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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Il
faut saluer l’initiative de Doriane Films et de l’association
« Les Amis de Jean Dewever », qui propose une édition
du magnifique et maudit Les Honneurs de la guerre, premier
long-métrage de Jean Dewever sorti en 1962. Malheureusement,
on regrette l’absence de suppléments qui devraient accompagner
ce film méconnu, et l’on reviendra ici sur son destin d’œuvre
bannie, qui brisa la carrière prometteuse de son auteur. Ancien élève de l’IDHEC (actuelle Fémis), assistant de cinéastes fameux, tels que Jacques Becker, Marcel L’Herbier et Roger Vadim, lauréat du prix Louis Lumière pour son court-métrage La Crise du logement (1955), Jean Dewever s’apprête à réaliser en 1960 son premier long-métrage, intitulé Les honneurs de la guerre. Le scénario, qu’il a co-écrit avec Jean-Charles Tacchella, se concentre sur une chaude journée d’août 1944 dans la province française, quelques heures avant l’arrivée des soldats américains : d’un côté, des militaires allemands désabusés et épuisés par le conflit occupent Nanteuil, dont la population s’est cloîtrée dans l’église ; de l’autre, les habitants de Muzières, village voisin, fêtent la libération prochaine en s’adonnant aux plaisirs d’une partie de campagne. Le financement du film s’avère difficile, mais Dewever le prend lui-même en charge. Pour les personnages français, il se tourne vers une quinzaine d’acteurs rencontrés lors de précédents tournages. A l’inverse, il doit partir en Allemagne pour recruter les comédiens qui vont interpréter les soldats de la Wehrmacht ; certains d’entre eux sont d’ailleurs d’anciens combattants. Le tournage peut commencer à l’été 1960 et va durer plusieurs semaines, dans les départements des Deux-Sèvres, de l’Eure et du Vaucluse. En 1961, le film terminé est sélectionné pour représenter la France au festival de San Sebastian. Le jour de la projection, un journal parisien annonce déjà : «Les honneurs de la guerre : un pétard français en Espagne (1) ». Dès lors, Dewever s’engage dans une interminable lutte pour que son œuvre soit diffusée. Car dans la France gaulliste, même si le film a obtenu le visa de censure gouvernemental, les distributeurs lui font obstacle et les salles se refusent à le projeter. Il faut croire qu’une interdiction officieuse a été prononcée et que des pressions sont exercées. Dans les autres pays même, on renvoie les copies ou l’on interdit tout simplement le film. Quand bien même, on le projette en Allemagne, il a changé de titre et ne manque pas de provoquer un scandale. En juin 1962, les périodiques français se font l’écho de l’affaire et titrent : «La censure française interdit le film Les honneurs de la guerre (2) », «L’intolérable boycottage du film de Dewever continue (3) » et « Le film maudit (4) ». Surtout, quinze cinéastes, dont Claude Chabrol, Jacques Demy, Claude Sautet et Agnès Varda, protestent à leur tour dans les journaux contre «toutes les pressions plus ou moins occultes et les interventions officieuses qui empêchent la libre circulation des films et constituent une atteinte caractérisée à la liberté d’expression (5)». Grâce à cette campagne de presse et au soutien des réalisateurs, Dewever obtient enfin l’autorisation de sortir son film. Mais la victoire est de courte durée : en étant projeté dans une seule salle parisienne en plein mois d’août, et en pâtissant d’une publicité douteuse, le long-métrage voit sa carrière avortée au bout de quelques semaines. Qu’a donc de si outrageant le film de Dewever, pour se voir frappé par une telle malédiction ? Ce n’est certainement pas pour des raisons esthétiques que le film choque, car Dewever a hérité de Renoir et appris de Becker une mise en scène irréprochable. Il faut plutôt se tourner du côté de l’histoire. En premier, l’intrigue s’occupe autant des occupants que des occupés, et abolit surtout le mythe du combat entre le Bien et le Mal. En effet, les soldats allemands apparaissent comme des êtres humains, fatigués par la guerre et effrayés de tomber dans une embuscade de la résistance. Dewever ne leur fait pas porter le masque du guerrier nazi aveugle, mais s’emploie au contraire à leur rendre leurs qualités et leurs défauts de simples mortels. Les costumes militaires moins impeccables découvrent des hommes mariés, des comptables et des chefs d’entreprise, qui souhaitent regagner leur pays et retrouver leur ancienne condition. Ensuite, de l’autre côté, les civils français s’attachent plus à fêter la libération qu’à se conduire en résistants valeureux. Ainsi, en attendant la fin des négociations entre les soldats et les habitants de Nanteuil, ils s’attablent à un banquet estival, où ne manquent ni les blagues grivoises, ni les flirts extra-conjugaux (on n’hésite d’ailleurs pas à reprocher à Dewever son immoralité, quant au début de tromperie esquissé dans le film). Quand enfin les hommes prennent leur fusil, ils observent de loin la situation et n’hésitent pas à détaler au moindre mouvement suspect. D’ailleurs, aucune véritable scène de guerre n’est présentée dans le film ; à peine entend-on résonner quelques coups de feu au début et à la fin. Au contraire, de nombreux parallèles sont effectués entre les deux camps, pour les mettre sur un pied d’égalité : quand les soldats avalent de la soupe, vident des bouteilles de bière, entonnent des chansons allemandes et font la sieste dans un coin d’ombre, les français dévorent des pâtés, boivent des grands crus, reprennent en chœur des refrains et s’étendent dans les herbes folles. Finalement, en tentant de ne pas juger ses personnages, d’un côté comme de l’autre, Dewever enfreint les règles qui voudraient que la résistance soit glorifiée et l’ennemi allemand vilipendé. En outre, il démontre l’absurdité de la guerre et critique, du même coup, le conflit d’Algérie (il ne faut pas oublier que la guerre d’Algérie se déroule jusqu’en 1962). À la sortie du film en France, certains journalistes n’hésitent pas à aller dans le sens du gouvernement : «Jamais film (…) ne fut plus antifrançais et jamais censure ne fut plus coupable, en dépit de certaines coupures, d’avoir autorisé sa sortie ! (6) », s’écrie Maurice Ciantar. Mais dans l’ensemble, la presse spécialisée et les réalisateurs s’accordent à défendre les nombreuses qualités du film. Luc Moullet, entre autres, signe un article pertinent dans les Cahiers du Cinéma, « Les affres de la digestion », et affirme notamment : « La mise en scène est d’une égale perfection à celle du scénario. Elle s’inscrit dans le cadre de la tradition de la qualité française, qui ne pouvait ne pas avoir influencé Dewever, ex-assistant de métier. Mais, mieux que Clair, Clément et Duvivier, Dewever supprime le conventionnel et les impuretés qui nous faisaient détester ce style, à commencer par l’usage de la musique, les effets de montage et la structure dramatique. » ; il ajoute que le « rythme est aussi justement antidramatique que celui de Wild River de Kazan (7) ». François Truffaut lui-même se bat avec ardeur pour une reconnaissance du film ; mais, après deux passages discrets à la télévision en mai 1970 et en avril 1985, il devra attendre 1988 pour qu’une ressortie en cinéma soit programmée. Bien entendu, l’échec commercial des Honneurs de la guerre ne sera pas sans incidence sur le parcours de Dewever, qui se consacrera surtout à la télévision, lui qui rêvait d’un long-métrage de science-fiction. Il tournera pourtant un deuxième film pour le cinéma en 1970, Les jambes en l’air, qui connaîtra à peu près les mêmes déboires que son prédécesseur. Stéphane Tralongo NOTES (1) Paris Jour, 14 juillet 1961. (2) Paris Jour, 14 juin 1962. (3) Combat, 14 juin 1962. (4) Paris Presse, 27 juin 1962. (5) L’Humanité, 23 juin 1962. (6) Paris Jour, 28 juillet 1962. (7) Les Cahiers du Cinéma, septembre 1962, pp. 52-53. |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| PROPOS DE L'ÉPOQUE | ||||
| « Un excellent symbole de la stupidité humaine » Jean RENOIR « Un film chaleureux et passionné. Jamais au cinéma, le mécanisme de la paix de la guerre n’a été aussi clairement exposé. » Alain RESNAIS « J’aime ce beau film indémodable et j’ai la certitude qu’il sera mieux vu et apprécié par la nouvelle génération de spectateurs. » François TRUFFAUT « Dewever triomphe… Une suprême habileté… La mise en scène est une perfection égale à celle du scénario. » Luc MOULLET |
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| FILMOGRAPHIE DE JEAN DEWEVER | ||||
| Naissance
le 3 Decembre 1927 à Paris - Site
officiel du cinéaste F I L M O G R A P H I E La route inconnue (1983) TV Series Jules Ferry (1981) (TV) Ulysse est revenu (1978) (TV) Mon propre meurtre (1974) (TV) Georges Dandin (1973) (TV) Les jambes en l'air (1971) "Allô police" (1 épisode, 1970) Les oiseaux rares (1969) TV "Salle n° 8" (1967) TV Contrastes (1961) Les Honneurs de la guerre (1960) Au bois Piget (1958) La crise du logement (1955) |
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