Raphaël
est un jeune homme d’origine indienne, ancien délinquant,
qui mène une existence très dure avec sa famille dans
un bidonville à Morgantown. Il part en ville pour trouver de
l’argent et un moyen d’entretenir les siens, c’est
alors qu’il fait la rencontre de McCarthy. Ce dernier, réalisateur
de « snuff movies », lui propose un marché. Si
Raphaël lui offre sa vie pour l’un de ses films, où
les meurtres ne sont pas de la fiction, il lui reversera une grosse
somme. Le jeune homme accepte et vit alors ces derniers instants avant
cette mort programmée…
|
|
Quand un acteur américain passe à
la réalisation, c’est souvent pour nous livrer le meilleur
(Mystic River de Clint Eastwood, The Night of the Hunter
de Charles Laughton, The Pledge de Sean Penn) mais parfois
le pire (The Postman de Kevin Costner, Da Vinci Code
de Ron Howard) et avec le film The Brave de Johnny Depp,
nous entrons heureusement dans la première catégorie.
Pour son premier long métrage en tant que réalisateur,
Johnny Depp n’a pas opté pour la facilité en choisissant
comme sujet l’un des pires phénomènes de nos sociétés:
le snuff movie (des films montrant des images de
meurtres et circulant dans de sombres réseaux clandestins).
D’autres cinéastes, américains pour l’essentiel,
ont essayé de traiter le snuff movie avant et après
lui, avec plus ou moins de bonheur. Pour exemple le réalisateur
hollywoodien Joel Schumacher avec son métrage 8mm,
film racoleur aux ressorts profondément académiques,
ou encore la récente saga gore Hostel, qui n’aborde
pas le sujet directement mais s’en rapproche par de multiples
aspects, comme le rôle que joue l’argent dans ce «marché
de la mort».
À la différence de ces films pop-corn aux images
chocs dont le but est de choquer le jeune spectateur boutonneux en
mal de sensations fortes, Johnny Depp utilise un sujet au départ
sordide et parvient ensuite à nous conter l’histoire
profondément émouvante du destin tragique d’un
homme qui se sacrifie pour ceux qu’il aime, et pour ce faire,
l’acteur-réalisateur fait le choix judicieux de nous
épargner d’inutiles scènes de violences qui auraient
discréditées son film.
The brave est avant tout l’histoire d’un drame
poignant, celui d’un homme exclu d’une société
qui ne lui offre rien moins que le pire comme possibilité de
salut. Pour ajouter à l’empathie du personnage, Johnny
Depp a la bonne idée de se donner le rôle du jeune indien
qui essaye tant bien que mal de faire vivre les siens, dans un pays
soi-disant civilisé mais qui ferme les yeux sur ses laissés-pour-compte,
sort réservé ici à la communauté indienne.
Le symbole de ce capitalisme sans scrupule est incarné ici
par la figure d’un mystérieux homme d’affaires
paraplégique proposant au jeune homme de se faire torturer
et tuer devant une caméra en échange d’une grosse
somme d’argent. Les motivations de cet homme et les causes de
son handicap ne nous sont jamais expliquées, ajoutant à
son mystère, et c’est Marlon Brando (dans un de ses derniers
rôles) qui prête ses traits et son génie à
ce personnage complexe, qui semble étranger à toute
morale et culpabilité.
L’acteur n’est présent que dans une seule et longue
scène au début du film, mais cette dernière marque
de son empreinte tout le reste du film, en y apportant une dimension
tragique. Plongé dans la pénombre du sous-sol crasseux
d’un vieil immeuble désolé, son personnage nous
renvoit immédiatement au colonel Kurtz d’Apocalypse
Now et la longue scène désormais mythique du face
à face avec son futur « parricide » Willard (incarné
par Martin Sheen) qui, comme la figure du fils, prendra sa succession.
Au contraire du chef d’œuvre de Coppola, le jeune indien
ne vient pas dans un but d’assassinat, mais à l’inverse
pour se faire tuer. Avec cette séquence d’ouverture,
Johnny Depp revendique l’influence du cinéma américain
des années 70, celui des grands formalistes que sont Francis
Ford Coppola ou Martin Scorsese. En témoigne la présence
de Frederic Forrest, comédien déjà présent
dans The conversation (1974) ou The Missouri Breaks
(1976) et dans de nombreux autres grands films de cette époque.
Plus globalement, The Brave nous évoque un autre grand
mythe, celui de Faust, où Brando peut-être vu comme l’incarnation
du diable (à la manière de Robert de Niro dans Angel
Heart) face à Depp (Faust) qui vend son âme pour
le salut de sa famille.
Avec The brave, Johnny Depp a réalisé un vrai
film d’auteur, une œuvre forte (sifflée de manière
totalement incompréhensible au festival de Cannes en 1997) qui
nous décrit avec élégance la face sombre du rêve
américain.
Thierry Carteret
|
|
|