby Stéréo 5.1

    Sous-titres:
    Français

    Menus: Français
  • BONUS  (19')
    *
    Entretien avec Larry Clark par Isabelle Régnier, Le Monde

    Dans cette interview très précise, Larry Clark revient sur la genèse de Wassup Rockers. Il s’agissait à la base d’un article regroupant une dizaine de photos pour le magazine français Rebel. Au final, la rencontre du réalisateur avec les jeunes latinos (jouant dans le film leur propre rôle) aboutira à un dossier de 25 pages et à Wassup Rockers. On perçoit la méthode du cinéaste qui commence par s’intégrer aux tribus adolescentes qu’il prendra comme sujet. Emmenant skater ses futurs acteurs tous les samedis, Larry Clark a pu nourrir son scénario de leurs anecdotes et même vivre certaines aventures telle que l’interpellation par un policier raciste. On regrette néanmoins l’absence d’une galerie photo qui présenterait l’intégralité du reportage originel. Une biographie aurait également permis de mesurer l’influence de Larry Clark sur le cinéma américain. En effet, bien avant de tourner son premier long métrage (Kids), le travail photographique de Larry Clark avait eu une influence autant sur le Scorsese de Taxi Driver que sur les premiers films de Gus Van Sant. SDM
NOTES DE PRODUCTION


« LES GOSSES SONT SENSATIONNELS! »
Larry Clark a fait la connaissance des adolescents de WASSUP ROCKERS alors qu'il effectuait une séance photos pour Rebel, le magazine français branché. Le modèle devait être Tiffany Limos, le premier rôle féminin de son récent film KEN PARK. Ayant parcouru Los Angeles en quête d'une toile de fond intéressante, Clark, Limos et le représentant du magazine ont atterri à Venice, où Kico et Porky faisaient du skate-board.

Clark explique : « il y avait ces gosses, Kico et Porky, de 12 et 13 ans, vêtus de T-shirts et de pantalons serrés. Ils avaient l'air différents, intéressants. Ils m'ont dit qu'ils étaient de South Central et qu'ils avaient pris deux bus pour venir jusqu'à Venice. Je leur ai alors expliqué que nous faisions une séance photos, et nous avons pris rendez-vous, Tiffany, le représentant du magazine et moi pour nous rendre à South Central histoire de voir ce que nous pouvions y trouver».

C'est à partir de là que Clark a commencé à avoir un aperçu direct de South Central au travers des yeux de Kico et de ses copains. Après avoir pris des clichés des garçons et de Tiffany, il a passé plusieurs jours à écumer avec eux différents sites de skate-board tout en apprenant quelques détails sur leurs vies. C'est également à cette époque-là qu'il a fait la connaissance de Jonathan, l'acteur principal du film.
« Il se trouve que là où ils vivent, le style en vogue est de porter des vêtements extra larges, genre baggy, une sorte de signe d'appartenance à un gang, dit-il. Et que si vous ne respectez pas ce style, ça peut vous créer des problèmes. Or ces garçons n'écoutaient pas de hip-hop et portaient des vêtements trop serrés, des vêtements des années passées qui ne leur allaient plus, et qu'ils appelaient « young clothes » « fringues jeunes ». Ils avaient les cheveux longs, et étaient tout simplement exubérants. Ils ne buvaient pas, ne se droguaient pas, et ne fumaient pas non plus. Ils s'éclataient tout simplement au naturel. »
A l'origine, Rebel magazine avait prévu d'avoir Tiffany Limos en couverture, avec cinq doubles pages photos. Mais les clichés ont tellement plu que Larry Clark a obtenu vingt-trois pages et une interview. Ceux de Jonathan, notamment, étaient si captivants que le numéro a été édité avec deux couvertures différentes : une avec Tiffany, l'autre avec Jonathan.
Larry Clark s'est alors dit qu'il pouvait peut-être en faire un film.

« JE ME SUIS DIT QUE QUELQU'UN DEVRAIT EN FAIRE UN DOCUMENTAIRE, MAIS MOI, JE N'EN FAIS PAS. »
« Je voulais faire un vrai film basé sur leur vie, explique-t-il. Je voulais que les gens voient ces gamins. Parce que ces gamins-là, on ne les voit pas au cinéma à part s'ils vendent de la drogue ou commettent des crimes. Alors que ceux-là, ce sont des gamins normaux. »
Cette envie de documentaire influence le style de son long-métrage, WASSUP ROCKERS : le travail de la caméra évoque celui d'un documentaire, la majeure partie du film est improvisée, et les garçons, qui ne sont pas des acteurs, jouent leur propre rôle. Clark, comme de nombreux documentaristes, utilise même plusieurs caméras. « Nous avons essayé de tourner avec deux caméras chaque fois que c'était possible, dit-il, de manière à toujours en avoir au moins une pour la mise au point. Par manque d'espace, ce n'était toutefois pas toujours possible. »

Il a aussi choisi d'ouvrir le film avec une séquence documentaire d'une interview de Jonathan. « C'était un an avant le film, lors de mes premiers repérages. Je commençais tout juste, et il s'agit donc de Jonathan, un an plus tôt. Cette séquence ne fait pas partie du film. Je l'ai rajoutée parce que ça me paraissait logique. »
A propos du développement du scénario, il précise : « j'ai passé un an là-bas et chaque semaine, j'allais photographier les garçons sur leurs skate-boards. D'ailleurs, j'ai aussi fait des vidéos de skate ; ça s'est construit au fur et à mesure. »
Le financement aussi a été une gageure. « Il a fallu un certain temps pour trouver l'argent nécessaire. Ma rencontre avec Henry Winterstern s'est faite juste à temps. C'était à peu près un an et demi après celle de Kico à Venice. C'est une éternité, pour des gamins. Parce qu'ils changent et grandissent. Même si dans l'ensemble, ils restent les mêmes. »
Il lui a aussi fallu rassurer sans cesse les garçons. « Je sortais avec eux deux fois par semaine et, pendant un an, j'ai dû les convaincre jour après jour que le film se ferait. » Ce temps passé avec eux fait partie intégrante de la démarche artistique de Larry Clark : en apprenant à les connaître intimement et à gagner peu à peu leur confiance, il a découvert de quoi étoffer considérablement le film.

« La plupart des anecdotes sont celles qu'ils m'ont racontées lors de nos premières rencontres. Pendant les préparatifs, d'autres survenaient et je les incluais. Je les ai un peu embellies, mais chacune d'elles est du vécu. »
« Lorsque nous avons commencé à filmer, précise par exemple Clark, la scène du gamin qui se fait tuer, au début, n'était pas dans le scénario. Et ça s'est produit! Un des gosses que je connaissais, Creeper, a été tué, alors je l'ai intégré au film pour donner un aperçu des dangers auxquels ces gamins sont confrontés au quotidien. »

« LE TOURNAGE DU FILM A ETE DINGUE! DINGUE, DINGUE, DINGUE! »
« C'est le tournage le plus dur, le plus dément que j'aie jamais fait! Lorsqu'on a commencé, les gamins n'étaient pas acteurs et n'avaient encore jamais joué devant une caméra, dit encore Clark. Mais je les connaissais, et ils me faisaient confiance. J'ai fait en sorte de toujours les mettre en valeur. Ils se sont tous révélés être de grands acteurs, très natures et très agréables à diriger. Pile ce que j'espérais. »
Débordante, leur énergie était toutefois plutôt difficile à canaliser. Par moments, ça a rendu certaines scènes pénibles à tourner, et ça a même fini par causer certains problèmes à l'équipe. « L'idée était qu'ils soient eux-mêmes, explique Clark. Je les ai donc laissés libres, mais c'était comme diriger une troupe de chats. Il fallait les rassembler avant chaque prise, chaque mise au point. C'étaient des gamins, totalement hors de contrôle. Mais il fallait que ça soit ainsi. J'ai failli perdre l'équipe de tournage ; ils considéraient ça comme une folie de ma part, de toute façon. La plupart du temps, il n'y avait que moi sur le lieu de tournage, tellement les garçons étaient infernaux et cherchaient des noises à tout le monde. Ca a été le pire cauchemar de ma vie, » conclut-il en riant.

« CE PROCESSUS, AUSSI PENIBLE FUT-IL, ETAIT NECESSAIRE. »
« C'était dément, brutal. Je me suis même fait tabasser! ».
Ces performances époustouflantes d'authenticité, Larry Clark les a accomplies grâce aux relations qu'il a développées avec les garçons un an et demi avant que le tournage ne commence. « Je les connaissais si bien, dit-il. Ils me faisaient tout simplement confiance. »
Parce qu'il souhaitait conserver le plus de naturel possible, Larry Clark ne leur disait que peu de choses du scénario. « J'attendais souvent jusqu'à la fin. Ces gamins ne sont pas des acteurs chevronnés. Ils n'ont même jamais travaillé de leur vie. Je ne voulais pas qu'ils réfléchissent ou même qu'ils essayent de jouer. » Les détails de chaque situation leur étaient révélés le jour du tournage voire même parfois à peine quelques minutes avant qu'il ne crie « action! ». « Je leur avais parlé du scénario dans son ensemble quelques semaines avant la mise en route. Mais nous n'entrions dans les détails que le jour même du tournage de la scène concernée. Je savais ce dont ils étaient capables, et aussi comment procéder pour le leur faire faire. Sans avoir besoin de le mettre par écrit. »

Clark a fait usage de sa connaissance de détails intimes de leurs vies pour introduire une certaine tension dans les scènes et donner une authenticité au scénario. « Si Johnny raconte son dépucelage, explique-t-il, c'est parce que je connaissais l'anecdote. Je ne l'ai pas écrite. Dans le script, il est simplement spécifié : "Jonathan raconte sa première fois". La veille du tournage de cette scène, j'ai pris Johnny à part et je lui ai dit : je vais te faire raconter ta première fois. Alors quand tu iras te coucher ce soir, revis plusieurs fois chaque minute. Comme ça, lorsque tu raconteras la scène à Milton, ce sera tout frais. Cette nuit-là, il a revécu l'expérience et du coup, lorsqu'il en parle à Milton, il évoque des détails que même lui avait oublié depuis. »
Dans certaines scènes, les garçons côtoient des acteurs professionnels, et ces situations ont donné lieu à d'autres défis. Dans la scène entre Kico et Nikki, Clark y a fait face en laissant Kico rester lui-même et en encourageant Nikki à laisser libre cours à sa spontanéité. « Je savais de quoi je voulais qu'ils parlent, explique Clark. J'ai donc demandé à Kico de parler de sa vie, et dit à Nikki ce qui allait se passer. Ce que je voulais, c'était qu'elle lui pose des questions. Je leur ai fait river leur regard l'un à l'autre, et ça a été magique. »
Clark est très satisfait du résultat. « C'est mon film, et c'est exactement ce que je voulais. Mais ça ne s'est pas fait juste comme ça, ajoute-t-il néanmoins. Ca n'a pas été facile, et encore moins une partie de plaisir! »
Que sont devenus les rocker boys ? « Ils vont à l'école, et deviennent peu à peu adultes, répond Clark. Ils ont vu le film, qui leur a plu, mais les gosses du ghetto ne s'emballent pas pour si peu. Ce sont des enfants pauvres, vraiment pauvres. La vie est rude pour eux, et elle les a souvent cruellement déçus. Alors ne leur demandez pas de s'exposer eux-mêmes à d'autres désillusions! »

« MON TRAVAIL, C'EST DE L'OBSERVATION SOCIALE. »
Ce que Clark veut montrer, c'est à quel point leur vie est dangereuse. « C'est le genre d'environnement auquel ces gamins doivent faire face. Tout le monde leur cherche des noises parce qu'ils ne s'habillent pas selon la norme. La menace est réelle et il leur faut l'affronter chaque jour. »
« Les pressions exercées par l'entourage est probablement plus forte au sein du Ghetto qu'à Beverly Hills ou dans la banlieue - la pression pour se conformer au style du ghetto, celui de la rue, à savoir les vêtements "baggy". Ces gamins doivent se battre chaque jour pour ce qu'ils sont. »
« Ils vivent dans un environnement où il est impossible d'apprendre quoi que ce soit. Mais il y a des tas de gosses là-bas qui n'aspirent qu'à être des gosses », dit encore Clark. Et c'est exactement ce qu'il souhaite raconter. Mais ironiquement, une fois à Beverly Hills, les garçons découvrent que leur quartier n'est pas le seul endroit où on leur veut du mal.
« Ce qui est intéressant, précise Clark, c'est que ça se passe à Los Angeles. Parce qu'il y a toutes ces enclaves de gens à South Central. C'est cette vaste étendue qui est véritablement isolée, en fait, parce qu'uniquement constituée de latinos et de noirs. Il n'y a aucun blanc à South Central, et les gamins n'en avaient jamais réellement connu. »
En ce qui concerne les adolescentes blanches du film, Clark souhaitait montrer leur altérité, et comment l'autre moitié vit son propre ghetto. « A Beverly Hills, les seules personnes de couleur que ces filles connaissent sont leur cuisinière et leur jardinier. » Naturellement, ce sont aussi les seules personnes à qui les garçons se fient lorsqu'il leur arrive des ennuis là-bas.

CES PETITS ROCKERS NE RESSEMBLENT EN RIEN AUX AUTRES KIDS DE CLARK.
« J'ai fait KIDS il y a dix ans, observe Clark. Là, c'est un KIDS où personne n'est acteur. » Mais pour Clark, la comparaison s'arrête là. « Je ne veux pas refaire le même film. A quoi bon? C'est curieux : vous faites un film, et tout le monde s'attend à ce que vous refassiez le même! »
Ce que Clark trouve remarquable, c'est comment ces enfants réussissent à survivre et à mûrir sans tomber dans le piège de la drogue, des gangs ou du crime. « Ca s'explique par ce dont ils sont témoins à longueur de temps, explique Clark - certains ont des membres de leur famille impliqués dans des gangs. Ils voient ce que leurs aînés voient les tueries, et le reste. Il y a des tas de gamins à South Central qui ne veulent pas finir comme ça. » Et c'est cette rébellion que Clark souhaitait filmer.

(extraits du site officiel du film)

 

BIO-FILMOGRAPHIE DE LARRY CLARK
Figure de la contre-culture, Larry Clark, héritier spirituel de Monte Hellman et John Cassavettes est né en 1943 à Tulsa (Oklahoma). Passionné par la photographie, il assiste, dès son plus jeune âge sa mère, elle-même photographe.
Attiré par la culture underground des années 60, Clark explore les dérives du monde adolescent. il capture les scènes de ses amis rebelles et marginaux de sa ville natale. Parallèlement, il étudie pendant deux ans, à la Layton School of Art de Milwaukee (Wisconsin).
En 1971, il publie sa première monographie, Tulsa, aujourd’hui référence incontournable dans l’histoire de la photographie américaine. Son esthétique influencera la mode et la publicité. Lauréat d’une bourse du National Endowment for the Arts, il publie un second recueil de photos intitulé Teenage Lust (1983) sur un adolescent prostitué portoricain à New York. Suivront 1992 et The Perfect Childhood (1993), ouvrage de collages où des adolescents s’étreignent ou s’amusent avec des armes et des coupures de faits divers, témoignant chacun de la vision quasi-anthropologique de Larry Clark sur ses contemporains.Son travail a été exposé dans de nombreux pays et font partie des collections permanentes de musées et galeries d’art , dont le MoMA, les musées Whitney et Guggenheim de New York, ainsi que le Musée d'art contemporain de Los Angeles. Martin Scorsese et Gus Van Sant, fervents admirateurs reconnaîtront l'influence de Clark sur leur travail. C'est d'ailleurs grâce leurs encouragements que le photographe s’oriente, en 1995, vers le cinéma
Son premier long-métrage abrasif, Kids, au scénario d’un adolescent de 19 ans, Harmony Korine, fait sensation aux festivals de Sundance et Cannes. Censuré aux Etats-Unis, il est distribué par une filiale de Miramax spécialement créée à cette fin, Portrait quasi-documentaire sans concession d'une jeunesse américaine désoeuvrée, en proie à la toxicomanie et la séropositivité, le film remporte un succès critique et commercial. On y découvre Chloé Sévigny et Rosario Dawson.
En 1998, il réalise Another Day in Paradise, un road-movie sanglant avec James Woods et Mélanie Griffith, sans renoncer à son écriture à la fois clinique et compassionnelle. Puis il s’attelle à Bully dont l’histoire s’inspire d’un fait divers qui choqua l’Amérique : l’assassinat programmé d’un adolescent par ses camarades. Le film est présenté au Festival de Venise en 2001. Il a également tourné pour la chaîne HBO, un film d’horreur dans la veine des séries B de Roger Corman intitulé Teenage Caveman, parfaite synthèse de ses tourments.
En 2002, il poursuit son exploration du monde adolescent à la dérive, en co-réalisant Ken Park, aux cotés du directeur de la photographie Ed Lachman. D’après un scénario inédit de Harmony Korine, ce tableau provocant d’une jeunesse en pleine névrose familiale, trompant leur ennui dans le sexe et la violence, bat lors de sa sortie des records de fréquentation en France. En huitième semaine d’exploitation, sur décision du conseil d’Etat, Ken Park est censuré et doit être retiré de l’affiche. Censuré également en Australie et Grande Bretagne, Ken Park reste à ce jour, inédit sur son propre territoire.
Larry Clark a publié récemment Punk Picasso, un livre rétrospectif sur sa vie turbulente. La Biennale d’Art Contemporain de Lyon lui a rendu hommage en 2003. C’est en 2004, que muni d’une dv Canon xl, Larry Clark, frôlant le reportage, a entame dans South Central le tournage de Wassup Rockers, abordant avec ses amis skateurs l’envers du décor californien,. Le film a été projeté au Festival de Toronto et a fait l’ouverture de Slamdance 2006 à Park City.
Souvent sujets à controverse, ses films ont pourtant imposé Larry Clark comme un cinéaste majeur et bouleversant, l’un des rares intègres et indépendants actuellement en activité aux Etats-Unis.

(extraits du site officiel du film)


FILMOGRAPHIE
1995 KIDS
1998 ANOTHER DAY IN PARADISE
2001 BULLY
TEENAGE CAVEMAN (téléfilm)
2002 KEN PARK (co-réalisé avec Ed Lachman)
2005 WASSUP ROCKERS

 
 

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