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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
Je
ne me souvenais plus à quel point Sophia Loren était belle.
Cette femme, c'est La Femme avec des majuscules partout. C'est un violoncelle,
une amphore précieuse, une déesse romaine, une paysanne
sublime et une grande dame, le regard qui enflamme et l'absolu de l'amour.
Ce sont toutes les images de l'Italie et toute sa vérité,
la joie de vivre et la malédiction de la vie, le drame tempéré
par la bouffonnerie, le rire qui se coince parfois dans la gorge en
un sanglot. Sophia Loren, c'est l'actrice flamboyante, les mains qui
virevoltent, le corps qui irradie la scène et crève l'écran,
cent visages pour un personnage. Marcello Mastroianni c'est à la fois un idéal masculin et sa caricature. Il est beau, il est racé, il est élégant, il réussit dans les affaires, il séduit avec juste ce qu'il faut de désinvolture. Dans le même temps, dans sa façon d'avancer la lèvre inférieure, dans des gestes qui deviennent maladroit, dans telle expression du regard, il fait passer tour à tour la naïveté, la bêtise, l'arrogance, la fragilité, l'impuissance ou la lâcheté. De l'incarnation du « latin lover », Marcello Mastroianni s'est amusé à révéler les failles et, ce faisant, le rend à sa condition humaine et en dégage une émotion troublante. C'est en 1964 que Vittorio De Sica réunit ces deux stradivarius pour Matrimonio all'italiana (Mariage à l'italienne), un film emblématique de ce que l'on appelle la comédie à italienne. Emblématique et pourtant atypique dans la mesure ou le nom de De Sica, attaché à quelques oeuvres capitales du néoréalisme comme Sciuscià (1946), Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette – 1948) ou Umberto D. (1952), ne résonne pas comme ceux de Dino Risi ou Mario Monicelli en la matière. Pourtant, De Sica a plus d'une corde à son arc et en matière de comédie, il a déjà utilisé les talents de Sophia Loren pour L'oro di Napoli (L'or de Naples – 1954) et a réuni le couple pour un film à sketches et à succès, Ieri, oggi, domani (Hier, aujourd'hui, demain – 1963). Ce dernier film est par ailleurs produit par Carlo Ponti, époux et pygmalion de la Loren, qui décide donc de réunir à nouveau la fine équipe pour ce Matrimonio all'italiana adapté de la pièce Filumena Marturano de Eduardo De Filippo (que ce dernier adapta à l'écran dès 1951 avec sa soeur Titina dans le rôle principal, le film de de Sica lui est dédié). Toujours est-il que le film est apparu comme une commande et un coup commercial, ce qui sera beaucoup reproché à son auteur. C'est bien dommage tant la veine comique de De Sica n'est pas à négliger car elle bénéficie de son talent de directeur d'acteur, de la précision de sa mise en scène, élément clef pour une comédie, et de l'apport de son expérience néoréaliste. Matrimonio all'italiana se trouve donc être une sorte de mètre étalon du genre, brassant les qualités qui ont fait le succès et la réputation du genre : affrontement de personnages hauts en couleurs, seconds rôles savoureux, puissance de la parole, dialogues brillants et pétillants, arrière-plan précis de l'époque, critique parfois virulente de la société et des moeurs, mélancolie affleurante avec brusques accès de gravité, lumière solaire et musique vive. Le film s'ouvre sur une voiture à vive allure traversant le Naples des années 60. Filumena s'est sentie mal et on la ramène chez elle. Tout un petit peuple s'empresse autour d'elle, braillant à qui mieux mieux en un délicieux patois napolitain. Les traits tirés, le visage pâle, Filumena se meurt. On envoie donc chercher en catastrophe Don Domenico. Magnifique première apparition du personnage. Tiré à quatre épingles, oeillet rouge à la boutonnière, fine moustache latine et cheveu gominé, il essaye un ridicule chapeau de femme dans son bureau orné d'une photographie de pin-up nue. Et il est justement en train de terminer les préparatifs de son mariage avec la caissière de son magasin, une jeunette. Il se rend malgré tout au chevet de Filumena et une gravité qu'il ne soupçonnait pas s'empare de lui. Premier flashback qui nous ramène au temps de la rencontre, dans un bordel assez fellinien pendant la guerre. Cette ouverture menée tambour battant présente le dispositif du film et ses multiples tonalités tout en suscitant de nombreuses interrogations sur les deux protagonistes. Le film va nous faire découvrir par morceau leur relation complexe, changeant de point de vue et ménageant de nombreuses surprises, des coups de théâtre dans toute l'acceptation du terme. Certains ont noté les points communs avec les comédies du remariage de la grande époque du cinéma américain façon Philadelphia Story (1940) de Georges Cukor. Matrimonio all'italiana partage également l'ambition du film de Dino Risi, Una vita difficile (Une vie difficile – 1961) de proposer en toile de fond vingt ans de l'histoire de l'Italie, de la guerre à la reconstruction, d'un pays plongé dans la misère, le chaos et les combines à un pays prospère dans lequel on construit à tour de bras. L'une des dernières scènes voit le couple se retrouver sur un terrain vague assez pasolinien, autour d'immeubles en construction, avec des grues à l'horizon. Joli symbole. Pourtant, De Sica fait un film nettement moins engagé que celui de Risi et l'arrière plan reste en retrait sur l'histoire du couple. D'autant que Don Domenico, combinard né, n'a aucune conscience politique. Si un certain nombre d'allusions sont bien présentes (Filumena tondue, le discours royaliste...), le regard de De Sica reste un regard moral passant au travers du portrait du couple. Filumena est à la fois prostituée, illettrée, mère courageuse, femme d'affaire respectée et amoureuse. Elle est les multiples faces de la femme italienne et son histoire avec Domenico est celle de la condition féminine de l'époque. Filumena se bat pour ses droits et pour être reconnue comme être humain. Toute sa détermination passe dans la façon maladroite mais résolue qu'elle a pour signer son nom. Sous les aspects bonhomme de la comédie, la dureté machiste de la société envers les femmes apparaît au détour d'un regard ou d'une réplique comme lorsqu'elle justifie sa mystification pour que ses enfants « n'aient pas honte en allant chercher un papier officiel ». Par contraste, De Sica et Mastroianni ont fait de Domenico un portrait sarcastique du mâle péninsulaire : coureur, menteur, fat, préoccupé de l'apparence, égoïste, plutôt feignant, colérique, tout dévoué à la mama (terrible et hilarante scène où il oblige Filumena à s'occuper de sa mère grabataire), il est même capable de cruauté sans même sans rendre compte. Matrimonio all'italiana ne saurait donc se réduire à une comédie brillamment exécutée quand bien même ce qui frappe l'esprit, c'est cette formidable histoire d'amour, l'incroyable constance de cette femme négligée et parfois humiliée qui voue une passion profonde et exclusive à cet homme d'apparence si superficiel. Pourtant, petit à petit, dans la seconde partie du film, le personnage de Domenico commence à nous toucher et la réconciliation finale, sur le bord de la route, est un moment de grande intensité. Admirable cinéma italien capable de nous émouvoir autant avec un homme si pétri de défauts. De Sica orchestre cet affrontement en se mettant doublement au service de ses acteurs et du texte. Sa caméra virevolte en faisant corps avec Loren et Mastroianni, dans de nombreux intérieurs soigneusement reconstitués, riches du parfum des époques traversées. De Sica laisse les détails parler pour lui, les appartements vastes mais étroits, les fermes à la misère palpable, le bordel brillant et décrépi, la pâtisserie clinquante, les terrains vagues et les chantiers, des images d'une l'Italie bien présente mais sans ostentation. Il serait dommage là aussi, de prendre cette discrétion pour de l'effacement. Matrimonio all'italiana est bel et bien un fleuron de la comédie à l'italienne. Vincent Jourdan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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