)))  GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK
        
  de George CLOONEY                      

 

  • Drame historique - 2006 - États-Unis - durée: 1h33 (+Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 17 août 2006
    Éditions Metropolitan FilmExport
  • Prix de vente conseillé : 20€

SYNOPSIS

En 1953, la télévision était encore une affaire de pionniers, et Edward R. Murrow l’un de ses plus célèbres présentateurs. Son émission captivait l’Amérique en présentant des sujets d’actualité et des interviews sur un ton incroyablement novateur. La vie du pays était alors perturbée par la chasse politique que le sénateur McCarthy menait contre les sympathisants communistes. Jouant sur la peur de l’URSS, l’homme s’acharnait sur tous ceux qui pouvaient, selon lui, avoir un comportement « anti-américain». Une atmosphère de suspicion planait sur les institutions, et les condamnations arbitraires s’accumulaient. Révolté par les méthodes scandaleuses de McCarthy, Murrow décida de réagir. Dans cette bataille, il jeta sa crédibilité et toute la puissance d’un média déjà prometteur. Pour la première fois, un homme de télévision allait servir à faire éclater la vérité...

 
   
POINT DE VUE
Le cinéma a fourni foison de « films réflexifs », c’est-à-dire des films qui parlent d’eux-mêmes - plus exactement, de films se déroulant dans le monde du cinéma ou parlant de cinéma. Souvent jouissives, ces œuvres à part s’avèrent même parfois être de véritables chefs d’œuvre fascinants… Citons sans ordre de préférence La Nuit américaine (François Truffaut-1973), Ed Wood (Tim Burton-1994), Sunset Boulevard (Boulevard du crépuscule-Billy Wilder-1950), The Bad and the Beautiful (Les Ensorcelés-Vincente Minnelli-1952), The Cameraman(1) (Buster Keaton & Sedgwick-1928) , Le Mépris (Jean-Luc Godard-1963) ou Salaam Cinema (Mohsen Makhmalbaf-1995) . Ces films ont le pouvoir de nous plonger dans un entre-deux-mondes, entre fiction et réalité, à la fois dans les coulisses, sur scène et dans le fauteuil confortable du spectateur… Pourquoi y a-t-il en comparaison si peu de films (bons ou mauvais) sur la télévision, qui est pourtant tellement populaire ? Sur la force, les dérives ou l’omniprésence du medium, nous pouvons relever avec difficultés Le Prix du Danger (Yves Boisset-1983), Truman Show (Peter Weir-1998), Videodrome (David Cronenberg-1983) ainsi que Network (Main basse sur la télévison-Sidney Lumet-1976). Chaque fois, ces films politisent le discours comme si la télévision était un medium qui, par essence, ne peut inspirer de belles œuvres. La télévision n’y est vue que comme l’éternel « quatrième pouvoir », ou au mieux une lucarne déformante sur notre société.

Le deuxième film de George Clooney en tant que réalisateur ne fait pas exception à cette habitude. Quel est le sujet de Good night and Good Luck ? Une œuvre historique reflétant les premiers temps de la télévision américaine, et en particulier les pionniers du journalisme TV en la personne d’Edward R. Murrow, présentateur en chef du JT de CBS ? Un hommage aux journalistes qui contribuèrent, grâce à leurs enquêtes journalistiques, à la chute du sénateur Joseph McCarthy, et par la même occasion donnèrent leurs premières lettres de noblesse au journalisme TV ? Un hommage de Clooney fils à son père qui fut présentateur de JT (« anchorman ») et qui avait pour modèle de déontologie et d’éthique Ed Murrow ? Un film sur la censure morale et politique ? Un film sur le pouvoir manipulateur de la télévision ? Une métaphore/dénonciation de la politique américaine actuelle et de certaines chaînes de TV qui lui servent de lance-missiles ? Une mise en parallèle de la « chasse aux sorcières » de McCarthy avec le « Patriot Act » de Bush ?

C’est la multiplicité de portes entr’ouvertes qui gêne, tout comme une mise en scène classieuse, certes, mais qui perd encore plus le spectateur. Notons l’utilisation facile d’un noir et blanc contrasté par les lourdes volutes de fumées pour parler de l’émergence de la télévision, comme si les gens vivaient sans couleurs à l’époque. Les séquences sont séparées les unes des autres (comme pour les unifier artificiellement) par l’intervention d’une chanteuse de jazz. Mais les paroles des chansons, une fois décryptées, ne font pas sens…

Reste un document qui ne sera pas trahi par la volonté de trop bien faire de Clooney, sur les interventions véridiques de McCarthy. Sans doute les seuls moments saisissants d’un film classique, plein de bonne volonté, mais en aucun cas cinématographique.


Nachiketas Wignesan


(1) Article sur l’œuvre de Buster Keaton (ici)

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Sortie en salles le 4 Janvier 2006
    Coupe Volpi du meilleur acteur pour David Strathairn, Mostra de Venise 2005

    Réalisateur: George Clooney
    Scénaristes: George Clooney Grant Heslov
    Avec:
    Edward R. Murrow : David Strathairn
    Joe Wershba: Robert Downey Jr.
    Shirley Wershba: Patricia Clarkson
    Don Hollenbeck: Ray Wise
    William Paley: Frank Langella
    Sig Mickelson: Jeff Daniels
    Fred Friendly: George Clooney
    Jessie Zousmer: Tate Donovan
    Palmer Williams: Tom Mccarthy

    Producteur: Grant Heslov
    Producteurs exécutifs: Steven Soderbergh, Ben Cosgrove, Jennifer Fox, Todd Wagner, Mark Cuban, Marc Butan, Jeff Skoll
    Coproducteurs exécutifs: Samuel Hadida Victor Hadida
    Directeur de la photographie: Robert Elswit
    Chef décorateur: Jim Bissell
    Chef costumière: Louise Frogley
    Distribution des rôles: Ellen Chenoweth
    Chef monteur: Stephen Mirrione
    Distributeur : Métropolitan Film
    Editeur DVD : Metropolitan FilmExport

    Site officiel du film

 


  •  LE DVD
    Image : dvd 9 - 16/9 compatible 4/3 – format 1.85
    Son : dolby digital 5.1 anglais, français
    Sous-titres : français

  •  BONUS
    Les auteurs, George Clooney et son producteur – un ami de jeunesse, semblent réticents à parler du film dans les commentaires du film, et restent à la surface en préférant parler des acteurs ou de l’histoire avec un grand « H ».
    Des interviews promotionnelles des acteurs et du producteur qui, une fois n’est pas coutume, essaient d’analyser le film mais se reposent trop sur l’argument a priori imparable que tout ce qui est dit est vrai…
    Plus intéressant, des interviews de seconds couteaux, les seuls survivants de l’époque. Ainsi nous avons le fils d’Edward Murrow qui vient honorer la mémoire de son père et servir de caution historique au film.
    NW


    * Le commentaire audio de George Clooney et Grant Heslov (vost) : précisions historiques, anecdotes de tournage, et l’humour pince-sans-rire de Clooney sont au rendez-vous.

    * Autour du film (15 mn / vost) : documentaire illustré d’interviews et d’images de tournage
    - Les interviews exclusives pour le dvd français :
    1) Grant Heslov : producteur et co-scénariste du film, il tient également le rôle du journaliste don hewitt (vost)
    2) Jeff Daniels : le comédien dresse un parallèle édifiant entre le maccarthysme et le contexte de
    L’après-11 septembre (vost)
    3) larry ceplair : témoignage d’un historien et auteur de plusieurs ouvrages sur la période du maccarthysme (vost)


    * La bande-annonce du film (vf / vost)

    * Les bandes-annonces autour du thème « journalisme et politique » :
    1) 13 jours : la crise des missiles de cuba
    2) le mystificateur : l’histoire vraie du journaliste stephen green qui a inventé tous ses articles
    3) enron : le documentaire sans concession qui dévoile le plus grand scandale financier de tous les temps
    4) uncovered - tout sur la guerre en irak


    * Les bandes-annonces (vf / vost)
    * Lien internet vers le site français

NOTES DE PRODUCTION


Dans les années cinquante, deux événements majeurs apparemment sans lien entre eux vont se donner un rendez-vous historique, pour nous offrir un spectaculaire exemple de courage. D'un côté: le journalisme télévisé, une discipline toute jeune dont Edward R. Murrow est un modèle d'inventivité et d'intégrité. De l'autre: Joseph McCarthy, un politicien extrémiste qui, pour accaparer toujours plus de pouvoir, n'hésite pas à jouer sur les peurs de ses concitoyens en lançant une chasse aux sorcières.
Face aux excès, il faudra tout l'engagement de Murrow pour affronter le pouvoir et révéler au grand public son véritable visage.

Informer quel qu'en soit le prix
Pour George Clooney, coscénariste et réalisateur de GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK., l'histoire de Murrow est emblématique et méritait d'être racontée. Clooney a toujours été proche de ce personnage, d'abord parce que dans sa propre famille - son père a été présentateur de télévision pendant plus de trente ans - Murrow a toujours été présenté comme un modèle de ce que doit être un journaliste d'investigation. Depuis des années, George Clooney cherchait à raconter cette histoire d'une manière ou d'une autre. Il a d'abord envisagé un téléfilm, puis une émission commémorative, mais rien ne put aboutir, ce qui fut rétrospectivement une chance.
En fin de compte, Clooney et Grant Heslov - coscénariste, producteur et interprète de Don Hewitt - décidèrent que le sujet serait mieux valorisé dans un film. Pour eux, le cœur du sujet reposait sur la période des années cinquante, la chasse aux sorcières, et les affrontements entre Murrow et McCarthy. Le courage d'un journaliste face à un intouchable du pouvoir était en soi un fantastique sujet, surtout si l'histoire était rigoureusement authentique.

La politique du pire
Dans les années cinquante, la guerre froide battait son plein. Pour l'Amérique, l'ennemi désigné était l'URSS et ses alliés. Le communisme était pointé comme une doctrine dangereuse, par opposition au libéralisme prôné par les États-Unis. Dans ce climat, le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy, développa une théorie selon laquelle tous ceux qui, aux États-Unis, avaient des liens ou même seulement des sympathies pour le parti communiste devenaient suspects d'être antiaméricains. Àce titre, ils devenaient dangereux et devaient être écartés de tous les postes stratégiques ou sensibles. McCarthy décréta sa propre liste de postes stratégiques, qui entre autres, englobait les préparatrices de repas dans les crèches, susceptibles d'empoisonner les petits Américains...

Obsédé par les « infiltrations » communistes au sein des instances officielles américaines, McCarthy lança une véritable chasse aux sorcières. De 1950 à 1954, Joseph McCarthy dirigea la toute-puissante Commission des affaires anti-américaines. Enquêtes arbitraires, dénonciations et condamnations installèrent un climat de suspicion dans tout le pays. En 1953, un pilote de l'armée, Milo Radulovich, fut renvoyé au prétexte qu'il représentait un risque pour la sécurité de la nation. Déclaré coupable sans procès, on lui demanda en plus de dénoncer son père et sa sœur comme sympathisants communistes, ce qu'il refusa. Ce fut ce cas qui révolta Edward R. Murrow, alors présentateur d'une émission d'actualités sur CBS, «See It Now», et le décida à réagir. Le maccarthysme provoquera de nombreuses évictions et mises à l'écart, souvent infamantes, dont celles de Philip Jessup, ambassadeur à l'ONU, du général Marshall, de Robert Oppenheimer, renvoyé de la Commission de l'énergie atomique, mais aussi de plus de 200 personnalités de Hollywood dont Charlie Chaplin, qui s'exilera en Europe en 1952.

Au total, ce seront plus de 11 500 révocations ou renvois qui seront pratiqués, auxquels on doit ajouter plus de 12000 démissions. L'affrontement télévisé entre Murrow et McCarthy marquera un sévère coup à sa politique, et il sera finalement censuré et blâmé par le sénat le 2 décembre 1954 par 67 voix contre 22. Il mourra trois ans plus tard d'une cirrhose.

Un duel pour la vérité
George Clooney explique : « Il n'était pas question pour moi de faire un film à la gloire de Murrow. Faire cela aurait tout simplement diminué la portée de ce qu'il a accompli. Pour rendre justice à ce qu'il avait osé, il suffisait de traduire la réalité le plus fidèlement possible. Je voulais restituer le contexte et montrer l'importance de son action, contre le pouvoir et même contre sa hiérarchie. Son action a aussi prouvé de façon spectaculaire que la télévision peut faire basculer les opinions, et c'est là un point essentiel à mes yeux. La manipulation des masses est possible par ce média, on s'en rend compte tous les jours mais cette fois-là, elle a été un vecteur de vérité. C'est l'un des rares cas, sûrement le plus emblématique, où la télévision a réussi à renverser l'opinion des gens face à une politique de manipulation. »

Offrant un remarquable écho aux propos de Clooney, Dan Rather, présentateur légendaire qui, comme Murrow, officiait sur CBS, a déclaré au mois de juin qu'il fallait prendre garde à l'indépendance des médias, que les politiques cherchaient de plus en plus à contrôler...

George Clooney reprend : « Edward R. Murrow n'était pas un idéaliste. C'était un homme honnête qui faisait son travail d'information sans compromis. Il croyait à sa fonction, à sa mission. Les agissements de McCarthy l'ont poussé à réagir et il n'a pas lâché le morceau. Alors que la direction de CBS a fait pression pour qu'il ne s'attaque pas à McCarthy, Murrow, soutenu par ses proches et par son producteur, a tenu bon. Il était tellement convaincu de la nécessité de révéler les pratiques douteuses du sénateur qu'il a lui-même pris en charge la baisse des recettes publicitaires que ce sujet dangereux engendrait autour de son émission. Au final, il aura tout assumé avec son équipe.

Après son fameux duel avec McCarthy, même si les opinions ont changé et que l'histoire lui a finalement donné raison, Murrow a quand même vu son émission reléguée à une heure de moins grande écoute. Il a payé le prix fort pour son engagement. Aujourd'hui, seuls quelques journalistes se souviennent encore de son nom, et je trouve cela injuste parce que sans lui, nous aurions tous certainement subi McCarthy beaucoup plus longtemps. Par les temps qui courent, c'est plus que jamais le moment de s'en souvenir...»

Informer désinformer
George Clooney confie : « Aujourd'hui, malgré la multiplication des médias et des moyens d'information, nous sommes beaucoup moins bien informés qu'il y a seulement quinze ans. Trop souvent, l'information est devenue un business, il n'est plus question de faire savoir, mais de vendre. Et puis les gens ne lisent plus, ils n'écoutent plus. On les noie avec une telle masse d'informations qu'il est devenu impossible de faire le tri. Comment faire la différence entre la pub, la propagande, la manipulation et l'information? Il y a tellement de canaux différents que chacun choisit celui qui lui ressemble, sans aller écouter ailleurs d'autres avis qui pourraient le faire réfléchir et peut-être évoluer. On ne cherche plus le moyen de s'informer dans les médias, mais le moyen de conforter ce que nous croyons déjà. C'est une situation critique. »

George Clooney se souvient : « Il est impossible de nier l'héritage journalistique de Murrow. Mon père s'en est inspiré, et il nous l'a transmis à ma sœur et à moi. Avec ce genre d'individu, il était possible d'apprendre, de découvrir, y compris ce qui n'était pas facile à entendre. Murrow constituait une vraie source d'information. Mon père aussi, à sa façon. J'ai grandi dans le sud des États-Unis et nous étions souvent à des dîners où les gens ne savaient rien ni de la condition des Noirs ni de celle des Mexicains. Mon père ne se privait jamais de les éclairer. Avec ma sœur, nous avions pris l'habitude de manger le plus vite possible parce qu'en général, mon père disait ce qu'il avait à dire, se levait et nous partions ! Nous n'avons pu finir notre repas normalement qu'une seule fois ! J'étais fier que mon père soit celui qui l'ouvrait quand tout le monde voulait qu'on la ferme. C'est assez sain! »

Incarner pour raconter
Lors des premiers développements du projet, George Clooney songea naturellement à incarner lui-même Edward R. Murrow, mais ses fonctions de scénariste et de réalisateur sur un film au budget limité lui demandaient déjà beaucoup d'énergie... La rencontre avec David Strathairn acheva de le convaincre.

George Clooney : « Nous savions que David était un grand comédien, mais il nous a quand même surpris. Àla seconde où il était dans la peau de Murrow, il se transformait littéralement, il devenait comme habité par son esprit. Mon expérience de comédien m'a conduit à en côtoyer beaucoup, et je peux vous dire que je n'ai jamais vu quelqu'un donner une telle intensité à son rôle. » (...) « Murrow avait souvent l'allure de quelqu'un qui porte tout le poids du monde sur ses épaules, et David Strathairn incarne cela à la perfection. Il a saisi l'essence du personnage. »

David Strathairn : « Pouvoir jouer quelqu'un comme Murrow est une opportunité extraordinaire. Ce qu'il y a de plus frappant en étudiant sa personnalité, c'est qu'il n'a jamais eu la volonté ou l'impression d'agir de façon héroïque ou même très courageuse. Il s'est contenté de faire ce qu'il croyait en son âme et conscience, sans jamais renoncer. Avec son producteur, Fred Friendly, Murrow formait un tandem très soudé et très complémentaire. Je trouve que George Clooney et Grant Heslov sont un peu comme eux ! Rien ne les arrête et ils savent motiver leur équipe. Par moments, sur le film, nous étions un peu comme dans la salle de rédaction de CBS ! »

Le parallèle va d'ailleurs encore plus loin, puisque pour faire le film, George Clooney a lui-même été obligé de gager une partie de sa fortune afin de boucler le financement....

  


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