)))  LA DÉRIVE
        
  de Paula DELSOL               

 

  • Drame - 1964 - France - durée: 1h30
  • Sortie à la Vente en DVD le 12 Février 2007
    Éditions Doriane
  • Prix de vente conseillé : 25€

SYNOPSIS

Jacquie est une belle fille blonde de vingt ans qui traîne son spleen avec un guitariste. Le générique achevé, ils se quittent bons amis. Elle retourne alors chez sa mère à Palavas-les-Flots, retrouve les copains d’enfance, une mère popote (Paulette Dubost, parfaite), une sœur mal mariée et mère de famille. Jacquie met alors les pieds dans le plat, dénonce une morale bourgeoise de la résignation qui lui sort par les yeux. Pour autant ce n’est pas une intellectuelle et elle ne possède pas de réponse toute faite. Elle saute d’aventure en aventure, veut vivre à son gré et se heurte à l’impossible. Ni bourgeoise ni prostituée, jeune femme libre avant la lettre, Jacquie va à la catastrophe.

 
POINT DE VUE
   
Tourné en 1962, et sorti à la fin de l’année 1963, La dérive est le premier long métrage de Paula Delsol, cinéaste totalement méconnue et totalement oubliée, il faut bien le dire. Plantons le décor. Au début des années 60, de très nombreux jeunes cinéastes débarquent. Le nombre de premiers films a rarement été aussi élevé que durant cette période. Les portes avaient été défoncées – on ne va pas non plus faire un cours sur la Nouvelle Vague – par les Truffaut, Godard, Rivette, Chabrol et consorts, qui ont contribués à considérablement rajeunir l’âge moyen des cinéastes.

Quand on découvre un film français du début des années 60 d’un cinéaste que l’on ne connaît pas, il y a toujours ce petit suspens esthétique. On est alors dans une période où tout s’articule d’une manière extrêmement forte et extrêmement visible autour de la NV et du "cinéma de papa". Il y a deux groupes. Et l’on se pose alors cette question : à quel groupe appartient le cinéaste ? Ici, pas de doute. La dérive est bien un film qui lorgne du côté de la NV. La dérive, c’est le Jacques Rozier d’Adieu Philippine qui fait un Bergman ou un Antonioni. Rien que ça !

La dérive, c’est celle de Jacquie, une jeune et jolie jeune femme qui a pas mal de succès avec les hommes. Mais ceux-ci ne veulent que coucher avec elle. Ils l’a trouvent «gourde». Baisable, mais «gourde». Alors, elle traîne son désespoir de bras en bras, le temps d’un été, sur la côte. La dérive, c’est la légèreté des ces hommes et leur superficialité (le film est réalisé par une femme, et on restera tout de même un peu circonspect quand à la schématisation de la chose : d’un côté une femme qui veut qu’on l’aime, de l’autre les méchants messieurs qui ne pensent qu’au sexe). La dérive, c’est aussi la légèreté de la France au repos, de l’air tranquille et lénifiant des vacances, capté parfois avec l’acuité d’un documentariste – le film avait beaucoup plu à Jean Rouch – et qui n’est pas sans rappeler à ce niveau, un autre film français sorti en 1963, Adieu Philippine, de Jacques Rozier.

Mélange de post-synchro, de son direct, de plan fixe et de caméra épaule, utilisation d’acteurs peu chevronnés (à part Paulette Dubost, la Lisette de La règle du jeu de Renoir), tourné dans une apparente décontraction, le film a un «charme artisanal» certain. Mais derrière tout cela, il y a la gravité bien sûr, une gravité presque antonionienne (une scène du film fait très curieusement écho, en version light, à l’un des dernières scènes de l’Avventura). La gravité d’une femme qui ne trouve sa place nulle part. Ni dans sa famille, ni auprès des hommes. Toujours en vadrouille, en ballottage, toujours déçue. Le cœur mille fois meurtri, elle parvient tout de même à rebondir à chaque fois, mais semble garder une petite cicatrice de chacune de ses mauvaises expériences. Le propos et le ton du film détonnent quelque peu par rapport à la plupart des films de la même époque. Le film avait été interdit aux moins de 18 ans. Les censeurs ne voulaient sans doute pas que le jeune public de l’époque voit à quoi ressemble une jeune femme moderne. Comme s’ils n’avaient pas vraiment encore accepté le fait que l’on était en train de changer d’époque. Certains cinéastes ont connu le même problème dès qu’ils ont abordé ce sujet sensible qu’est la jeunesse.

Véritable curiosité, d’autant plus forte que le film sort vraiment de nulle part (franchement, aviez-vous déjà entendu parler de ce film ?), La dérive est un grand petit film, qui nous rassure aussi sur un point : s’il y a des films de cette envergure qui sont restés dans les oubliettes pendant des années, on a encore du boulot !


Julien Pichené

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Prix des ciné-clubs – Sélectionné pour les festivals de Montréal et de Berlin
    Réalisation & scénario
    : Paula Delsol
    Avec:
    Jacques Vandal, Paulette Dubost, Jean-François Calvé,
    Noëlle Noblecourt, Pierre Barouh, Marc Hervé Souine,
    Jean-Loup Reynald.

    Musique originale:
    Pierre Barouh (chanson "Le tour du monde")
    Robert Bène, Christian Donnadieu , Remolino (twist)
    Image: Raymond Heil , Jean Malige
    Montage: Agnès Guillemot
    Directeur de production: Sacha Kamenka
    Assistant réalisateur: Jacques Levy
    Technicien du son: Paul Boistelle


  •  LE DVD
    DVD 5 - film en noir et blanc – 1964 - Durée du film : 90 minutes
    Langues: français
    Sous-titres: anglais


  • BONUS
    * "Dany, entrez dans la danse"
    court métrage de Paula Delsol réalisé en 1958 sur les déboires amoureux d'un jeune homme tombé amoureux d'une fille de joie

    * Pierre Barouh, qui chante la chanson du film

    * Interview et carnet de tournage de la réalisatrice

    * Filmographie de la réalisatrice

PROPOS DE L'ÉPOQUE

« Je suis ému - je sors de "la Dérive" - on n'est jamais allé plus loin avec cette audace tranquille».   Jean ROUCH

"Par son audace, la dérive ne peut etre comparée qu'aux tout premiers films d'Ingmar Bergman.»
François TRUFFAUT

FILMOGRAPHIE DE PAULA DELSOL

Un homme comblé (1985) (TV)
Ben et Bénédict (1977)
La Dérive (1964)

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