| |
|
)))
LE PRESSENTIMENT
de
Jean-Pierre DARROUSSIN
|
|
|
|
-
Comédie dramatique - 2006 - France - durée: 1h40 (+Bonus)
- Sortie
à la Vente en DVD le 17 avril 2007
BAC
Films
-
Prix de vente conseillé : 20€
|
|
 |
|
 |
|
Charles
Benesteau, avocat au barreau de Paris, a rompu avec le milieu bourgeois
auquel il appartient. Il a quitté femme, famille et amis pour
aller vivre solitaire et anonyme parmi les "petites gens"
d'un quartier populaire de Paris. Là, sa volonté d'être
un autre homme, de s'extraire de l'histoire, de s'effacer pour devenir
celui qu'il rêve d'être, se heurte à de nouvelles
intrigues, à la suspicion et aux malentendus que provoque son
dévouement désintéressé.
|
|
| POINT
DE VUE |
|
|
Premier
long métrage de l’acteur Jean-Pierre Darroussin, Le
Pressentiment est une œuvre énigmatique, à la
fois drôle et subtile, des qualités finalement propre à
l’acteur. En effet Jean-Pierre Darroussin est l’archétype
même de l’acteur clown blanc, irrésistiblement drôle
et mélancolique, souvent sur le fil, ce qui lui a apporté
à ses débuts, des seconds rôles riches et complexes.
Membre
de la famille cinématographique de Guédiguian et du tandem
Bacri-Jaoui, l’acteur Darroussin est un familier des films de
groupe, populaires et drôles comme le prouve sa jouissive interprétation
de beatnik lunaire dans Mes meilleurs copains de Jean-Marie
Poiré en 1989 ou plus récemment dans le 15 août
de Patrick Allessandrin en 2000 et Le cœur des hommes de
Marc Esposito en 2002. Ce sont ces rôles secondaires qui lui ont
apporté la reconnaissance de ses pairs (César du meilleur
second rôle en 1997 pour son rôle dans le film Un Air
de famille) et lui ont permis de devenir, à la fin des années
90, un acteur de premier plan. Un acteur bankable selon l'expression.
C’est donc en 1998 dans Le Poulpe du talentueux Guillaume
Nicloux (Si on ne tient pas compte de son dernier film, Le concile
de Pierre, film de commande tout pourri!) que Jean-Pierre Daroussin
se retrouve pour la première fois en tête d’affiche.
Un polar où il incarne Gabriel Letourneur, alias le Poulpe, sorte
de détective délicieusement cynique, qui se balade dans
un univers déjanté et noir, à la ringardise assumée.
Vraisemblablement le meilleur film de Darroussin, où Nicloux
a eu l’intelligence de choisir cet acteur pour son ambiguïté.
Et ce n’est pas non plus un hasard, si Bertrand Blier lui a demandé
de rejoindre l’équipe de Combien tu m’aimes
en 2005 avec des acteurs aussi décalés que lui, tel Edouard
Baer.
Le Pressentiment est donc une étape pour le comédien
misant sur son expérience de comédien au service d’un
film simple, fort de sentiments bruts et permettant de rendre hommage
aux seconds rôles qui finalement nourrissent le film. Et le pressentiment
de passer derrière la caméra ne date pas d’hier.
Un vieux rêve que Jean-Pierre Darroussin mûrit depuis 25
ans. Un temps nécessaire pour l’acteur qui n’osait
pas prendre la parole pour s'adresser aux spectateurs, préférant
se camoufler derrière le texte des autres et leurs envies comme
beaucoup d’autres acteurs. Sa collaboration au niveau de l’écriture
avec Valérie Stroh, actrice et réalisatrice, lui a donc
permis de franchir cette étape. C’est ensemble qu’ils
vont adapter l’une des œuvres les plus emblématiques
d’Emmanuel Bove (1898-1945), un auteur majeur de l’entre-deux-guerre,
qui a lui-même connu cet écart social dont traite le film.
Doit-on accepter ce que l’on est ou doit-on tout renier pour renaître
à une vie que l'on ignore et qui peut nous enrichir d’une
autre façon ? C’est finalement l’enjeu dramatique
du film qui commence par la voix-off du personnage principal, Charles
Benesteau (interprété par Darroussin) « Qu’est-ce
que je fous ici ? ». Une relecture du roman de Bove, où
Jean-Pierre Darroussin et Valérie Stroh ont préférés
transposer cette histoire des années 30 à notre époque,
afin de conserver une résonance sociale plus actuelle. Après
un très joli générique sur un mur écaillé,
annonçant la mue du personnage principal, nous suivons donc Charles
Benesteau, ancien avocat au Barreau de Paris qui décide de rompre
avec son milieu d’origine, la bourgeoisie. Installé dans
un petit appartement d’un quartier populaire de Paris, il déambule
sur son vélo, illustration parfaite de son reclassement social
volontaire, et va essayer de trouver sa place auprès des «
petites gens ». Il va alors tenter d’échapper à
la fatalité de sa condition, tiraillé entre les membres
de sa famille qui ne comprennent pas ce renoncement social et les habitants
de son nouveau quartier, perplexes sur son dévouement désintéressé.
Vivant seul dans son appartement, tentant d’écrire pour
mieux se comprendre, Charles Benesteau est alors forcé de recueillir
une adolescente renfermée, Sabrina, après une violente
dispute entre ses parents. Les habitants du quartier voient en ce personnage
original, un messie, capable de sauver cette jeune fille. Mais très
vite, les ragots vont bon train, lorsque celui-ci se rapproche un peu
trop de Sabrina et tente de lui donner un peu d’amour et de joie
de vivre. Point fort du film, où l’on voit finalement que
les idées reçues n’ont pas de barrières sociales.
Cette jeune adolescente, vierge de tous préjugés va accepter
Charles Benesteau dans ce monde qui lui est étranger. Autre idée
intéressante du film, la maladie du personnage, développée
en filigrane, qui permet au réalisateur Jean-Pierre Darroussin
de faire imaginer son propre enterrement au cours duquel on voit défiler
tous les personnages du film, mêlant ancienne et nouvelle vie.
Une mort pour l’autre, qui lui permet, après ce rêve,
d’être enfin libre.
Un très bon film donc, maîtrisé, avec une mention
toute particulière à Hippolyte Girardot qui interprète
l’un des frères de Charles, Marc Benesteau, le seul finalement
à le comprendre; on le retrouve dandy et légèrement
loufoque tel qu'il nous apparaissait dans le récent Rois
et Reine de Arnaud Desplechin. Jean-Pierre Darroussin distille
également un humour acerbe en s’attaquant au pédantisme
et à la superficialité des milieux artisticos-bobos, notamment
lors d’une scène où le personnage principal se retrouve
chez son ex-femme, entouré d’artistes discutant du travail
du peintre Gustave Moreau. L’un des personnages, caricature de
l'intello parisien aux lunettes noires et à la cravate excentrique,
lance dans la conversation : « Je vais vous dire un truc que
vous n’allez pas comprendre… » La discussion
devient savante et élitiste et le personnage de Darroussin en
est clairement exclu. La critique va alors prendre tout son sens et
par là même donner le ton du film, lors d’une scène
au cours de laquelle Charles Benesteau alias Darroussin cinéaste
explique à Sabrina avec clarté et simplicité l'art
du peintre Matisse.
Julien Bourières
|













|
|
| |
|
FICHE
TECHNIQUE
|
|
- LE
FILM
Sortie
en salles le 4 Octobre 2006
Réalisateur : Jean-pierre Darroussin
Scénario : Jean-pierre Darroussin, Valérie Stroh
d'après de le roman éponyme de Emmanuel Bove
Avec:
Charles Benesteau : Jean-pierre Darroussin
Isabelle Chevasse : Valérie Stroh
Sabrina Jozic : Amandine Jannin
Gabrielle Charmes-Aicquart : Nathalie Richard
Marc Benesteau : Hippolyte Girardot
Edith Benesteau : Laurence Roy
Edouard Benesteau : Alain Libolt
Monsieur Serrurier : Aristide Demonico
Madame Serrurier : Michèle Ernou
Farida Garibaldi : Vittoria Scognamiglio
Monsieur Garibaldi : François Monnie
Helena Jozic : Natalia Dontcheva
Thomas Jozic : Ivan Franek
Eugénie : Mbembo
Vieil homme : Maurice Chevit
Jean : Patrick Bonnel
Victor Chevasse : Lou-nil Font-ventre
Professeur Andrieu : Marc Berman
Voisine 1 : Christine Joly
Voisine 2 : Patricia Dinev
Ami cimetière : Didier Bezace
1ère assistante réalisation : Valérie
Mégard
Chef monteuse : Nelly Quettier
Directeur photo : Bernard Cavalié
Chef opérateur son : Jean-pierre Duret
Chef décorateur : Michel Vandestien
Mixeur : Dominique Gaborieau
Directeur de production : Philippe Hagege
Régisseur général : Bruno Ghariani
Casting : Brigitte Moidon, Florence Ayivi
Scripte : Virginie Barbay
Monteuse son : Valérie Deloof
Chef costumière : Karen Serreau Muller
Chef maquilleuse : Silvia Carissoli
Musique originale : Albert Marcoeur
Photographe de plateau : Nathalie Mazéas
Producteur : Patrick Sobelman
Distributeur : BAC Films
Editeur DVD : Bac Vidéo
|
|
- LE
DVD
DVD 5 - PAL - Zone 2 - couleurs
Image
& Son :
Ecran:
16/9 compatible 4/3
Format : 1:85
Son: 5.1 Français
|
|
- BONUS
* C'est trop con !
Court
métrage inédit de J.P. Darroussin (12 minutes)
* LIens internet
* Bandes-annonces
|
|
NOTES
DE TOURNAGE
|
|
Il
aura fallu douze ans à Jean-pierre Darroussin pour passer derrière
la caméra afin de réaliser un long-métrage. Douze
ans de patience, d'attente et d'expérience pour en arriver
au Pressentiment. Ce film est adapté du roman éponyme
d'Emmanuel Bove et relate la crise d'adolescence tardive d'un homme
mûr. Ce personnage est interprété par… Jean-pierre
Darroussin qui s'est entouré de l'actrice coscénariste
du film Valérie Stroh et des comédiens Didier Bezace
(Mariages !), Jacques Weber (Don Juan, Sept Ans De Mariage)
et Hippolyte Girardot (Le Tango Des Rashevski).
Avant de devenir réalisateur, Jean-pierre Darroussin voulait
connaître son métier d'acteur et forger une solide amitié
avec le réalisateur Robert Guédiguian. Ces deux compères
se connaissent depuis 1985 et depuis, ont tourné dix films
ensemble Leur amitié est telle que Robert Guédiguian
produit le premier film de Darroussin via sa société
Agat.
Le grand saut pour Jean-pierre Darroussin débutera le 18 juillet
à Paris pendant huit semaines.
(éléments
de presse)
|
|
INTERVIEW
DE JEAN-PIERRE DARROUSSIN
|
|
Pourquoi
avez-vous choisi d’adapter le roman d’Emmanuel Bove intitulé
Le Pressentiment pour la réalisation de votre premier
long métrage ?
Peut-être parce que ce livre, que j’ai lu il y a vingt
ans, est resté imprimé en moi depuis. J’avais
gardé le souvenir d’un récit assez mystérieux,
hanté d’éléments troublants comme, par
exemple, la façon dont les personnages évoluent, et
notamment le héros qui parvient à s’abstraire
du réel dans le sens où il ne vit pas la situation qui
existe autour de lui. Il est comme sur une scène de théâtre,
il y circule sans être apparemment concerné par le monde.
Pour moi, la problématique traitée par Emmanuel Bove
est la manière dont on ne parvient pas à comprendre,
à maîtriser son existence.
Pourquoi cette problématique vous a-t-elle spécialement
touché ?
Parce que je ne me sens pas totalement impliqué dans la vie.
J’essaie toujours de rester dans un état d’affranchissement
d’une codification trop élaborée de notre société
où tout est trop standardisé, dans laquelle il faut
essayer de correspondre au schéma qu’on a tenté
de vous inculquer et de m’inculquer. C’est pour cette
raison qu’il y a à la fin du film une réplique
écrite à propos du personnage que je joue : «
Il était quand même un peu spécial ». Cette
phrase je l’entends souvent à mon propos.
Vous avez écrit le scénario avec Valérie Stroh,
comédienne et réalisatrice, pourquoi ?
Je n’ai jamais pensé écrire seul. Je trouve bien
de se confronter au point de vue de quelqu’un. Les idées
naissent souvent du dialogue avec l’autre, de la façon
dont on accueille quelque chose auquel on n’avait même
pas pensé soi-même, comment ça nous fait rebondir
et réagir. Avec Valérie Stroh, nous avons commencé
par lire et relire le roman pour dégager les scènes
qui nous paraissaient essentielles au déroulement de l’intrigue.
Puis nous avons fait un travail d’adaptation à notre
époque. Nous avons donc changé les caractères
des personnages et certaines situations. Nous avons également
développé la fin, qui dans le livre tient en quelques
lignes, pour laisser naître toute une fantasmagorie, et une
possibilité de rédemption des personnages. La fin est
donc devenue autant fantasmée que réelle. C’est
une mise en parallèle de la rêvasserie du personnage
à travers ses pertes de conscience, avec une réalité
probable, possible. Tout finit par se confondre et laisse au spectateur
plusieurs possibilités.
C’est-à-dire ?
Le fait que le spectateur ne sache plus vraiment s’il est dans
la réalité ou non, rejoint le propre du déroulement
du film, car le héros s’abstrait aussi du réel
bien que le réel cherche toujours à le rattraper et
à le rendre objectif. Or ce personnage ne cherche qu’à
être subjectif. Il veut être son propre sujet. En ça,
Le Pressentiment est un film sur une tentative de désaliénation,
une recherche de libération du fonctionnement de tout ce qui
peut vous enfermer inconsciemment ou consciemment dans des schémas.
Et si ce sujet m’a, comme ça, tenu sans que je le sache
pendant si longtemps, si j’y suis revenu, je pense que c’est
aussi parce que c’est un sujet sur le déclassement que
j’ai vécu dans ma vie et à travers mon métier.
Etre acteur m’a amené à savoir vraiment ce que
c’est que d’être issu d’un milieu et d’aller
vers un autre. Moi aussi j’ai changé de classe sociale,
j’ai vécu un processus d’ascension sociale, et
je ne savais pas ce que j’allais y gagner. Le héros du
Pressentiment vit le contraire. Il sait ce qu’il abandonne en
allant dans une classe socialement moins riche. La vie est tellement
différente quand on vit dans la protection et le confort, a
contrario elle est plus dure, plus âpre pour tout. La beauté
par exemple fait que l’existence est beaucoup plus simple, aimable,
reposante. Quand vous habitez dans un lieu avec une vue magnifique
vous êtes déstressé assez naturellement, en communion
avec le monde alors que lorsqu’on nage au milieu de la vulgarité,
c’est beaucoup plus difficile de se dépêtrer de
ses aliénations. Donc en se déclassant volontairement,
le héros du Pressentiment est un véritable aventurier.
C’est aussi un personnage qui refuse de vivre selon
son époque. Il n’a ni téléphone, ni ordinateur.
Le roman est écrit à une période où tout
cela n’existait pas et dans la mesure où le héros
lâche sa vie, il lâche aussi son époque. Et puis
c’est d’abord un personnage qui n’a pas envie qu’on
l’emmerde.
Pourquoi avoir déterminé physiquement votre personnage
avec des cheveux et une barbe ?
Il y a plusieurs raisons. D’abord parce que c’est la première
fois que je réalisais un film et que lorsque je me suis décidé
à jouer le rôle, ce qui n’était pas prévu
au départ, l’idée de devoir me confronter à
mon visage des milliers de fois lors des visionnages des rushes puis
du montage était plus vivable si je me reconnaissais moins.
Ensuite son origine bourgeoise m’a fait lui mettre des cheveux.
Les bourgeois ont des cheveux ?
Oui. Même si les frères de mon personnage n’en
ont pas trop. Enfin la barbe et les cheveux masquent un peu mon héros,
il se donne moins facilement. Son cœur qui palpite dans sa main
et qu’il offre aux gens est plus mystérieux s’il
est camouflé derrière une masse de cheveux que sur un
visage ouvert d’entrée de jeu. Il y a quelque chose de
plus trouble avec un crâne fermé et un visage camouflé.
De même il est le seul à porter une veste et une chemise
pendant tout le film.
Ce sont les restes de son éducation. Et comme son propos n’est
pas de renier sa famille ni ses origines, il trouve ça très
bien d’avoir un costume et une chemise. C’est un homme
élégant et qui tient à son élégance.
Son attitude, ce retrait du monde sont une démarche de dandy.
Il cherche à se démarquer, s’il portait un jean
et un T-shirt il aurait aussi un portable et un ordinateur, or il
est plutôt vieux jeu. Il est aussi nostalgique d’une certaine
beauté, d’un certain esthétisme, d’une sophistication
qu’il lâche certes mais dont il est toujours imprégné.
Il ne fait pas trop de fautes de goût et même si son appartement
est dépouillé, il n’utiliserait pas d’objets
trop laids. Il faut qu’il y ait de la noblesse dans les éléments
qui l’entourent, même si la noblesse il la voit finalement
là où, en principe, on ne la voit pas, même si
pour lui la noblesse n’est pas hiérarchisée.
Ce personnage pourrait-il être le personnage vieilli
que vous incarniez dans Mes Meilleurs Copains de Jean-Marie
Poiré, avec ce même recul, ce même détachement
sur les préoccupations matérialistes ?
Le pressentiment se termine sur : « Il n’y a pas mort
d’homme ». (La réplique culte dite à plusieurs
reprises par son personnage de Mes Meilleurs copains était
: « Tant qu’il n’y a pas mort d’homme »).
C’est fait exprès sans le faire exprès parce que
Valérie Stroh, qui a écrit cette dernière réplique,
l’a fait sans connaître Mes Meilleurs Copains. Donc quand
elle m’a proposé ce dialogue, ça a fait immédiatement
tilt dans ma tête. J’ai hésité à
le garder, par pudeur, puis je me suis dit que finalement c’était
un raccourci formidable. Et si ça fait une petite complicité,
un clin d’œil avec le spectateur, ce n’est pas plus
mal. Car ces deux personnages possèdent effectivement le même
décalage, ils ne cherchent ni l’un, ni l’autre,
à imposer quoi que ce soit aux autres. Du coup ils se retrouvent
être inquiétants pour les autres !
Comment s’est fait votre passage à la mise en
scène ?
Concrètement l’histoire est assez simple. J’ai
voulu réaliser depuis que j’ai débuté en
tant qu’acteur. Quand j’étais au Conservatoire
mon professeur Marcel Bluwal m’avait dit un jour : « Toi,
tu finiras metteur en scène ». Mais je me suis longtemps
considéré comme illégitime pour exercer ce métier-là,
à cause sans doute d’un complexe issu de mes origines
plus que modestes, très pauvres, ouvrières, incultes,
sans aucune revendication artistique. Il n’y avait pas un livre
chez moi. Je ne me sentais donc pas le tempérament de la revendication
de la parole. Or être réalisateur, c’est être
porte parole de quelque chose en général. Et moi je
ne trouvais pas au plus profond de moi la légitimité
que le monde m’appartenait suffisamment pour pouvoir prendre
une part de pouvoir. Il y a des gens pour qui c’est naturel,
pour moi ça ne l’est pas. Je suis plutôt empêtré
avec la parole, avec le langage.
(éléments
de presse)
|
|
À
PROPOS D'EMMANUEL BOVE
|
|
«
Je n’ai rien demandé à l’existence d’extraordinaire.
Je n’ai demandé qu’une chose. Elle m’a toujours
été refusée. J’ai lutté pour l’obtenir,
vrai- ment. Cette chose, mes semblables l’ont sans la chercher.
Cette chose n’est ni l’argent, ni l’amitié,
ni la gloire. C’est une place parmi les hommes, une place à
moi, une place qu’ils reconnaîtraient comme mienne sans
l’envier, puisqu’elle n’aurait rien d’enviable.
Elle ne se distinguerait pas de celles qu’ils occupent. Elle
serait tout simplement respectable. »
Cet extrait de Mémoires d’un homme singulier d’Emmanuel
Bove pourrait totalement être clamé et proclamé
par le personnage central du Pressentiment, autre roman de Bove, adapté
aujourd’hui par Jean-pierre Darroussin pour le cinéma.
Car tout au long de sa vie littéraire, Bove, écrivain
discret (1898 - 1945) récemment redécouvert, a cherché
à comprendre ce qu’est un homme, dans sa solitude, dans
son isolement, dans sa marge. Génie de l’introspection
humaine, repéré par Colette, Bove ne peut s’empêcher
« de songer qu’en fin de compte tout doit disparaître
». Et c’est de cette disparition à venir qu’il
traite en explorant ce qui la précède.
En 1936, Bove écrit dans son journal : « Arrivé
hier, vers cinq heures et de mie, à Paris. C’était
ma troisième sortie après maladie. Les deux premières
avaient été d’une dizaine de minutes. Raymond
est venu nous chercher en taxi. Fin d’après-midi radieuse
d’automne. (Radieux signifie qui a des rayons de lumière.)
Soleil sur la campagne. C’était merveilleux. Le soleil
n’avait pas de chaleur. Il n’y avait pas de vent. La journée
semblait être sortie du temps, à un moment heureux, et
y avoir laissé toutes ses imperfections quotidiennes. L’arrivée
à Paris a été plus extraordinaire encore. Les
grandes avenues. Les lumières naissantes, les phares des autos
sans force. Il y avait eu alerte contre les avions la veille et les
becs de gaz étaient encore bleus. Toutes les couleurs dans
le ciel. Cela, c’est la description sèche. Je voudrais
montrer ces nuances extraordinaires. Il faut attendre l’inspiration.
Une fin d’après-midi de printemps. La vie renaît.
Des parfums enivrants vous frôlent une seconde. »
Ce Bove qui traverse Paris avide de ressenti, c’est aussi l’avocat
sans travail humant dans un même taxi l’air des quais
de la capitale dans Le Pressentiment version cinématographique.
Ce sont les fenêtres ouvertes sur le soleil d’été
de l’appartement de ce même avocat écrivant un
premier roman derrière une bibliothèque fournie, comme
celle de Bove qui contenait plus de trois mille ouvrages. «
Pour moi, il faut qu’un roman soit, non pas le récit
de quelque aventure ou inquiétude, mais une peinture la plus
simple possible de la vie. » Une vie où les êtres,
toutes classes sociales confondues, sont entre eux simultanément
hautement cruels et capables de la plus grande générosité,
car tous recherchent une même chaleur humaine.
Ecrivain au style précurseur du nouveau roman, être humain
à la recherche de lui-même et donc des autres, Emmanuel
Bove traque à travers son œuvre les mêmes obsessions
avec une lucidité qui peut paraître déconcertante.
Le Pressentiment en est l’un des exemples les plus forts.
(éléments
de presse)
|
|
°°°°°
|
|