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À l'heure où
l'on célèbre pour la seconde fois le cinéma social,
énergique et engagé des Frères Dardenne au Festival
de Cannes (Palme d'or à L'enfant), il est bon de se
pencher sur l'autre cinéma belge. Un cinéma moins habitué
aux louanges en smoking, mais qui connaît des succès d'initiés,
de C’est arrivé près de chez vous,
La vie en rose aux Convoyeurs attendent et Les portes
de la gloire. Noir, social, absurde, à l'humour ravageur,
la comédie belge est devenue un genre à part et porte
en elle, l'empreinte de l'héritage surréaliste du pays.
Aaltra s'inscrit dans cette veine et fait figure d'ovni dans
le paysage cinématographique francophone actuel.
Le tandem Benoît Delépine / Gustave Kervern
("Ben & Gus" pour les intimes) est connu du petit écran
pour ses innombrables pitreries dans l’émission satirique
Grolandsat à laquelle ils ont donné naissance
il y a 5 ans pour Canal +. On se souvient aussi du laborieux passage
au grand écran de Benoît Delépine en 1997 lorsqu'il
prolongeait au cinéma le succès télévisuel
de son personnage de Michael Kael (Michael Kael contre la World
News Company). Nous étions donc forcément sceptique
à l'annonce de sa nouvelle contribution cinématographique.
Mais 8 années se sont écoulées, Delépine
et Kervern ont rencontré leur parangon en la personne de Maurice
Pialat (ils lui rendent hommage dans un sketch de la série Toc,
Toc, Toc figurant dans les bonus) qui les a fortement encouragé
à passer à la mise en scène.
Détaché
de l’esprit potache et de l’humour parfois lourdeau de leurs
émissions, le duo de cinéastes en herbe accomplit avec
Aaltra une oeuvre maîtrisée, avec des partis pris
esthétiques exigeants. Choisir un noir et blanc granuleux, un
format d'image en cinémascope (les comédies sont plus
souvent tournées en 1,85 mettant l'acteur au centre de l'image),
très peu de dialogues et une durée de plans digne d'un
grand cinéaste suédois, a tout pour rebuter l'amateur
de comédies. Aaltra est un film noir qui désamorçe
la déprime générale avec une ribambelle de gags
purement cinématographiques, où c'est tour à tour
un effet visuel puis sonore qui fait éclater de rire. S’inscrivant
dans la lenteur, leurs inventions burlesques lorgnent plus du côté
de Jacques Tati que des jackasseries d'un Michael Youn.
Gentiment anti-bourgeois et anarcho-libertaire, les 2 compères
se moquent allègrement de ces petites vies coincées entre
le frigidaire et la caravane qu'ils rencontrent au cours de leur périple.
Même si leur propre destinée n'est pas forcément
plus glorieuse, elle a la beauté de se faire en marge de la société.
Aaltra est avant tout un film sur l'amitié virile.
Parce que dans le film, tous les chemins mènent à Aki
Kaurismäki. Le
rendez-vous avec le grand cinéaste finlandais est finalement
le but de ce voyage. Les 2 réalisateurs
reconnaissent même qu'ils ont d'abord fait ce film pour le rencontrer.
(1)
Parce que "altra" veur dire l'autre et que la route va finalement
réunir ces deux voisins que tout oppose. À demi-mots,
à contre-courant.
Enfin, parce que Aaltra est un film de potes et qu'on
y croise ce qui ce fait de mieux en esprits loufoques franco-belge d'aujourd'hui:
de l'entartreur Noël Godin au trublion catodique Pierre Carles,
de l'auteur de La vie sexuelle des belges, Jan Bucquoy aux
désopilants acteurs belges, Benoît Poelvoorde et Bouli
Lanners.
Laurent Devanne
(1) Extrait d'une interview donnée
à Ecran
Large:
Benoît Delépine:" On a
fait Aaltra pour en arriver là, et quand finalement
on voit Kaurismäki pour tourner la scène, on apprend qu’il
a arrêté de boire et qu'il ne fallait absolument pas lui
en parler, le sujet était tabou."
Gustave Kervern : "Bien sûr, sur les dix personnes
du tournage, une n’était pas au courant et a gaffé
en lui offrant une bouteille de cognac. J’ai essayé de
rattraper le coup en lui disant qu’il la boirait à Noël,
ce à quoi il m’a répondu, sur un ton déprimé,
que pour lui c’était tous les jours Noël..."
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- LE
FILM
Prix de la Critique internationale
à Londres (UK)
Prix du public
en Transylvanie (Roumanie)
Double prix d'interprétation masculine à Puchon (Corée)
Réalisation: Benoît Delépine & Gustave
Kervern
Avec : Benoît Delépine et Gustave Kervern.
Et (par ordre alphabétique): Jan Bucquoy, Pierre Carles,
Michel De Gavre, Robert De Houx, Isabelle Delépine, Jason Flemyng,
Noël Godin, Christine Grulois, Aki Kaurismaki, Bouli Lanners,
Vincent Patar, Benoît Poelvoorde, Christophe Salengro, Vincent
Tavier.
Production : Vincent Tavier, Guillaume Malandrin, Adriana Piasek-wanski
Régie : Laurent Galvez, Pauliina Ståhlberg, Juha
Ståhlberg
Image : Hugues Poulain, Jackson Elizondo
Son : Guillaume Le Braz, Laurent Cercleux
Décoration / costume : Isabelle Girard
Montage : Anne-Laure Guégan
Mixage : Guillaume Le braz
Distributeur : Ad Vitam
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- BONUS
(37' + commentaire audio du film)
Très
sympathique collaboration avec le Studio belge Pic
Pic André qui s'est chargé de la conception
graphique du DVD: affiche et navigation.
Les bonus mettent plus l'accent sur les déconnades télévisuelles
du duo à travers un florilège de sketches, clips et
courts-métrages.
À ne pas manquer Plassmangel, un excellent court-métrage
d'un "cousin norvégien", Geir Henning Hopland qui
rejoint totalement l'esprit décalé de Aaltra.
*
Commentaire audio
du film par Ben et Gus (1h33)
* À l’arraché,
court métrage de Benoît Delepine & Christophe Smith
(un braquage de voiture raté, 1er court-métrage de Benoît
Delépine. Dommage que les effets spéciaux ne soient
pas à la hauteur de l'idée)

* Plassmangel
(manque de place), court métrage norvégien
de Geir Henning Hopland.
(un patient coincé sur son lit et malmené dans un couloir
d’hôpital)
* Erokitsch,
clip inédit de Bouli Lanners en clin d'oeil à son interprétation
de Sunny dans Aaltra. (un savoureux strip-tease
intégral façon années 70. Images d'époque
ou habile reconstitution ?)

* Scènes coupées
* Bandes annonces de
Aaltra
* Sketches de Groland (diffusés
sur Canal+):
Toc, Toc, Toc (3 x 1'50) : Maurice Pialat - José Bové
- Joël Robert.
Le Père Noël en Finlande (avant de rencontrer
le vrai)
Don Quichotte de la Revolucion et le Mac Do

* Bonus caché
: publicité belge pour la Défense des Handicapés
- EN
COMPLÉMENT
Un dépliant de 5 "cartes
postales" recto-verso, signé par Ben &
Gus, incluant:
-des photos du film
-présentation du film (synopsis, casting...)
-présentation des Bonus
-Biographie et notes des auteurs
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