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Il
était
une fois sept jeunes portoricains de South Central qui décidèrent
d’aller faire du skate à Beverly Hills… Avec Wassup
Rockers Larry Clark ajoute un nouvel épisode à ses
contes de la jeunesse américaine. Cependant, contre toute attente,
ce nouvel opus n’est point trop cruel et dévoile une veine
humoristique inattendue. Premier film de l’auteur à être
sorti dans nos contrées sans interdiction, Wassup Rockers
ne procure pas les électrochocs de Bully et Ken
Park, il se pourrait pourtant qu’il s’agisse de la
meilleure réalisation, à ce jour, de Larry Clark. Ode
à l’énergie adolescente, brûlot politique
et social, Wassup Rockers brosse également le portrait
minutieux et tendre d’une tribu du ghetto…
Les « rockers » du titre sont une bande d’adolescents
portoricains refusant les codes en vigueur de South Central. Alors que
la mode est au gangsta rap et aux vêtements baggy, les compères
adoptent les cheveux longs, des vêtements moulants et écoutent
du punk rock. Après l’assassinat d’un garçon
du quartier, ces Ramones latinos décident de changer d’air
en allant tester un « spot » de skate à
Beverly Hills. Il ne s’agit pas d’une rampe de skate complexe,
mais, au contraire, d’un modeste escalier en béton, comme
pour mieux désigner le caractère allégorique du
récit.
Clark rejoint la tradition du récit picaresque (genre dont le
cinéma italien s’est fait une spécialité)
où un voyage, prétexte à des rencontres et à
des aventures tragiques ou drolatiques, dresse la cartographie d’une
société. Ici, c’est le fossé séparant
les classes sociales américaines qui est exploré. Irrévérencieux,
les rockers renvoient au cinéma burlesque : Chaplin pour
la conscience sociale ; Keaton pour leur aptitude à mettre
leur corps à l’épreuve des mauvais traitements (nul
doute que Buster aurait trouvé dans le skate un ressort comique
idéal) ; et même Our gang (en France Les
Petites canailles), qui décrivait les frasques d’une
bande d’enfants pauvres. Le montage des chutes à répétitions
des skaters en bas de l’escalier et les courses frénétiques
à travers les jardins bourgeois sont d’évidents
hommages au slapstick.
Dans Wassup Rockers, l’adolescence ne rime plus avec
l’autodestruction et la violence gratuite mais avec la camaraderie,
la gentillesse et l’humour… les jeunes bourgeoises que les
rockers rejoignent dans leur palais doré ne sont caricaturales
qu’au premier abord. Le superbe dialogue entre Kiko et une des
jeunes filles montre qu’un échange est possible au-delà
des classes sociales. L’adolescente regarde avec admiration la
forte amitié entre les garçons, contrastant avec son entourage
superficiel et hypocrite. Même dans un style apaisé, le
talent de description sensuel de Clark demeure intact, saisissant un
frémissement, le pli de la peau, un duvet irisé.
Bien que la violence graphique soit atténuée ou parodique,
la brutalité sociale est omniprésente. Les brimades policières
leur font comprendre qu’ils ne cadrent pas avec le décor,
en font des illégaux dans leur propre pays. Explorant les mondes
de Beverly Hills, ils se retrouvent au cœur d’une fête
« arty ». Lorsque les rockers deviennent les bêtes
de foire d’une fête branchée, Clark désigne
l’avidité du show business (Madonna, pour ne pas la citer)
à se nourrir de la culture du lumpen prolétariat pour
la vider de son sens et la transformer en objet de consommation. Fuyant
ces vampires modernes, les rockers tombent de charybde en scylla en
atterrissant dans le jardin d’un acteur vieillissant. Cette version
à peine transfigurée de Charlton Heston (d’après
l’interview de Clark en bonus) attend depuis 25 ans qu’un
intrus basané s’introduise chez lui pour vider son chargeur.
Les rockers seraient destinés à rejouer une version punk
rock des 10 petits indiens si les femmes du ghetto, travaillant à
Beverly Hills comme employées de maison, ne venaient les tirer
de « cet enfer ». Le « quoi de neuf,
les rockers ? » (le « wassup rockers »
du titre) que leur lance une bande de rappeurs à leur retour
à South Central, apparaît moins comme une nouvelle agression
que comme le salut aux rescapés d’une odyssée :
« quoi de neuf à l’extérieur du ghetto,
les rockers ? », faut-il également entendre.
Wassup Rockers contient par ailleurs les plus grisantes scènes
de skate jamais filmées par Larry Clark. Les ados de Kids
se servaient surtout de leur planche comme de massues ; quand à
Ken Park, sa traversée de la ville en skate s’avérait
un voyage jusqu’à sa mort, au milieu du terrain d’entraînement
bétonné. Nul violence et pulsion morbide liées
au skate dans Wassup Rockers. Peut-être Larry Clark a-t-il
subi l’influence de l’excellent Seigneurs de Dogtown
de Catherine Hardwicke, l’incitant à enfin tirer partie
des possibilités cinétiques du skate ? Suivant ses
acteurs en mouvement, Larry Clark embrasse d’un même regard
le territoire urbain et le corps adolescent pris dans un instant de
grâce et de vitesse. Les kids inventent, sculptent presque, tant
le skate est une « attaque » du béton et
de l’asphalte, leur propre espace au cœur de la ville, la
découpant en trajectoires, en « spots »
qu’ils sont les seuls à voir. Lorsqu’ils roulent
sur les étoiles d’Hollywood Boulevard, Larry Clark rend
hommage aux stars de son univers, ses acteurs, débutants ou non
professionnels. Mais l’image en fait aussi des créatures
mythologiques, qui survolent la ville, tel Hermès ou, référence
plus pop, le Surfer d’Argent des Marvel Comics. Sur leur planche
de skate les rockers sont invincibles ; c’est en posant le
pied à terre qu’ils perdent leur pouvoir et sont livrés
à la vindicte des adultes. Alors qu’il s’apprête
à tourner un remake de Mona Lisa de Neil Jordan avec
Rosario Dawson (actrice qu’il révéla dans Kids),
Larry Clark semble, avec cette œuvre sensible et élégiaque,
adresser un adieu (on l’espère temporaire) à ces
adolescents dont il aura été le plus grand cinéaste
contemporain.
Stéphane Du Mesnildot |











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« LES GOSSES SONT SENSATIONNELS!
»
Larry Clark a fait la connaissance des adolescents de WASSUP ROCKERS
alors qu'il effectuait une séance photos pour Rebel, le magazine
français branché. Le modèle devait être Tiffany
Limos, le premier rôle féminin de son récent film
KEN PARK. Ayant parcouru Los Angeles en quête d'une toile de fond
intéressante, Clark, Limos et le représentant du magazine
ont atterri à Venice, où Kico et Porky faisaient du skate-board.
Clark explique : « il y avait ces gosses, Kico et Porky, de 12
et 13 ans, vêtus de T-shirts et de pantalons serrés. Ils
avaient l'air différents, intéressants. Ils m'ont dit
qu'ils étaient de South Central et qu'ils avaient pris deux bus
pour venir jusqu'à Venice. Je leur ai alors expliqué que
nous faisions une séance photos, et nous avons pris rendez-vous,
Tiffany, le représentant du magazine et moi pour nous rendre
à South Central histoire de voir ce que nous pouvions y trouver».
C'est à partir de là que Clark a commencé à
avoir un aperçu direct de South Central au travers des yeux de
Kico et de ses copains. Après avoir pris des clichés des
garçons et de Tiffany, il a passé plusieurs jours à
écumer avec eux différents sites de skate-board tout en
apprenant quelques détails sur leurs vies. C'est également
à cette époque-là qu'il a fait la connaissance
de Jonathan, l'acteur principal du film.
« Il se trouve que là où ils vivent, le style en
vogue est de porter des vêtements extra larges, genre baggy, une
sorte de signe d'appartenance à un gang, dit-il. Et que si vous
ne respectez pas ce style, ça peut vous créer des problèmes.
Or ces garçons n'écoutaient pas de hip-hop et portaient
des vêtements trop serrés, des vêtements des années
passées qui ne leur allaient plus, et qu'ils appelaient «
young clothes » « fringues jeunes ». Ils avaient les
cheveux longs, et étaient tout simplement exubérants.
Ils ne buvaient pas, ne se droguaient pas, et ne fumaient pas non plus.
Ils s'éclataient tout simplement au naturel. »
A l'origine, Rebel magazine avait prévu d'avoir Tiffany Limos
en couverture, avec cinq doubles pages photos. Mais les clichés
ont tellement plu que Larry Clark a obtenu vingt-trois pages et une
interview. Ceux de Jonathan, notamment, étaient si captivants
que le numéro a été édité avec deux
couvertures différentes : une avec Tiffany, l'autre avec Jonathan.
Larry Clark s'est alors dit qu'il pouvait peut-être en faire un
film.
« JE ME SUIS DIT QUE QUELQU'UN DEVRAIT EN FAIRE UN DOCUMENTAIRE,
MAIS MOI, JE N'EN FAIS PAS. »
« Je voulais faire un vrai film basé sur leur vie, explique-t-il.
Je voulais que les gens voient ces gamins. Parce que ces gamins-là,
on ne les voit pas au cinéma à part s'ils vendent de la
drogue ou commettent des crimes. Alors que ceux-là, ce sont des
gamins normaux. »
Cette envie de documentaire influence le style de son long-métrage,
WASSUP ROCKERS : le travail de la caméra évoque celui
d'un documentaire, la majeure partie du film est improvisée,
et les garçons, qui ne sont pas des acteurs, jouent leur propre
rôle. Clark, comme de nombreux documentaristes, utilise même
plusieurs caméras. « Nous avons essayé de tourner
avec deux caméras chaque fois que c'était possible, dit-il,
de manière à toujours en avoir au moins une pour la mise
au point. Par manque d'espace, ce n'était toutefois pas toujours
possible. »
Il a aussi choisi d'ouvrir le film avec une séquence documentaire
d'une interview de Jonathan. « C'était un an avant le film,
lors de mes premiers repérages. Je commençais tout juste,
et il s'agit donc de Jonathan, un an plus tôt. Cette séquence
ne fait pas partie du film. Je l'ai rajoutée parce que ça
me paraissait logique. »
A propos du développement du scénario, il précise
: « j'ai passé un an là-bas et chaque semaine, j'allais
photographier les garçons sur leurs skate-boards. D'ailleurs,
j'ai aussi fait des vidéos de skate ; ça s'est construit
au fur et à mesure. »
Le financement aussi a été une gageure. « Il a fallu
un certain temps pour trouver l'argent nécessaire. Ma rencontre
avec Henry Winterstern s'est faite juste à temps. C'était
à peu près un an et demi après celle de Kico à
Venice. C'est une éternité, pour des gamins. Parce qu'ils
changent et grandissent. Même si dans l'ensemble, ils restent
les mêmes. »
Il lui a aussi fallu rassurer sans cesse les garçons. «
Je sortais avec eux deux fois par semaine et, pendant un an, j'ai dû
les convaincre jour après jour que le film se ferait. »
Ce temps passé avec eux fait partie intégrante de la démarche
artistique de Larry Clark : en apprenant à les connaître
intimement et à gagner peu à peu leur confiance, il a
découvert de quoi étoffer considérablement le film.
« La plupart des anecdotes sont celles qu'ils m'ont racontées
lors de nos premières rencontres. Pendant les préparatifs,
d'autres survenaient et je les incluais. Je les ai un peu embellies,
mais chacune d'elles est du vécu. »
« Lorsque nous avons commencé à filmer, précise
par exemple Clark, la scène du gamin qui se fait tuer, au début,
n'était pas dans le scénario. Et ça s'est produit!
Un des gosses que je connaissais, Creeper, a été tué,
alors je l'ai intégré au film pour donner un aperçu
des dangers auxquels ces gamins sont confrontés au quotidien.
»
« LE TOURNAGE DU FILM A ETE DINGUE! DINGUE, DINGUE, DINGUE!
»
« C'est le tournage le plus dur, le plus dément que j'aie
jamais fait! Lorsqu'on a commencé, les gamins n'étaient
pas acteurs et n'avaient encore jamais joué devant une caméra,
dit encore Clark. Mais je les connaissais, et ils me faisaient confiance.
J'ai fait en sorte de toujours les mettre en valeur. Ils se sont tous
révélés être de grands acteurs, très
natures et très agréables à diriger. Pile ce que
j'espérais. »
Débordante, leur énergie était toutefois plutôt
difficile à canaliser. Par moments, ça a rendu certaines
scènes pénibles à tourner, et ça a même
fini par causer certains problèmes à l'équipe.
« L'idée était qu'ils soient eux-mêmes, explique
Clark. Je les ai donc laissés libres, mais c'était comme
diriger une troupe de chats. Il fallait les rassembler avant chaque
prise, chaque mise au point. C'étaient des gamins, totalement
hors de contrôle. Mais il fallait que ça soit ainsi. J'ai
failli perdre l'équipe de tournage ; ils considéraient
ça comme une folie de ma part, de toute façon. La plupart
du temps, il n'y avait que moi sur le lieu de tournage, tellement les
garçons étaient infernaux et cherchaient des noises à
tout le monde. Ca a été le pire cauchemar de ma vie, »
conclut-il en riant.
« CE PROCESSUS, AUSSI PENIBLE FUT-IL, ETAIT NECESSAIRE.
»
« C'était dément, brutal. Je me suis même
fait tabasser! ».
Ces performances époustouflantes d'authenticité, Larry
Clark les a accomplies grâce aux relations qu'il a développées
avec les garçons un an et demi avant que le tournage ne commence.
« Je les connaissais si bien, dit-il. Ils me faisaient tout simplement
confiance. »
Parce qu'il souhaitait conserver le plus de naturel possible, Larry
Clark ne leur disait que peu de choses du scénario. « J'attendais
souvent jusqu'à la fin. Ces gamins ne sont pas des acteurs chevronnés.
Ils n'ont même jamais travaillé de leur vie. Je ne voulais
pas qu'ils réfléchissent ou même qu'ils essayent
de jouer. » Les détails de chaque situation leur étaient
révélés le jour du tournage voire même parfois
à peine quelques minutes avant qu'il ne crie « action!
». « Je leur avais parlé du scénario dans
son ensemble quelques semaines avant la mise en route. Mais nous n'entrions
dans les détails que le jour même du tournage de la scène
concernée. Je savais ce dont ils étaient capables, et
aussi comment procéder pour le leur faire faire. Sans avoir besoin
de le mettre par écrit. »
Clark a fait usage de sa connaissance de détails intimes de leurs
vies pour introduire une certaine tension dans les scènes et
donner une authenticité au scénario. « Si Johnny
raconte son dépucelage, explique-t-il, c'est parce que je connaissais
l'anecdote. Je ne l'ai pas écrite. Dans le script, il est simplement
spécifié : "Jonathan raconte sa première fois".
La veille du tournage de cette scène, j'ai pris Johnny à
part et je lui ai dit : je vais te faire raconter ta première
fois. Alors quand tu iras te coucher ce soir, revis plusieurs fois chaque
minute. Comme ça, lorsque tu raconteras la scène à
Milton, ce sera tout frais. Cette nuit-là, il a revécu
l'expérience et du coup, lorsqu'il en parle à Milton,
il évoque des détails que même lui avait oublié
depuis. »
Dans certaines scènes, les garçons côtoient des
acteurs professionnels, et ces situations ont donné lieu à
d'autres défis. Dans la scène entre Kico et Nikki, Clark
y a fait face en laissant Kico rester lui-même et en encourageant
Nikki à laisser libre cours à sa spontanéité.
« Je savais de quoi je voulais qu'ils parlent, explique Clark.
J'ai donc demandé à Kico de parler de sa vie, et dit à
Nikki ce qui allait se passer. Ce que je voulais, c'était qu'elle
lui pose des questions. Je leur ai fait river leur regard l'un à
l'autre, et ça a été magique. »
Clark est très satisfait du résultat. « C'est mon
film, et c'est exactement ce que je voulais. Mais ça ne s'est
pas fait juste comme ça, ajoute-t-il néanmoins. Ca n'a
pas été facile, et encore moins une partie de plaisir!
»
Que sont devenus les rocker boys ? « Ils vont à l'école,
et deviennent peu à peu adultes, répond Clark. Ils ont
vu le film, qui leur a plu, mais les gosses du ghetto ne s'emballent
pas pour si peu. Ce sont des enfants pauvres, vraiment pauvres. La vie
est rude pour eux, et elle les a souvent cruellement déçus.
Alors ne leur demandez pas de s'exposer eux-mêmes à d'autres
désillusions! »
« MON TRAVAIL, C'EST DE L'OBSERVATION SOCIALE. »
Ce que Clark veut montrer, c'est à quel point leur vie est dangereuse.
« C'est le genre d'environnement auquel ces gamins doivent faire
face. Tout le monde leur cherche des noises parce qu'ils ne s'habillent
pas selon la norme. La menace est réelle et il leur faut l'affronter
chaque jour. »
« Les pressions exercées par l'entourage est probablement
plus forte au sein du Ghetto qu'à Beverly Hills ou dans la banlieue
- la pression pour se conformer au style du ghetto, celui de la rue,
à savoir les vêtements "baggy". Ces gamins doivent
se battre chaque jour pour ce qu'ils sont. »
« Ils vivent dans un environnement où il est impossible
d'apprendre quoi que ce soit. Mais il y a des tas de gosses là-bas
qui n'aspirent qu'à être des gosses », dit encore
Clark. Et c'est exactement ce qu'il souhaite raconter. Mais ironiquement,
une fois à Beverly Hills, les garçons découvrent
que leur quartier n'est pas le seul endroit où on leur veut du
mal.
« Ce qui est intéressant, précise Clark, c'est que
ça se passe à Los Angeles. Parce qu'il y a toutes ces
enclaves de gens à South Central. C'est cette vaste étendue
qui est véritablement isolée, en fait, parce qu'uniquement
constituée de latinos et de noirs. Il n'y a aucun blanc à
South Central, et les gamins n'en avaient jamais réellement connu.
»
En ce qui concerne les adolescentes blanches du film, Clark souhaitait
montrer leur altérité, et comment l'autre moitié
vit son propre ghetto. « A Beverly Hills, les seules personnes
de couleur que ces filles connaissent sont leur cuisinière et
leur jardinier. » Naturellement, ce sont aussi les seules personnes
à qui les garçons se fient lorsqu'il leur arrive des ennuis
là-bas.
CES PETITS ROCKERS NE RESSEMBLENT EN RIEN AUX AUTRES KIDS DE
CLARK.
« J'ai fait KIDS il y a dix ans, observe Clark. Là, c'est
un KIDS où personne n'est acteur. » Mais pour Clark, la
comparaison s'arrête là. « Je ne veux pas refaire
le même film. A quoi bon? C'est curieux : vous faites un film,
et tout le monde s'attend à ce que vous refassiez le même!
»
Ce que Clark trouve remarquable, c'est comment ces enfants réussissent
à survivre et à mûrir sans tomber dans le piège
de la drogue, des gangs ou du crime. « Ca s'explique par ce dont
ils sont témoins à longueur de temps, explique Clark -
certains ont des membres de leur famille impliqués dans des gangs.
Ils voient ce que leurs aînés voient les tueries, et le
reste. Il y a des tas de gamins à South Central qui ne veulent
pas finir comme ça. » Et c'est cette rébellion que
Clark souhaitait filmer.
(extraits
du site
officiel du film)
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Figure
de la contre-culture, Larry Clark, héritier spirituel de Monte
Hellman et John Cassavettes est né en 1943 à Tulsa (Oklahoma).
Passionné par la photographie, il assiste, dès son plus
jeune âge sa mère, elle-même photographe.
Attiré par la culture underground des années 60, Clark
explore les dérives du monde adolescent. il capture les scènes
de ses amis rebelles et marginaux de sa ville natale. Parallèlement,
il étudie pendant deux ans, à la Layton School of Art
de Milwaukee (Wisconsin).
En 1971, il publie sa première monographie, Tulsa, aujourd’hui
référence incontournable dans l’histoire de la photographie
américaine. Son esthétique influencera la mode et la publicité.
Lauréat d’une bourse du National Endowment for the Arts,
il publie un second recueil de photos intitulé Teenage Lust (1983)
sur un adolescent prostitué portoricain à New York. Suivront
1992 et The Perfect Childhood (1993), ouvrage de collages où
des adolescents s’étreignent ou s’amusent avec des
armes et des coupures de faits divers, témoignant chacun de la
vision quasi-anthropologique de Larry Clark sur ses contemporains.Son
travail a été exposé dans de nombreux pays et font
partie des collections permanentes de musées et galeries d’art
, dont le MoMA, les musées Whitney et Guggenheim de New York,
ainsi que le Musée d'art contemporain de Los Angeles. Martin
Scorsese et Gus Van Sant, fervents admirateurs reconnaîtront l'influence
de Clark sur leur travail. C'est d'ailleurs grâce leurs encouragements
que le photographe s’oriente, en 1995, vers le cinéma
Son premier long-métrage abrasif, Kids, au scénario d’un
adolescent de 19 ans, Harmony Korine, fait sensation aux festivals de
Sundance et Cannes. Censuré aux Etats-Unis, il est distribué
par une filiale de Miramax spécialement créée à
cette fin, Portrait quasi-documentaire sans concession d'une jeunesse
américaine désoeuvrée, en proie à la toxicomanie
et la séropositivité, le film remporte un succès
critique et commercial. On y découvre Chloé Sévigny
et Rosario Dawson.
En 1998, il réalise Another Day in Paradise, un road-movie sanglant
avec James Woods et Mélanie Griffith, sans renoncer à
son écriture à la fois clinique et compassionnelle. Puis
il s’attelle à Bully dont l’histoire s’inspire
d’un fait divers qui choqua l’Amérique : l’assassinat
programmé d’un adolescent par ses camarades. Le film est
présenté au Festival de Venise en 2001. Il a également
tourné pour la chaîne HBO, un film d’horreur dans
la veine des séries B de Roger Corman intitulé Teenage
Caveman, parfaite synthèse de ses tourments.
En 2002, il poursuit son exploration du monde adolescent à la
dérive, en co-réalisant Ken Park, aux cotés du
directeur de la photographie Ed Lachman. D’après un scénario
inédit de Harmony Korine, ce tableau provocant d’une jeunesse
en pleine névrose familiale, trompant leur ennui dans le sexe
et la violence, bat lors de sa sortie des records de fréquentation
en France. En huitième semaine d’exploitation, sur décision
du conseil d’Etat, Ken Park est censuré et doit être
retiré de l’affiche. Censuré également en
Australie et Grande Bretagne, Ken Park reste à ce jour, inédit
sur son propre territoire.
Larry Clark a publié récemment Punk Picasso, un livre
rétrospectif sur sa vie turbulente. La Biennale d’Art Contemporain
de Lyon lui a rendu hommage en 2003. C’est en 2004, que muni d’une
dv Canon xl, Larry Clark, frôlant le reportage, a entame dans
South Central le tournage de Wassup Rockers, abordant avec ses amis
skateurs l’envers du décor californien,. Le film a été
projeté au Festival de Toronto et a fait l’ouverture de
Slamdance 2006 à Park City.
Souvent sujets à controverse, ses films ont pourtant imposé
Larry Clark comme un cinéaste majeur et bouleversant, l’un
des rares intègres et indépendants actuellement en activité
aux Etats-Unis.
(extraits du site
officiel du film)
FILMOGRAPHIE
1995 KIDS
1998 ANOTHER DAY IN PARADISE
2001 BULLY
TEENAGE CAVEMAN (téléfilm)
2002 KEN PARK (co-réalisé
avec Ed Lachman)
2005 WASSUP ROCKERS
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