)))  MIGHTY JOE YOUNG
        
de Ernest B. SCHOEDSACK    / COLLECTION RKO

 

  • Aventure - 1949 - USA - durée: 1h34 - Inédit en DVD
  • Sortie à la Vente en DVD le 4 octobre 2006
  • Editions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 15 €


SYNOPSIS

Dans un but publicitaire, le patron d'une boîte de nuit de Hollywood organise une expédition en Afrique. Attaqué par un monstrueux singe géant, il est sauvé par Jill Young, la jeune fille qui a élevé l'animal nommé « Monsieur Joe ». Le duo est engagé et devient la vedette d’un cabaret à succès d’Hollywood. Mais « Monsieur Joe » ne supporte pas le dépaysement et sème la panique dans la ville...

POINT DE VUE
 

Ultime réalisation d’Ernest B. Schoedsack, Mighty Joe Young, est qu’il le veuille ou non le testament filmique de l’auteur culte de trois chefs d’œuvres incontestés : Chang (1927), The Most Dangerous Game (Les Chasses du Comte Zaroff-1932) et surtout l’inoubliable King Kong (1933) … Réalisé seize années après la sortie du King Kong original, Mighty Joe Young pâtit toujours de la comparaison (plus le temps passera et plus ce sera vrai), ce qui n’en fait pas pour autant un mauvais film mais pose surtout des questions sur l’évolution du cinéma hollywoodien…

L’histoire se veut plus complexe que celle de King Kong mais intéresse moins, essentiellement par son absence de poésie ou d’implications politiques : Jill Young est une fillette blanche d’environ 7 ans qui s’ennuie fermement dans une Afrique noire… Elle décide de troquer, à des hommes qui passent, la longue lampe torche de son père (n’y voyez point de symbole phallique !) contre un bébé gorille dont elle tombe sous le charme et le baptise Joe. Le père qui ne peut rien lui refuser accepte naïvement le nouveau venu pensant que ce grand singe anthropoïde servira de compagnon de jeu à sa Jill adorée, ne voyant en lui qu’une poupée un peu hirsute.

Douze ans plus tard, Jill est orpheline et n’a plus dans sa vie que Joe (environ 3 mètres de muscles) qui lui répond au doigt et à l’œil. Elle croise le chemin de Max O’Hara (Robert Armstrong) un patron de spectacles en quête d’animaux sauvages pour un show grandiose qu’il organisera sur la Côte Ouest et surtout son fidèle cowboy en chef, le fringant et ténèbreux Gregg (Ben Johnson) dont Jill doit selon la logique des scénarios de l’époque obligatoirement tomber amoureuse. Cette jeune femme intelligente se laisse convaincre qu’il serait bien mieux pour le bien de tous d’enchaîner Joe, le jeter dans la cale d’un bateau, traverser les océans… O’Hara transforme Joe en servile animal de cirque et conçoit des numéros lénifiants que Jill et son gorille apprivoisé donneront en couple (exit les troublantes relations « la belle et la bête » de King Kong), pour un public en recherche d’exotisme et de frissons faciles.

Le spectacle est un succès formidable, mais Joe est encagé tous les soirs et Jill tombe de plus en plus amoureuse de Gregg. Un soir, trois ivrognes décident de faire boire Joe qui se libère de sa cage et sème la panique dans la salle de spectacle qu’il détruit et terrorise le public… Après l’intervention de la police, un procès décide de sa mise à mort pour la paix publique… Jill, Gregg et O’Hara organisent donc la fuite de Joe au nez et à la barbe de la police… Course poursuite improbable… Sur le chemin de la liberté, les fuyards voient un orphelinat en proie à des flammes déchaînées et décident de sauver les pauvres enfants au risque de rater le navire de la liberté…

Evidemment, comme on s’y attendait, grâce à sa force et son courage surhumains, Joe est le seul capable de venir en aide aux incendiés et sauve au péril de sa propre vie une gamine. Signe que Mighty Joe Young est un film d’un autre temps, cette scène est teintée en un superbe rouge carmin pour figurer le feu –comme du temps du cinéma muet. Gracié, Joe est autorisé à repartir en Afrique avec Jill et Gregg qui vivront heureux et auront de nombreux enfants.

Si la narration n’offre aucune surprise peut-être le jeu d’acteur aura-t-il une truculence, des sous-entendus lubitschiens habituels dans le cinéma de l’époque ? Malheureusement non. Les acteurs sont comme mis au second plan –les effets spéciaux qui mélangent acteurs et animations du gorille l’imposaient sans doute- aussi leur jeu est souvent superficiel et gauche à commencer par celui de l’actrice principale, Terry Moore dont on dit qu’elle obtint le rôle principal en gagnant une course de vitesse à travers les studios –en effet elle a de bien belles jambes ! Même Ben Johnson (Gregg), acteur reconnu qui aura une carrière exemplaire venait de jouer dans un western mystique Three Godfathers (Le Fils du désert-1948) et allait tourner dans l’inoubliable et épique She Wore a Yellow Ribbon (La Charge Héroïque-1949), tous deux réalisés par John Ford qui co-produit Mighty Joe Young. Ben Johnson interprète son rôle avec une affèterie mêlée de gaucherie qui ne lui sont pas habituelles. Comme si les acteurs importaient moins que les effets spéciaux et qu’ils avaient été abandonnés à eux-mêmes… Ils remplissent d’ailleurs le cadre non pas par leurs corps mais des jacasseries interminables.

Reste donc les effets spéciaux conçus par Willis O’Brien auquel on doit les animations image-par-image (stop-motion en anglais) de The Lost World (Le Monde Perdu-1925-Harry O. Hoyt) ou de King Kong. Ce pionnier de l’effet spécial fut secondé sur Mighty Joe Young par le jeune Ray Harryhaussen dont on sait maintenant qu’il réalisa en réalité près de 80% des trucages. C’est le même génie aux poupées articulées plus qu’humaines qui créa les effets spéciaux hallucinants du The Seventh Voyage of Sinbad (Le Septième voyage de Sinbad–1958-Nathan Juran) et les envoûtants squelettes escrimeurs de Jason and the Argonauts (Jason et les argonautes-1963-Don Chaffey). Les effets spéciaux (qui technologiquement évoluent plus vite que la mise en scène ou le jeu d’acteurs) sont souvent époustouflants dans Mighty Joe Young par leur dynamisme et leur réalisme –comme dans le King Kong de 1933… Evolution notable, les animations image-par-image combinent action et mouvement de caméra et par le fait constituent le chaînon manquant entre des films magiques comme King Kong et Jason et les argonautes. Mais ils sont presque parfaits –trop technologiques- mais sont trop souvent dépourvus de la moindre poésie.

Guère de merveilleux, de folie, d’audace ou de monde intérieur… c’est l’absence de magie qui est le principal défaut de Mighty Joe Young qui reste un bon film d’action plutôt destiné à un jeune public. De plus, le film n’ose jamais insinuer, contrairement à King Kong, qu’il pourrait exister des relations ambiguës sexuelles entre la femme blanche et l’homme noir/gorille… À quoi Jill peut-elle s’amuser toute la journée avec son gorille –mystère. Pourquoi est-elle si attachée à une brute poilue, violente et grogneuse ? Encore moins de suggestion d’un trio amoureux entre Jill, Joe et Gregg. Ce dernier ayant jeté en prison Joe pour se débarrasser de son concurrent et rival amoureux…

Mighty Joe Young touche déjà au politiquement correct qui sera de mise dans les années suivantes à Hollywood avec la fin de l’Age d’Or. D’ailleurs, comme d’un aveu d’échec ou d’une découverte de la métamorphose d’Hollywood, Ernest B. Schoedsack termine son film par un message filmé du trio en Afrique qu’ils envoient à O’Hara. Projetés sur un écran, les trois protagonistes saluent en silence alors que O’Hara articule sentencieusement : « Ils sont enfin chez eux » ! Il parle peut-être des héros d’un cinéma audacieux d’un autre temps (=King Kong, par exemple) qui sont partis pour ne plus revenir et ne reviendront plus dans un cinéma de la logique du happy-end.


Nachiketas Wignesan

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Titre français: Monsieur Joe
    Oscar des Meilleurs effets spéciaux en 1950

    Réalisation
    : Ernst B. Schoedsack
    Avec: Terry Moore, Ben Johnson, Robert Armstrong
    Scénario: Ruth Rose d’après une histoire de Merian C.Cooper
    Effets spéciaux : Will O’Brien et Ray Harryhausen
    Production : Merian C.Cooper et John Ford (exécutif), RKO
  •  LE DVD
    DVD 5 - Zone 2- PAL - Tous publics - noir & blanc
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1/33
    Son: Mono Dolby Digital

    Langue:
    Anglais, Français
    Sous-titres:
    Français
    Durée du film:
    94'

  • BONUS  
    * Présentation de Serge Bromberg
NOTES

Ernest B.Schoedsack réunit d’ailleurs pour l’occasion une partie de l’équipe du King Kong de 1933 : Merian C.Cooper produit le film avec John Ford, Will O’Brien, animateur de génie qui avait créer les effets spéciaux de King Kong, est secondé par son successeur officieux, le grand Ray Harryhausen (trucages du Septième voyage de Sinbad et Jason et les Argonautes).

Un remake de « Monsieur Joe » sera produit en 1998 par Walt Disney avec Charlize Theron sous le titre, Mon ami Joe.