)))  DOUCHES FROIDES
        
de Antony CORDIER                      

 

  • Teen movie - 2005 - France - durée: 1h42 (+ 48' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 16 Mars 2006
    Éditions BAC Vidéo
  • Prix de vente conseillé : 22,99€

SYNOPSIS

À 17 ans, Mickaël est capitaine de l’équipe de judo et prépare le bac. Tout irait bien si sa famille n’avait pas des problèmes d’argent chroniques. Et surtout s’il n’était pas tenté de partager sa fiancée de toujours, Vanessa, avec Clément, nouvellement arrivé, dont le riche père est de venu un sponsor de l’équipe.
POINT DE VUE

Si Antony Cordier définit Douches froides comme un teen movie, ce qu’il retient du genre est la notion d’apprentissage. Le héros, Mickael est sur le point de sortir de l’adolescence puisque le film se déroule l’année du bac. Il découvrira que le monde est plus vaste qu’un tatami et la vie plus complexe qu’une prise de judo. Cette époque charnière sera l’occasion pour le héros d’expérimenter trois rapports au monde.
Le premier rapport est évidemment vu sous l’angle de la compétition puisque Mickael est capitaine de l’équipe de judo. Le second est social, le réalisateur opposant le milieu prolétaire de Mickael à celui, bourgeois, de Clément. Le troisième est sexuel et sentimental, puisque les trois personnages, Mickael, Clément et Vanessa font l’expérience d’un trio amoureux. L’auteur décline ces thématiques sans tomber dans la facilité : le sport ne définit aucun communautarisme et la compétition ne se solde pas par une victoire ; les classes sociales ne s’affrontent pas grossièrement ; la sexualité n’est ni idéalisée ni jugée.

Comme Fassbinder, Antony Cordier envisage le monde selon des rapports de domination. Ce n’est pas l’appât du gain qui motive l’entrepreneur Steiner (l’excellent Aurélien Recoing) à sponsoriser l’équipe de judo mais davantage une volonté de puissance plus profonde, celle de posséder les jeunes garçons dès l’adolescence. On se doute que la plupart, à leur sortie du lycée, iront travailler dans les entreprises du même Steiner. Le caractère fassbiderien du film réside dans sa méthode d’écriture : Cordier dresse du patronat un portrait symbolique, mythique, pour montrer son contrôle, non seulement sur l’économie, mais sur la vie intime et sur les corps. Chez Mickael cette emprise se traduit par un programme physique astreignant : maigrir de 9 kilos en trois semaines pour baisser d’une catégorie lors de championnats de judo.

Lors de la fête, qui est l’un des pivots du film puisque les judokas et leur famille sont invités dans la maison du « Maître », Mickael est soumis à une pesée devant son entraîneur et un médecin. La nature esclavagiste de Steiner est alors clairement soulignée. En montrant la riche famille bourgeoise comme une congrégation vampirique, Cordier rejoint une forme de fantastique social. Le vampire a toujours été une figure politique, celle du seigneur « saignant » son peuple. L’amaigrissement de Mickael se confond avec l’anémie, classique symptôme des victimes des vampires. Autour de la famille Steiner plane une menace latente : violence presque mafieuse pour Steiner et prédation sexuelle pour la mère. Pourtant, rien ne s’actualisera : la seule brutalité restera celle, figée, des classes sociales. Que Steiner, handicapé, soit cloué dans un fauteuil roulant ne le diminue en rien. Au contraire, il apparaît comme un homme de fer, alors que le destin prolétaire semble être de s’épuiser et de s’éreinter.

Avant que Mickael ne commence son régime draconien, son monde est en voie d’amenuisement. La famille de Mickael s’éclaire à la bougie et prend des douches froides (d’où le titre du film) pour réduire la facture. Pourtant, et c’est l’un des miracles du film, alors que leur situation matérielle est au plus bas, les parents ont un retour d’affection et se retrouvent soudain plein d’amour l’un pour l’autre. L’écriture du cinéaste est certes dialectique mais pas manichéenne. Alors que Mickael s’enfonce dans son ascèse, le monde autour de lui devient affamé, sexuellement en premier lieu. Les parents se conduisent comme des adolescents et sa petite amie préfère faire l’amour avec deux garçons plutôt qu’un.
C’est justement dans cette représentation d’un trio amoureux que Cordier laisse entrevoir la possibilité d’un monde en dehors de règles. Au début, il y a l’entraînement clandestin des garçons dans le gymnase désert plongé dans l’obscurité. La jeune fille se joint à leur lutte et la fait dériver vers l’étreinte amoureuse. La scène, qui ne répond à aucun code préétabli de l’érotisme, atteint la dimension utopique du final de Ken Park (Larry Clark). Les adolescents par la libération de leurs désirs créent un monde hors du système de classe, de la compétition et du jugement des adultes.



Stéphane Du Mesnildot

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Prix 2005 de la Fondation Diane et Lucien Barrière
    Prix Louis Delluc du Premier film 2005


    Sortie en salle : 22 Juin 2005

    Réalisation
    : Antony Cordier
    Production: Why Not Productions / Canal+ / TPS Cinéma
    scénario: Antony Cordier avec la collaboration de Julie Peyr
    image: Nicolas Gaurin
    montage: Emmanuelle Castro
    son: Pierre Tucat, Nicolas Moreau, Nicolas Naegelen
    musique: Nicolas Lemercier
    décor: François Girard
    costumes: Sophie Goudard
    assistante mise-en-scène: Céline Savoldelli
    casting: Marion Touitou

    Johan Libéreau (Mickael)
    Salomé Stévenin (Vanessa)
    Florence Thomassin (Annie)
    Jean-Philippe Écoffey (Gérard)
    Claire Nebout (Mathilde Steiner)
    Aurélien Recoing (Louis Steiner)
    Pierre Perrier (Clément)
    Denis Falgoux (L'entraîneur)
    Magali Woch (La sœur de Mickael)
    Camille Japy (La femme de l'entraîneur)
    Dominique Cabrera (L'infirmière)

    Site officiel du film

  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - tous publics
    Durée du DVD1: 1h46
    Image & Son :
    Ecran: 16/9ème Compatible 4/3
    Format : 1:66
    Son: dolby digital 5.1

    Langue:
    français


  • BONUS (48')


    *Beau comme un camion de Antony Cordier (42')
    Beau comme un camion
    , film de fin d’étude de La fémis, est un documentaire qu’Antony Cordier a consacré à sa famille. Bien plus qu’un complément, il s’agit d’une œuvre originale qui offre des clés indispensables pour la compréhension de Douches froides. Si le film a été réalisé pour la section montage, il est également remarquable par son écriture. Le cinéaste s’interroge sur la faillite de son milieu, que l’on définira comme prolétaire, à dépasser sa condition. Sous prétexte qu’« il n’y a pas de faignants dans la famille » (phrase ayant valeur de maxime depuis des générations), les enfants sont envoyés en apprentissage dès l’adolescence. Le milieu semble posséder une force d’inertie qui annihile tout combat, toute énergie. Si Antony Cordier peut effectuer cette archéologie familiale, partir de la grand-mère pour arriver à son jeune neveu, c’est parce qu’il a suivi un parcours à contre-courant. Alors que son frère est parti travailler dès 16 ans, Antony Cordier a emprunté une voie intellectuelle dont le résultat est justement le film. Bien sûr, le cinéaste a aussi conscience qu’il réalise les aspirations de sa mère brimée dans ses études. Dans l’investissement dont il a été l’objet, il se sent porteur d’une dette qu’il lui faudra rembourser un jour, peut-être au profit des générations à venir. Alors que certains exercices approchants, comme les films de Rémy Lange (Omelette), tournent au règlement de compte cruel, on apprécie l’approche d’Antony Cordier, dépassant la petite histoire de famille pour aboutir à un cadre social et politique plus vaste.SDM



    Photos de tournage commentées
    Ce diaporama est avant tout l’occasion pour Antony Cordier de présenter avec humour l’équipe technique. SDM


    * Scènes coupées
    (5'55)
    Antony Cordier se prête à cet exercice obligé mais y met des précautions, relevant ce que la pratique peut avoir de contre-nature. On verra Mickael aller chercher son père au bar. Vanessa discuter avec une amie de son expérience amoureuse avec les deux garçons. Mickael et Vanessa à la cafétéria se demandant s’ils vont renouveler leur expérience avec Clément. Le cinéaste nous fait comprendre la raison de la suppression de ses scènes en effet trop explicatives. SDM


    * Bandes annonces
INTERVIEW DE ANTONY CORDIER


La première image du film, c'est un tableau noir…
Je viens de là, de l'école républicaine comme on dit. J'ai tout appris à l'école, même le cinéma puisque j'ai appris le montage à la Fémis. C'est sans doute pour ça, c'est ce qu'il y a à l'origine: un tableau noir… Le premier film que j'ai fait, Beau comme un camion, c'est un documentaire sur ma famille. Je me suis senti socialement et artistiquement autorisé à faire du cinéma à partir du moment où les films m'ont amené à parler avec les gens de ma famille, comprendre pourquoi, quand j'étais enfant, on me disait “ qu'il ne fallait pas faire ouvrier”.

Quelle est l'idée de départ ?
Le monde ouvrier accorde beaucoup d'importance à la notion d'effort, de sacrifice : il faut souffrir dans la vie, il faut en baver. Je voulais voir jusqu'où ça pouvait nous mener, cette logique du sacrifice, dans tous les domaines, et en particulier dans le domaine du coeur. Qu'est-cequ'on a à sacrifier en amour ? Pourquoi ? Quel plaisir est-ce que ça peut procurer ?

C'est une forme de masochisme !
Presque ! Ce que je trouve étonnant, c'est qu'il y a des gens qui ,trouvent leur bonheur en se privant de choses essentielles. Des, ascètes par idéologie, pas par spiritualité. Dans le film, la famille coupe l'électricité et ils se mettent tous à vivre dans le noir, sans pouvoir se servir ni du micro-onde, ni de la télé, ni du rasoir : c'est un défi lié à la nécessité de faire des économies mais on sent bien que ça leur apporte presque du bonheur !

Cette famille qui s'éclaire à la bougie, c'est une histoire vraie ?
Ah non, c'est fictif, mais je viens d'une famille où l'on était très ,préoccupé des conditions de notre survie. Ce n'est pas tout le monde ,qui est comme ça. Si on voulait survivre, il fallait économiser sur ,un peu tout : l'électricité, le chauffage, la bouffe, les vacances, les vêtements… On ne choisit pas cette manière de vivre, cette culture.
Elle s'impose à vous parce que le travail ouvrier est très mal payé, ,payé juste en dessous de ce qu'il faudrait pour survivre normalement :, ça oblige les gens à trouver des combines, à être un peu dans, l'illégalité, et ça maintient un climat de peur.

Pourquoi avoir choisi le judo ?
Si j'ai commencé à écrire sur le judo, c'est parce qu'il s'agit du sport que je connais le mieux, pour l'avoir longtemps pratiqué, mais j'avais dans l'idée de changer de sport en cours d'écriture, de parler d'athlètes par exemple. Mais l'histoire du régime que s'impose Mickael ,a pris tellement d'importance que le judo est devenu indéboulonnable. Un combat de judo, ce n'est pas toujours très agréable à regarder, mais je savais ce que j'avais envie d'aller chercher. “ Politiquement ”,, c'est intéressant : c'est un art martial qui a été inventé par un homme, qui mesurait 1m55 et qui voulait développer une méthode de combat, qui permette aux petits de battre les plus grands en utilisant la force, de leur adversaire.

Dans le film, ils font du judo par équipe, avec un combattant par, catégorie de poids : on dirait un peu les Dalton…
Oui, c'est comique et en même temps c'est malin comme organisation : une équipe de judo, c'est comme une microsociété utopique où, les handicaps de poids (beaucoup trop léger, un peu obèse) deviennent, des avantages…On ne voit jamais de judo au cinéma mais, en France, c'est le 3e sport au nombre de licenciés.Tout le monde a fait un an, ou deux de judo. Dans l'équipe, il y avait des techniciens qui avaient pratiqué le judo enfant et qui étaient vraiment émus de remonter sur un tatami ! C'est un sport qui marque d'abord… philosophiquement.

Est-ce que c'est un film sur l'adolescence ?
L'adolescence en elle-même ne m'intéresse pas énormément. Jamais il n'a été question de faire une chronique naturaliste de l'adolescence, surtout pas ! Les personnages ne parlent pas tellement comme “ des ados d'aujourd'hui ” . Non, ce qui m'intéresse, ce sont les différences, et à 17 ans, la question de la différence se pose de manière très crue - la différence sociale, la différence sexuelle…

À la limite, oui, ce qui m'intéressait, c'est qu'à l'adolescence on peut être très libre sexuellement, très partant pour expérimenter des “figures ” . Faire l'amour à trois, ça ne veut pas forcément dire qu'on est partouzeur dans l'âme, ça peut juste vouloir dire qu'on a un rapport très sensuel aux amitiés… et qu'on cherche les limites et le sens de sa propre sexualité. Et puis à 17 ans, on peut encore voir la sexualité comme une performance. Le nombre, la durée, les positions, l'endroit où “ on l'a fait ” , ça a de l'importance. Je trouve que c'est touchant.

(extraits du dossier de presse)

FILMO ANTONY CORDIER


RÉALISATION
2005 / Douches froides
2004 / Ken Loach: Continuity (documentaire, 22')
2003 / Jean Douchet,Arnaud Desplechin, une conversation (documentaire, 23')
2000 / La vie commune (cm, 26')
1999 / Beau comme un camion (documentaire, 42')


 

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