Luigi
Cozzi, connu aussi sous le pseudonyme de Lewis Coates, fait parti
des réalisateurs atypiques du cinéma italien d’exploitation
des années 70 à fin 80, car il n’a jamais pu obtenir
totalement les moyens de ses ambitions qui étaient dès
le départ de faire de la science-fiction ambitieuse digne d’un
George Lucas transalpin. Mais l’industrie du cinéma italien,
bien que prolifique à l’époque, n’était
pas Hollywood et la plupart des films de genre en Italie se montaient,
dans le meilleur des cas, avec le tiers du budget total d’un
film de studio américain. Les scénarios étant
rédigés à la vas-vite pour profiter rapidement
du succès des films de divertissement internationaux qui sortaient
à ce moment-là sur les écrans, comme les illustres
Zombie de Georges Romero ou Jaws de Spielberg, allant
même parfois jusqu’à jouer sur la confusion du
spectateur en proposant des affiches presque similaires à ces
films ou des titres se référant directement à
une possible séquelle, exemple avec le non-moins réussi
Zombi 2 de Lucio Fulci qui prend bien soin d’ôter
la lettre « e » à son titre afin de s’éviter
un éventuel procès pour plagiat.
Refusant de se contenter d’enchaîner les commandes à
petit budget comme tout bon artisan de l’industrie cinématographique
italienne de cette époque et qui a produit le meilleur (Lucio
Fulci, Sergio Martino, Dario Argento) ou le pire (Bruno Mattei, Claudio
Fragasso), la carrière de Luigi Cozzi en tant que réalisateur
a été en conséquence relativement courte, ce
dernier n’ayant fourni au total qu’une dizaine de films
pour le cinéma avant de se tourner vers la télévision.
Ce qui fût aussi le cas plus tard pour la majeure partie de
ses confrères, dont certains, comme Sergio Martino, sont encore
actif aujourd’hui et louent leur savoir-faire à la petite
lucarne.
La vocation de cinéaste de Luigi Cozzi fût nourrie dès
son plus jeune âge par des classiques du cinéma de science-fiction
des années 50 comme Des monstres attaquent la ville,
Le monstre des temps perdus, Les envahisseurs de la planète
rouge ou Les survivants de l’infini. Après
des années d’apprentissage en tant que scénariste,
réalisateur de seconde équipe et une première
œuvre s’inscrivant dans le registre du film sentimental
(Passion violente), Luigi Cozzi mettra en scène son
premier film de science-fiction en 1979 : Starcrash, une
vision très référentielle et pour le moins personnelle
du genre Space Opéra, depuis resté objet de
vénération pour les fans un peu déviants de bizarreries
de science-fiction au charme kitch.
Même si StarCrash se revendique directement de
Star Wars, ses effets spéciaux artisanaux évoquent
plus le travail de Ray Harryhausen (Le choc des titans) que
celui plus avant-garde de Douglas Trumbell (Blade Runner, Silent
Running). Dans le casting de ce film on reconnaît David
Hasselhof ici dans ses premiers « exploits », Joe Spinell
et la britannique très sexy Caroline Munro. Ces derniers font
pâle figure face aux personnages de la saga de Lucas, rangeant
le film directement dans la catégorie des nanars spaciaux rigolos.
Revoir aujourd’hui la combinaison en plexiglas de Caroline Munro,
les maquettes colorées des vaisseaux spatiaux, le tout porté
par des dialogues rédigés par un élève
de cinquième est un grand moment de comique involontaire. Luigi
Cozzi n’en demeure pas moins très fier de ce film qui
connaîtra étonnement un petit succès international
et aura même droit à quelques bonnes critiques dans des
revues de cinéma fantastique.
Suite au succès de Starcrash, Luigi Cozzi met en scène
un second film, ce sera Contamination (au titre original
plus explicite de Alien arriva sulla terra), un métrage
s’inscrivant encore une fois dans le registre de la science-fiction
mais avec une iconographie d’ensemble cette fois plus réaliste
et s’approchant du polar, rappelant même l’esthétique
de la série James Bond par instant. Mais c’est surtout
du côté du premier Alien réalisé
par Ridley Scott qu’il faut trouver la plus grande influence
de ce film, qui nous arrive aujourd’hui pour la première
fois en France en édition dvd collector. Mais une autre référence
de Contamination est le classique de Don Siegel Invasion
of the body snatcher (et ses deux remakes plus ou moins heureux
de Philip Kaufmann et Abel Ferrara), avec cette idée d’organisme
extra-terrestre se présentant sous la forme d’œufs
verdâtres ramenés de l’espace, ici de Mars précisément,
dans le but d’envahir la Terre. Le film est porté par
de bons effets spéciaux artisanaux et un solide casting où
l’on retrouve quelques figures connues du cinéma Italien
d’exploitation de l’époque, en tête le comédien
anglais Ian Mc Culloch, vu l’année précédente
dans l’Enfer des Zombies (Zombi 2) de Lucio Fulci.
Contamination comporte peu d’éléments
du cinéma de science-fiction habituel comme les vaisseaux spatiaux
où les combinaisons argentiques, mis à part une courte
et belle séquence sur Mars avec la découverte de l’antre
des œufs par deux astronautes. Il n’est pas ici question
d’une attaque de courageux marines contre de méchants
envahisseurs venus de l’espace comme dans Aliens le retour
(bien qu’un dialogue en forme de clin d’œil nous
renvoit au film de James Cameron), le film se présentant plus
sous la forme du film d’aventures avec l’enquête
sur l’origine de ces mystérieux œufs, que l’on
ne tarde pas à découvrir d’origine extra-terrestre,
ce qui donne lieu à des dialogues savoureux du style : «
- Nous ne pensons pas qu’ils proviennent de notre planète…
- Ainsi vous voulez dire qu’ils proviennent d’une autre
planète ? ».
La séquence finale qui nous explique enfin l’origine
des œufs en la figure d’un martien sorti tout droit d’un
comics des années 50, achève de nous convaincre que
Contamination est une petite série B divertissante
où il ne faut pas chercher un quelconque message politique
ou philosophique. Mais à la différence d’autres
produits du genre, le tout est réalisé avec soin par
un réel amoureux du cinéma de science-fiction et cela
se sent, c’est ce qui apporte le petit plus de sincérité
et de sympathie à ce film. Il est à noter que Contamination
a fait sa réputation pour ses scènes gores d’explosions
de tripailles expulsées du corps humain des pauvres victimes
(on repense encore à Alien) et elles sont assez bien
conçues pour l’époque.
Déçu de ne pas réussir à monter d’autres
projets aussi « ambitieux » par la suite, Luigi Cozzi
abandonne définitivement le cinéma en 1989 après
quelques œuvres mineures comme son désolant Hercules
avec le body builder Lou Ferrigno (le Hulk de la série télévisée)
pour se consacrer exclusivement à sa boutique/ musée
de cinéma fantastique Profondo Rosso, fondée
à Rome avec l’aide de son confrère Dario Argento,
dont Cozzi fût un des plus grands collaborateurs.
L’édition de ce dvd de Contamination est à
saluer car elle nous permet de voir ou revoir dans de bonnes conditions
ce fleuron de la série B italienne. Contamination
restant à ce-jour une des grandes réussites du cinéma
de genre transalpin.
Thierry Carteret