)))  MARSEILLE CONTRE MARSEILLE
        
de Jean-Louis COMOLLI & Michel SAMSON

     
Coffret 4 dvd . 7 films

 

  • 12 heures de programme, 7 films de 1989 à 2001
  • Sortie à la Vente en DVD le 24 Mars 2005
    Editions Doriane
  • Prix de vente conseillé : 50€ les 4 dvd

SYNOPSIS

Marseille, ville frontière entre l'Europe et l'Orient, grand port de commerce et de voyageurs, mosaïque de communautés venues du monde entier, creuset unique de cultures qui préfigure la France du XXIème siècle. Lieux communs mille fois repris, entre mythe et réalité, rêve et cauchemar, qui dans un même mouvement, révèlent et dissimulent.
Depuis 13 ans, Jean-Louis Comolli et Michel Samson scrutent la vie politique de la cité phocéenne et de sa région, sans jamais perdre de vue les réalités sociales et culturelles avec lesquelles elle s'articule. Entamée avec les Municipales en 1989 (Marseille de Père en fils 1&2), leur chronique compte aujourd'hui 7 films tournés à l'occasion des plus importantes échéances électorales locales.
13 ans et 7 films qui permettent de mesurer les transformations du champ politique local, les formes que revêt la crise de la représentation politique et ceux qui les filment; les jeux d'interférences qui en résultent; la surdétermination de chacun des épisodes par l'oeuvre dans laquelle ils s'inscrivent.

Confronter les deux premiers films et les deux derniers, 1989 et 2001, tel est l’enjeu de ce coffret-rétrospective. Comment ces deux moments se composent-ils, s’opposent-ils ? Quelles logiques profondes cette confrontation fait-elle apercevoir ? Comment le documentaire politique a-t-il pris la mesure de ces changements ?

   
POINT DE VUE 

    Ce qui différencie ces 7 documentaires des nombreux reportages télévisés sur le milieu politique, c'est le rapport que Jean-Louis Comolli et Michel Samson ont à la politique.
En terme de cinéma, c'est la relation de celui qui filme à celui qui est filmé. Comment filmer un homme politique sans tomber dans le piège de lui tendre simplement un micro ou une caméra et devenir le réceptacle de son discours bien huilé ?
Le journaliste Michel Samson, omniprésent à l'image, ne se contente pas de poser des questions mais cherche à discuter, d'égal à égal, modifiant la relation habituelle entre journaliste et politique. Car c'est bien là l'ambition de cette série, que de restaurer quelque chose d'un cinéma citoyen et démocratique en privilégiant le dialogue au discours. Certains résistent comme Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille ou Jean-Noël Guérini du Parti Socialiste. Ils tentent de s'accaparer l'image en s'adressant face caméra à un électeur fictif, mais cette attitude maniérée et manipulatrice agit contre eux dans un tel film. Ils sont pris en flagrant délit de langue de bois. C'est là que l'on peut mesurer l'efficacité du dispositif des deux auteurs.

Lorsque Jean-Louis Comolli arrive à Marseille en 1989 pour filmer la population immigrée et les communautés religieuses de la ville (maghrébins, italiens, arméniens), il ne sait pas encore qu'un autre film va petit à petit s'imposer à lui, celui de la bataille politique qui anime la cité phocéenne pour l'élection du nouveau maire. Il fait alors appel à un spécialiste de la vie politique française pour le seconder, Michel Samson, journaliste au quotidien Libération.


Après 33 ans de règne, Gaston Deferre s'est éteint et laisse Marseille orpheline. C'est la mort du père, l'heure de la succession et du difficile héritage. Un point zéro idéal pour le commencement d'une série qui va suivre les différentes mutations politiques de la ville et de la région PACA: de la montée du Front national (La campagne de Provence) à la division du parti socialiste (Marseille en Mars); de la conquête de Marseille par Bernard Tapie (Marseille contre Marseille) au flirt malsain entre la droite et l'extrême-droite (La question des alliances); de l'émergence d'acteurs politiques issus de l'immigration (Nos deux marseillaises) à leur difficile représentativité (Rêves de France à Marseille).

La qualité de cette série est d'aller au-delà d'un vaste journal de bord des évènements politiques de Marseille. Le binôme Comolli-Samson interroge la politique dans son essence, sa raison d'être: de l'image politique, le sens des mots à la définition des partis, la victoire des idées. Dans Coup de mistral, le second volet de Marseille de père en fils, Michel Samson s'interroge: "Est-ce en jouant sur l'image d'une ville qu'on change son image ? Comment faire passer ses idées au-delà de l'image d'un parti ?". La campagne de Provence montre comment un langage communément de droite peut aussi être un vocabulaire de gauche, quand par exemple, le terme d'identité est repris au compte des Verts et que l'écologie devient aussi le cheval de bataille du Front National. Ou quand c'est Giscard qui entend substituer le "droit du sang" au "droit du sol". Au cours d'une séquence dans un stade de foot, les fumigènes des supporters semblent alors paraphraser le brouillard du discours politique.

Dans Marseille en Mars, le médecin Jean-François Mattéi (devenu ministre de la Santé du premier gouvernement Raffarin) résume dans une analyse tout à fait pertinente, la confusion de la situation politique d'aujourd'hui (nous sommes alors en 1993): "Je crois que nous traversons une crise parce que nous vivons une mutation politique. On est à la fin d'un siècle qui aura été un siècle de dupe. D'abord, il n'aura duré que 70 ans, il a commencé en 1917 avec la révolution soviétique, l'avènement du communisme, il s'est arrêté avec la chute du mur de Berlin, l'explosion de l'empire soviétique et pendant ces 70 ans, on nous a fait vivre le débat politique sous forme d'affrontement brutal entre deux idéologies: le collectivisme et le capitalisme. Et tout d'un coup, on vient de s'apercevoir que le collectivisme n'était pas capable d'organiser une société à la mesure de l'homme et dans le même temps, la campagne des présidentielles aux États-Unis vient de révéler qu'un pays capitaliste pouvait laisser 37 millions d'américains sur le bas côté de la route, vivant au-dessous du seuil de pauvreté et n'accédant même pas aux soins médicaux essentiels. Ca veut dire que les grandes références politiques ont fait la preuve de leur impuissance. Et quand vous n'avez plus vos références politiques, vous êtes perdu !".

Il est agréable et presque inédit de voir une caméra se faufiler dans les coulisses de tous les meeting, qu'ils soient de gauche ou de droite. Du Parti socialiste au RPR, de l'UDF au Parti communiste, des Verts au Front national, Comolli et Samson ont leurs entrées partout. Leur regard n'est pas neutre pour autant. Quand ils filment les discours de l'extrême-droite, la caméra se fait plus inquisitrice, elle dévisage les partisans assis dans la salle, et les élus sont filmés bord cadre, comme dans l'attente de leur chute prochaine.
Au fur et à mesure des épisodes, la mise en scène évolue, s'affine. Samson a pris cette habitude d'engager son interlocuteur dans une marche circulaire lorsqu'ils discutent. C'est aussi le défi de cette série que de mettre en mouvance le corps politique, au propre comme au figuré.


Laurent Devanne

PRÉSENTATION  PAR  JEAN-LOUIS COMOLLI


"Maintenant que c'est fait, je peux m'étonner de ce que, 13 ans durant, Samson et moi ayons filmé les batailles électorales à Marseille et dans la région. Il faut croire très fort en l'importance de la dimension politique de nos vies "ensemble" pour filmer aussi longtemps ceux qu'on désigne (non sans mépris) comme "les politiciens". Sans doute. J'y crois toujours, je crois toujours que la parole publique dans son lien avec le corps qui l'énonce, les débats, les discussions, l'analyse des conflits et des rapports de force, le raisonnement, la logique, la pensée, la résolution dans l'engagement, l'affirmation du point de vue sont les outils - politiques - qui nous sont plus que jamais nécessaires. Pour le dire d'un mot: filmer les responsables politiques à Marseille, c'était affirmer la chose politique (la chose publique: république) comme digne d'attention et essentiellement humaine, je veux dire: à notre portée; c'était aussi s'opposer à sa destruction en cours à la télévision depuis 15 ans. Je n'exclus pas que notre série (7 films) en ait à la longue sauvé quelque petite part."

Jean-Louis Comolli (in Voir et pouvoir, éditions Verdier, 2004)

FICHE TECHNIQUE
  •  LES 7 FILMS
     Pour en savoir plus sur Michel Samson & Jean-Louis Comolli, et sur chacun
     des films de la série, cliquer ici
 
 
  •  LE COFFRET 4 DVD:

    DVD 1                                           
    Marseille de Père en Fils
    (municipales 1989 - 2 x 82')
    en 2 parties:
    1/ Ombres sur la ville
    2/ Coup de mistral

    DVD 2                                           
    La campagne de Provence
    (municipales 1992- 92')
    Marseille en Mars
    (législatives 1993- 52')


    DVD 3                                           
    Marseille contre Marseille
    (municipales 1995 - 88')
    La question des alliances
    (législatives 1997- 90')

    DVD 4                                           
    Nos deux Marseillaises
    (cantonales 2001 - 88')
    Rêves de France à Marseille
    (municipales 2001 - 105')
 




BONUS
Trois conversations entre Jean-Louis Comolli, Michel Samson et Patrick Leboutte (réalisation JL Comolli- 80')

Un livret de 16 pages:
- Portrait d'un journaliste en détective (texte de Patrick Leboutte)
- La ville de l'impossible oubli (texte de JL Comolli)
- 13 ans, 7 films (présentation par JL Comolli de chacun des films de la série)
- Après la mort de Gaston Deferre, avant Marseille de père en fils...
   (texte de Michel Samson)
- Que sont-ils devenus en 2005 ? (parcours des principaux protagonistes)