)))  FIRST CONTACT
        
de Bob CONNOLLY & Robin ANDERSON

     
                                                         Collection Grands Aventuriers

 

  • documentaire - 1930 / 1980- durée: 52'
  • Sortie à la Vente en DVD le 25 mai 2005
    Editions
    MK2
  • Prix de vente conseillé : 14,99 €

SYNOPSIS

En 1930, trois jeunes chercheurs d'or, Michael, Daniel et James Leahy, quittent l'Australie pour la Nouvelle-Guinée, avec une caméra. Ils découvrent dans des régions reculées de l'Ile une population jusqu'alors ignorée du reste du monde : les Papous des Hautes Terres. Les trois frères filment les réactions de ce peuple confronté pour la première fois à l'homme blanc. Cinquante ans plus tard, Bob Connolly et Robin Anderson partent, images en poche, retrouver Daniel Leahy et les Papous - à présent en short et chemise - pour recueillir leur souvenirs de cette rencontre unique.            

POINT DE VUE 

 First Contact n’est pas un de ces films anthropologiques "cartes postales" dont la télévision nous inonde et qui contribue à créer une insensibilité au genre documentaire. Premier volet de la mythique "Trilogie des Papous" comptant Joe Leahy’s Neighbours en 1989 et Black Harvest en 1992 (remportant chacun le Grand Prix du Festival du Réel à Paris), First Contact ressemble à ce que serait un film tourné par des extra-terrestres qui viendraient visiter la planète Terre. Stupéfaits devant notre condition primitive, ils désireraient naturellement rapporter des souvenirs de vacances de cette rencontre du troisième type à leurs familles restées à la maison.

First Contact nous apprend à quel point la civilisation est une notion relative… Le tout premier film du couple Robin Anderson/Bob Connolly -que l’on connaît aussi pour l’irrésistible Rats in the Ranks qui observait, de l’intérieur, les turpitudes électorales du conseil municipal d’une banlieue de Sydney- est l’occasion de revenir sur les expéditions australiennes à la recherche d’or en Papouasie Nouvelle-Guinée, vers 1930. C’est alors la crise économique en Australie et les aventuriers sont prêts à tout pour trouver de l’or, seule valeur sûre après le krach boursier de 1929. La Papouasie Nouvelle-Guinée est un Eldorado inhospitalier mais inconnu des Australiens voisins. Parallèlement, l’Australie, pouvoir colonisateur, prend la décision d’introduire la civilisation dans cette île… Comme le déclame ironiquement, en ouverture, le narrateur contemporain de First Contact : « Le long de la côte, les missionnaires s’employaient à sauver les âmes, tandis que les planteurs mettaient les corps, de chair et d’os, au travail. (…) Travail censé apporter à l’indigène de quoi secouer les chaînes de la barbarie et de quoi le faire progresser le long du sentier qui le mène à la civilisation ». Malheureusement, ces quelques phrases reflètent trop parfaitement l’attitude des colons australiens à l’égard des indigènes Papous au début du XIXème siècle. Rien de nouveau dans tout cela d’ailleurs, nos livres d’histoire sont pleins de ces récits de colonisateurs plus barbares que les "barbares" qu’ils sont censés civiliser. L’intérêt de First Contact réside ailleurs que dans cette dénonciation facile. La clé de lecture de la science-fiction évoquée en introduction n’est pas innocente : on transplante souvent, dans la science fiction, des problèmes sociaux contemporains dans un futur étrangement familier. Les auteurs de First Contact traitent donc d’une époque précise grâce à des archives et à des témoignages, mais le spectateur est invité à réfléchir sur toutes les colonisations, toutes les invasions - y compris celles que des hordes de touristes mènent aujourd’hui dans les pays du Tiers-monde… C’est à un véritable voyage dans le temps et dans l’âme humaine auquel nous sommes conviés.

Les trois frères Leahy, Mick, Daniel et James, décident d’explorer l’intérieur de l’île de Papouasie Nouvelle-Guinée qu’ils croient vierge et de la piller impunément. Comme dans Le Monde Perdu, ils découvrent près d’un million d’habitants vivant dans des vallées séparées les unes des autres : surtout, ces indigènes n’ont jamais rencontré l’homme blanc et sont restés à l’âge quasi-préhistorique. Vie tribale, sans notion de travail salarié, d’agriculture raisonnée, d’industrie, d’argent… Les trois chercheurs d’or sont accueillis comme des êtres divins « venant de par-delà les nuages sur des oiseaux géants ». Trois Australiens et leurs « boys » mènent à la baguette des tribus entières ; celles-ci les prennent pour leurs ancêtres, revenus d’entre les morts pour récupérer les restes de leurs cadavres jetés, après crémation, dans les rivières alentour. La vérité est que ces trois frères détruisent les lits des rivières à la recherche d’un or qu’ils ne partagent évidemment pas avec les « bons sauvages ». Les populations locales les aident en échange d’un salaire symbolique : des haches, du tissu ou des coquillages. Un des frères survivants avoue fièrement à la caméra, cinquante ans après les faits, qu’ils payaient un mois entier de labeur d’un seul coquillage ! Les Papous considéraient alors que la richesse d’un homme s’évaluait au nombre de coquillages qu’il pouvait arborer autour du cou…
Mais les trois géants blancs auront du mal à se faire passer longtemps pour des dieux… Des indigènes qui les observaient en cachette (et qui nous restituent leurs souvenirs, cinquante ans après les faits) se ruent un jour sur les excréments de l’un d’entre eux et réalisent que ces divinités ont des crottes qui sentent comme les leurs ! Ces hommes blancs tuent aussi sans raison : fusils contre flèches, le combat est inégal. Leurs ancêtres ne pouvaient se laisser aller à une telle lâcheté… Et les envahisseurs finissent de tomber de leur piédestal vacillant lorsque les Papous réalisent qu’ils ont aussi des pulsions sexuelles et « achètent » les plus belles femmes pour leur bon plaisir…

Il est difficilement compréhensible au spectateur que les Papous ne reprochent rien aux Leahy aujourd’hui : ni leurs maltraitances, ni le vol de leur Eden, ni la naissance de métis qu’ils ne reconnaîtront pas, ni le viol de la terre et des âmes. Les témoins indigènes de l’époque appellent toujours le leader des Leahy « Maître Mick » et se remémorent même, le sourire aux lèvres, les agissements des Leahy. Sans vouloir y voir l’horreur et la négation de la civilisation. Comme des parents qui riraient des bêtises de leurs enfants en fait ! First Contact s’amuse d’ailleurs à renverser la situation et exposer les Papous comme des sages qui regardent les colons comme des enfants gâtés qui apprennent à devenir des êtres sensés. C’est peut être le signe de la civilisation, finalement, qu’ils ont plus en partage que les blancs : savoir pardonner. Evidemment les partisans du colonialisme avanceront qu’ils vénèrent encore leurs supérieurs… Mais comment penser cela quand le film nie la hiérarchie des civilisations et lui préfère l’intelligence ?
Sans réaliser un véritable travail ethnologique -tel celui d’un Claude Lévi-Strauss qui, à la même période, étudiait des sociétés dites «primitives» indiennes en Amazonie (lire son fameux Tristes Tropiques)-, les frères Leahy, en plus de leurs pacotilles pour le troc et de leurs armes pour inspirer la terreur, avaient une caméra de cinéma et des appareils photographiques. Ils filmèrent donc ces populations avant qu’elles ne soient souillées et contaminées par la civilisation européenne. On peut se demander pourquoi ils acceptaient de laisser des traces de leurs méfaits, tout comme ces officiers nazis qui filmaient à la dérobée leurs camps d’extermination … Néanmoins, ces images apparaissent comme un témoignage d’un autre temps qui fait froid dans le dos quand on les met en parallèle avec celles des mêmes personnes, filmées cinquante ans plus tard. Les Papous sont restés tout aussi dignes mais ont adopté les oripeaux de l’homme blanc ; ils en arrivent même à donner l’impression de se moquer d’eux-mêmes lorsque les documentaristes décident de projeter en public les films tournés par les frères Leahy. Ils ne se reconnaissent plus : l’écran de cinéma n’est donc pas le miroir, la trace éternelle de nous-même dont nous avions rêvé ?
A cette question essentielle, First Contact ne prétend pas répondre, tant la question est plus importante que la réponse.

Nachiketas Wignesan

 
   





















FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Nommé au titre du meilleur documentaire aux Oscars 1984
    Grand Prix du Festival Cinéma du Réel 1983


    Réalisation: Bob Connolly & Robin Anderson
    Narrateur: Rich Oxerburgh
    Image : Tony Wilson, Dennis O'rourke
    Montage : Stewart Young, Martyn Down
    Musique : Ron Carpenter
    Editeur DVD : MK2 Editions
 
  •  LE DVD
    Image & Son : DVD 5
    Ecran: 4/3
    Format : 1/33
    Son: mono

    Langue:
    Anglais, Français
    Sous-titres:
    Français
    Durée du film:
    52'

    Tous publics